31 janvier 2009

TOC TOC TOC

-Oui?

Pas de réponse.

Bâtard. Qu'essé qu'a m'veut, encore.

J'ouvre la porte sur personne.

-Ouiii? Qu'est-ce qu'y aaaa?

Elle bondit de la cuisine.

-Tu as mis lé water for washing à hot! Moi jé né pas regardé et mes vêtements ont pédus tout lé couleurs!

À titre de preuve, elle me m'étend son chandail... blanc.

-Vraiment? Ben t'aurais dû vérifier les réglages avant de faire ta brassée.

- Pas user lé hot water, cé pas bon pour la peau! Pas bon pou lé couleurs! Mé vêtement tré neufs pédus tout lé couleurs!

- Mon savon est très concentré et visqueux. Si j'utilise ton cold water, il ne se dissout pas bien, et ça laisse des traces sur mes vêtements.

- Médium cé correct!

- T'as sûrement raison, médium c'est sûrement correct. J'étais en train de me préparer à partir, si ça t'ennuie pas...

- Aujoud'hui mets pas lé chaleur trop chaud.

- Quoi?

- Hier tu oublié lé chaleur à trente-cinq celcius, moi jé ne veux pas rentrer, je me sens pas bien, cé trop chaud, il y a les odeurs, cé pas pou moi.

Ah ben TABARNAC.

- Okay premièrement, y'a pas "les odeurs". Ma chambre ne sent pas mauvais, même pas un tout petit peu. Deuxièmement, le chauffage ne se rend même pas à trente-cinq degrés. Oui, hier j'ai oublié de le fermer avant de partir, mais il était à vingt, pas à trente-cinq.

- No, la chaleur était tré forte, la chambre cé tré petit. Au moins, au moins quarante. Jé lé senti à travers la pote.

- T'as senti la chaleur à travers la porte. Ah vraiment.

- Oui. Et jé vérifié lé factus et cé quate-vingt dollars dé plus qué l'aut hiver.

- Non, arrête, shuis désolée, mais je crois pas qu'une chambre de quatre mètres carrés remplie de meubles coûte une centaine de dollars par mois à chauffer.

- Oui, oui! Jé enlevé lé chauffage dé la salle dé bain pace que cé trop cher!

- Tu trouves qu'on est confortable dans la maison, toi? J'me gèle les orteils, même à porter des bas. J'ai la chair de poule à me faire des toasts, le matin. C'est pas normal.

- À l'UQAM cé comme ça lé chaleur

- Non, même à l'UQAM, il fait plus chaud qu'ici.

- Jé vé mettre trente dollars dé plus su lé loyer

30 janvier 2009

Vraiment content


Lorsque je le vis, j'étais sur mon tapis roulant, à pousser petits cris et poings victorieux pour supporter mon Raphaël Nadal préféré.

Lui.

Il était là, dans son petit short parfait pour faire du sport dans les années 80, à prendre place sur le tapis me faisant face.

Et y'a quelque chose que je n'ai pas compris.

Il s'est mis à courir, et en courant, il fixait son reflet dans le miroir devant lui, et les yeux dans les yeux, il se souriait.

Mais pas un sourire relax de quelqu'un qui est satisfait de courir, pas une bouche en coin dans une vague expression de contentement, non.

Un vrai grand sourire de gars en extase, la bouche pleine de dents, la figure craquée d'une oreille à l'autre.

J'ai jamais vu ça.

Pour vous aider à vous faire une idée, il se regardait comme on regarderait l'être aimé débarquant du train après une longue séparation.

La grosse jubilation, les petits yeux brillants, tout le kit.

Et ça a duré vingt-cinq minutes.

Vraiment, j'ai pas compris.

J'ai fini par laisser faire le match pour aller m'entraîner plus loin.

29 janvier 2009

Suçoter Popeye



Les cigarettes Popeye ne s'appellent plus cigarettes Popeye mais bien bâtonnets de bonbon Popeye.

Est disparue avec le petit bout de rouge l'illusion que t'en grilles une comme les grands.


Faut croire que c'est mal vu de voir un enfant suçoter une cigarette.

Je me rappelle ma toute petite jeunesse, où je me promenais sur le gros boulevard interdit avec ma casquette à l'envers et mon lecteur à cassettes Sony.

À toutes les fois que je croisais un adulte, je me plaçais un bâtonnet entre deux doigts, et je mimais d'en tirer une grosse bouffée de névrosé.

Et personne ne réagissait jamais, parce que c'était juste un enfant qui faisait ses niaiseries d'enfants, mais une fois, une seule fois, une vieille dame un peu aveugle avait fait volte face, et elle s'était mis à me crier toutes les bêtises du monde, comme quoi c'était honteux et qu'elle allait le dire à ma mère.

"Ben non madame! C'est jusse des bonbons!"

Elle a balbutié un peu, m'a dit que j'étais pas fine, et est partie dans un mélange de toux et de rires.

Et moi, je venais de manipuler mon premier adulte.

Doux fumet pestilentiel

Avec rien d'autre que des œufs, du poulet, des champignons, des nouilles, de la sauce soja et du gingembre, elle a réussi à cuisiner une soupe qui sent la charogne.

C'est prodigieux.

28 janvier 2009

L'homme cassonade - 6e partie

Patient et plein d'égards, il m'écoutait lui expliquer comment ça marche, la vie.

C'est que monsieur savait tout à propos de tout.

À tous les matins, il lisait La Presse en buvant son petit café fraîchement moulu. Il avait peint, il avait étudié, il avait lu, il s'était renseigné, il avait su écouter lorsqu'on lui faisait la faveur d'un conseil.

Et ça me fâchait! Ça me déplaisait tellement d'être ainsi dominée, mais c'était si excitant, si excitant de savoir qu'en quelque part, on avait exaucé mes vœux, on m'avait envoyé mon fantasme, un Survenant dans mon village, un homme avec du poil aux bras comme ceux que je dessinais dans mes agendas.

Et il était exactement comme je l'avais imaginé.

Grand, large, bâti, dominant, cultivé, sensible, et un peu maladroit dans ses blagues, parce qu'il lui fallait bien un semblant de défaut dans tout ça.

Parce que j'en avais marre qu'il connaisse tous mes restaurants préférés, tous mes bars, toutes mes suggestions de sorties avant même que j'ouvre la bouche, j'avais décidé de l'amener dans le Quartier Chinois, question qu'une fois, une seule fois, il ne se trouve pas en terrain connu.

À avoir habité juste en face pendant 3 ans, j'en ai mangé des beef with chinese brocolis, des wonton soups with shrimps, tellement que les serveurs aux grandes oreilles décollées m'appelaient par mon petit nom.

Et tandis que, ravie d'enfin être utile, je commandais beaucoup trop de plats pour notre appétit de deux personnes, il sortait un épais roman de sa poche pour rejoindre mes intérêts littéraires.

Lolita, de Vladimir Nabokov.

C'est l'histoire d'Humbert Humbert, un riche et très intelligent professeur de trente-six ans qui tombe éperdument amoureux de Dolores Haze, Lola ou Lolita pour les intimes, qui n'était que de vingt-quatre ans sa benjamine.

C'était un clin d'œil audacieux à notre propre relation, moi si jeune et lui si mâle.

Et après le ravissement de ma lecture, c'est moi qu'il surnommait Lola.

Piña colada

Il est neuf heures et il fait noir.

Je me cherche un endroit où traîner avec mon portable, où utiliser ma précieuse jeunesse pour faire sourire des gens que je ne connais pas.

Je me dis tiens, pourquoi ne pas entrer ici, ils ont de l'alcool et un homme roux qui m'a par le passé donné des choses gratuites.

C'est que j'aime vraiment les choses gratuites, même si c'est un peu gros tout ça, un peu lourd de toujours évoluer dans un monde d'hommes qui ne sont que gentils dans l'espoir de me croquer une fesse.

Mais bon, quand j'aurai cinquante ans et un derrière montgolfière, je regretterai de ne pas avoir su en profiter.

Alors autant entrer.

Je suis donc installée sur une banquette, j'occupe une table pour six personnes en croquant en premier toutes les cerises qu'on a ajouté à mon verre, et alors que je vous écris ces quelques lignes, il y a un Africain qui s'essaye.

Et il s'essaye fort. C'est d'ailleurs la deuxième fois en deux jours. Hier, c'en était un autre, plus vieux, qui s'était installé à ma table comme si c'était mon p'tit pote, et qui attendait, comme ça, l'air de rien, que j'aie envie de faire la conversation à un ventru parfumé à la friture.

Et c'est toujours les mêmes questions poches.

"Salut. Comment vas-tu. En quoi étudies-tu."

Et y'a un malaise, parce que je m'efforce à lui prouver à quel point je n'apprécie pas notre conversation, et lui, pauvre petit, il ne veut rien entendre, il n'a d'oreille que pour la voix de son spasmodique monsieur.

Maintenant il est parti, mon verre est vide et le serveur commence à me tourner autour, mais rien à foutre, rien à foutre, je m'ennuie de mon Tendre, mon Tendre qui m'est arraché pour trois gigantesques jours.

Un autre piña colada? Oui merci.

27 janvier 2009

La ronde

Y'a quelque chose qui m'échappe.

Cours de littérature, y'a une fille assez corpulente qui prend habituellement place devant moi.

Elle est griffée de la tête aux pieds, lunettes Armani et jeans Parasuco, avec assez d'accessoires pour avoir l'air d'un gros grelot.

Le fait est qu'elle mange n'importe quoi. Elle est grasse, mais pas grasse "rose et joufflue, avec des courbes en bonus", non, elle est juste grasse, du genre qui déborde tristement.

Et je ne comprends pas. À chaque pause, elle se lève, se dandine pour remonter ses pantalons et file se chercher quelque chose de dégueu à manger. Au premier cours, c'était 2 caramilks et un sac de chips, et au second, c'était une poutine italienne jumbo, qu'elle a goulument engloutie en embaumant la salle de classe au grand complet.

On ne peut pas blâmer l'accessibilité à de la nourriture santé. L'UQAM est en plein centre-ville.

Et ce n'est pas comme si elle ne se souciait pas de son apparence. Elle a investi pas mal d'argent dans son habillement, et porte ses vêtements serrés serrés, ce qui prouve qu'elle considère la minceur comme étant attirant. Si ce n'était pas le cas, elle se choisirait des vêtements à sa taille.

