Je m'ennuie de l'époque où j'écoutais la lutte à la télé.
La grosse lutte américaine sale, où on te prend pour un con, un vraiment très très gros con.
Avec de la violence et du cul, du cul huileux, bronzé, parfait, et des drapeaux américains partout, partout.
L'écran en coin de salle diffuse un match sur mute.
Ozzy gueule par dessus.
Tout est parfait, tout est parfait.
3 juillet 2009
Triple H
Fabulé à 00:20 8 commentaires
Libellés : Humeurs de bars.
2 juillet 2009
Allume
Arrête de me regarder.
Tu ne m'intéresses pas.
Merde.
Avec ta Labatt bleue. Ton petit air de séducteur. Ton vieux t-shirt et ta coupe de cheveux cheap.
J'ai bu le cocktail que tu m'as fait apporter. J'ai remercié le serveur et je l'ai bu sans même jeter un regard à la salle.
Qu'est-ce que tu attends, comme ça? Le bar se vide, les gens quittent un à un, mais toi tu restes là. Accoudé au bar. Ne comprenant pas l'anglais.
Tu me fixes comme un prédateur.
Mais parfois, ton regard se perd et tu tombes dans la lune.
Tu as quarante ans, risible petit bonhomme.
Arrête de me regarder.
Tu ne m'intéresses pas.
Merde.
Fabulé à 23:50 4 commentaires
Libellés : Humeurs de bars.
Rappel logique
Lisez Billy (avant) avant Billy (après).
Fabulé à 23:34 1 commentaires
Libellés : Humeurs inclassables
Billy (après)
Je te vois, Billy.
Toujours bien habillé, la chemise pressée, l'ourlet appuyé sur ta ceinture à boucle dorée. Tu prends soin des jeunes parce que ça te fait plaisir, Billy.
Tu donnes la moitié des verres que tu sers, tu prends des nouvelles, tu refuses les pourboires, tu frottes ton comptoir, tu marches un peu parce que tu t'ennuies, tu regardes par les fenêtres, tu t'assoies dans un coin en attendant que les jeunes s'amusent.
À deux heures du matin, tu as bien réussi Billy, les jeunes sont saouls, ils fument des clopes ou de l'herbe, ils parlent et partagent avec des inconnus. Ils s'amusent Billy, et toi, tu cognes des clous sur ta vieille chaise, tu te réveilles aux quinze minutes pour vérifier les aiguilles de ta montre.
"Ils ont encore une heure, encore une heure,"
Tu peux somnoler comme ça longtemps, parce que les jeunes n'ont pas beaucoup d'argent et ne consomment pas beaucoup.
Tu somnoles comme ça souvent, sauf lorsqu'il y a une femme.
Tu aimes les femmes, Billy. Tu souris, tu fais des blagues ou des jeux de mots, tu trouves des excuses pour leur toucher les mains. Elles sont rares dans ton club, et tu les aimes toutes.
Tu m'as donné un double sur la maison. Tu m'as donné un double sur toi. Mais le deuxième double était véritablement un triple, avec du soda à rabord pour camoufler le goût de ta générosité.
Tu veux me saouler, Billy? Pourquoi? Tu sais bien que je serai toujours assez consciente pour ne pas vouloir de toi.
Alors, pourquoi?
Tu veux que je m'amuse? Ça te fait plaisir, que je m'amuse, comme tous les autres?
Merci Billy.
J'ai beaucoup bu, je dois aller à la salle de bain. Tu m'ouvres la porte, tu vérifies le papier, tu rembarres derrière moi, comme tu es courtois.
Et tiens, on dirait que ça t'a donné envie, toi aussi. Tu t'embarres dans la salle de bain adjacente.
Aaah.
Qu'est-ce que c'est?
Un grand trou sous le lavabo?
Je te vois Billy, vieux salopard.
Fabulé à 23:32 2 commentaires
Libellés : Humeurs de bars.
