28 octobre 2009

L'homme, la femme et la fille.

Est assise une brune l'air absorbé.

Elle mange des abricots d'un orange brûlant sur le cuir de son manteau. Elle les gobe un et un et un autre encore avec l'autre main sur un calepin.

Sac de cuir et de patchwork couleur rouille, collier de billes de bois de rose, un jean couleur vrai jean et deux espadrilles pour courir.

Elle note. Elle dessine des lettres attachées avec la pointe effilée de sa plume bon marché. Elle ne lève jamais le stylo du papier.

Elle écrit sur la femme assise près de la porte du fond du wagon. La femme est grasse et fleurie. Elle transpire, et son corps sent le savon et l'eau de parfum. La fille écrit sur les veines bleues et mauves dans les plis de ses bras. Elle écrit sur la peau dodue et lourde de son ventre. Elle note les petits ongles manucurés et les cheveux soyeux. Elle fixe et gratte tous les détails de son anatomie de grosse femme.

À gauche, un homme. La fille qui mange des abricots avec des souliers de course écrit qu'il est très beau. Elle écrit qu'il a les yeux agencés au doré des champs de blés. Elle écrit qu'il a les lèvres qu'elle avait imaginé à Éros. Ses joues deviennent aussi roses que son fard à joues. Elle attache ses lettres mieux qu'avant.

L'homme lit un journal sérieux. Il tourne la page à moitié parce qu'il remarque la grosse femme.

La fille regarde l'homme.

L'homme regarde la femme.

La femme ne regarde rien.

La fille regarde la femme.

L'homme regarde la femme.

La fille regarde son reflet dans la vitre.

La femme remarque l'homme.

L'homme sourit à la femme.

La femme regarde son reflet dans la vitre.

La fille sourit à l'homme.

L'homme regarde la fille.

La femme regarde l'homme.

L'homme regarde la femme.

La fille regarde la femme et quitte.

2 octobre 2009

Sayed

Sayed le prince noir, avec son chef d'oeuvre de visage, son corps comme une oeuvre d'art.

Sayed, six pieds un de garçon du désert.

Sayed, une jeune fille dans le corps d'un bel homme, avec l'essence de l'innocence dans le marron de ses yeux de biche. Sayed, le cheveu noir hérissé au fer plat, le menton bleu de barbe drue, le nez délicatement aquilin et les lèvres, ah les lèvres, parfaitement douces, roses, gonflées et obscènes. Sayed aux dents de perles, au teint sableux, au grain de peau sublime, Sayed avec son grand corps svelte, ses pectoraux et ses colonnes d'abdominaux.

Sayed le gentil, le coquet, le bien élevé. Sayed à l'accent mélodieux et à la voix d'oiseau. Sayed au sourire d'enfant qui remue le dedans.

Sayed qui a très faim et qui gémit en mastiquant. Sayed qui grogne. Sayed qui chante. Sayed qui joue.

Sayed aux souliers cirés, aux chemises pressées, aux parfums luxueux. Sayed aux mille produits coiffants.

Sayed l'étudiant en finance qui aspire à être riche.

Sayed comme le Kamasutra, grands respirs et effleurements exotiques, les yeux dans les yeux et les paumes pressées.

Sayed "Chérie viens m'embrasser"

Sayed son oreille sur mon coeur et nos jambes entremêlées.

Sayed que je laisse dormir et à qui je prépare à déjeuner.

Alex

Alexandre. Acteur. Cinq pieds sept pouces de québécois. Des yeux bleus à y plonger. Une crinière de cheveux chocolat, épais et raides, brillants, vivants, qui rebondissent et coulent entre les doigts. Une barbe, une vraie, bien taillée, bien fournie, qui flatte les joues, qui respire l'homme.

Une tendance à la couleur, au kaki, au vert lime et à l'orange.

Alexandre le joueur de hockey. Alexandre crème glacée Coaticook, pommes Macintosh et lait Québon.

Alexandre l'intense. Alexandre le stoïque, jamais décontenancé, toujours confortable. Alexandre le conteur. Alexandre le gastronome qui cuisine des repas cinq services. Alexandre et la meilleure tarte aux pommes du monde.

