2 août 2008

Le bar

Je travaille dans un night club africain. C'est une expérience assez particulière. Les mentalités ne sont pas du tout les mêmes, et il faut sans cesse réapprendre à penser, à se comporter, pour ne pas offusquer personne.

Par exemple, il est mal vu de refuser de manger un repas sous prétexte qu'il n'y a aucun ustensile à portée de main. Les doigts, ça sert à ça, même quand le plat est très chaud. On te ricane au nez lorsque tu t'obstines à rester accrochée à ta fourchette.

Il est également mal vu pour une femme moindrement jolie de refuser les avances d'un homme. Ils le prennent habituellement très mal. Selon mon expérience, il est absolument incompréhensible pour un homme noir de voir une femme lui refuser un rapport sexuel.

Le sexe c'est bon. Les femmes sont belles. Il est où le problème.

Ce soir, l'homme de mon coeur, barman à ce même club, était absent. Je l'ai remplacé derrière le comptoir. Et j'essayais de mon mieux de me rappeler de tous ses maigres conseils, toutes les suggestions qu'il essayait tant bien que mal de me glisser ici et là, entre mon orgueil et ma tête dure.

Le bar, c'est dur, c'est stressant, mais c'est doux pour l'égo. Tu as le pouvoir. Tu gères le bar. La fête commence par toi. Les hommes ont besoin de tes consommations pour se faire ouvrir toutes grandes les portes battantes de jardins secrets passablement piétinés.

Tu es au bar. S'offre à toi un océan de bras, de pourboires en devenir, qui ne requièrent qu'un sourire niais pour gonfler de plaisir. Tu es au bar. Tu as de l'espace. Les gens se grimpent les uns sur les autres, mais toi, tu circules librement. Tes moindres mouvements valent deux dollars. On croit en tes recettes, en ton savoir-faire, et si tes cocktails sont immondes mais que tu as l'air suffisamment confiant, ils croiront que ce sont eux qui n'ont pas le palais assez développé.

J'aime être au bar, mais reste que ce soir, il me manquait bien, monsieur le professionnel.

Aucun commentaire: