Bonne étudiante, ma journée était toute tracée: j'étudie, je surligne, je rédige, et ce sans pause ni répit de l'heure de mon lever à l'heure de mon coucher.
Début d'après-midi, je suis réveillée par la visite impromptue mais agréable du Grand Tendre qui me laisse somnolente sur mon oreiller.
Bon, un petit somme vite fait et je m'y mets pour vrai.
Dix-sept heures, je me réveille.
Merde.
Je saute dans le bain avec Sartre. Quatre pages plus tard, le téléphone sonne.
-Allô Clau? C'est Mel. J'men vais magasiner mon laptop, tu viens-tu?
-Euh. Je suis comme dans le bain.
-Tes cheveux sont tu trempes?
-Non.
-Ben viens-t'en vite d'abord! Je t'attends en face du Futureshop, ok?
T'as un travail à faire.
-Clau?
-Ça va. À tantôt.
Merde.
Ça va, Sartre ne m'en voudra pas. Il n'est que dix-sept heures, on va magasiner vite vite, et je m'installerai dans un café tout de suite après pour poursuivre ma lecture.
Je débarque donc au Futureshop une heure et demi plus tard.
-Ben là, c'est trop tard. J'ai déjà choisi celui que je voulais.
-Ah. J'ai pas pu arriver avant.
S'il n'y a plus de magasinage à faire, tu vas aller étudier, comme prévu.
-On va souper?
-Bonne idée.
Merde.
Après deux heures à ruiner l'ambiance du restaurant en riant et en papotant trop fort, nous avons finalement trainé nos estomacs à l'extérieur.
C'est l'heure des aurevoirs. Va lire, t'as un travail à remettre.
-Wow, j'ai trop mangé. Est-ce qu'on marche un peu?
-Bonne idée.
Merde.
-Tu sais, on devrait aller au 281 un de ces jours.
-Ben non, on devrait pas. C'est des homos tout nus qui se shakent le bonheur au milieu d'un paquet de poules hystériques. Tu sais très bien qu'on ressortirait de là en se demandant pourquoi on y est entrées.
-Ouais, mais je sais pas, ça m'intrigue. Tu sais comment j'aime écrire. Ça doit être spécial comme ambiance. Je suis sûre que ça ferait une bonne histoire.
-On ira pas au 281 ce soir, mais à la place, on peut toujours aller magasiner des pénis.
Non, t'iras pas magasiner des pénis, t'as un travail à faire.
-Bonne idée.
Merde.
Ainsi nous sommes entrées dans un sex shop pour en sortir d'humeur festive deux heures et demi plus tard.
Sur nos rames de métro parallèles, elle d'un côté, moi de l'autre, nous nous envoyions la main, et nos sacs de plastique, sobres et anonymes, se balançaient gaiment.
-Bonne soirée, là!
-Toi aussi!
Et de mon wagon arrivé avant le sien, je lui mimais exagérément les syllabes de "bonne bille" jusqu'à compréhension et rires.
Je viens tout juste de rentrer. Il est une heure du matin. Je me suis trouvé un nouveau partenaire de baignoire.
Sartre va être déçu.
Mon professeur aussi, mais pas pour les mêmes raisons.
27 février 2009
25 février 2009
24 février 2009
Vieux bas de laine
Un compte banquaire. Quelle belle niaiserie.
Dépose tes sous dans ton compte, tu vas les dépenser pas mal moins vite!
Ah ça oui, tu dépenses moins. Dès que t'as le malheur de vouloir toucher ton propre argent, on t'en soutire un peu sous des prétextes pleins de bouette.
Et on ne parle pas d'un sou et quart par retrait, non. Parce qu'à la limite, un sou et quart, ça pourrait être acceptable. Un sou et quart fois mille milliers de transactions par jour, ça paie tes salaires de grosse banque.
Si c'était un sou et quart, ça me ferait plaisir de les lui donner.
Va te gâter ma grande!
Mais nous ne vivons pas dans le monde de ma tête, non. Dans la vraie vie, on parle de plus ou moins deux et cinquante par retrait, de cinquante sous aux machines interac, et d'autres horreurs du même genre dont j'ignore tout, puisque ma carte, je me refuse à l'utiliser le trois quart du temps.
Des jours comme aujourd'hui où mon compte en banque regorge de ressources, je me traîne un lunch maison et compte la petite monnaie de mes fonds de poche pour me payer une barre de chocolat.
Je refuse de retirer mon argent. Tant et aussi longtemps que je pourrai l'éviter, je tiendrai bon.
Pourtant, je ne suis pas radine. Ça, non. Trop essayer de vous le prouver nuirait à ma crédibilité, mais sachez bien que je suis quelqu'un de très généreux envers mes proches.
Mais je déteste donner mon argent aux institutions. Les banques, ce ne sont pas mes proches.
Les banques, je les emmerde.
Je ne sais pas ce qui m'a pris à déposer ma paye entière, aussi.
J'étais là, avec tout mon argent en poche, devant mon guichet incroyablement ouvert à quatre heures du matin, et j'hésitais du montant à déposer.
Et vite vite vite avant de le regretter, j'ai fourré tout mon argent dans une enveloppe, direction mon compte de banque.
J'étais tellement fière. Au loin les tentations! Je me sentais sage, comme une bonne fille, une bonne fille sage à qui son père flatte les cheveux.
Et maintenant, je suis pauvre crasse, parce que je refuse de payer les "frais d'opération", "frais d'accès au réseau" ou "frais d'administration".
Reste qu'il me manque un petit cinq sous pour ma palette.
Je vais aller glisser mon doigt dans des fentes de téléphones publics.
Dépose tes sous dans ton compte, tu vas les dépenser pas mal moins vite!
Ah ça oui, tu dépenses moins. Dès que t'as le malheur de vouloir toucher ton propre argent, on t'en soutire un peu sous des prétextes pleins de bouette.
Et on ne parle pas d'un sou et quart par retrait, non. Parce qu'à la limite, un sou et quart, ça pourrait être acceptable. Un sou et quart fois mille milliers de transactions par jour, ça paie tes salaires de grosse banque.
Si c'était un sou et quart, ça me ferait plaisir de les lui donner.
Va te gâter ma grande!
Mais nous ne vivons pas dans le monde de ma tête, non. Dans la vraie vie, on parle de plus ou moins deux et cinquante par retrait, de cinquante sous aux machines interac, et d'autres horreurs du même genre dont j'ignore tout, puisque ma carte, je me refuse à l'utiliser le trois quart du temps.
Des jours comme aujourd'hui où mon compte en banque regorge de ressources, je me traîne un lunch maison et compte la petite monnaie de mes fonds de poche pour me payer une barre de chocolat.
Je refuse de retirer mon argent. Tant et aussi longtemps que je pourrai l'éviter, je tiendrai bon.
Pourtant, je ne suis pas radine. Ça, non. Trop essayer de vous le prouver nuirait à ma crédibilité, mais sachez bien que je suis quelqu'un de très généreux envers mes proches.
Mais je déteste donner mon argent aux institutions. Les banques, ce ne sont pas mes proches.
Les banques, je les emmerde.
Je ne sais pas ce qui m'a pris à déposer ma paye entière, aussi.
J'étais là, avec tout mon argent en poche, devant mon guichet incroyablement ouvert à quatre heures du matin, et j'hésitais du montant à déposer.
Et vite vite vite avant de le regretter, j'ai fourré tout mon argent dans une enveloppe, direction mon compte de banque.
J'étais tellement fière. Au loin les tentations! Je me sentais sage, comme une bonne fille, une bonne fille sage à qui son père flatte les cheveux.
Et maintenant, je suis pauvre crasse, parce que je refuse de payer les "frais d'opération", "frais d'accès au réseau" ou "frais d'administration".
Reste qu'il me manque un petit cinq sous pour ma palette.
Je vais aller glisser mon doigt dans des fentes de téléphones publics.