Alexandre chapeau, cravate, mais bermudas, aussi.

Alexandre le duveteux, avec ses fesses parfaitement sphériques et son ventre plat et poilu à piquer un somme au chaud. Alexandre aux mains dures qui cherchent les mains douces. Alexandre qui fouille de la langue, qui embrasse, qui masse et qui savoure.

Alexandre "J'ai envie de me coller".

Alexandre, mon oreille sur son coeur et nos jambes entremêlées.

Alexandre qui me laisse dormir et me prépare à déjeuner.

21 août 2009

Amin

C'était ma soirée.

La coloc se préparait à quitter pour le mois. Elle vidait ses tiroirs, et moi, j'avais envie de danser le twist.

J'avais pris soin d'ouvrir toutes grandes ouvertes les portes de l'appartement.

Entrez, le bon vent, le bon air. Véhiculez son odeur, évacuez son parfum, que je me gave de son absence pendant un mois tout grand.

Et j'étais là, dans ma chambre, avec la figure tartinée d'argile à papoter virtuellement, lorsque je crus entendre carillonner la porte d'entrée, mais je n'attendais personne, et c'était impossible qu'elle reçoive si tard, le soleil était couché depuis deux bonnes heures, au moins.

Je risquai un oeil rond, une joue crémeuse hors de ma chambre.

Se tenait dans l'entrée un petit arabe bedonnant, d'apparence bon papa et mari fidèle.

Il me regardait comme on regarde un petit animal à travers les branches d'un arbre, et moi, j'ai fait comme si j'étais la reine du quartier, j'ai marché dignement jusqu'à la salle de bain avec ma robe de chambre en serviette et mon masque craquelé.

Il devait venir réparer le câble ou répandre la Bonne Nouvelle, très peu pour moi merci beaucoup.

À ma sortie, il était encore là, avec son sourire pincé qui lui donnait un air de très gros crapaud.

-Um Clawdi! Pou-tu veni? que j'entends du fond du salon.

Non, non, je retournais à ma chambre, le visage neuf, la nudité confortable. Non, non, vraiment, laisse-moi tranquille.

-Donne-moi un instant, je m'habille.

Je suis ressortie avec le vieux t-shirt de Tchoukball que le Grand Tendre m'a prêté et que je ne lui ai jamais remis, et c'était bien assez présentable pour le chic duo qui m'attendait au salon.

-Clawdi, moi pâti mais tou va avoir lé nouveau colocataire pou lé mois.

Je regarde mon quarantenaire poilu jusqu'au yeux, avec ses bottes en été sur mon tapis d'entrée et sa montre en or plaqué bien trop large même pour son poignet viandé.

La terre ne tourne plus, mais ma tête, oui, beaucoup.

-Enchantée, monsieur.

Je lui tends une main qu'il sert volontiers.

-No, no, pas lui. Ici.

Il y avait un troisième comparse que je n'avais pas vu. Un troisième comparse de six pieds passés, avec un âge qui ressemble au mien, un ventre dur et une grande paume ouverte.

-Salut. Moi c'est Amin.

-Salut. Claudia. Enchantée.


Et on s'est serré la main longtemps, et c'était pas si mal, finalement.

12 août 2009

Ce sera bon

Marie fait trotter ses orteils vernis. Je pars dans trois minutes que je lui ai dit.

Elle n'a pas fini de m'attendre coin Maisonneuve et St-Denis.

C'est qu'elle est jolie, Marie. Elle me met en retard par coquetterie.

Une fois assise dans un wagon filant vers le centre-ville, je croque des cerises, j'en empile les noyaux au creux de mes joues.

J'ai hâte de lui raconter. Hâte de lui annoncer la bonne nouvelle.

Berri Uqam neuf minutes plus tard, je mitraille une poubelle avec fracas, c'est la grande classe, mais pas question de ralentir mon pas, Marie m'attend, et elle va probablement être en robe à se faire tourner autour par quelques petits bonshommes aux nombrils luisants.