Qu'est-ce qui pousse une personne à consciemment faire des choix pour nuire à sa santé?

Je pourrais comprendre qu'elle en ait tout simplement rien à foutre, ça peut arriver après un coup dur, une rupture, ou quelque chose de psychologiquement éprouvant, mais je doute que soit le cas puisqu'elle continue à s'acheter du médium à quatre-vingt dollars le morceau.

Ça ne peut être une question de budget non plus. Une poutine jumbo, c'est environ sept dollars, soit le même prix que pour un sandwich, un jus et une soupe.

Après tout ça, t'es pas mal plein, autant qu'une poutine, au moins. Et tu te sens bien, t'engraisses pas vraiment, même à pas beaucoup bouger.

Vraiment, je ne comprends pas.

Mais je trouve ça laid.

Laid de voir une fille se bourrer la face de grosses cochonneries vides, laid de la voir nonchalamment se transformer en blob, laid de la voir souffler en montant trois marches.

Comon, marde.

Lâchez-moi les poutines. C'est pas dur, m'semble. Tu fais juste pas en manger. Tu fais juste acheter autre chose. C'est pas le choix qui manque. Et pas obligé d'opter pour du tofu non plus, il existe un juste milieu, comme avec n'importe quoi d'autre.

Et c'est pas réellement une opinion d'ordre esthétique.

On parle de la santé d'un individu, on parle du respect qu'il porte à son propre corps.

Et même si c'est un choix, j'respecte pas ça. Non, je ne respecte pas ça, comme je ne respecte pas le fumeur qui fume en clamant haut et fort qu'il a le droit de fumer parce que c'est sa vie à lui.

Pas de respect pour ceux qui se négligent avec fierté.

Et au moins, le fumeur, il a une excuse, il est dépendant physiquement à la nicotine.

Y'a pas un obèse qui soit réellement dépendant aux calories vides.

Se rassasier avec un gros cheese avec bacon, ou se rassasier avec une salade de thon, ça reste se rassasier.

Et c'est drôle, avec le deuxième choix, les veines des cuisses ne t'explosent pas, tu ne siles pas en respirant, et t'as pas à te donner une swing le matin pour arriver à te lever.

Mais encore, faut apporter une nuance, ce n'est pas tous les obèses qui le sont par choix. Certains ont des problèmes psychologiques ou de glandes, des tendances héréditaires, des intestins trop performants, et j'en passe.

Je sais tout ça.

Ce sont les autres qui me fâchent, ceux qui ont la chance d'avoir toutes les ressources pour vivre une longue vie en santé, et qui choisissent de se gâcher ça comme des kings.

Coq et porcelets

Lorsque je suis au gym, je deviens mâle.

Je pousse du métal.

J'empoigne, j'écrase, je pousse, je souffle, je dépose.

Et je monte la charge jusqu'à ne plus sentir mes membres, jusqu'à en trembler de fatigue.

Et je ne fais pas des exercices de fillettes, pas d'affaires de gros ballons ou d'haltères couvertes de caoutchouc rose.

Non, moi j'y vais pour les grosses machines, celles qui sentent la sueur d'hommes qui ont des muscles jusqu'aux yeux.

Et plus je m'entraîne, plus je sens ma musculature se définir, se gonfler, me gratifiant d'une silhouette toute en courbes.

Petite poulette devient coq.

Et en ces moments-là, je me dis que c'est bien dommage que je sois aussi hétérosexuelle, parce que je ferais une fantastique lesbienne. Je t'en agripperais des délicates, par la nuque ou par les cheveux, pour un baiser fougueux contre le cadre d'une porte.

Mais le plus beau, c'est dans le vestiaire des femmes.

Parce que mon impression de virilité est toujours accompagnée d'une très forte tendance à l'exhibitionnisme.

Je suis fière de mes efforts, je suis fière de mon corps, et j'ai envie de le faire parader un peu.

Le coq devient paon.

Le vestiaire des femmes, c'est assez joli à voir. Les filles y deviennent encore plus filles. J'ai été témoin de deux mignonnes à moitié nues qui faisaient des étirements, ou encore, deux autres sous un jet d'eau fraîche qui comparaient la circonférence de leurs mamelons hérissés.

C'était de toute beauté.

J'y prends presque toujours ma douche. Je me plais donc à déambuler en serviette, à l'affut des regards penchés, des yeux dérobés, parce que surprendre une fille à me reluquer m'est mille fois plus flatteur qu'un homme.

Les hommes sont trop faciles à séduire. Ils te regardent avec leurs yeux pleins de seins et de fesses, avec la langue lourde de salive et d'obscénités, et ils sont tellement évidents, tellement lourds dans leurs intentions.

"Excuse-moi, j'arrive plus à aligner deux phrases qui se tiennent, c'est parce que je suis en train de t'imaginer au bout de mon pénis et ça m'occupe toute la tête"

Pas que ce soit mal en soi, mais bien peu d'hommes ont ce qu'il faut pour se permettre d'agir en petits porcelets, car pour que ce soit perçu comme étant flatteur, faut vraiment être tout un mâle.

Une fille, c'est plus difficile. Elle est habituée à être courtisée. Elle a l'embarras du choix.

Donc lorsque c'est elle qui pose les yeux sur toi, ça vaut tellement plus que le petit pitou à l'affut de n'importe quelle embouchure, pourvus qu'elle soit un peu humide.

Alors voilà, trip royal d'égo, je marche sur la pointe des pieds, relève les fesses, cambre la poitrine, et une fois arrivée à ma case, flagrante nudité, j'ébouriffe mes cheveux, je me sèche à la serviette en jouant à celle qui n'en a absolument rien à foutre.

Et ça marche tellement bien. Tout est une question d'attitude. Et lorsque je surprends le reflet du regard d'une belle audacieuse..

Ouais, c'est pas mal chaud.

La GRC aime les ex-pucelles

Y'a quelqu'un provenant de "gouv.qc.ca" à Ottawa qui passe des heures et des heures à lire mes archives.

C'est soit un col blanc qui a beaucoup de temps libres, soit que je suis l'objet d'une enquête gouvernementale.

La deuxième hypothèse est nettement plus excitante.

L'homme cassonade - 5e partie

Cette partie devrait être intitulée "l'époque des vingt-cinq sous", parce qu'il ne se passait pas une journée sans qu'il se vide les poches dans une cabine téléphonique.

Je lui laissais des messages à tout bout de champ, lui racontant ma vie en entier sur répondeur, et souvent, lorsque je l'avais finalement au bout du fil, je n'avais plus rien à lui dire.

Et dès qu'il recevait un de mes messages, il arrêtait de travailler, sortait pour trouver un téléphone public, et se dépêchait de me rappeler parce qu'il savait que j'allais lui en vouloir s'il avait le malheur de me négliger.

Et je lui racontais toujours trente-six mille conneries de petite fille gênée qui veut paraître assez occupée pour avoir une vie, mais pas assez pour qu'on n'ose pas l'inviter.

"Salut! Il est midi trente-six et je t'appelle! Aujourd'hui, je prévois peut-être voir une amie, mais ce n'est pas trop sûr encore. J'ai fait un peu de ménage, et j'ai retrouvé une vieille jupe dans mon garde-robe. J'pense que tu vas l'aimer, elle est comme rose avec des pois blancs. En tout cas, j'ai des choses à te dire, donc rappelle-moi! bip."

Le bip à la fin, c'était moi qui appuyait sur une touche pour pouvoir écouter mon propre message et le refaire quinze fois.

Et je comprenais très mal le principe du beeper.

Bip, compose ton numéro et raccroche, on va te rappeler.

Non, moi, pour avoir toutes les chances de mon côté, je lui laissais des messages vocaux qui lui disaient de me rappeler.

"Salut! Rappelle-moi! clic"

Il devait donc déposer cinquante sous, écouter mon message qui lui disait de me rappeler, raccrocher, redéposer cinquante sous et me rappeler.

Et à toutes les fois qu'il le faisait, c'était avec un grand sourire fâché, parce que je l'énervais, je l'énervais tellement, mais il ne pouvait s'empêcher de me revoir.

[À continuer]

Trop gâté

-Lola, je dois te dire que je ne suis pas content.

-Oui? Pourquoi?

-Ce soir, la deuxième fois était un peu de trop. J'ai un match tantôt et j'vais être fatigué.

-Oh. Excuse-moi.

-Ça va.

26 janvier 2009

Le solitaire

Vendredi passé, au club.

23h30, la musique pulse fort mais les salles sont quasi vides. Les clients arrivent en masse habituellement vers 1h00.

Je réajuste ma ceinture, me sers un verre de luxueux jus de goyave à l'insu de mes patrons, transforme mon plateau en toupie...

Bref, je m'ennuie.

Je décide de faire un tour de salle, voir si un des troupeaux de talons hauts qui vient de débarquer n'aurait pas envie d'un petit drink avec de la grenadine.

C'est qu'elles veulent toujours se faire rajouter de la grenadine, et ce peu importe ce qu'elles boivent. Parce ce que c'est rose, je suppose. Ça fait féminin, ça va avec les ongles et les faux-cils.

-Pouvez-vous rajouter la grenadine à la bouteille du champagne?

C'est grave.

Donc, je fais un tour de salle. Avant même d'être arrivée que je suis déjà congédiée du même petit mouvement des doigts, la petite rotation du "on va commander plus tard, lorsque des hommes vont tenter de nous saouler".

Je m'arrête devant un monsieur tout seul, assis derrière le booth vide du DJ pas encore arrivé. Il a une grosse face épaisse et trouée, trace d'une acnée acharnée. Il ne parle pas beaucoup. Il ne fait que commander des doubles cognacs en me donnant des pourboires de roi.

Moi, les hommes riches et solitaires, ça m'intrigue.

Je lui apporte donc tout ce qu'il veut, et la soirée avance tranquillement.

Plus tard, je suis surprise de le voir me commander une bouteille de champagne avec une seule coupe. Ça m'émeut un peu.

Je lui apporte donc sa bouteille avec cérémonie, fais sauter le bouchon en riant comme si c'était vraiment très drôle, et lui verse le tout d'un geste élégant, en faisant bien attention de ne pas toucher la coupe au risque d'être malpolie.

Puis je lui demande humblement de bien vouloir me régler tout de suite, prenant la peine de lui expliquer qu'il s'agit d'une consigne très stricte de mes patrons.