Fabulé à
18:03
23 février 2009
Petits hommes
Hommes, votre gros bout vous draine la tête.
Vous feriez n'importe quoi dans l'espoir de vous mouvoir dans notre petit mouillé.
Vendredi passé, au club. Je suis de mauvaise humeur, mais ça va, j'ai ma figure de plastique, on n'y voit que du feu.
Les tables sont à peu près toutes vides. Mi-session oblige. Les quelques clients présents dansent mollement un verre à la main, et le DJ s'égosille à trop vouloir faire lever le party.
Installés dans un coin de la salle, trois hommes me suivent des yeux. Ils se trouvent apparemment très beaux. Ils me reluquent de haut en bas, de bas en haut, en me faisant bien comprendre qu'ils sont en train d'imaginer tout ce qu'ils pourraient me faire, et qu'il n'y a rien que je puisse faire pour les en empêcher.
C'est une forme de domination mesquine et sans grande classe typique aux gros buveurs.
Je les ignore.
Le plus petit des trois lève le bras.
Ah, s'ils veulent commander, c'est différent. Je me ferai un plaisir de leur soutirer de l'argent.
Trois Heinekein plus tard, le plus petit marmonne quelque chose en me tendant son argent. J'avance mon oreille pour mieux l'entendre, puisqu'il s'agit probablement de matière à pourboire.
Surprise, il m'embrasse les cheveux.
Je me recule vivement.
Petit lâche. Petit lâche exécrable.
-J'en conclus que c'est complet, monsieur.
Je prends les billets et tourne les talons sans même les débarrasser de leurs bouteilles vides.
Un peu plus tard dans la soirée, le même homme m'agite sa paume rose.
Ah non, pas lui.
Je vois six bouteilles vides sur leur table. J'imagine qu'il veut recommander, et qu'il va profiter de la musique forte pour me demander de me rapprocher une nouvelle fois.
Je décide donc d'être insolente. Je lui recommande trois bières sans d'abord confirmer qu'il s'agit bel et bien du motif de son geste. De toute manière, vu le type d'hommes qu'ils semblent être, ils vont sûrement croire qu'ils me plaisent tant que j'en suis venue à leur obéir au doigt et à l'œil.
Je dépose les bières sur leur table en poussant les bouteilles vides du revers de la main.
Le petit rapproche soudainement son visage du mien pour une seconde fois. Je le bloque du plat de mon plateau.
-Je veux juste te parler!
-Vous pouvez très bien me parler d'où vous êtes, monsieur.
-Enlève ça, je veux juste te parler!
J'abaisse mon plateau, bien décidée à lui perforer un pied s'il approche trop ses babines de mal élevé.
Il me chuchote à l'oreille.
-Écoute, si tu me regardes quand tu passes, moi je te donne le pourboire à toutes les fois, ça marche?
-Pardon?
-Si quand tu te promènes avec le plateau et que tu passes devant moi et mes amis, tu me regardes, moi je vais te donner plein de pourboire.
-Allons, monsieur. Payez-moi pour les bouteilles, et ce sera suffisant.
Il était prêt à me payer juste pour le regarder, question de montrer à ses amis que des trois, c'était lui que je préférais.
Ah, les hommes.
Vous feriez n'importe quoi dans l'espoir de vous mouvoir dans notre petit mouillé.
Vendredi passé, au club. Je suis de mauvaise humeur, mais ça va, j'ai ma figure de plastique, on n'y voit que du feu.
Les tables sont à peu près toutes vides. Mi-session oblige. Les quelques clients présents dansent mollement un verre à la main, et le DJ s'égosille à trop vouloir faire lever le party.
Installés dans un coin de la salle, trois hommes me suivent des yeux. Ils se trouvent apparemment très beaux. Ils me reluquent de haut en bas, de bas en haut, en me faisant bien comprendre qu'ils sont en train d'imaginer tout ce qu'ils pourraient me faire, et qu'il n'y a rien que je puisse faire pour les en empêcher.
C'est une forme de domination mesquine et sans grande classe typique aux gros buveurs.
Je les ignore.
Le plus petit des trois lève le bras.
Ah, s'ils veulent commander, c'est différent. Je me ferai un plaisir de leur soutirer de l'argent.
Trois Heinekein plus tard, le plus petit marmonne quelque chose en me tendant son argent. J'avance mon oreille pour mieux l'entendre, puisqu'il s'agit probablement de matière à pourboire.
Surprise, il m'embrasse les cheveux.
Je me recule vivement.
Petit lâche. Petit lâche exécrable.
-J'en conclus que c'est complet, monsieur.
Je prends les billets et tourne les talons sans même les débarrasser de leurs bouteilles vides.
Un peu plus tard dans la soirée, le même homme m'agite sa paume rose.
Ah non, pas lui.
Je vois six bouteilles vides sur leur table. J'imagine qu'il veut recommander, et qu'il va profiter de la musique forte pour me demander de me rapprocher une nouvelle fois.
Je décide donc d'être insolente. Je lui recommande trois bières sans d'abord confirmer qu'il s'agit bel et bien du motif de son geste. De toute manière, vu le type d'hommes qu'ils semblent être, ils vont sûrement croire qu'ils me plaisent tant que j'en suis venue à leur obéir au doigt et à l'œil.
Je dépose les bières sur leur table en poussant les bouteilles vides du revers de la main.
Le petit rapproche soudainement son visage du mien pour une seconde fois. Je le bloque du plat de mon plateau.
-Je veux juste te parler!
-Vous pouvez très bien me parler d'où vous êtes, monsieur.
-Enlève ça, je veux juste te parler!
J'abaisse mon plateau, bien décidée à lui perforer un pied s'il approche trop ses babines de mal élevé.
Il me chuchote à l'oreille.
-Écoute, si tu me regardes quand tu passes, moi je te donne le pourboire à toutes les fois, ça marche?
-Pardon?
-Si quand tu te promènes avec le plateau et que tu passes devant moi et mes amis, tu me regardes, moi je vais te donner plein de pourboire.
-Allons, monsieur. Payez-moi pour les bouteilles, et ce sera suffisant.
Il était prêt à me payer juste pour le regarder, question de montrer à ses amis que des trois, c'était lui que je préférais.
Ah, les hommes.
Fabulé à
19:30
Je distribue mes excuses comme des nananes
Je suis dans le métro, on me marche sur le pied.
Je m'excuse.
Je suis assise dans un café, et devant moi, un couple se tient par la main. Sort de nulle part un homme qui décide de traverser leur barrière d'amour tête première.
Je m'excuse!
Zéro rapport, je suis là, sur ma chaise, à observer un événement qui ne me concerne aucunement, mais j'ai quand même trouvé le moyen de m'excuser!
Mais y'a mieux.
Je descends un escalier, on me rentre dedans, je perds pied et hurle de douleur en atterrissant paumes premières contre une bordure tranchante.
Je m'excuse encore, ça c'est fort!
Je ne comprends pas. J'ai pourtant du caractère. Je sais m'imposer, je sais prendre ma place. Je n'ai jamais eu de problème à me faire voir ou à me faire entendre.
Alors pourquoi, tout en sachant que j'ai tout à fait les capacités pour venir à bout d'un conflit, pourquoi est-ce que j'ai un tel réflexe?
Tout ce que je sais, c'est que mes paumes m'élancent et me tirent, que j'ai de la difficulté à taper et que je n'arrive plus à soulever d'objets moindrement lourds.
On m'a rentré dedans parce qu'on parlait au cellulaire et qu'on ne regardait pas trop où on allait, et que c'est ça la vie quand t'utilises le quart de tes ressources cérébrales à mâcher une grosse chique de gomme.
Et moi, comme une belle dinde, gros oiseau aux petites ailes ridicules, je lui ai glouglouté des excuses juste avant de m'écraser bêtement au sol.
Et elle me regardait, pauvre victime de l'existence, l'œil globuleux, la lèvre molle, en ne disant rien, rien, ni excuses, ni commentaires.
