15 novembre 2008

L'armoire et la poitrine collée

Je viens tout juste de rentrer du travail.

J'ai du eye liner sur le nez. Je l'ai remarqué dans la glace, tout à l'heure, après une soirée entière à déambuler dans le grand public sans l'ombre d'un commentaire.

J'ai aussi le décolleté collé. Oui, un client a réussi a renverser son verre de coke au plus creux de ma vallée.

Mes pieds bourdonnent.

J'ai eu un quart de travail absolument dégueulasse.

Mais

Je suis heureuse.

Ce soir, je suis allée souper avec un ami. Sushis à volonté. À deux, on doit avoir mangé au moins un kilo entier de saumon cru. Bonnes conversations, c'était plaisant.

Puis, comme deux petits bourgeois, bouteilles de vins pleins les bras, nous nous sommes rendus chez un de ses amis qui réside sur le Plateau.

L'ami en question était d'une compagnie charmante. J'ai éventuellement appris qu'il travaillait pour L'Oréal.

Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'une sourde.

Chez-lui, au coeur d'une armoire enchantée, avaient été placés tous les produits L'Oréal qu'il avait reçus au fil de ses quarts de travail.

Un arc-en-ciel de crèmes anti-cernes! Une cascade d'hydratants! Une myriade de baumes, de fards, de shampooings, de fonds de teints!

C'était beau.

"Tu peux prendre ce que tu veux"

C'était encore PLUS BEAU.

Debout sur ma chaise chambranlante, je jubilais en fouillant la grande armoire de ce parfait inconnu.

"T'es sûr? Parce que j'ai de l'argent, tsé, je peux te payer! T'es sûr?"

J'ai vraiment dû faire des concessions pour ne pas repartir avec la moitié de son trésor et avoir l'air d'une grosse truie profiteuse.

Je suis partie de chez-lui la sacoche pleine de joie.

En arrivant au travail, pour faire une histoire courte, j'ai vendu 17 bouteilles en quelques minutes.

C'était la grosse cohue.

Et à un certain moment, j'ai perdu le compte des clients qui n'avaient pas encore réglé.

Panique.

Par élimination, j'en suis venue à deux clients dont je n'avais pas souvenir d'avoir reçu paiement.

Grosse engueulade avec le premier, qui n'a pas apprécié mon professionnel "Monsieur, je ne me souviens plus si vous m'avez payée ou non"

J'ai souri et battu des cils, parce qu'il avait raison d'être insulté.

Et puisqu'il criait fort, ça a suffit à me convaincre qu'il m'avait bel et bien réglée. Restait plus qu'un client à vérifier.

Le client en question était parti depuis longtemps, en laissant la bouteille qu'il avait commandé à ses amis.

Personne ne veut me régler.

Grosse crise, les amis sont scandalisés, on tente de rejoindre le salaud qui a offert une bouteille qu'il n'a même pas payée. On ne veut pourtant pas régler à sa place. On compatit pour la pauvre serveuse qui va devoir rembourser de sa poche le montant de la bouteille, mais on quitte en dansant sur le beat d'un gars qui imite un tamtam.

Je suis rouge de colère. Mon patron aussi.

Et pendant que je fais mes comptes, je réalise qu'il m'a payé. Le client m'a payée. J'ai son argent, il ne manque rien.

Ses amis pensent que c'est un écœurant.

Mes patrons pensent que c'est un écœurant.

Et moi, je ferme ma gueule, je joue la martyre pour ne pas passer pour la cruche du siècle.

"Tiens, l'argent pour la bouteille du client qui a pas payé. Ça m'fait pas plaisir, mais j'veux plus en entendre parler, okay?"



Et malgré tout, malgré ma soirée pleine de poitrine collée, de clients insultés et d'erreurs inassumées, j'étais quand même de bonne humeur parce qu'en quelque part, un étranger avait décidé de me donner des choses gratuites.

3 commentaires:

Sourcil Jaune a dit...

Non mais quel trésor auquel tu as eu droit! En plus ça vaut une fortune toutes ces petites crèmes. Je te comprends d'avoir perdu la tête un moment! ;)

Dans ton texte, quand tu as enchaîné avec "J'ai vendu 17 bouteilles", je croyais que tu avais vendu les bouteilles l'Oréal que le gars t'avait données. J'ai eu la face longue un moment! hahaha!

Nayrus a dit...

hahaha

Ça aurait été rapace rare

"J'étais tellement contente de ce qu'il m'avait donné que je me suis retournée et j'ai tout vendu! :D"

14y14 a dit...

esprit que t'es pleine de chance ma petite maudite! T'a pris quoi finalement? Ça m'interesse.