Il me laisse trente dollars de pourboire.

Je le quitte d'une petite flatterie, d'un tâtement chaleureux d'épaule, et retourne m'occuper de mes autres clients.

Plus tard en soirée, le monsieur me demande une seconde coupe. Je suis bien contente pour lui. En moins de 20 secondes, je la dépose près de sa bouteille et me sauve rapidement pour ne pas retarder mes autres commandes.

À la toute fin de la soirée, alors que le club est vide et sale, je fais mes comptes lorsque mon patron m'apostrophe.

-Claudia, ce soir il y a eu une plainte contre toi.

-Euh quoi? Hein! J'ai pris soin de tout le monde toute la soirée! C'est de qui?

-Le Camerounais tout seul derrière la table du DJ.

-Lui? Ben voyons donc, je lui ai fait spécialement attention!

-Il dit qu'il t'a donné 50$ de tip mais que tu ne lui as même pas versé son champagne, que tu n'es jamais retournée le voir pour savoir s'il allait bien, que tu l'as forcé à payer immédiatement, et que tu ne lui as jamais apporté la coupe qu'il t'a demandée.

En gros, le monsieur se sentait tellement seul qu'il a décidé d'aller faire une plainte à mon patron par désir d'avoir une conversation avec quelqu'un qui s'intéresserait vraiment à lui.

Et il a menti du début à la fin question de se faire une histoire encore plus palpitante, allant même jusqu'à exagérer le montant du pourboire pour faire peser plus lourd son indignation.

C'est franchement triste.

EDIT: Suite à vos commentaires, je réalise que ça se peut très bien qu'il s'attendait à ce que je boive sa bouteille avec lui, d'où sa demande pour une seconde coupe. Il se serait donc plaint parce qu'il était vexé de m'avoir vu passer en coup de vent sans m'arrêter pour siroter tranquillement ses bulles d'homme riche.

J'y avais même pas pensé.

23 janvier 2009

L'homme cassonade - 4e partie

Plusieurs semaines s’écoulèrent entre notre première et notre seconde rencontre.

Il avait décidé de ne plus me voir. Il ne se présentait plus au restaurant, il ne retournait presque plus mes appels, et lorsqu'il le faisait, c'était pour s'obstiner à toujours refuser mes invitations.

C'est qu'il se sentait très attiré par moi, mais à la maison, il avait une copine, et bien que depuis longtemps, leur relation battait de l'aile, qu'ils ne se parlaient presque plus et évoluaient chacun de leur côté, ce n'était pas une raison pour la tromper.

Lorsque je l'ai eu au bout du fil, j'ai jugé bon de lui mentionner que j'allais profiter de notre sortie pour inaugurer mon tout nouveau bikini, qui était un peu petit mais tout de même bien joli.

J'ai usé de mon insistance la plus enjouée, et puisque j'avais tout planifié, tout organisé, devant tant de bonne volonté et sous prétexte d'amitié, il a finalement cédé.

J'avais rendez-vous avec lui à midi.

Pour l'occasion, j'avais préparé un gros pique-nique bourgeois destiné à lui séduire la bedaine.

Pain baguette et petits fromages, fines pâtisseries, sandwichs, salades et chocolat noir, avec tous les condiments possibles et inimaginables emballés un à un pour le plaisir de son bon palais.

J'ai quitté mon appartement avec un sac à dos lourd de nourriture pour six personnes.

Et il fut encore en retard, mais lorsque je le vis jogger vers moi dans sa camisole, son short, ses muscles et son hâle, j'eus tôt fait d'oublier l'heure.

C'était à s'en mordre les jointures.

Puis nous nous sommes perdus, nous avons pris des raccourcis en escaladant des clôtures, et après avoir marché beaucoup trop longtemps dans la canicule, nous nous sommes finalement installés entre les grosses racines d'un chêne pour être contraints à nous rapprocher.

Dans la fraîcheur de l'ombre, il y avait deux ou trois moustiques, et puisque j'étais parfumée et couverte de sueur, ils m'avaient en haute estime. Je chargeai donc mon compagnon de surveiller ma peau à l'affut de leurs morsures, et il accomplissait sa tâche avec beaucoup de doigté.

La ville n'était plus qu'un murmure dans le bruissement des feuilles.

Puis nous avons mangé, nous avons discuté, et un peu plus tard, alors que j'étais couchée et lui assis, il m'a fait beaucoup rire, et un des bonnets de mon bikini doré n'a pas su contenir tant de gaité.

Tandis que je rattrapais mon souffle, il retenait le sien.

21 janvier 2009

L'homme cassonade - 3e partie

Il m'avait laissé son numéro.

Je lui laissais des messages faussement désintéressés, l'invitant à sortir, peut-être, si ça lui tentait, mais ce n'était pas vraiment grave s'il était occupé, parce que de toute manière, je planifiais faire autre chose avec mes mille millions d'amis.

La vérité est que de peur de rater son appel, je prenais mes douches avec le sans-fil roulé dans une serviette.

Puis on s'est donné rendez-vous pour dîner.

C'était une lourde journée d'été, si chaude que j'en avais le souffle coupé sitôt sortie du luxe de la climatisation.

Je m'étais achetée une robe de coton blanc, avec un jupon tout léger qui se gonflait au rythme de mes pas. Et lorsque je filais sur les trottoirs, c'est l'ensemble de mes courbes qui rebondissait, et le jupon, fidèle à la cadence, se soulevait par vagues juste assez haut pour donner l'hypnotisante impression qu'à regarder attentivement, on entreverrait tôt ou tard le tendre repli d'une fesse.

Il n'en était rien, bien évidemment, mais je me plaisais à faire semblant.

Petits escarpins, petite sacoche, j'ai glissé un papillon dans ma chevelure et ai quitté mon gratte-ciel avec la ferme intention de créer une obsession.

Il fut en retard.

Je dus attendre dans la canicule pendant beaucoup trop de minutes à mon goût, et les hommes sifflaient, gueulaient et klaxonnaient, et je me sentais ridicule, mais à un certain point, on m'a offert de l'argent, et j'ai crié des bêtises avant de me réfugier dans un Belle Province où finalement, ce ne fut pas vraiment mieux.

Dégoulinant de sueur, il est finalement arrivé sur une bicyclette, et la trace humide sur mes deux joues ne me déplut pas du tout.

Nous nous mirent en route vers un restaurant. Je marchais à ses côtés, et lui, comme un acrobate, un professionnel, il roulait à une vitesse très lente sans jamais poser pied à terre.

"En ville, il faut toujours être prêt à rouler pour éviter les collisions. Faut être un prédateur, pas une proie."

Et en entendant ça, j'ai éclaté de rire.

Grand Tendre, le Prédateur Urbain.

Et c'est sous la pression de mes rires qu'il descendit de vélo.

Nous sommes finalement allés faire un pique-nique près de la fontaine de la Place des Arts. Descendus au niveau du bassin, nous avons discuté pendant un bon moment.

J'étais tout sourire tandis que ma peau brûlait tranquillement au soleil.

Lorsque vint le moment de remonter, le rebord était trop haut, et je n'étais pas habillée pour faire de l'escalade. Face à mon embarras, sans me demander de permission, il a enjambé le béton, s'est penché vers moi et m'a soulevée par la taille bien haut dans les airs.

J'étais minuscule entre ses biceps paradisiaques, et après de longues secondes d'incrédulité, lorsque, bien gentil, il m'a déposée près de lui, nous nous sommes regardés, il y eut un petit silence gêné, et je savais que désormais, c'était trop tard, c'était fini, j'en rêverais toutes les nuits.

L'homme cassonade - 2e partie

Après ma première rencontre avec Grand Tendre, il s’est mis à fréquenter le restaurant où je travaillais. Lorsqu’il en franchissait le seuil, mon cœur sautait, et d’un subtil jeu de regards, je lui indiquais où se trouvait ma section. Il revenait une ou deux fois semaine, sans rendez-vous ou promesse d’une prochaine fois, parce que c’était une très grosse agace qui savait parfaitement comment se faire désirer.

Et pour le désirer, je le désirais. En retard, pas en retard, je me maquillais tout bien chaque matin juste au cas où un grand baraqué débarquerait dans la journée. Aux petites heures, je sautais dans des taxis où les chauffeurs, me voyant toute pomponnée descendre d’un gratte-ciel aux allures d’hôtel, croyaient que j’étais une jeune escorte au sortir du boulot, et me faisaient de fausses blagues pleines d’avances pour tenter d’échanger le prix de ma course contre un peu de travail manuel.

Et après avoir rencontré mon Grand Tendre, mon travail m’est devenu infiniment désagréable. J’agonisais ses absences. Je levais des yeux pleins d’espoirs dès que j’entendais le grincement singulier de la porte d’entrée. Les vieux bonhommes qui redemandaient du café à l’infini juste pour pouvoir regarder entre mes seins me dégoûtaient encore plus qu’à l’habitude. Ils étaient bien loin du grand érudit aux mèches caramel qui ne venait que pour m’entretenir de choses et d’autres de la vie, en repoussant toujours son assiette à peine entamée au coin de la table, pour nous faire plus d’espace, parce que c’était dégueulasse, et parce qu’il ne venait pas au restaurant pour la nourriture.

Et lui, lorsqu'il regardait entre mes seins, je ne le surprenais jamais parce que c'était un gentleman.

Et puis un jour, il a appelé au boulot, et l’autre serveuse, celle que je trouvais tellement laide et vulgaire, a hésité un instant avant de me le passer, c’est qu’elle aurait aimé le glisser entre ses draps poisseux, mais trop tard, j’avais la puce à l’oreille, et en saisissant le combiné, c’était bel et bien sa voix, son accent intelligent qui m’invitaient enfin à sortir.

J’ai littéralement cru que sous la pression, ma poitrine allait se déchirer, s’ouvrir toute grande, et que du trou sanglant bondirait mon cœur pour faire une petite gigue sur le comptoir de service.

Et à partir de ce moment, nous nous sommes vus à l’extérieur de mon lieu de travail, et ce fut le début de plusieurs mois d’effleurements et de gonflements avortés, parce que nous avions tout le temps du monde avant de passer aux choses sérieuses.

20 janvier 2009

Papa! Papa!

Soirée paresseuse avec Grand Tendre, petit restaurant de quartier, on parle de tout et de rien.