C'est qu'elle n'avait pas rien que ça à faire, regarder du monde qui souffrent parce qu'elle leur a rentré dedans.
J'avais beau être pliée en deux à tenir contre mon cœur mes pauvres mains recroquevillées, je m'étais excusée, j'avais pris la responsabilité de mon lamentable état, elle pouvait donc tranquillement s'en retourner à ses occupations.
Elle a tourné les talons, repris son appel et sa rumination.
Et je n'arrive pas à conclure ce billet. J'ai une belle variété d'insultes qui me viennent en bouche, mais au fond, c'est contre moi que je suis fâchée, moi et mon réflexe de soumission ridicule.
Je m'excuse.
Je suis assise dans un café, et devant moi, un couple se tient par la main. Sort de nulle part un homme qui décide de traverser leur barrière d'amour tête première.
Je m'excuse!
Zéro rapport, je suis là, sur ma chaise, à observer un événement qui ne me concerne aucunement, mais j'ai quand même trouvé le moyen de m'excuser!
Mais y'a mieux.
Je descends un escalier, on me rentre dedans, je perds pied et hurle de douleur en atterrissant paumes premières contre une bordure tranchante.
Je m'excuse encore, ça c'est fort!
Je ne comprends pas. J'ai pourtant du caractère. Je sais m'imposer, je sais prendre ma place. Je n'ai jamais eu de problème à me faire voir ou à me faire entendre.
Alors pourquoi, tout en sachant que j'ai tout à fait les capacités pour venir à bout d'un conflit, pourquoi est-ce que j'ai un tel réflexe?
Tout ce que je sais, c'est que mes paumes m'élancent et me tirent, que j'ai de la difficulté à taper et que je n'arrive plus à soulever d'objets moindrement lourds.
On m'a rentré dedans parce qu'on parlait au cellulaire et qu'on ne regardait pas trop où on allait, et que c'est ça la vie quand t'utilises le quart de tes ressources cérébrales à mâcher une grosse chique de gomme.
Et moi, comme une belle dinde, gros oiseau aux petites ailes ridicules, je lui ai glouglouté des excuses juste avant de m'écraser bêtement au sol.
Et elle me regardait, pauvre victime de l'existence, l'œil globuleux, la lèvre molle, en ne disant rien, rien, ni excuses, ni commentaires.
C'est qu'elle n'avait pas rien que ça à faire, regarder du monde qui souffrent parce qu'elle leur a rentré dedans.
J'avais beau être pliée en deux à tenir contre mon cœur mes pauvres mains recroquevillées, je m'étais excusée, j'avais pris la responsabilité de mon lamentable état, elle pouvait donc tranquillement s'en retourner à ses occupations.
Elle a tourné les talons, repris son appel et sa rumination.
Et je n'arrive pas à conclure ce billet. J'ai une belle variété d'insultes qui me viennent en bouche, mais au fond, c'est contre moi que je suis fâchée, moi et mon réflexe de soumission ridicule.
Fabulé à
17:46
22 février 2009
L'homme cassonade - 9e partie revue
J'ai édité mon dernier billet parce qu'il ne me plaisait pas. De la manière dont je l'avais décrit, Grand Tendre passait pour un pervers à la gratuité déconcertante.
Les ajouts débutent au 9e paragraphe.
Bonne lecture.
Les ajouts débutent au 9e paragraphe.
Bonne lecture.
Fabulé à
22:17
20 février 2009
L'homme cassonade - 9e partie
La semaine ne passait jamais assez vite. Nuit après nuit, je faisais les cent tours dans mon lit, et en classe, je rêvassais en gribouillant des bonhommes à grosses mâchoires carrées.
Lorsque vendredi arriva enfin, je l'attendais, coquette, nerveuse, assise dans ma robe et mes escarpins devant un écran télé que je ne voyais pas. J'égrenais chaque minute de retard. Puis il arriva, et la sonnette du hall me gava d'adrénaline.
-Bonsoir!
Frais sorti de la douche, les cheveux encore humides sous sa tuque floconneuse, il m'embrassa les joues; sa bouche rose et pulpeuse contrastait avec le piquant de sa barbe foncée.
La petite tendresse au fond de ses yeux m'encourageait à lui sauter aux lèvres, mais c'était défendu, c'était interdit.
Je savais pourtant que je n'arriverais pas à tenir encore bien longtemps.
Troisième ou quatrième quart de travail, je fis mon entrée au club en gambadant et en saluant tout le monde d'une voix de petit oiseau. Il me suivit de quelques minutes après avoir écrasé son mégot et mâché quelques Clorets, la bonne vieille marque de gomme straight et sans flaflas aimée des vrais hommes.
Après avoir échangé poignées de mains avec les patrons et bises de politesse avec la patronne, il se mit rapidement au travail. Fidèle à ses plans de match, ses techniques pour chaque chose, il maximisa son efficacité en positionnant de manière bien précise verres et bouteilles.
Et moi, je le regardais avec de grands yeux doux, et les patrons firent d'immenses détours pour me tapoter les épaules du doigt en me rappelant que moi aussi, j'étais au travail.
À chaque vendredi, je lui demandais de m'inventer des cocktails extraordinaires qui correspondraient très précisément à mes attentes et à mes goûts, goûts qu'il se devait bien évidemment de connaître. Et sous peine de morsures et coups de pieds, du jour de leur invention jusqu'à la fin des temps, il n'avait la permission de servir ses créations à personne d'autre que ma délicate personne.
Il prenait toujours un bon moment pour choisir ses ingrédients, comme un artiste, comme un créatif. Il humait les goulots pour s'imprégner de l'arôme des liqueurs, se pianotait les lèvres à la recherche de l'agencement parfait des saveurs, de l'équilibre du sucré et de l'acide, du fruité et du laiteux.
Il jetait sur la glace une touche de ceci, un soupçon de cela, il jonglait avec les bouteilles et les quantités pour arriver à un résultat final qui m'éblouissait les papilles, et ce même à faire ma difficile.
Et lorsque j'étais gentille, il ajoutait une cerise au fond du verre.
Ce qu'il ne savait par contre pas, c'est que je prenais bien note de ses ingrédients et de ses techniques, et en son absence, lorsqu'on se risquait à me confier le bar, je l'imitais de mon mieux en servant ses créations à mes clients.
Le comptoir était détrempé, j'avais éclaboussé mon chemisier en me faisant aller le shaker, il y avait de l'alcool dans le lavabo à glaçons, mais pas de glaçons dans mon alcool, j'avais cherché mon tamis et oublié la rondelle de fruit, mais le cocktail, à ma grande surprise et à la plus grande surprise encore des clients désolés de mon incompétence, était sublime.
Mieux, on m'en recommandait.
Bref, lui, il ne pouvait les servir à d'autres sous peine de mort violente, mais moi, pas de problème.
Ce soir-là, à moitié ivre d'alcool et d'amour, je préparais les commandes qu'on me passait en prenant bien soin de lui demander de m'aider avec les bouteilles qui étaient trop hautes pour mon menu mètre soixante-treize.
Vu la bienheureuse pauvreté d'espace derrière le bar, et vu, aussi, que je restais bien plantée sous les tablettes à pointer les bouteilles convoitées, il était contraint de se glisser derrière moi, d'appuyer son torse contre mon dos, son menton contre le sommet de mon crâne, pour me venir en aide de sa bonne taille.
En prévision de ces moments de tiédeur délicieuse, du bout des orteils et du bout des doigts, je poussais moi-même les bouteilles au fond de l'armoire.
C'était le bon temps, le temps des mains qui s'effleurent, des tempes qui battent et des joues qui s'embrasent pour un rien. Nous nous en tenions toujours à de petits jeux sans grande malice, et que très peu répréhensibles.
Pourtant, cette soirée-là fut différente.
Alors que mon troisième cocktail de la soirée me glougloutait à l'estomac, j'essayais de me rendre utile en faisant une vérification d'inventaire.