Billy (avant)
Je te vois, Billy.
Toujours bien habillé, la chemise pressée, l'ourlet appuyé sur ta ceinture à boucle dorée. Tu prends soin des jeunes parce que ça te fait plaisir, Billy.
Tu donnes la moitié des verres que tu sers, tu prends des nouvelles, tu refuses les pourboires, tu frottes ton comptoir, tu marches un peu parce que tu t'ennuies, tu regardes par les fenêtres, tu t'assoies dans un coin en attendant que les jeunes s'amusent.
À deux heures du matin, tu as bien réussi Billy, les jeunes sont saouls, ils fument des clopes ou de l'herbe, ils parlent et partagent avec des inconnus. Ils s'amusent Billy, et toi, tu cognes des clous sur ta vieille chaise, tu te réveilles aux quinze minutes pour vérifier les aiguilles de ta montre.
"Ils ont encore une heure, encore une heure,"
Tu peux somnoler comme ça longtemps, parce que les jeunes n'ont pas beaucoup d'argent et ne consomment pas beaucoup.
Je te vois Billy, vieux Croate bienveillant.
Fabulé à 21:37 2 commentaires
Libellés : Humeurs de bars.
28 juin 2009
Bédaine
On dirait que mon ventre est plus rond que d'habitude. Juste un peu. Quand je le sors. De côté, ça paraît plus. Ouais, j'ai une petite bédaine. Je suis peut-être enceinte. Mon dieu, peut-être.
Comment je lui annoncerais ça?
Grand Tendre, on doit parler.
Grand Tendre, faut qu'on parle.
Grand Tendre, j'ai une nouvelle à t'annoncer.
Je suis enceinte.
Je porte ton enfant.
Ton enfant. Notre enfant.
Un enfant.
Je vais devoir me faire avorter. Avec des ciseaux et des pinces. La grosse charcuterie. Le traumatisme. La dépression.
À moins que je ne le garde.
Non.
Oui?
Je mettrais de grands chapeaux. Mes seins seraient deux lourdes gourdes serrées dans de longues robes d'été. Je promènerais mon bébé, protégé du soleil dans un joli landau, et les gens se pencheraient pour me dire que c'est le plus beau.
Oh, quel beau bébé madame!
Merci, merci.
Il aurait un nom funky, comme Cyrus. Et une chambre verte.
À moins que ce ne soit une fille.
Une petite fille.
Une Margaux, avec un X.
Emma Éva Emilie
Lola.
Lola, ça serait malsain.
Il doit bien me rester un ou deux tests de grossesse.
Petit pipi.
Ah.
Non.
Dommage.
Fabulé à 17:24 14 commentaires
Libellés : Humeurs de bêtises
26 juin 2009
25 juin 2009
This is the end
Il ne sait pas fredonner sans fausser.
Il a un orteil avec la forme très exacte d'une enclume.
Il parle anglais en aspirant toutes ses voyelles.
Il aime les sandwichs à la crème glacée, le Crush à l'orange et les céréales Vector.
Grand Tendre, ayant retrouvé un poste de gérant de bar bien mieux que celui qu'il avait perdu, avec grande crise et fracas, voilà trois ans, tope le soixante heures semaine depuis le début du printemps.
Et il va, et il vient, du bureau au bar, du bar au bureau, à faire des doubles, et parfois des triples lorsque vraiment, on exagère.
Entre le boulot, les pratiques et le dodo, on s'est que très peu vus.
C'était pas plus mal, en fait. De mon côté, je me promenais, je célébrais, je rencontrais des gens.
Du sien, il travaillait.
Et lorsqu'on se retrouvait enfin, je lui racontais toutes mes histoires, j'étais une gamine heureuse dans les bras de son amour de Monsieur.
Puis juin est arrivé.
Juin, le mois où Madame revenait.