Et puis il me lance spontanément:

"Toi Lola, veux-tu des enfants?"

Je lui réponds simplement, sans trop me creuser la tête.

"Des enfants? Oui, je pense. Mais pas tout de suite. Début trentaine, ou peut-être un peu avant. Je sais pas si je ferais une bonne mère! Mais sûrement, oui."

Et puis je réalise que, puisque sa question sortait carrément de nulle part, il est probable que ce soit un sujet auquel il réfléchit depuis quelques temps.

Qui plus est, ça concorde parce que lui, il est en âge pour ça, et il ferait un bon père.

Puis ça me frappe.

"Et ta blonde, elle en veut?"

"Oui"

"Elle t'a dit qu'elle en voulait..... de toi?"

"Oui"

Oh wow.

Oh fucking wow.

C'est ça. C'est ça qui lui trotte en tête. C'est un volet de sa décision auquel je n'avais absolument pas pensé. Parce que je ne pense pas à ça, moi, les enfants.

Ça vient tellement complexifier la situation. Si elle souhaite lui faire des enfants, il n'est plus simplement question d'un choix entre deux femmes, mais bien une grande décision quant à son futur en tant qu'homme.

Elle, elle est en âge de le faire père dans un futur imminent.

Pas moi.

Pas que je n'en veuille pas, au contraire, advenant que tout ça se règle en ma faveur, et que notre relation, à travers les années, continue sur la même voie en termes d'affection et de complicité, je le verrais très bien être le père de mes enfants, mais tout ça, c'est lointain, ça me dépasse.

Haha. Je l'imagine rentrer à la maison avec des sacs d'épicerie pleins les bras, des marmots pleins les jambes, des papa! papa! pleins les oreilles...

Hm.

Mais elle, elle pourrait les lui faire très bientôt.

Je suis toute mélangée. Impossible de compétitionner avec ça. Et elle doit l'aimer gros comme le monde pour souhaiter porter ses enfants. Mais s'engager dans un contrat aussi immense avec quelqu'un avec qui on a déjà sérieusement mis en doute sa relation, ça ne fait aucun sens.

Et je m'en fais peut-être pour rien.

Sûrement pour rien, en fait.

J'extrapole probablement sa petite question aux extrêmes.

Ou peut-être pas.

Enfin bon, je vais m'enlever ça de la tête, parce que de toute manière, y'a rien que je puisse y faire.

Mais des enfants...

Wow.

19 janvier 2009

Lé Bam bam

-Aujould'hui tu as invité lé homme et tu fé beaucoup lé bruit, lé bam bam tré fort, ça empêche moi dé dormi, j'émeré à l'aveni arrêté fér lé bruit.

Moi ce que je trouve dommage, c'est qu'elle aille l'oreille aussi fine pour ce genre de choses.

Y'a pas eu lé bam bam.

Y'a eu du croque-oreiller pour éviter lé bam bam. Y'a eu un lit éloigné du mur pour éviter lé bam bam. Y'a eu un couple très désireux de ne pas faire lé bam bam, pour ne pas offusquer personne, même si dans le monde des gens normaux, on ne s'offusque pas d'entendre les froissements de deux belles, bonnes et saines personnes passant un agréable moment de complicité et d'affection.

On les envie, peut-être, mais on ne s'offusque pas, parce que tant mieux pour elles, merde.

Elle n'a donc rien entendu de mouillé, et s'est basée sur nos rires pour deviner ce qui se passait derrière ma porte fermée. Et je ne serais pas surprise qu'elle soit silencieusement restée plantée juste en face de ma chambre, l'oreille avide par curiosité malsaine, par jalousie inavouée, par répulsion, et surtout par conviction que le sexe, c'est mal, et que ça ne sert qu'à avoir des enfants après le mariage préarrangé d'un vieil homme fortuné et d'une délicate pucelle.

Sa vision du bonheur, c'est d'étudier sans arrêt, et sitôt son diplôme obtenu, de retourner en Chine afin de s'occuper de la maison de son mari, où cohabitent déjà le trois-quart de sa famille, de la grand-mère chiffonnée au dernier bébé de la p'tite cousine, afin d'économiser le plus d'argent de leur vivant pour enrichir les générations futures.

Selon elle, une vie réussie consiste à se sacrifier entièrement au profit de la nation, et que de passer du temps à avoir du plaisir plutôt qu'à travailler pour faire de l'argent, c'est répréhensible.

Tant pis pour les communistes, tant pis pour elle.

Moi, la prochaine fois, je m'arrange pour faire décoller la peinture des murs.

18 janvier 2009

La fouine

Tu m'écœures quand tu entres dans la salle de bain trois minutes après que j'en ai passé trente-cinq à y faire un ménage intégral, juste pour pouvoir passer ton p'tit doigt de fouineuse sur toutes les surfaces, question de vérifier si j'ai bien travaillé.

J'ai envie de remplacer tes maudis œufs biologiques par les miens qui sont vraiment bien passés date.

Romantiquotidien

-Ouais, t'es pas mal chanceux, regarder le football en faisant l'amour à une femme, deux choses que t'aimes en même temps!

-T'as raison. Mais ce qui est encore mieux, c'est de regarder le football en te faisant l'amour à toi.

17 janvier 2009

Faut ben s'essayer

- Cherches-tu quelque chose?
- Oui, je me cherche un verre, mais pas un homme. Désolée.

hahaha

Être un peu saoul, ça te dénude la personnalité.

Blogoff!

Chers amis, c'est ce soir le grand soir!

Comme prévu, rendez-vous à 19h au 3e étage du St-Sulpice.

Parlez-en à tout votre monde, que ce soit aussi plaisant que la dernière fois!

Blogueurs, lecteurs, au plaisir de vous voir.

16 janvier 2009

Outre le pucelage

Je songe à acheter mon point com, parce que je veux changer mon blog de nom.

C'est en rencontrant des blogueurs que je l'ai réalisé.

-Hey salut! Toi ton blog, y s'appelle comment?

-Mon pseudonyme, c'est Nayrus.

-Ah. Mais c'est quoi le nom de ton blog

-... Les humeurs d'unaixpuchel

-Les humeurs d'une quoi?

-...Aixpuchel

-Hein?

-EX-PU-CELLE

-Ex-pucelle?

-Oui. Mais je sais à quoi tu penses, et je parle pas vraiment de fesses, enfin, oui, un peu, mais pas juste de ça.

-Euh okay! Ben j'vais aller me chercher un autre verre! On se reparle!

Et quand je me promène sur d'autres blogs, on m'appelle "l'ex-pucelle".

Ouache!

Ça fait avaleuse de manches vantarde.

Zéro crédibilité.

J'ai choisi ce nom-là pour que d'un coup d'œil, on comprenne qu'il s'agit de la vie d'une jeune femme qui n'a pas peur de provoquer.

Et pour m'attirer du lectorat aussi, je l'avoue.

Mais j'ai assez provoqué, là.

Je me gratte donc la tête pour un nouveau titre accrocheur.

Si vous avez des suggestions, je serais heureuse de les entendre.

Victoire aux nénés

Je suis avec ma copine, on magasine sur Ste-Catherine.

En fait, on ne magasine pas vraiment. Je m'arrête partout, et elle bougonne.

Puis, le comble, je vois un magasin de suppléments musculaires à quelques pas à peine de la boutique où elle, elle voulait aller depuis le tout début.

Je m'y arrête, bien évidemment, mais pas elle.

"Allô. J'peux-tu t'aider?" me dit le vendeur culturiste, avec ses veines grosses comme des vers de terre.

Incapable de complètement déplier ses bras, il a l'air d'une ancre de bateau.

Moi ça me fait rire.

Je lui dis donc en riant candidement

"Euh.. oui! C'est parce que je m'entraîne, et j'aurais besoin d'un mélange protéiné pour compléter mes déjeuners!"

Deux tonneaux de poudre et quatre-vingt huit dollars plus tard, je suis prête à payer lorsqu'entre un deuxième gros gars, qui semble aux prises avec un malheureux dilemme linguistique.

"Yo my man, j'voudrais que je tu me rembourses ça, mais j'ai pas le receipt"

À défaut d'avoir un cou, le vendeur fait demi tour sur ses pieds pour faire face à l'intru.

"Ben non, j'peux pas faire ça, y m'faudrait ta facture"

Et ainsi débuta une joute verbale ridicule, qui se résume à environ deux phrases répétées sous diverses formes, pour un total de 10 minutes de perte de temps.

"J'veux que tu me rembourses"
"T'as pas ta facture, je peux pas"
"On m'a dit que tu me rembourserais"
"Mais t'as pas ta facture"
"Mais je veux que tu me rembourses"
"Mais je peux pas"
"Mais on m'a dit que oui"
"Il te manque ta facture"
"Mais c'est pas ça qu'on m'a dit"
"Mais je peux pas t'aider sans facture"
"Mais j'ai besoin que tu me rembourses"
"Je veux bien, mais t'as pas de facture, je peux pas"

C'est à ce moment qu'un quiquagénaire noir, petite casquette grosse bedaine, entra à son tour dans le magasin.

"C'est quoi le problème là, monsieur il faut me payer, il y a la voiture de police dans la rue, et moi je bloque la rue, mais à cause de vous je peux pas bouger, alors il faudrait me payer"

Parce qu'apparemment, le client avait pris un taxi et lui avait demandé de l'attendre sur Ste-Catherine le temps qu'il se fasse rembourser.

"J'peux pas t'payer l'gros, le gars y veut pas me rembourser"

"C'est pas que je veux pas, c'est que t'as pas ta facture"

"Mais on m'avait dit que je serais remboursé quand même"

"Monsieur il faut me payer! C'est quoi le problème, moi c'est pas mon problème, donnez moi l'argent et je vais m'en aller, il y a la police, je peux pas rester"

"J'te dis que je peux pas te payer, il veut pas me rembourser"

Et tout le monde se met à crier, et moi je pianote le comptoir des doigts avec ma pile de vingts en main, en sentant que ça s'en vient, ça arrive, je vais bientôt me fâcher.

Le vendeur aussi. Il prend une grosse voix, et comme un taureau, fonce vers l'entrée en pointant du doigt la tête du chauffeur de taxi qui empêche la porte de se fermer.