Généreusement arquée vu la généreuse taille de mes talons, je comptais du doigt les têtes de bouteilles en stock au frigo. Entre mon fessier et le rebord du comptoir, il y avait à peine assez d'espace pour un bassin d'homme.
Grand Tendre, mine de rien, jugea que le moment était opportun pour passer d'un côté à l'autre du bar.
Il déposa ses mains sur mes hanches, et dans son déplacement, je sentis le relief de sa virilité contre mes fesses.
Le tout se déroula en une seconde à peine, on aurait même pu croire que ce n'était pas intentionnel.
Mais ce l'était.
Je me redressai dans une bouffée de chaleur.
Ce n'était pas la première fois qu'on partageait un moment dit intime. J'aimais bien jouer avec ses doigts sous divers prétextes, et lorsque je me plaignais de la lourdeur de mes seins, il me massait le dos à m'en faire couiner.
Mais cette fois-là, le jeu avait été plus loin qu'à l'habitude.
Il me regardait d'un petit air de défiance. Je saisis un cabaret et me sauvai vite fait.
Je crois que je n'ai jamais autant désiré quelqu'un que ce soir-là. D'une main, j'aurais débarrassé le bar de ses verres gênants, de l'autre, je l'aurais saisi par le col pour le forcer à s'étendre contre le bois, et je l'aurais chevauché juste là, comme ça, sans même prendre la peine de le déshabiller.
J'en pulsais.
Revenue au bar, je le vis occupé à servir plusieurs clients à la fois. Il remarqua néanmoins ma rougeoyante ma présence. Ses mains continuaient à saisir, à verser, à mélanger, mais ses yeux restaient accrochés aux miens.
Pas un mot ne fut prononcé entre minuit et trois heures du matin.
Puis sonna la fermeture du club.
De la cuisine, je lui fis un petit geste l'invitant à me suivre. Nous marchâmes en silence jusqu'à une pièce reculée, froide et mal éclairée.
Je m'adossai contre un mur, inclinai la tête vers la droite, et relevant mes mèches, je lui offris ma nuque dénudée.
-Embrasse-moi.
J'en tremblais d'anticipation.
À peine avait-il compris ma requête qu'il s'approcha, pencha un peu la tête, et posa son premier baiser derrière mon oreille, juste sous le lobe. Je le sentais là, contre moi, si proche, ses lèvres humides fouillant mon cou, m'embrassant doucement, tranquillement, jusqu'à rejoindre ma clavicule, mon point sensible.
-C'est suffisant.
Je le repoussai avant de complètement perdre la carte.
L'esprit bourdonnant, nous retournâmes à nos tâches en empruntant deux sorties différentes, mais ce ne fut qu'un bien triste stratagème puisque la patronne nous avait depuis longtemps devinés.
Lorsque vendredi arriva enfin, je l'attendais, coquette, nerveuse, assise dans ma robe et mes escarpins devant un écran télé que je ne voyais pas. J'égrenais chaque minute de retard. Puis il arriva, et la sonnette du hall me gava d'adrénaline.
-Bonsoir!
Frais sorti de la douche, les cheveux encore humides sous sa tuque floconneuse, il m'embrassa les joues; sa bouche rose et pulpeuse contrastait avec le piquant de sa barbe foncée.
La petite tendresse au fond de ses yeux m'encourageait à lui sauter aux lèvres, mais c'était défendu, c'était interdit.
Je savais pourtant que je n'arriverais pas à tenir encore bien longtemps.
Troisième ou quatrième quart de travail, je fis mon entrée au club en gambadant et en saluant tout le monde d'une voix de petit oiseau. Il me suivit de quelques minutes après avoir écrasé son mégot et mâché quelques Clorets, la bonne vieille marque de gomme straight et sans flaflas aimée des vrais hommes.
Après avoir échangé poignées de mains avec les patrons et bises de politesse avec la patronne, il se mit rapidement au travail. Fidèle à ses plans de match, ses techniques pour chaque chose, il maximisa son efficacité en positionnant de manière bien précise verres et bouteilles.
Et moi, je le regardais avec de grands yeux doux, et les patrons firent d'immenses détours pour me tapoter les épaules du doigt en me rappelant que moi aussi, j'étais au travail.
À chaque vendredi, je lui demandais de m'inventer des cocktails extraordinaires qui correspondraient très précisément à mes attentes et à mes goûts, goûts qu'il se devait bien évidemment de connaître. Et sous peine de morsures et coups de pieds, du jour de leur invention jusqu'à la fin des temps, il n'avait la permission de servir ses créations à personne d'autre que ma délicate personne.
Il prenait toujours un bon moment pour choisir ses ingrédients, comme un artiste, comme un créatif. Il humait les goulots pour s'imprégner de l'arôme des liqueurs, se pianotait les lèvres à la recherche de l'agencement parfait des saveurs, de l'équilibre du sucré et de l'acide, du fruité et du laiteux.
Il jetait sur la glace une touche de ceci, un soupçon de cela, il jonglait avec les bouteilles et les quantités pour arriver à un résultat final qui m'éblouissait les papilles, et ce même à faire ma difficile.
Et lorsque j'étais gentille, il ajoutait une cerise au fond du verre.
Ce qu'il ne savait par contre pas, c'est que je prenais bien note de ses ingrédients et de ses techniques, et en son absence, lorsqu'on se risquait à me confier le bar, je l'imitais de mon mieux en servant ses créations à mes clients.
Le comptoir était détrempé, j'avais éclaboussé mon chemisier en me faisant aller le shaker, il y avait de l'alcool dans le lavabo à glaçons, mais pas de glaçons dans mon alcool, j'avais cherché mon tamis et oublié la rondelle de fruit, mais le cocktail, à ma grande surprise et à la plus grande surprise encore des clients désolés de mon incompétence, était sublime.
Mieux, on m'en recommandait.
Bref, lui, il ne pouvait les servir à d'autres sous peine de mort violente, mais moi, pas de problème.
Ce soir-là, à moitié ivre d'alcool et d'amour, je préparais les commandes qu'on me passait en prenant bien soin de lui demander de m'aider avec les bouteilles qui étaient trop hautes pour mon menu mètre soixante-treize.
Vu la bienheureuse pauvreté d'espace derrière le bar, et vu, aussi, que je restais bien plantée sous les tablettes à pointer les bouteilles convoitées, il était contraint de se glisser derrière moi, d'appuyer son torse contre mon dos, son menton contre le sommet de mon crâne, pour me venir en aide de sa bonne taille.
En prévision de ces moments de tiédeur délicieuse, du bout des orteils et du bout des doigts, je poussais moi-même les bouteilles au fond de l'armoire.
C'était le bon temps, le temps des mains qui s'effleurent, des tempes qui battent et des joues qui s'embrasent pour un rien. Nous nous en tenions toujours à de petits jeux sans grande malice, et que très peu répréhensibles.
Pourtant, cette soirée-là fut différente.
Alors que mon troisième cocktail de la soirée me glougloutait à l'estomac, j'essayais de me rendre utile en faisant une vérification d'inventaire.
Généreusement arquée vu la généreuse taille de mes talons, je comptais du doigt les têtes de bouteilles en stock au frigo. Entre mon fessier et le rebord du comptoir, il y avait à peine assez d'espace pour un bassin d'homme.
Grand Tendre, mine de rien, jugea que le moment était opportun pour passer d'un côté à l'autre du bar.
Il déposa ses mains sur mes hanches, et dans son déplacement, je sentis le relief de sa virilité contre mes fesses.
Le tout se déroula en une seconde à peine, on aurait même pu croire que ce n'était pas intentionnel.
Mais ce l'était.
Je me redressai dans une bouffée de chaleur.
Ce n'était pas la première fois qu'on partageait un moment dit intime. J'aimais bien jouer avec ses doigts sous divers prétextes, et lorsque je me plaignais de la lourdeur de mes seins, il me massait le dos à m'en faire couiner.
