23 avril 2008

Les amants

Elle revenait de chez l'amant, l'amant qu'elle croyait amoureux, pas qu'il ne l'ait pas aimée, mais il ne répondait pas à tant de passion.

C'était un homme bien, qui parlait peu mais ne mentait pas. Il aimait sa liberté, et elle, elle l'aimait, lui.

Elle était si douée pour le modeler selon ses caprices, ses désirs de gamine candide et enjouée, ignorant tout de la vraie vie. Elle ne faisait qu'une bouchée de ses horaires chargés, se faufilait de force entre ses obligations, piétinait avec désinvolture ses devoirs d'adulte.

C'est qu'il était si beau, il lui plaisait tant, avec son caractère posé, ses grandes mains en étoiles, son vieux jean et son parfum musqué. Et ses silences, son abstinence à répondre aux questions concernant tout ce qui avait attrait aux sentiments, aux projets, au futur, tout cela était interprété au gré des fantaisies romancées de la demoiselle.

Il était une forteresse d'homme où elle aimait se blottir.

Mais il n'aimait pas se faire contrôler, et chaque fois qu'elle l'obligeait à courber l'échine, une partie de lui-même se renfrognait contre cette petite qui l'aimait trop.

Ce soir, ils ont parlé. Un orage a éclaté, et de la fenêtre entre-ouverte soufflait une brise chaude et humide, chaude et humide comme une haleine, une haleine de jeune fille qui sanglote.

Et il se sentait malheureux, désolé, et en colère, aussi.

Elle ne voulait plus faire l'amour.

Pourquoi devait-elle être aussi complexe? Leur relation n'était-elle pas merveilleuse, excitante et d'une légèreté agréable? Il ne souhaitait pas vivre avec elle, il ne souhaitait pas lui tenir la main, certes, mais ils partageaient leurs impressions, leurs rires et leurs corps.

N'était-ce pas bien ainsi?

Il l'aimait beaucoup, il n'y avait qu'elle pour briser une routine dans un éclat de joie.

Il ne désirait rien de plus.

Bob Marley s'était tu. L'air était lourd. Le silence pesait.

L'homme était à la fois exaspéré et attendri par cette petite meurtrie qui pleurait doucement près de lui. Soucieuse de son maquillage, elle tentait de retenir ses larmes, elle tapotait ses joues mouillées du bout des doigts.

Sa coquetterie ne connaissait pas de limite, car c'était pour lui, tout ce qu'elle était, les tenues colorées, les rubans, les beaux parfums, le satin et la dentelle. Et il aimait tout cela, mais seulement certains soirs, certains soirs sans contrainte ni sacrifice.

Elle désirait plus, elle requérait plus, elle s'était imaginé tellement plus.

Elle pleurait, il n'était pas amoureux, ils ne feraient plus l'amour.

2 commentaires:

Miss Barnik a dit...

Kundera!

Mélo a dit...

"Sa coquetterie ne connaissait pas de limite, et c'était pour lui, tout ce qu'elle était, les tenues colorées, les rubans, les beaux parfums, le satin et la dentelle. "

C'est de loin mon passage préféré... Le passage qui me marque, m'attriste et me fais sourire en même temps...