"EILLE! S'IL-VOUS-PLAÎT! FARME LA PORTE! Y FAIT FRETTE! LÀ Y'A UN PROBLÈME AVEC LE MONSIEUR, Y PEUT PAS TE PAYER, PIS ÇA C'EST PAS DE MES AFFAIRES, FAK LÀ MONSIEUR, TU VAS SACRER TON CAMP"

Le chauffeur doute un peu face aux biceps joufflus, mais ne se laisse pas trop intimider. Il se met à crier, et son accent s'épaissit jusqu'à ne plus former qu'une boue de mots incompréhensibles, et on ne s'entend plus parler, c'est le chaos, et moi, je me fâche pour de bon.

Je me mêle de la situation, au risque de me faire remettre à ma place, mais au risque aussi de tout régler en deux trois phrases, et finir par payer pour que je puisse enfin sacrer mon propre camp.

Je m'avance entre le client, le vendeur et le chauffeur de taxi, qui crient tous en même temps.

Je ris.

Ils arrêtent de crier, parce qu'une p'tite fille vient de rire, et ça a juste pas rapport.

"Ben voyons donc! C'te conversation-là a aucun sens, et elle aurait dû se terminer y'a au moins 5 minutes. Toi, monsieur, t'as pas ta facture, et selon la loi, ça ne se peut pas, un remboursement sans facture. Peu importe ce qu'on t'a dit, c'est la loi, et ça sert à rien d'insister. Pis là, t'as pris un taxi en étant même pas sûr d'avoir d'argent pour le payer. Ça, c'est pas les affaires du magasin. Là tout le monde va arrêter de crier, toi tu vas sortir dehors avec le chauffeur pour t'arranger avec, pis toi, tu vas me faire payer mes protéines, parce que mon amie m'attends, et j'ai peur de me faire chicaner. Okay?"

Et je ris, je fais ma mignonne pour ma sécurité, parce qu'ils n'ont rien dit depuis le moment où j'ai ouvert la bouche, et deux sur trois ont des bras plus gros que mon crâne.

Le chauffeur de taxi sort, la porte se referme derrière lui, le client prend ses produits et le suit, et le vendeur retourne derrière son comptoir.

"Bon, quatre-vingt huit et douze, c'est ça?"

"Euh ouais. Eille. Merci, là."

Et je suis sortie.

Nénés 1, Gros Bras 0.

La bouche

Chaque femme voue une préférence à une partie ou une autre de son corps.

Pour certaines, c'est le joli galbe de leur poitrine. Pour d'autres, la courbe gracieuse de leur dos, ou encore le joli petit pli, entre la fesse et la cuisse, que leur homme aime tant mordiller.

Pour moi, c'est ma bouche charnue.

Mais pour la garder jolie, surtout en hiver, je me dois de l'exfolier dans la douche, de l'hydrater avant le coucher, et de la couvrir de baume pendant la journée.

Station Place d'Armes, le ventre rond de thé et de poulet au gingembre, j'entends le métro gronder au loin. Incapable de passer les tourniquets sans avoir d'abord trouvé ma carte mensuelle, je me bats avec mes poches, et finis par lancer un regard suppliant au guichetier, qui gratifié d'un baiser soufflé, me laisse passer.

Je saute à bord juste à temps, et m'assoie lourdement sur le banc le plus proche.

Il est très tard. Le wagon est pratiquement vide. Je serais seule, si ce n'était d'un homme debout, appuyé contre les portes du fond, un sac de sport aux pieds.

Je lui aurais donné trente ou trente-cinq ans, mais pas plus.

Je sors mon lecteur, et m'isole dans ma bulle.

Je sens son regard sur moi.

Je lève la tête, il me regarde toujours, et je crois le voir sourire, mais je n'en suis pas certaine, je fais semblant d'avoir seulement balayé des yeux le wagon vide et inintéressant.

Il continue à m'observer.

Ça m'énerve un peu, je cherche à m'occuper.

Je fouille le fouillis de ma poche, et non sans peine, trouve mon tube d'hydratant.

Je le décapuchonne et le déroule, humecte mes lèvres et tends ma bouche que je fais pleine. Je glisse le bâton de lèvre en lèvre, puis frotte celles-ci l'une contre l'autre pour bien les recouvrir.

Mah, mah, mah.

J'embrasse l'air tranquillement pour faire pénétrer l'hydratant, et repasse le bâton pour une deuxième couche.

C'est en rangeant le tube que mon regard s'est attardé aux bottes de l'inconnu, à ses bottes et à son jean, et en remontant le long du mollet, du genou, de la cuisse, à la protubérance de son sexe gonflé.

J'ai repensé au baume sur mes lèvres, au baume et à ses conséquences, et une grande chaleur me parcouru.

À la station suivante, des gens sont montés, et je crois qu'il y est descendu, je ne sais pas vraiment, je n'osais plus relever les yeux.

14 janvier 2009

Le puceau

Dans chaque groupe, y'en a toujours un qui a un drôle d'accent, qui parle comme s'il avait les cordes vocales dans les voies nasales, et qui caquète ses opinions dès que le professeur se permet un silence.

Et si t'es franchement pas chanceuse, il te suit de groupe en groupe.

Celui de mon programme est spectaculaire.

Il ne porte que des débardeurs en laine, et une ceinture, toujours une ceinture qui lui maintient les jeans au dessus nombril, et la fourche bien brochée dans la fourche.

Ses cheveux, ses favoris, et la barbe qui lui descend jusqu'au milieu du cou sont une seule et même toison d'égale longueur.

Et il arrive en retard une fois par millénaire, et je suis bien chanceuse, c'est tombé aujourd'hui.

Trois minutes après le début du cours, la prof a à peine eu le temps de dire bonjour qu'il entre en trombe dans le local, justifie bien fort son malencontreux retard, et plutôt que de faire ça subtil, plutôt que de s'installer près de la porte sans trop se faire remarquer, il traverse la salle de cours au complet, frouch frouch le manteau d'hiver, les bottes qui couinent et la respiration à gorge déployée, pour retrouver sa place habituelle dans la toute première rangée, celle juste derrière le rétroprojecteur.

Et pendant les pauses, au lieu d'aller se chercher un café comme tout le monde, lui, il se plante à côté du bureau de la professeure pour lui donner son avis sur la matière du cours, et ne se décourage pas le moins du monde lorsque celle-ci fait semblant d'être obnubilée par ses notes pour ne pas avoir à lui parler.

Il est perméable au malaise. Il va rester debout près d'elle, les bras pendants, et fera mine de s'intéresser aux murs le temps qu'il faut pour l'obliger à le remarquer.

Puis le cours repart, et il retourne fringamment à sa place.

À peines quelques minutes se sont écoulées qu'il profite d'une gorgée d'eau pour prendre la parole.

« Excusez-moi? J'aimerais savoir... En quoi la formation universitaire à la psychanalyse ne peut elle se réclamer d'une formation psychanalytique et de la technique du transfert?»

La prof soupire en essayant de comprendre la question, question qui n’a aucun espèce de rapport avec ce dont elle parlait et qui vient complètement briser sa belle lancée, et moi, j’ai envie de me lever, de marcher bien tranquillement jusqu’à son petit bureau de nerd et de lui chuchoter à l'oreille:

Voilà, c’est pour ça, c'est exactement pour ça que t'es encore puceau à 34 ans.

Raie graisseuse

Un professeur, c’est quelqu’un qui sert de médium entre une matière et des étudiants.

Enseigner, c’est prendre un sujet et en faire la démonstration de manière à susciter l'intérêt.

Parce qu'un professeur, bien avant d’être un scientifique, est un orateur. Il a la responsabilité d’enrichir et de motiver un ensemble de jeunes qui, par leur faible expérience de la vie, ne comprennent pas toujours l’utilité d’autant de matière si peu concrète, trop spécifique, ou carrément hermétique.

Ceci étant dit, être professeur, ce n’est pas lire un plan de cours ligne par ligne, sigle du cours et numéro de groupe inclus, le nez collé sur un feuillet dont chaque étudiant possède sa propre copie.

Ainsi que deux yeux pour le lire.

Et ce n’est pas parce qu’on est professeur de psychanalyse qu’on doit faire de la calvitie, ou se faire une raie graisseuse sur le côté du crâne.

Surtout lorsqu’on est une femme.

Le facebook de l'ex

Faudrait que j'aille dormir. Je suis tombée comme une roche vers une heure du matin, et me suis réveillée quatre heures après, fraîche et dispose mais toute mélangée.

Et depuis, je zigonne.

Ah, facebook. L'outil par excellence pour infiltrer la vie privée d'autrui. Mais pas qu'un peu privée, non non, vraiment très privée, du genre photos de famille et de beuveries.

Je suis tombée sur la page profile de mon premier amoureux.

Et ça me fait drôle. Trois ans de relation, une rupture, puis un malaise tellement grand qu'on ne s'est jamais reparlés.

Il a à la fois beaucoup, et pas du tout changé.

Sur une photo datant de cet hiver, il porte le chandail que je lui avais offert pour ses 21 ans. Sur une autre, une vieille paire de lunettes que j'avais rafistolées moi-même.

C'est étrange. Investir autant d'amour et d'énergie sur une personne, prendre le temps de l'apprivoiser, de la connaître, de l'accepter telle qu'elle est, et puis un jour, c'est terminé, on passe à quelqu'un d'autre.

Ce garçon est un morceau de ma vie, c'est dommage qu'on se soit perdus de vue.

Je me rappelle d'une soirée où je riais toute seule dans le train qui me ramenait chez-moi, parce qu'il m'avait enfin appelée.

Il s'assurait que j'étais en sécurité.

Je me rappelle d'une soirée où je pleurais toute seule dans le train qui me ramenait chez-moi, parce qu'il m'avais prise à reluquer un autre garçon.

Il s'assurait qu'il était en sécurité.

Je me rappelle être souvent tombée endormie sur la banquette de sa Tercel rouge lorsque, cognant des clous, il se tapait la demie-heure de route en plein bois pour me ramener chez-moi.

Je me rappelle de nos sorties à l'arcade, et des ses poches pleines de vingt-cinq sous qui tintaient fort. On tirait sur des zombies pendant des heures durant, et c'était toujours lui qui me gardait en vie.

Je me rappelle de Granby, sa grande ville natale plate où il m'amenait pour me montrer son école et les maisons de ses amis.

Je me rappelle de son petit rire d'enfant. Quand c'était trop drôle, il riait du nez, il riait en reniflant, et quand je le lui faisais remarquer, il riait encore plus fort, et c'était encore pire.