Mais cette fois-là, le jeu avait été plus loin qu'à l'habitude.
Il me regardait d'un petit air de défiance. Je saisis un cabaret et me sauvai vite fait.
Je crois que je n'ai jamais autant désiré quelqu'un que ce soir-là. D'une main, j'aurais débarrassé le bar de ses verres gênants, de l'autre, je l'aurais saisi par le col pour le forcer à s'étendre contre le bois, et je l'aurais chevauché juste là, comme ça, sans même prendre la peine de le déshabiller.
J'en pulsais.
Revenue au bar, je le vis occupé à servir plusieurs clients à la fois. Il remarqua néanmoins ma rougeoyante ma présence. Ses mains continuaient à saisir, à verser, à mélanger, mais ses yeux restaient accrochés aux miens.
Pas un mot ne fut prononcé entre minuit et trois heures du matin.
Puis sonna la fermeture du club.
De la cuisine, je lui fis un petit geste l'invitant à me suivre. Nous marchâmes en silence jusqu'à une pièce reculée, froide et mal éclairée.
Je m'adossai contre un mur, inclinai la tête vers la droite, et relevant mes mèches, je lui offris ma nuque dénudée.
-Embrasse-moi.
J'en tremblais d'anticipation.
À peine avait-il compris ma requête qu'il s'approcha, pencha un peu la tête, et posa son premier baiser derrière mon oreille, juste sous le lobe. Je le sentais là, contre moi, si proche, ses lèvres humides fouillant mon cou, m'embrassant doucement, tranquillement, jusqu'à rejoindre ma clavicule, mon point sensible.
-C'est suffisant.
Je le repoussai avant de complètement perdre la carte.
L'esprit bourdonnant, nous retournâmes à nos tâches en empruntant deux sorties différentes, mais ce ne fut qu'un bien triste stratagème puisque la patronne nous avait depuis longtemps devinés.
Fabulé à
00:32
18 février 2009
L'homme cassonade - 8e partie
On travaillait officiellement ensemble, lui derrière le bar, efficace, sérieux et professionnel, et moi un peu plus loin, volage, lunatique et rieuse, ne le quittant des yeux qu'à contre-cœur pour m'occuper de clients qui me fatiguaient à tant vouloir être servis.
J'étais une serveuse qui avait comme priorité première de lorgner le barman.
Et puisque j'y étais obligée, je me promenais dans la salle avec mon plateau bien haut dans les airs, et sur le boumboum des hauts parleurs, je me dandinais en cueillant paresseusement bouteilles et verres vides.
Comme c'était cruel. Je ne le voyais que rarement, et pour de courts moments seulement, mais les vendredis, il était là, tout près, mais nous étions au travail, nous avions des obligations nous empêchant de nous consacrer l'un à l'autre.
En de telles circonstances, je me suis dit que j'allais tout faire en mon possible pour concentrer son attention sur ma petite personne. J'allais le titiller, le piquer, le provoquer à la limite du supportable pour le détourner des autres, pour occuper toute sa tête.
Je le voulais à moi et rien qu'à moi, malgré les patrons et les clients.
Je mettais donc son professionnalisme à rude épreuve en lui nuisant amoureusement.
Plutôt que de lui demander de préparer les cocktails dont j'avais besoin, je me servais moi-même, ce qui me prenait quatre fois trop de temps. Concentré dans son rush, il finissait toujours par me rentrer dedans. Il a bien essayé de m'enseigner des techniques de travail pour faciliter nos rapports, mais pas moyen de me faire comprendre quoi que ce soit, j'étais trop occupée à me baigner dans ses yeux.
Il m'aurait étranglée, mais moi, j'espérais qu'il me punisse à coups de pénis.
Un soir en particulier où il m'avait soulevée par les épaules pour me déposer hors du bar, j'inventai un stratagème à lui faire grincer les dents.
Lorsqu'un client quelconque me demanda s'il pouvait me revoir à l'extérieur du club, plutôt que de candidement l'informer que mon cœur ne m'appartenait plus, je lui fis mon plus beau sourire et l'encourageai à aller voir le barman pour se procurer de quoi prendre mon numéro en note.
J'avais confiance que, tel un bon petit mâle échaudé, il serait désireux de vanter son impressionnante virilité au premier rival rencontré.
Hey, réussir à obtenir le numéro de la serveuse, celle qui se fait courtiser soir après soir par à peu près tous les hommes du club, c'est digne de mention.
Et le client avait réagi exactement comme je l'avais prédit. Joue piquée de sa grosse langue vulgaire, clin d'œil de mâles complices, il avait tout bien raconté sa petite victoire à un Grand Tendre de marbre, qui me leva des yeux très sérieux, des yeux qui remplacèrent ma moue espiègle par une moue honteuse.
Sans un mot, il lui donna les papier et crayon demandés.
J'aurais voulu qu'il fasse son coq, qu'il fasse son fier, qu'il bombe le torse ou qu'il joue aux bras, mais non, Grand Tendre avait beau être grand, il était aussi tendre.
Et les grands tendres ne sont ni des machos, ni des jaloux. Le croire est une insulte à leur intelligence.
Il n'embarquait donc pas du tout dans mon jeu. Si je voulais laisser mon numéro à d'autres hommes, il n'allait pas m'en empêcher. Je ne lui appartenais pas, j'étais assez grande pour assumer la conséquence de mes actes.
Bien qu'ennuyeuse, sa réaction me plut bien.
Mon tendre n'était pas un rustre.
J'ai fini la soirée accrochée à son bras et sifflotante sous les flocons, et lui, il ne faisait que répéter que je le rendais fou.
J'étais une serveuse qui avait comme priorité première de lorgner le barman.
Et puisque j'y étais obligée, je me promenais dans la salle avec mon plateau bien haut dans les airs, et sur le boumboum des hauts parleurs, je me dandinais en cueillant paresseusement bouteilles et verres vides.
Comme c'était cruel. Je ne le voyais que rarement, et pour de courts moments seulement, mais les vendredis, il était là, tout près, mais nous étions au travail, nous avions des obligations nous empêchant de nous consacrer l'un à l'autre.
En de telles circonstances, je me suis dit que j'allais tout faire en mon possible pour concentrer son attention sur ma petite personne. J'allais le titiller, le piquer, le provoquer à la limite du supportable pour le détourner des autres, pour occuper toute sa tête.
Je le voulais à moi et rien qu'à moi, malgré les patrons et les clients.
Je mettais donc son professionnalisme à rude épreuve en lui nuisant amoureusement.
Plutôt que de lui demander de préparer les cocktails dont j'avais besoin, je me servais moi-même, ce qui me prenait quatre fois trop de temps. Concentré dans son rush, il finissait toujours par me rentrer dedans. Il a bien essayé de m'enseigner des techniques de travail pour faciliter nos rapports, mais pas moyen de me faire comprendre quoi que ce soit, j'étais trop occupée à me baigner dans ses yeux.
Il m'aurait étranglée, mais moi, j'espérais qu'il me punisse à coups de pénis.
Un soir en particulier où il m'avait soulevée par les épaules pour me déposer hors du bar, j'inventai un stratagème à lui faire grincer les dents.
Lorsqu'un client quelconque me demanda s'il pouvait me revoir à l'extérieur du club, plutôt que de candidement l'informer que mon cœur ne m'appartenait plus, je lui fis mon plus beau sourire et l'encourageai à aller voir le barman pour se procurer de quoi prendre mon numéro en note.
J'avais confiance que, tel un bon petit mâle échaudé, il serait désireux de vanter son impressionnante virilité au premier rival rencontré.
Hey, réussir à obtenir le numéro de la serveuse, celle qui se fait courtiser soir après soir par à peu près tous les hommes du club, c'est digne de mention.