Je lui envoie la main. Elle est là, bien droite sur son bout de trottoir, son sac dans les mains, mine de rien. Elle est toute en jambes et en lèvres aujourd'hui. Une bien belle teinte.

-Femme! Bonjour!

-Salut! Désolée, je suis en retard.


Elle ne me reproche rien, me dit plutôt qu'elle n'attendait que depuis dix minutes. Je la complimente sur son rouge à lèvre. Elle s'exclame en mignonnette.

-Marie. Marie, devine quoi.

-Quoi?

-Marie. J'vais être toute seule pendant un mois. Ma coloc retourne en Chine!

-Femme! C'est merveilleux.

-Marie! J'vais organiser un party! Des partys! Plein de partys! On va faire du bruit, on va piler sur son lit, j'vais me laisser traîner, j'vais pas rien laver! On boira, on fumera dans l'appartement, et je n'arroserai absolument pas ses plantes.


Elle rit.

-Marie! Réalises-tu? Réalises-tu? Je vais mettre tous les thermostats à trente-cinq degrés, je vais prendre des bains de trois heures, je vais accrocher tous ses sous-vêtements jaunes à la corde à linge et je vais les laisser là tout le mois.

-Oui madame. Et tu m'inviteras à coucher, et on se fera des soirées de filles avec des masques et des petits pots de crème.

-Ah, Marie. Ce sera bon.

22 juillet 2009

Claude Legault

Claude Legault coupe du bois avec une hache rouge

Claude Legault se lève de bonne heure pour préparer des déjeuners au lit

Claude Legault cuisine sur le grill

Claude Legault a de gros biceps blancs

Claude Legault va à la chasse dans le Nord avec ses chums

Claude Legault ne parle jamais de sa blonde au lit

Claude Legault aime son père et respecte sa mère

Claude Legault aiguise ses couteaux de cuisine

Claude Legault pleure dans le garage en donnant des coups de marteau de temps en temps

Claude Legault déjeune avec de la viande, plusieurs oeufs et des shakes de protéines

Claude Legault balance ses enfants à une main

Claude Legault amène les enfants de l'équipe de soccer manger de la crème glacée après les matchs

Claude Legault porte une casquette à l'envers lorsqu'il bricole

Claude Legault ne trempe pas ses Pattes d'ours dans du lait

Claude Legault fait ses changements d'huile

Claude Legault donne des coups de poings dans les murs

Claude Legault oublie ton anniversaire mais s'excuse avec un très gros bouquet de fleurs

Claude Legault amène sa femme à la pêche, pose les vers sur les hameçons et rame tout seul

Claude Legault ne te trompe pas

Claude Legault fait des tours de char avec son père

Claude Legault cire sa voiture

Claude Legault lance les enfants dans les airs

Claude Legault amène une glacière à la plage

Claude Legault ne se coupe pas en se rasant

Claude Legault peut faire faire six bonds consécutifs à n'importe quel galet

Claude Legault sait dire quel temps il fera demain

Claude Legault relâche les insectes dans la nature

Claude Legault se lave avec une barre de savon et une débarbouillette

Claude Legault donne des fessées

Claude Legault porte une montre

Ah, Claude Legault

20 juillet 2009

21

La fête tous les soirs, l'été chaque nuit, se baigner tout habillés, mais est-ce de la coke dans leur nez?

Je me présente comme écrivaine avec foulard et lunettes vides.

Des cernes bleus sous mes yeux. Poches de thé, tranches de concombre, bois de l'eau, roule la caféine, ce n'est pas encore le temps d'être laide.

On m'aime de tous bords tous côtés et je n'ai rien à répondre.

La plage, les épaules qui tirent le buste pointu, tombe endormie sur le sable, rêve au cancer de la peau.

Des grains de beauté partout dans mon dos, et des taches de rousseur sur mon nez, c'est nouveau.

Mélanomes, qu'est-ce qu'un mélanome? Il est quatre heures du matin et je poche mes yeux à tout lire sur les mélanomes.

Un garçon à chapeau. D'où est-ce que tu sors, mais d'où est-ce que tu sors qu'il me répète avec son sourire creux dans mon oreille.