Je me rappelle de mon père qui essayait de l'enrôler en Scientologie, et vu que le pauvre était trop poli pour s'y opposer, il s'assoyait à ses côtés et lui parlait de thetans et de dianétique pendant des heures et des heures, et moi, j'attendais toujours trop longtemps avant de lui porter secours.

Ouais.

Bon.

Je n'étais pas très gentille.

Je vais aller dormir.

Le culturiste

Je suis au gym.

Deux lulus, une serviette autour du cou, un pantalon moule boule, je suis une professionnelle.

Je vois un culturiste. Les culturistes me font toujours rire. Ils sont difformes et aiment le hockey. Ils portent des camisoles de filles, ou des t-shirts avec les manches découpées, pour exhiber leurs gros bras en plastique, et quand ils forcent, ils grognent et deviennent tout rouges.

C'est magnifique.

Je vois un culturiste, donc. Je me dis "allez, va faire ta mignonne". Je lui demande conseil sur l'utilisation d'une certaine machine, une machine dont je me contrefous, avec trop de coussins, de poignées et de poids pour que j'arrive à discerner son emploi. Il m'explique comment l'utiliser en utilisant des termes savants et inutiles, comme glycogène et pliométrie, et moi je l'écoute en souriant, parce que c'est important d'écouter en souriant quand tu t'affaires à être mignonne.

Ce qu'il ne sait pas par contre, c'est que je souris parce que je suis en train d'imaginer son tout petit monsieur.

-Bon, on va te faire essayer ça. Assis-toi ici. 20 lbs, c'est parfait, vas-y.

-Ben non! 20 lbs c'est pas assez! Mets-moi en 40, shuis pas mal forte pour une fille.

Il jette un coup d'oeil à mes bras.

-Ah. Bon, 40 d'abord.

Et là, je lui parle de mon père qui soulevait des voitures dans sa jeunesse, et les concours de force qu'il gagnait, et les garçons que je battais au bras de fer, et les chemises aux manches trop étroites que je ne peux porter.

-Attends. Me laisses-tu terminer ma série avant de commencer les tiennes? M'en restait juste huit à faire.

-Ouais okay, pas de problème.

Il s'installe, charge la station à 375, soit au maximum possible, se brasse les mains, souffle un peu puis pousse, pousse vite vite vite, et fait 8 séries en 15 secondes.

Trois cent soixante-quinze livres. Huit fois.

Et moi, j'étais en train de me vanter d'en soulever quarante.

Il s'est levé, a sautillé un peu sur place, et est reparti les bras ballants, fier comme un coq.

J'aime les culturistes.

12 janvier 2009

Les souris dansaient

-Allo?

-Bonjour cher ami. Comment vas-tu?

-Belle Lola! Ça va bien. Et toi?

-Bien aussi, mais j'ai faim. T'as soupé?

-Pas encore.

-On va au resto viet?

-On est lundi.

-Ah merde, c'est vrai. Il est tout le temps fermé quand j'ai envie d'une soupe. Bon. Est-ce que je passe à l'épicerie pour que tu puisses nous préparer quelque chose de délicieux?

-Ça va, j'ai tout ce qu'il faut ici.

-Okay, dans ce cas-là, je m'habille et j'arrive?

-Oui.

-À tantôt!

Je saute dans la douche. Tous les produits y passent. Je me fais belle. Je sens que je vais passer une bonne petite soirée toute simple, j'ai hâte de me blottir contre lui.

Je sonne à sa porte, et en accrochant mon manteau, je prends bien la peine d'exhiber mon nouveau look confortable mais décadent, avec une petite veste, une camisole et un pantalon en coton qui moulent tout ce qu'il y a à mouler. Il ne m'a jamais vue habillée ainsi. Je sais que ça va lui plaire, il me répète toujours qu'il souhaiterait me voir plus à l'aise dans mes vêtements.

Ça ne lui prend pas plus d'une minute pour interrompre ce qu'il faisait et venir m'inspecter bien comme il faut.

Ça fait quelques jours que nous nous sommes vus. Nous nous sommes manqués. Ses baisers sont doux dans mon cou. De sa tête humide s'élève un parfum tiède, un parfum de shampooing et de savon, et tandis que je le hume, il me caresse tranquillement.

Je lui raconte mes dernières aventures, il se frotte les yeux en découpant des oignons. Je m'esclaffe. Il me sourit. C'est agréable.

Puis il me coupe en plein milieu d'une phrase.

-Lola, je dois te le dire, il y a Marie qui va arriver plus tard en soirée. Elle passe la semaine ici. Je m'excuse, j'aurais voulu te le dire avant, mais je croyais qu'on se serait vus plus tôt dans la journée.

La douche froide.

Marie, c'est sa blonde. Sa vraie blonde.

Car oui, de tous les hommes qui m'observent, me reluquent, me sourient et me courtisent, de tous ces hommes-là qui ne demanderaient pas mieux que de m'avoir dans leur vie, il fallait que celui que j'aime soit déjà pris.

Au début, on se côtoyait en secret. Puis son Officielle est partie en stage bien loin pour une année entière, et depuis ils sont supposés être en pause, ou quelque chose, et il l'a avertie de mon existence, mais ne l'a pas laissée, et moi là-dedans, je ne sais pas trop ce que je suis supposée être.

Une amie? Une maîtresse? Une deuxième blonde?

Ça n'existe pas, les deuxièmes blondes.

On se voit de plus en plus souvent, trois ou quatre fois semaine. On passe notre temps enlacés. Il dit qu'il m'aime. Je le crois. Il m'aime. Mais à quel point?

Autant qu'elle?

Il dit qu'il a besoin de temps. Je comprends, je sais qu'il restructure sa vie, en ce moment.

Mais savoir que madame est de retour pour la semaine, et que pendant cette semaine-là, je vais devoir complètement disparaître de son monde au risque de tomber sur elle, c'est inhumain, c'est de la torture psychologique.

Et y'a pire. Pendant une semaine entière, elle va dormir dans son lit et l'aimer d'un amour tendre, un amour renforcé par la distance et les correspondances enflammées.

Et ils vont faire l'amour, bien sûr qu'ils vont faire l'amour. Du fin fond des bois, elle devait se caresser tous les soirs en pensant à ses grandes mains veinées, ces mêmes mains qui me font tant fantasmer.

Et maintenant qu'elle l'a sous la main...

Bref, cette semaine, elle va bien en profiter et tout faire pour se le rapproprier, et moi, pendant ce temps, je vais rester à l'écart en espérant qu'une fois de temps en temps, il se rappelle de nous deux.

Et je ne sais pas pourquoi je m'entête. Mes relations amoureuses ont toujours été simples, agréables, remplies de communication et d'amour.

Mais avec lui, bien que ce ne soit pas aussi simple qu'à ce à quoi je suis habituée, j'arrive à être bien.

Et je lui laisse tout le temps du monde pour qu'il prenne enfin une décision, mais en attendant, j'ai l'impression de sécher par en dedans sitôt que l'autre débarque.

Ce soir, j'ai quitté son appartement vingt minutes après y être arrivée, avec l'estomac creux et une larme sous le capuchon.

J'espère tout simplement qu'il ne me laissera pas ne devenir qu'un agréable souvenir.


EDIT: Contrairement à ce que ce billet peut laisser entendre, je ne me sens pas particulièrement mal. Je l'ai écrit pour me débarrasser de la tension et du lot de sentiments négatifs que toute cette histoire comporte.

Je vais profiter de la semaine pour voir des amis perdus de vue, faire des sorties et m'entraîner. C'est pas plus mal.

Une moustache au St-Sulpice

22h30, je sors du gym sur mes jambes molles avec un morceau de sandwich et une nutribar à moitié mangée dans les poches. J'évite un bonhomme qui se plante en plein milieu du trottoir pour m'obliger à lui parler, et me traîne jusqu'à un dépanneur pour m'acheter un carton de lait au chocolat très gros, rempli sucre et de délicieuses protéines.

Je me suis rendue au St-Sulpice en buvant au bec de mon carton, et ai essuyé ma moustache juste à temps pour que le doorman me trouve mignonne.

Hohoho, gros monsieur plein de muscles, ne me faites pas mal.

J'y ai rencontré un manager qui parlait au walkie talkie comme un pro lorsqu'il voyait des tables à débarrasser, et j'ai confirmé avec lui ma réservation du 3e étage pour notre rencontre du 17.

Au plaisir de vous y voir.

EDIT: Bravo aux six champions qui ont votés pour Blogoli. Vous avez peu de goût, mais un cœur d'enfant.

Veux-tu être mon ami?

J'étais barmaid, samedi.

Six heures en ligne. Au début, c'était un peu boiteux, mais après une heure, je me prenais pour Grand Tendre. Awaye, trois quatre verres préparés en même temps. Deux bouteilles dans chaque main, à les faire couler d'un seul geste, comme si j'étais extraordinaire.

Pas de shooter, par de mesures, moi je fais tout à l'oeil. Oups, un once et demi ici, deux onces et quart par là, c'est pas grave, c'est pas grave, mon boss est loin, il m'a pas vu échapper la bouteille dans le verre du client.

Un homme se présente au bar. Drôle de coupe de cheveux. Urbain branché. Petite cravate. Il me commande un vermouth. J'ai pas d'olives. Il est déçu. Je fais des blagues. Il me regarde longtemps et me dit que je suis un amour. Il me laisse des pourboires de gars décontracté, et à toutes les fois qu'il s'éloigne pour aller danser, il me fait un clin d'œil.

Je l'aime, lui.

Je le regarde s'éloigner, et espère secrètement que le grand brun qui l'accompagne va le saisir par les hanches pour une salsa endiablée.

Pas juste parce que ça aurait été émoustillant, non, mais bien parce que ça aurait signifié que mon sympathique client est gai, et que j'aurais par conséquent pu lui proposer mon amitié sans qu'il ne s'imagine que je souhaite me le farcir.

Parce que je ne m'entoure que d'hommes. J'ai deux copines de filles. Deux. Ma meilleure amie, et Cristine, la fille qui a plus de talent que moi dont je n'entends plus parler depuis qu'elle est en amour.

Et franchement, je suis heureuse pour elle.

C'est que je m'entends, de manière générale, beaucoup mieux avec les hommes. Pas de comparaison, de compétition féminine.