Et le client avait réagi exactement comme je l'avais prédit. Joue piquée de sa grosse langue vulgaire, clin d'œil de mâles complices, il avait tout bien raconté sa petite victoire à un Grand Tendre de marbre, qui me leva des yeux très sérieux, des yeux qui remplacèrent ma moue espiègle par une moue honteuse.
Sans un mot, il lui donna les papier et crayon demandés.
J'aurais voulu qu'il fasse son coq, qu'il fasse son fier, qu'il bombe le torse ou qu'il joue aux bras, mais non, Grand Tendre avait beau être grand, il était aussi tendre.
Et les grands tendres ne sont ni des machos, ni des jaloux. Le croire est une insulte à leur intelligence.
Il n'embarquait donc pas du tout dans mon jeu. Si je voulais laisser mon numéro à d'autres hommes, il n'allait pas m'en empêcher. Je ne lui appartenais pas, j'étais assez grande pour assumer la conséquence de mes actes.
Bien qu'ennuyeuse, sa réaction me plut bien.
Mon tendre n'était pas un rustre.
J'ai fini la soirée accrochée à son bras et sifflotante sous les flocons, et lui, il ne faisait que répéter que je le rendais fou.
Fabulé à
16:38
17 février 2009
Blogoff Edit
On commence à être beaucoup pour La Distillerie, surtout qu'il est plus que probable que d'autres personnes se rajoutent au fil des jours.
Je propose donc le Miss Villeray (je link ceci plutôt que leur site web, puisque leur site web, à part être esthétique, ne sert à rien)
Je dois parler au patron d'abord, question de négocier un prix pour l'alcool, et je vous reviens là-dessus.
C'est à 5 minutes de marche de la station Jarry, donc huit minutes de métro à partir de Berri, ça vient tout juste d'ouvrir, c'est grand et branché.
En voici des photos.
Vraiment, je crois que ce serait un lieu idéal, du genre qui deviendrait le point de rendez-vous officiel du Blogoff!.
Je propose donc le Miss Villeray (je link ceci plutôt que leur site web, puisque leur site web, à part être esthétique, ne sert à rien)
Je dois parler au patron d'abord, question de négocier un prix pour l'alcool, et je vous reviens là-dessus.
C'est à 5 minutes de marche de la station Jarry, donc huit minutes de métro à partir de Berri, ça vient tout juste d'ouvrir, c'est grand et branché.
En voici des photos.
Vraiment, je crois que ce serait un lieu idéal, du genre qui deviendrait le point de rendez-vous officiel du Blogoff!.
Fabulé à
10:17
16 février 2009
Hmmm
Je suis dans une salle de classe vide.
Vide.
Cours annulé, je vais en profiter pour faire de la correction et aller m'entraîner. Peut être passer voir Grand Tendre à son bar, aussi. Ma langue s'ennuie de l'arôme de sa peau, bien que celui de ses cocktails ne soit pas trop mal non plus.
Sur un tout autre ordre d'idées, depuis que j'ai atteint la stabilité de trois séances d'entraînement par semaine, je ressens une étrange sensation dès que j'ingère du sucré, comme un lait au chocolat ou une très rarissime tablette de toblerone.
C'est un contentement profond, un ravissement de l'estomac, une intense sensation de satiété qui monte en moi.
Ça me donne envie de faire un "hmmm" repus et plein de langueur, comme dans les pubs où chaque bouchée semble toujours trop savoureuse pour être vraie.
Ouais, faut bien que je fasse un billet plate une fois de temps en temps.
Vide.
Cours annulé, je vais en profiter pour faire de la correction et aller m'entraîner. Peut être passer voir Grand Tendre à son bar, aussi. Ma langue s'ennuie de l'arôme de sa peau, bien que celui de ses cocktails ne soit pas trop mal non plus.
Sur un tout autre ordre d'idées, depuis que j'ai atteint la stabilité de trois séances d'entraînement par semaine, je ressens une étrange sensation dès que j'ingère du sucré, comme un lait au chocolat ou une très rarissime tablette de toblerone.
C'est un contentement profond, un ravissement de l'estomac, une intense sensation de satiété qui monte en moi.
Ça me donne envie de faire un "hmmm" repus et plein de langueur, comme dans les pubs où chaque bouchée semble toujours trop savoureuse pour être vraie.
Ouais, faut bien que je fasse un billet plate une fois de temps en temps.
Fabulé à
14:30
Maternité et cotons ouatés
Au secondaire, j'ai étudié avec une fille qui avait toutes les caractéristiques de la parfaite petite rebelle: surplus de poids mou, cheveux cotonnés, chaînes aux jeans et toujours un coton ouaté, le même depuis des années, ayant graduellement passé du noir au brun rouille.
Elle se plaisait mieux sur un banc de parc à fumer des bats qu'à être en classe.
J'étais parfaitement en accord avec ses choix. Ça me permettait d'étendre mes jambes sur sa chaise vide.
Et lorsqu'elle quittait son banc, c'était pour venir abuser verbalement d'une dizaine de malchanceux qui allaient voir leur estime personnelle en garder des séquelles à vie.
Je défendais deux trois cocos une fois de temps en temps, quand ça adonnait, mais de manière générale, je me tenais loin. Elle devait être malaimée, la pauvre.
Pourtant, un jour, nous nous sommes battues. C'était moche. Rien de plus moche qu'une bataille de filles. Rien de plus moche qu'une bataille tout court, en fait.
Elle me reprochait de l'avoir bousculée. C'était peut-être vrai, je n'en sais trop rien, j'étais occupée à rire et à avoir du plaisir. Habituée à ce qu'un seul de ses coups d'oeils suffise à ce que l'étudiant moyen s'asperge d'urine, elle n'a pas apprécié ma flagrante désinvolture.
Et en plein milieu d'une phrase, comme ça, mine de rien, elle m'a frappée en plein visage.
Je n'ai rien compris, mais vraiment, rien du tout. Surréalisme. Déconnexion totale.
L'adrénaline a cependant eu tôt fait d'embarquer, et en quelques secondes, elle se retrouvait la joue et la réputation au tapis.
Et moi, je n'avais toujours rien compris, j'étais là, l'œil tuméfié, le sang au nez, alors qu'à peine deux minutes auparavant, j'entendais la meilleur blague de ma toute petite vie.
C'était la dernière fois que j'entendais parler d'elle.
Ce soir, je suis tombée sur son profil Facebook. Comble du mauvais goût, elle y a mis une série de photos très intimes mais disponibles publiquement où, accompagnée de son copain, elle tient contre son sein un nouveau né.
Parce que oui, elle vient d'accoucher d'un petit garçon. Sur les photos, la joyeuse petite famille sourit mollement à la caméra, et c'est un peu étrange de voir à quel point un flash a la capacité de bien faire ressortir les taches de gras et de cigarette des murs d'un vieil appartement.
Aux côtés de la nouvelle mère, le juvénile nouveau père prend une seule et même pose de clichés en clichés, où il se tient comme un gangster de Laval. Comme sa tendre moitié dans son jeune temps, il porte un coton ouaté griffé d'un quelconque star du hip hop aux dents d'or.
Je suis gênée d'assister à ça. C'est pas croyable. Je ferme la page, mais trop tard, me v'la en colère.
Quelle belle vie de merde qui s'annonce à eux. Quel cadeau de merde que de donner naissance à un enfant quand t'as vingt ans et que t'as pas fini ton secondaire!
J'imagine très bien le portrait: Maman travaille chez Burger King et papa fait du briquetage, mais il a eu tôt fait de sacrer maman là parce qu'au fond, cet enfant-là était juste une erreur de baise ayant mal tourné sur les sièges de sa Honda Civic.
Oui, bien sûr, j'exagère, j'extrapole, mais connaissant le profil de la demoiselle, je ne m'attends pas à mieux.
Quand t'es pas capable de prendre soin de toi, quand tu ne connais rien à rien et que tu n'as pas encore pris le temps de vivre ta propre vie, tu ne donnes pas naissance à un enfant.