Il ne savait toujours pas ce qu'il ferait avec toute cette histoire. Il ne savait rien. Il ne voulait pas en parler. Il se sentait de plus en plus lourd.
À force de ne pas en avoir de nouvelles, j'ai fini par oublier, par me dire qu'au fond, rien ne changerait, qu'elle ne reviendrait pas, que je continuerais à sourire aux passants en me rendant chez-lui, et qu'il continuerait à m'écrire de petits mots salés jour après jour après jour.
Mais voilà, c'est fini, il m'a annoncé qu'elle rentrait définitivement demain.
-Je... Je vais lui laisser une chance. Je vais la laisser s'installer, et on verra, on verra si les choses vont s'arranger.
Ce soir, je suis passée le voir pour une dernière fois. Il m'a montré son bureau et ses coups de soleil, puis on s'est rendus chez-lui, enfin, chez-elle-et-lui.
Nous avons commandé du poulet, il est descendu en pantalon pyjama nous chercher à boire, et j'ai pleuré.
Te rappelles-tu des journaux, de la crème glacée frite, des petits biscuits chinois?
Des chambres d'hôtel qu'on louait en combinant tout notre argent?
Des disques lancés à travers le salon?
De tes bisous sur ma joue ronde de boule de gomme?
De la trace de nez aux carreaux des fenêtres où je t'attendais?
De tout ce que j'ai pu te dire au travers d'un rideau de douche?
De la guitare, des steaks, des joins, des sandales à retirer, de ton jean immensément troué?
Des messages sur pagette, des pauses, des vingt-cinq sous et des salles informatiques?
Tu sais, quand j'écoutais des amis me raconter leurs belles histoires d'amour, je me plaisais à penser que la nôtre était mille fois mieux.
Quand je me sentais un peu triste, un peu seule, j'avais hâte de te voir pour aller mieux.
Quand je vivais quelque chose digne de mention, j'avais toujours envie de te le raconter en premier.
J'espère qu'elle t'aime autant que j'ai pu t'aimer.
Fabulé à 09:41
Libellés : Humeurs d'amoureuse
22 juin 2009
Je passe tous mes moments de libre à prendre des douches, me coiffer, et faire la fête jusqu'aux petites heures. C'est l'été. Je bloguerai de tout ça bientôt.
Fabulé à 14:42 5 commentaires
18 juin 2009
Les plaisirs de la vie
Thomas est un ami, très grand, très large, avec une gueule carrée, une bouche toute en pulpe, des sourcils épais, et une tête bien garnie.
Thomas est mon ami straight.
Ingénieur et papa, il ne boit pas d'alcool, ne fume rien qui se fume, écoute du Mozart, joue du piano et court le marathon.
Thomas vient tout juste de revenir de Croatie, qu'il a visité pour le plaisir.
Il aime discuter philosophie, politique, science ou du sens de l'existence.
Attablée avec lui, je me commande un gros burger, une grosse bière. Il fait de même, mais demande un verre d'eau.
Je le pique, un peu.
-Tu sais, à la grandeur que t'as, c'est pas un verre qui va te faire de l'effet.
-Je sais.
-Pourquoi tu t'obstines à ne rien boire du tout?
-Parce que j'en ai pas envie.
-T'es tellement straight! Es-tu au courant de ce que tu manques, au moins? As-tu déjà bu une bière, ou un verre de vin? C'est un des plaisirs de la vie.
Il me regarde.
J'ai dépassé les bornes.
Il se penche vers la table, baisse le ton, et sa voix devient si grave que je dois tendre l'oreille.
-Je suis le gars le moins straight que t'as rencontré de toute ta petite vie.
-Pas si je me fie à ton look bon enfant.
Il balaie la salle des yeux avant de fixer son regard sur moi.