Je parle, ils m'écoutent. J'aime ça demême.

Ce qui est compliqué, par contre, c'est d'approcher un homme sans qu'il pense qu'on fasse des détours pour dézipper son pantalon.

Dans ma toute petite jeunesse, j'étais une grande fan du "veux-tu être mon ami". Simple, clair et efficace, le message était toujours bien compris.

De nos jours, advenant que les adultes soient aussi honnêtes entre-eux, ça sonnerait plus comme ceci:

-Salut! Veux-tu être mon ami?
-Tu veux qu'on couche ensemble? Okay!

Mais la formulation qu'on utilise réellement est beaucoup plus complexe. C'est qu'on se donne la peine de bien spécifier tous les aspects de notre requête, les petits caractères du contrat, pour éviter les malentendus.

-Salut! Écoute, tu m'as l'air vraiment le fun comme personne, et je cherche rien, j'ai déjà mon chum que j'aime, mais j'aimerais ça qu'on se revoit à un moment donné, autour d'un café ou quelque chose, juste pour parler.

-Tu veux qu'on couche ensemble? Okay!

Ils en viennent toujours au même constat: elle tourne autour du pot pour me demander une baise.

Comme si entre hommes et femmes, l'amitié n'existait pas.

Et bien voilà, c'est qu'elle n'existe bel et bien pas. D'un côté ou de l'autre, il y a toujours un parti qui ne dirait pas non si on lui proposait une petite vite. Bien sûr, personne ne va jamais l'avouer, non.

"Mon amitié est dénudée de toute concupiscence!"

Mon oeil. Mon big fat oeil que je tire vers le bas pour accentuer l'incrédulité.

La réelle amitié entre hommes et femmes est fondée sur une tension sexuelle légère, très légère, qui complète une dynamique affective. On a l'impression d'aimer une personne d'avantage si on se voit coucher avec elle.

Ça ne veut pas forcément dire que les deux partis se désirent, cependant. J'ai plusieurs amis qui m'inspirent autant au sexe qu'une carcasse au soleil, mais j'en ai d'autres qui, secrètement, me plaisent bien.

Mais ça ne signifie pas pour autant que j'accepterais leurs avances si avances il y avait (au contraire, ça me mettrait probablement très mal à l'aise, et l'amitié serait brisée), mais c'est cette attirance subtile qui rajoute un petit intérêt de plus à la relation.

C'est comme ça. Et si vous y croyez pas, questionnez-vous sur vos beuveries entre amis. Une petite baisse d'inhibitions rend souvent les chummys bien alléchants.

Alors voilà. Finalement, mon petit urbain branché n'était pas gai, et compte tenu de ses yeux si doux à mon égard, je me suis gardée de lui donner mon numéro.

Faudrait pas jouer avec le feu non plus.

11 janvier 2009

Wong

Elle écoute du Spice Girls et du Céline Dion repris en chinois.

Les murs vibrent.

Moi j'me tire avant d'me tirer une balle.

10 janvier 2009

Ti-coune

Je suis au bar d'un bar.

J'entends le barman dire "Merci beaucoup, pis bonne soirée, là" sur un ton qui me semble sec.

Je lève la tête et lui souris. J'imagine qu'un client vient de lui commander plusieurs verres, et après se les avoir fait servir, est reparti sans laisser de pourboire.

Pleine de sagesse et d'expérience, je lui dis:

"On t'a pas laissé de tip? Laisse pas ça faire! Tu sais ce que tu devrais faire, la prochaine fois? Prendre un ton bien gentil, bien poli, et dire "Monsieur, seriez-vous en train d'oublier le barman?" À la place où je travaille, ben le barman, il disait tout le temps ça, et ça marchait, les clients devennaient tout attendris, et ils s'excusaient en lui remettant son dû. T'essayeras ça, voir"

Il me regarde.

"Ça fait 23 ans que je suis barman"

...

"Pis j'faisais juste dire bye aux musiciens"

...

Ouais, ben la prochaine fois, laisse donc faire les conseils, ti-coune.

Pas diabétique, juste menteuse

J'ai l'impression que j'ai abusé de mon corps ces derniers temps, et que maintenant, ça va faire le niaisage, il ne me laisse plus aucune chance.

J'ai tout le temps faim.

J'ai faim. J'ai faim. Ça me gruge par en dedans. Faut que je mange. J'avale trois bouchées, j'ai mal au coeur, je n'ai plus faim.

Vingt minutes après, j'ai encore faim, comme si j'avais rien mangé depuis 10 heures.

J'ai passé la journée à l'extérieur, à flâner dans des cafés, des restaurants et des bars, et j'ai dû dépenser au moins 50$ en nourriture.

Mais au moins je suis belle dans mes petits jeans.

Me voilà donc aujourd'hui dans un café, à écrire et à me faire déranger par des peu connus et des inconnus, quand ça me reprend.

J'ai faim. Faut que je sorte, faut que je trouve quelque chose de consistant à me mettre sous la dent.

Il est presque 20h. Plusieurs restos sont en train de fermer.

J'en trouve un qui sert du pâté chinois.

Mon dieu. Du pâté chinois. C'est ça, c'est exactement ce qu'il me faut. Ça va envelopper ma bedaine, ça va être tout chaud en dedans, et j'vais enfin être rassasiée.

J'entre avec une bouche pleine de salive et un ventre plein d'acide, et m'installe au comptoir.

"Bonjour! J'aimerais un gros pâté chinois, s'il-vous-plaît"

"Désolée mademoiselle, on est fermés"

Volte-face. Non, impossible. Réouvrez les lumières, les fourneaux, je pars pas d'ici sans avoir englouti une bonne grosse portion de steak, de blé d'inde et de patates.

"Mais madame. C'est parce que... j'me sens vraiment pas bien"

"Hein? Qu'est-ce t'as?"

"Ben... Une baisse de sucre. Faudrait vraiment que je mange"

"Okay, je comprends. Jacques! Range pas le pâté! Attends. Veux-tu des biscuits? J'vais aller te chercher des biscuits. Ah. On a du jus d'orange, aussi. Bouge pas, j'reviens tout de suite"

Et là, j'ai réalisé qu'elle pensait que j'étais diabétique.

Bon. Elle me donne des choses gratuites, et va me servir mon pâté chinois. Je n'ai pas le diabète, mais elle a le droit de penser ce qu'elle veut.

Je ne la contredis donc pas.

Et ce n'est pas comme si j'avais rééééellement menti. J'veux dire. Je ne me sentais réellement pas bien, et j'avais réellement une baisse de sucre. Pas ma faute si y'a juste les diabétiques qui disent ça "avoir une baisse de sucre".

Elle m'amène donc un gros jus d'orange et une poignée de biscuits qu'elle ne me fait pas payer, comme prévu.

"En tout cas, ça doit pas être un cadeau. J'ai vu un film ben bon avec Julia Roberts qui parle de ça, le diabète. Magnolia quelque chose, m'semble. C'tait ben bon"

Je vide le jus en trois gorgées, pour faire crédible.

"Ça va tu mieux?"

"Oh, oui. Merci beaucoup."

"Ben fais attention à toi, là! Garde toujours des biscuits dans tes poches! Quiens, en v'là pour la route"

Et elle m'en tend une deuxième poignée.

Je suis ressortie avec mon pâté chinois mais nulle part où le manger.

Traverse la rue, entre dans un bar et me dirige vers les toilettes avec mon petit sac chaud et mon gros anorak pas branché, pas tendance, pas Plateau Mont-Royal.

Et assise sur un couvert de cuvette, j'ai avalé tout rond mon butin de menteuse honteuse.

9 janvier 2009

Petites réflexions d'une journée passée en ville

Voici quelques pensées qui me sont venues en tête au fil de mes flâneries de petite bourgeoise oisive.

***
Le loquet de cabinets de toilettes publiques est l'objet le plus immonde du monde. Contrairement à la poignée de la chasse d'eau qu'on peut pousser avec un pied (je connais tous vos trucs), on ne peut pas s'en tirer aussi facilement avec les loquets.

Après avoir fait sa petite vidange, il est impossible de se laver les mains sans devoir le toucher. Par conséquent, tout le monde, sans exception, l'a tripoté après s'être exploré le génital. Et Dieu sait qu'aucun employé n'est payé assez cher pour se mettre à laver ça.

Le loquet, pas le génital.

***

Les tirages de niaiseries dans le métro ne font pas très bien paraître notre ville.

"Courrez la chance de gagner un des trois exemplaires du dernier livre de tel auteur!"

Essayer de pluguer un auteur avec un tirage de trois livres, ça fait pas mal BS.

***

Les itinérants de Montréal ont tous une petite chanson, une petite mélodie de quêtage qu'ils répètent sur le même ton, inlassablement, années après années.

***

Quand tu pars de ton bord de rue pour entrer dans le café où je me trouve parce que tu m'as vue dans la baie vitrée en train d'être occupée, c'est bien gentil, bien agréable, mais après 10 minutes de conversations pleines de faux intérêts, après 10 minutes à me donner de tes nouvelles sans que je te l'aie demandé, ça serait intéressant que tu comprennes ce qu'on appelle le "non-dit".

Le non-dit, c'est quand je te dis que c'était le fun de te revoir, que non, j'avais pas perdu ton numéro et que ben oui, on allait s'organiser quelque chose à un moment donné, mais qu'en fait je veux dire que j'ai jamais été intéressée à te connaître, que t'étais juste le gars à qui je disais bonjour dans les couloirs de l'université parce que tu passais ton temps à me sourire et que ça me mettait mal à l'aise.

Maintenant, quand je te dis que je m'en vais à la toilette, c'est aussi du non-dit pour "tu m'as assez saluée, y serait temps que tu partes".

Tu ne brilles pas par ta perspicacité quand tu me réponds "pas de problème" et que tu te tires une bûche pour attendre à ma table.

***

Soulever sa jupe et montrer sa vieille vulve en échange de cigarettes, ce n'est pas une chose à faire ni dans un dépanneur, ni ailleurs.

***

Si tu te gratouilles la chatouille sous ton manteau bien plié, n'oublie pas que je suis ta voisine de table, et que la banquette commune me témoigne ton tempo.

Masse boulière

Je me suis prise d'affection pour l'entraînement.

Et quand je me prends d'affection pour quelque chose, je deviens débile.