Ça fait des petits boudinés qui ne connaissent que le langage des tapes sur le menton. Ça fait de la colère, de la frustration, de la pauvreté et des carences. Ça fait des vies ratées et regrettées.
Oh, mais je me base sur rien du tout, au fond. Peut-être qu'il était ardemment désiré et aimé avant même d'exister, cet enfant-là. Peut-être que sa mère a jugé qu'à vingt ans, après avoir trouvé son compagnon pour la vie, elle était fin prête à se lancer dans cette grande et belle aventure qu'est la maternité. Peut-être que son fils va avoir droit à une enfance gavée de l'amour et de l'attention inconditionnelle de ses parents, et qu'ainsi encadré, il deviendra un grand homme.
Bullshit.
Je ne vois que de l'inconscience et du malheur à venir.
Elle se plaisait mieux sur un banc de parc à fumer des bats qu'à être en classe.
J'étais parfaitement en accord avec ses choix. Ça me permettait d'étendre mes jambes sur sa chaise vide.
Et lorsqu'elle quittait son banc, c'était pour venir abuser verbalement d'une dizaine de malchanceux qui allaient voir leur estime personnelle en garder des séquelles à vie.
Je défendais deux trois cocos une fois de temps en temps, quand ça adonnait, mais de manière générale, je me tenais loin. Elle devait être malaimée, la pauvre.
Pourtant, un jour, nous nous sommes battues. C'était moche. Rien de plus moche qu'une bataille de filles. Rien de plus moche qu'une bataille tout court, en fait.
Elle me reprochait de l'avoir bousculée. C'était peut-être vrai, je n'en sais trop rien, j'étais occupée à rire et à avoir du plaisir. Habituée à ce qu'un seul de ses coups d'oeils suffise à ce que l'étudiant moyen s'asperge d'urine, elle n'a pas apprécié ma flagrante désinvolture.
Et en plein milieu d'une phrase, comme ça, mine de rien, elle m'a frappée en plein visage.
Je n'ai rien compris, mais vraiment, rien du tout. Surréalisme. Déconnexion totale.
L'adrénaline a cependant eu tôt fait d'embarquer, et en quelques secondes, elle se retrouvait la joue et la réputation au tapis.
Et moi, je n'avais toujours rien compris, j'étais là, l'œil tuméfié, le sang au nez, alors qu'à peine deux minutes auparavant, j'entendais la meilleur blague de ma toute petite vie.
C'était la dernière fois que j'entendais parler d'elle.
Ce soir, je suis tombée sur son profil Facebook. Comble du mauvais goût, elle y a mis une série de photos très intimes mais disponibles publiquement où, accompagnée de son copain, elle tient contre son sein un nouveau né.
Parce que oui, elle vient d'accoucher d'un petit garçon. Sur les photos, la joyeuse petite famille sourit mollement à la caméra, et c'est un peu étrange de voir à quel point un flash a la capacité de bien faire ressortir les taches de gras et de cigarette des murs d'un vieil appartement.
Aux côtés de la nouvelle mère, le juvénile nouveau père prend une seule et même pose de clichés en clichés, où il se tient comme un gangster de Laval. Comme sa tendre moitié dans son jeune temps, il porte un coton ouaté griffé d'un quelconque star du hip hop aux dents d'or.
Je suis gênée d'assister à ça. C'est pas croyable. Je ferme la page, mais trop tard, me v'la en colère.
Quelle belle vie de merde qui s'annonce à eux. Quel cadeau de merde que de donner naissance à un enfant quand t'as vingt ans et que t'as pas fini ton secondaire!
J'imagine très bien le portrait: Maman travaille chez Burger King et papa fait du briquetage, mais il a eu tôt fait de sacrer maman là parce qu'au fond, cet enfant-là était juste une erreur de baise ayant mal tourné sur les sièges de sa Honda Civic.
Oui, bien sûr, j'exagère, j'extrapole, mais connaissant le profil de la demoiselle, je ne m'attends pas à mieux.
Quand t'es pas capable de prendre soin de toi, quand tu ne connais rien à rien et que tu n'as pas encore pris le temps de vivre ta propre vie, tu ne donnes pas naissance à un enfant.
Ça fait des petits boudinés qui ne connaissent que le langage des tapes sur le menton. Ça fait de la colère, de la frustration, de la pauvreté et des carences. Ça fait des vies ratées et regrettées.
Oh, mais je me base sur rien du tout, au fond. Peut-être qu'il était ardemment désiré et aimé avant même d'exister, cet enfant-là. Peut-être que sa mère a jugé qu'à vingt ans, après avoir trouvé son compagnon pour la vie, elle était fin prête à se lancer dans cette grande et belle aventure qu'est la maternité. Peut-être que son fils va avoir droit à une enfance gavée de l'amour et de l'attention inconditionnelle de ses parents, et qu'ainsi encadré, il deviendra un grand homme.
Bullshit.
Je ne vois que de l'inconscience et du malheur à venir.
Fabulé à
02:58
15 février 2009
Saint-Valentin: le sabotage maison
Il est rentré du travail vers 22h. Le gigot tout badigeonné de sauce compliquée attendait sagement son tour pour sauter dans le four. C'est que ce sale enfoiré de gratin dauphinois a pris une heure trente à préparer et à cuire.
Le repas était loin d'être prêt, et il se faisait déjà tard. J'angoissais un peu, mais considérant que j'avais déjà prévu foirer quelque chose, j'étais passée à la fromagerie pour acheter un goûteux parmesan, que j'allais accompagner d'une baguette fraîche, de basilic et d'huile d'olive, question d'apaiser l'humeur directement reliée à l'estomac de Monsieur l'affamé.
J'ai enfilé mes bas de nylon spécialement achetés pour l'occasion, ma robe et mes talons, puis je me suis repeignée, remaquillée, pour lui être jolie jolie. J'avais une bouteille de porto pour réchauffer l'ambiance, une rose pour le romantisme, et de petites serviettes pour s'essuyer le coin de bouche. Suffisait de bavarder et de rire le temps que tout soit prêt, et la soirée allait être parfaitement réussie.
23h30, nous sommes enfin prêts à passer à table. Je n'ai choisi que des assiettes et de la coutellerie identiques, pour faire plus chic.
Le gigot est cuit, il sent bon, mais je tiens à finir la préparation du fondant au chocolat afin qu'il soit prêt, chaud et décadent au moment très exact où nous en aurons terminé avec le repas principal.
Je fais fondre chocolat noir et beurre dans un poêlon, et de son côté, Grand Tendre bat énergiquement le mélange d'œufs, de sucre et de farine.
On mélange nos deux préparations, puis versons le tout dans de petits moules allant au four, lui au bol et moi à la cuillère dans un travail d'équipe extraordinaire.
La soirée va bon train, il est charmant et d'excellente humeur, nos conversations sont légères et distrayantes, nous nous frôlons sensuellement ici et là.
Fidèle à moi-même, je goûte goulument notre mélange à même la cuillère.
C'est salé.
Oh non, c'est salé.
Oh non...
J'ai confondu le sucre avec le sel de mer qu'il tient dans une jarre sur son comptoir. L'allure des gros cristaux m'a suffit à ne pas y goûter au préalable. C'est que du sucre, ça ne ressemble pas à du sel de table. Et honnêtement, qui penserait à du sel de mer?
Je viens de planter le dessert dans une erreur franchement ridicule. Il est un peu piqué, un peu déçu, mais surtout amusé. C'est du gâchis, c'est dommage, mais ce n'est pas très grave. Il me taquine. Je feel cheap.
Mais bon, je me ressaisis, j'ai passé la journée au grand complet à courir et il s'agit de ma toute première erreur, pas de quoi trop s'en faire, le reste du repas sera très réussi.
Le gigot d'agneau qu'on m'a vendu est truffé de gras.
Il est bon, bien cuit, mais malgré les commentaires encourageants du Valentin, je suis déçue.
Le gratin dauphinois, par contre, est très bien. Toujours ça de gagné.