La musique est forte mais je n'entends que lui.

Regarder un écran, commenter et rire, gin à mes lèvres et ses lèvres sur mes lèvres, et il glisse ses doigts entre les miens comme ça, pour rien.

Ses yeux sont bleus et je lui apprends à les fermer lorsqu'il m'embrasse.

Être enceinte. Acheter des tests. Les couvrir de pipi et les laisser traîner parce qu'on n'est pas vraiment enceinte.

Aimer une Marie qui me complimente sur ma belle mâchoire et me peigne avec ses doigts.

Sortir danser, faire cavaler nos jambes nues et collectionner les regards dédoublés.

Aboutir chez un étranger qui pense avoir gagné le gros lot, le duo gros lolos.

Repartir avec le premier métro en le laissant avec les yeux rouges, le rire jaune et la bourse bleue.

15 juillet 2009

Au parc

Il y a des enfants, des bourdons et des fleurs.

Les enfants courent les bourdons et les bourdons courent les fleurs.

Il y a un homme, là-bas, brun et reluisant, bien assis, tout ouvert, qui regarde qui le regarde.

Il y a des vieux avec du pain, des jeunes avec du vin, des cyclistes à boîte à lait, des casquettes, des ballons, des running shoes, des trèfles et des fourmis.

Il y a une maman canard, des bébés canards, un avion qui pond des nuages, une musulmane qui a chaud, des papas pousse-pousses et des chiens en laisse.

Il y a l'herbe, le soleil, et mon bikini neuf.

Mais toi, t'es pas là.

12 juillet 2009

Rencontre du deuxième type

Il y a la sexy, avec du crayon à lèvres et des robes décolletées, des cheveux comme des jardins et des talons dorés.

Elle sait. Elle s'offre. Elle joue la comédie.

Et il y a la sexy, penchée, en shorts de jean filés, qui ramène une mèche derrière son oreille avant de boire à la fontaine, qui échappe une bretelle mais ne le remarque pas.

Elle ne sait pas. Elle se contente d'être. On lui prend, on lui prête.

Hier, je me promenais.

J'avais soif, et il y avait ce restaurant rouge et or qui affichait de délicieux breuvages.

Sa mère l'a appelée au comptoir quand j'ai commandé à boire. Elle sortit des cuisines de son petit pas rapide et poli.

Une chinoise jolie jolie.

Elle portait une robe noire et sobre, au tissu épais et à la coupe rigide. Serré autour de sa taille, un tablier fleuri, avec du rose et du blanc, et de la dentelle bordant les bretelles.

Ses cheveux tenaient en un chignon échevelé, aux mèches serpentines à la vapeur des cuisines.

Elle s'essuya les mains et me salua en souriant, en s'inclinant.

C'est qu'elle ne parlait ni français, ni anglais.

Elle saisit un grand pot de poudre goûteuse, prit une cuillère, en versa deux fois dans un malaxeur, alla chercher un autre pot, en ressortit deux cuillerées, ajouta une quantité soigneusement mesurée d'eau, et chacun de ses gestes étaient minutieux et délicats.

Et lorsqu'elle se pencha pour atteindre la glace du congélateur, son col rond bailla, découvrant son cou en contre-plongée, une vue magnifique sur sa vallée.

Le niveau de la glace était bas, elle se pencha d'avantage, et son col recula encore, découvrant le rebondi de ses seins blancs et dodus, nus sous le tissu de sa robe.

Elle racla une tasse bien pleine, et son col se relâcha complètement, sa poitrine eut une petite vague, ses mamelons sautillèrent pour une brève apparition.

Je les ai vus, je les ai vus, je les ai vus.

Sitôt aperçus que j'ai fait un tour sur moi-même, que je me suis vivement détournée pour fixer une quelconque breloque, un dragon moustachu, je ne sais plus, pour cacher mon sourire qui n'en finissait plus de grandir.

Et elle n'a rien vu, elle n'a rien su, elle a planté une paille dans mon verre et m'a rédigé une facture à la main.

8 juillet 2009

Non, je l'enlèverai pas.