Je suis allée au gym il y a 3 jours, j'y suis retournée hier, et je vais m'y rendre aujourd'hui. La première fois, j'ai fait de la marche rapide pendant une heure et quart, et de la musculation pendant deux heures quelques. La deuxième, 1h45 de marche rapide, 1h30 de musculation.

Hier, j'ai marché 30 minutes, et en ai couru 30 autres. J'aurais pu continuer, mais ça commençait à être plate.

Ma masse est sensiblement restée la même (je suis moins lourde de 4 lbs), mais la masse ADIPEUSE commence à faire place à du muscle, compact et lourd.

Je suis agréablement surprise par la rapidité des résultats visibles, et par mon cardio, qui est pas mal meilleur que dans mon souvenir.

On parle quand même de la fille qui a choisi de devenir gardienne de but parce que c'était le seul poste où elle pouvait rester bien plantée sur ses pieds à regarder les autres courir comme des dindes.

Le seul hic, c'est que je suis aussi en train de perdre

MA MASSE BOULIÈRE

Et ÇA, ça ne passe pas.

Grand Tendre m'encourage à m'alimenter comme un petit porcelet pour ne pas perdre de poids. Enfin, non, il m'a juste dit de ne pas me restreindre, et de ne pas bouder les lipides.

Moi, j'ai plus l'impression que je vais pousser la folie jusqu'à m'acheter un malaxeur pour me faire des shakes de protéines.

J'ai vraiment du plaisir à m'entraîner, mais par peur de perdre mon statut de BUSTY TEEN, j'ai envie de laisser le gym, et de me gaver de Joe Louis pour récupérer mes rondeurs.

Que faire, que faire...

8 janvier 2009

Juste moi

Par un hasard que je n'arrive pas encore tout à fait à bien saisir, j'ai eu accès, cette semaine, à de l'information qui devait me rester inconnue.

Et ce que j'ai vu m'a brassée. Brassée bien comme il faut.

Rien n'est éternel. Rien n'est acquis.

Pas que je n'en avais pas déjà conscience, mais je ne l'avais pas réellement réalisé.

Et ça m'a donné un coup de pied au cul.

Un bon gros coup de pied, qui fait bondir de surprise, et en me frottant les fesses, j'ai vu ma situation sous un autre angle.

À partir de maintenant, plutôt que de me lamenter sur ce qu'on ne m'offre pas, sur ce que je pourrais perdre, je vais mordre à pleines dents dans ce qu'on me tend.

Parce que ce que j'ai est bon, est excellent même, et ce serait du gâchis que de continuer à être éternellement embarrassée, gênée, trop intimidée pour en tirer profit.

Et j'ai envie de me donner encore plus qu'avant. J'ai envie de briller, de briller tellement fort qu'on se dise "Qu'elle brille, qu'elle brille cette fille, je suis bien heureux de l'avoir à mes côtés".

Je me suis levée ce matin avec cette idée en tête.

Oui, j'avais envie de briller, de prouver que j'étais précieuse, de me donner entièrement, d'offrir ce que j'ai de meilleur.

Et si mon meilleur n'est pas suffisant, si on me préfère malgré tout une autre, des autres, alors tant pis, tant pis, je m'en irai sans regret.

Penser ainsi m'a fait du bien, mais pour offrir mon meilleur, il me fallait me défaire de ce qui ne m'appartient pas.

Je me suis donc rendue chez le coiffeur, et ai demandé à ce qu'on me coupe les cheveux bien courts.

Car la tignasse longue et bouclée, c'est l'héritage de ma mère, la chevelure de la femme fatale qui croque les hommes et se moque de tout le monde sauf d'elle-même.

Ce n'est pas moi. Ça n'a jamais été moi.

Moi, je m'appelle Claudia. Je parle beaucoup. J'aimerais ouvrir une petite maison d'édition un jour. Je voudrais aller manger de la Pizza à Rome et des croissants à Paris.

Je ne croque personne, je n'ai jamais croqué personne, et malgré mes bonnes dispositions à être une redoutable chasseresse, je ne serai jamais rien d'autre qu'une fille qui cherche à être aimée.

Ces cheveux longs, aussi longs que le soupir du coiffeur à leur vue, je les laissais pousser depuis mes 14 ans.

Ils me donnaient une allure un peu snob, pleine de séduction et de prestance; du moins, c'est ainsi que je me sentais lorsque je les ébouriffais négligemment.

À parler comme je parle, à rire comme je ris, sans retenue, de bon cœur, à prendre autant d'espace, j'intimidais les autres. Mes rapports étaient superficiels, et au bout du compte, mis à part des numéros de téléphone, des invitations au sexe, je ne recevais pas grand chose de leur part.

À vouloir plaire à tout le monde, on s'efface derrière un visage qui n'est pas le nôtre.

Et je n'aimais pas les attacher, ces cheveux. Je les gardais presque toujours flottants, comme pour élargir l'espace que j'occupais. Les attacher me donnait l'impression d'être exposée aux yeux de tous.

Sous mes mèches, une partie de mon visage était quelque peu cachée. Et c'est précisément ce qui me gonflait d'assurance.

Le mystère protège du jugement des autres.

Et je ne me suis jamais questionnée sur mes réels goûts quant à mon apparence. J'étais belle avec les cheveux longs. Pourquoi? Mais parce que ce sont mes goûts, c'est tout!

On n'a pas tendance à remettre en question notre jugement car ce dernier est à la base de notre personnalité toute entière.

Nos goûts sont intimement liés à l'enseignement de nos parents, parents qui nous ont naturellement transmis leurs idées et leurs valeurs, et ce sans qu'on n'ait à se poser de questions.

Alors voilà. Mes opinions étaient teintées de l'exemple de ma mère.

Mais maintenant, ça y est, j'y ai pensé, et ce qui me ressemble le plus, c'est une coupe courte, non encombrante, qui dégage mon visage et me donne un air coquin.

Car je ne serai pas éternellement en âge d'être coquine, et cet âge, il me faut l'accepter une bonne fois pour toutes.

En sortant du coiffeur, je me suis faite deux lulus, et toute seule sur la rue, j'ai souri. Je n'avais plus de cheveux pour me cacher. Plus de cheveux pour attiser la concupiscence (de toute manière, je n'ai jamais su quoi en faire).

Puis j'ai profité des rabais, je me suis achetée un sac plein de t-shirts, parce que moi, j'ai envie d'être confortable, je n'ai plus envie de séduire avec mes seins.

Et chargée comme une mule, je me suis rendue au gym, et je me suis entraînée, toute seule, pendant longtemps.

J'ai ri. J'ai parlé à des étrangers. J'ai fait rire des étrangers. Je me sentais simple. Rien à cacher. Juste de la bonne humeur, parce que ma vie est belle, et que j'ai toutes les raisons du monde de sourire.

En salle de musculation, j'ai demandé conseils à un Monsieur Muscle. Tandis qu'il m'enseignait l'art de la pompe, je lui vantais mes gros bras de fille. Puis il s'est installé, et il a soulevé exactement huit fois ma charge maximale.

J'ai encore plus ri.

À la fin, j'étais épuisée mais satisfaite. Je me suis rendue au Yulblog, parce que j'avais dit que j'irais.

J'ai fait connaissance avec des gens intéressants, ça a valu le coup.

Donc voilà. Ma vie va bien. Elle est toujours bien allée, mais plutôt que de me concentrer sur ce que j'avais, je m'attristais de ce que je n'avais pas.

J'ai retrouvé le goût d'écrire, aussi. Je ne sais pas trop encore à quel sujet, parce que j'en ai marre de parler de moi, mais on verra bien.

Demain, je commence ma deuxième session universitaire. Je crois être prête, cette fois-ci. Je me sens beaucoup plus sereine qu'en août de l'an passé.

7 janvier 2009

C'est flatteur




Je remercie Mathieu et l'étendue de ses temps libres.

Pour le régal de vos yeux

Ce soit vers 22h, j'vais être au Yulblog.

Avec ou sans tête.

4 janvier 2009

Yulblog the best

J'veux que vous sachiez que je me creuse la tête pour trouver un nom pour la rencontre, mais que ce n'est pas évident.

Y'a rien de mieux que "YulBlog". C'est court, c'est punché, et ça veut réellement dire quelque chose.

Si vous avez des idées, allez-y fort.

Prendre un p'tit verre

J'ai tendance à ne pas être vite vite en lecture de signes. Je suis trop dans ma tête, et ai un sens de l'observation quasi défaillant.

Depuis quelques jours, je suis d'humeur irascible. Je suis cernée, beaucoup plus qu'à l'ordinaire. Je maigris à vue d'œil. J'ai presque plus d'appétit. Ma peau est très sèche.

Mais j'ai rien remarqué de tout ça.

Fallait qu'à 5:30 du matin, alors que je me promenais de manière tout à fait fortuite et aléatoire sur des forums médicaux, que je tombe sur la page des symptômes d'une déshydratation avancée.

"Ah tiens, c'est vrai que ça fait longtemps que j'ai rien bu"

De toutes les maladies, de tous les maux existants, c'était quoi la probabilité que je tombe sur cette page-là en particulier?

Et c'était ce qu'il me fallait pour réaliser que mon propre corps est en crise depuis plusieurs jours, sans même que je m'en aperçoive.

2 janvier 2009

Madame la professeur

Je pourrais être professeur.

Madame la professeur.

Au tout premier cours, je m'assoirais sur mon bureau, et je ne dirais pas un mot. Les étudiants entreraient en salle de cours, s'installeraient à leurs petits pupitres, mais moi, je ne ferais que les regarder en souriant. Un par un. Sans un mot.

Et une fois les premiers rires de malaise éclots, une fois les stades de la perplexité et de la confusion franchis, je me lèverais pour me présenter.

Je porterais un tailleur bien ajusté, des talons sobres mais élégants, et à mon bas, je ferais une maille, une toute petite maille qui remonterait loin sous ma jupe.

Seuls les plus indiscrets jeunes hommes la remarqueraient, et je gagnerais leur total dévouement jusqu'à la fin de la session.

Je serais une prof avec une longue baguette de bois, que je ferais claquer dans ma paume au fil de mes discours, et que je n'utiliserais que pour pointer inutilement mes étudiants.

Je serais une prof qui lance des bonbons aux bonnes réponses.

Je serais une prof qui interpelle ses étudiants par leurs noms de famille.

Je serais une prof qui note au calendrier des cours magistraux donnés au parc.