-Quand j'avais ton âge, j'ai suivi ma blonde dans le Nord, dans un petit village d'à peu près cent cinquante habitants. Je connaissais personne. Tous mes amis se trouvaient à trois cent kilomètres de distance. C'était l'hiver. Y'avait ni cinéma, ni club, ni rien. Le jour, j'étudiais. Le soir, j'étais doorman dans un club de danseuses. On me payait pour sacrer des volées au monde, et je finissais tous mes shifts à vider des bouteilles de Jack avec le proprio. Ma blonde m'a éventuellement crissé là.
Je rentrais chez-nous le soir, et y'avait rien à faire. Rien. C'était tellement plate que je me suis mis à vendre de la marijuana pour me distraire.
Je faisais l'allé-retour du village à Montréal à toutes les semaines, la valise pleine de pot, à rouler dans le tapis sans permis. Je vendais aux étudiants de mon programme qui osaient pas s'adresser aux motards. Ça me rapportait à peu près huit cent piasses par jour.
À un moment donné, j'ai cassé le nez à un gars qui m'avait pas payé, mais ce que je savais pas, c'est que ce gars-là avait des contacts dans les Hells. Ils sont venus cogner à ma porte pour me faire peur. Un gros gars, ben baraqué, m'a parlé à deux pouces du nez.
Il criait qu'il allait me peter les jambes. J'ai attendu qu'il se calme, pis j'lui ai dit "Bon, t'as-tu fini ton speech? Ton gars, là, ça fait des semaines qu'il me doit de l'argent. Je l'ai averti trois fois avant de le passer au bat. Il la méritait, sa volée. À ma place, t'aurais fait la même câlice d'affaire."
Donc je lui ai dit ça, sans m'énerver, rien, et ça leur a plu. Ils ont commencé à m'appeler pour que je vienne les aider avec des petits coups. Je supervisais un groupe qui récoltait des champs de mari la nuit. Ils avaient besoin de quelqu'un d'imposant, avec une tête sur les épaules.
Après, j'ai accepté de devenir garde du corps. C'est aussi moi qu'ils envoyaient quand qu'y avait quelqu'un à taper.
À cette époque-là, je faisais aussi pousser de l'herbe chez-nous. Les motards me laissaient tranquille, parce que je permettais à un de leur gars de vendre de la poudre au bar où je travaillais.
Et à la job, quand je remarquais une fille cute mais que j'étais trop chaud pour aller lui parler, je demandais à leur gars de me suivre aux toilettes pour me r'niper avec un p'tit quart de gramme.
J'ai fini par lâcher le bar de danseuses pour me faire engager par un gros riche, propriétaire d'une entreprise de machinerie lourde. J'étais le seul de ses employés qui savait comment l'entreprise marchait. Il m'aimait tellement qu'il m'a envoyé travailler sur un contrat d'un mois en Italie. Il m'avait dit de lui ramener toutes les factures, même les factures de putes.
J'ai rien vu du pays. C'est à peine si je me souviens y être allé. J'ai été packeté raide sur le bar open tout le long.
Pis j'me rappelle qu'à mon retour, les motards m'ont demandé d'escorter un de leur gars. Il devait transporter quatre-vingt mille piastres. On m'avait donné un gun, et je devais tirer sur quiconque s'approcherait trop de l'argent.
Finalement, ça s'est bien passé, j'ai pas eu à tirer personne. On est allés boire un coup au Solid Gold, et je me suis peté la face en oubliant complètement le gun chargé dans mes poches.
À partir de ce moment-là, ça a commencé à être trop intense pour moi. J'ai tout arrêté. Plus de vente, plus de coups. J'ai lâché l'alcool et la cigarette d'une shot. J'ai commencé mon bac en ingénierie, je me suis mis à la course à pied, et ma blonde a accouché de mon fils.
Il s'est tu pour une gorgée d'eau, avec sa bonne mine, ses dents blanches et égales, son noeud de cravate et son veston de velours.
Les plaisirs de la vie que je lui ai dit.
La honte.
Fabulé à 01:45 8 commentaires
Libellés : Humeurs anecdotiques