Le repas se termine, il est presque minuit, et je suis un peu démoralisée.
Il me réconforte à grands coups de baisers. Il s'est mis beau, comme je le lui avais demandé.
Il porte même du parfum, lui qui est pourtant un fervent adepte de l'odeur naturelle de la peau. J'en suis flattée.
À mon grand amusement, il me raconte que, ne sachant pas qu'il s'agissait d'un atomiseur, il s'en ai aspergé les yeux, et que ça l'a mis en retard pour le travail.
J'en perçois la tiède fragrance lorsque l'aile de mon nez survole sa nuque, ce qui me confère une vibrante impression d'intimité.
Qui m'allume beaucoup.
Après deux délicieuses heures d'amour, il m'invite à dormir chez-lui.
C'est inattendu. J'accepte avec plaisir.
Le lendemain matin, nouvelle séance de bienfaits physiques, paresseuse cette fois-ci vu notre sommeil avorté. Nous nous rendormons candidement.
À notre réveil, l'après-midi est entamé, il n'a plus le temps de terminer un contrat de travail, ce qui le met dans le pétrin. Il se lève de moyenne humeur.
J'essaie de faire mon enjouée, mais pas trop, pour ne pas le brusquer.
Je me prépare des rôties en catimini. Il lit La Presse en buvant son café.
La veille, pour libérer la table de la cuisine en vue de notre repas, faute d'espace, j'avais déposé sur cette surface plane qu'est le dessus d'un grille-pain un des nombreux frisbees qui traînent chez-lui. Je me suis dit que j'allais le ranger à sa place plus tard.
Je le soulève donc, dépose mes tranches dans l'appareil, allume ce dernier et y redépose le disque.
J'ai la tête pleine, l'esprit ailleurs, je ne fais pas attention à ce que je fais.
Quelques minutes plus tard, m'étonnant de ne pas entendre le shlang typique de rôties parfaitement rôties, je soulève le frisbee dans un long filet collant. Il est en train de fondre dans le grille-pain.
Bravo championne.
Il se retourne et reste muet devant l'ampleur de ma connerie. Ce n'est pas tant la perte de son frisbee ou celle potentielle de son grille-pain qui l'agresse, mais bien le résultat navrant de mon incroyable lunatisme.
Je ris de consternation et de désolement. Je ne sais plus où me mettre.
Puis je reprends sur moi, je lui dis qu'il en a quinze, des frisbees, que son grille-pain n'a rien, que les erreurs, ça arrive à tout le monde, que c'est effectivement incroyablement innocent de ma part, mais que je ne peux rien faire de plus que m'excuser et lui dire à quel point je suis désolée.
Il est incrédule.
Et à l'intérieur, je ramollis de plus en plus. Il m'a invitée pour la première fois à dormir chez-lui, étape importante de notre relation s'il en est une, et au lendemain, juste pour le lui faire regretter, alors qu'il est déjà de moyenne humeur vu l'heure de son lever et le retard qu'il prendra au travail, je trouve le moyen de faire fondre un disque de plastique, odeur comprise, en le déposant délibérément sur un appareil chauffant.
Nous sommes sortis déjeuner au resto du quartier. Nous avons peu parlé, puis je suis rentrée chez-moi avec un mal de coeur, dans tous les sens de l'expression.
J'essaie tellement fort que ça marche, lui et moi, mais je suis maladroite, malhabile, mal à l'aise.
J'espère qu'avec du recul, il va trouver tout ceci mignon plutôt qu'agaçant.
Parce que vraiment, je fais de mon mieux.
Le repas était loin d'être prêt, et il se faisait déjà tard. J'angoissais un peu, mais considérant que j'avais déjà prévu foirer quelque chose, j'étais passée à la fromagerie pour acheter un goûteux parmesan, que j'allais accompagner d'une baguette fraîche, de basilic et d'huile d'olive, question d'apaiser l'humeur directement reliée à l'estomac de Monsieur l'affamé.
J'ai enfilé mes bas de nylon spécialement achetés pour l'occasion, ma robe et mes talons, puis je me suis repeignée, remaquillée, pour lui être jolie jolie. J'avais une bouteille de porto pour réchauffer l'ambiance, une rose pour le romantisme, et de petites serviettes pour s'essuyer le coin de bouche. Suffisait de bavarder et de rire le temps que tout soit prêt, et la soirée allait être parfaitement réussie.
23h30, nous sommes enfin prêts à passer à table. Je n'ai choisi que des assiettes et de la coutellerie identiques, pour faire plus chic.
Le gigot est cuit, il sent bon, mais je tiens à finir la préparation du fondant au chocolat afin qu'il soit prêt, chaud et décadent au moment très exact où nous en aurons terminé avec le repas principal.
Je fais fondre chocolat noir et beurre dans un poêlon, et de son côté, Grand Tendre bat énergiquement le mélange d'œufs, de sucre et de farine.
On mélange nos deux préparations, puis versons le tout dans de petits moules allant au four, lui au bol et moi à la cuillère dans un travail d'équipe extraordinaire.
La soirée va bon train, il est charmant et d'excellente humeur, nos conversations sont légères et distrayantes, nous nous frôlons sensuellement ici et là.
Fidèle à moi-même, je goûte goulument notre mélange à même la cuillère.
C'est salé.
Oh non, c'est salé.
Oh non...
J'ai confondu le sucre avec le sel de mer qu'il tient dans une jarre sur son comptoir. L'allure des gros cristaux m'a suffit à ne pas y goûter au préalable. C'est que du sucre, ça ne ressemble pas à du sel de table. Et honnêtement, qui penserait à du sel de mer?
Je viens de planter le dessert dans une erreur franchement ridicule. Il est un peu piqué, un peu déçu, mais surtout amusé. C'est du gâchis, c'est dommage, mais ce n'est pas très grave. Il me taquine. Je feel cheap.
Mais bon, je me ressaisis, j'ai passé la journée au grand complet à courir et il s'agit de ma toute première erreur, pas de quoi trop s'en faire, le reste du repas sera très réussi.
Le gigot d'agneau qu'on m'a vendu est truffé de gras.
Il est bon, bien cuit, mais malgré les commentaires encourageants du Valentin, je suis déçue.
Le gratin dauphinois, par contre, est très bien. Toujours ça de gagné.
Le repas se termine, il est presque minuit, et je suis un peu démoralisée.
Il me réconforte à grands coups de baisers. Il s'est mis beau, comme je le lui avais demandé.
Il porte même du parfum, lui qui est pourtant un fervent adepte de l'odeur naturelle de la peau. J'en suis flattée.
À mon grand amusement, il me raconte que, ne sachant pas qu'il s'agissait d'un atomiseur, il s'en ai aspergé les yeux, et que ça l'a mis en retard pour le travail.
J'en perçois la tiède fragrance lorsque l'aile de mon nez survole sa nuque, ce qui me confère une vibrante impression d'intimité.
Qui m'allume beaucoup.
Après deux délicieuses heures d'amour, il m'invite à dormir chez-lui.
C'est inattendu. J'accepte avec plaisir.
Le lendemain matin, nouvelle séance de bienfaits physiques, paresseuse cette fois-ci vu notre sommeil avorté. Nous nous rendormons candidement.
À notre réveil, l'après-midi est entamé, il n'a plus le temps de terminer un contrat de travail, ce qui le met dans le pétrin. Il se lève de moyenne humeur.
J'essaie de faire mon enjouée, mais pas trop, pour ne pas le brusquer.
Je me prépare des rôties en catimini. Il lit La Presse en buvant son café.
La veille, pour libérer la table de la cuisine en vue de notre repas, faute d'espace, j'avais déposé sur cette surface plane qu'est le dessus d'un grille-pain un des nombreux frisbees qui traînent chez-lui. Je me suis dit que j'allais le ranger à sa place plus tard.
Je le soulève donc, dépose mes tranches dans l'appareil, allume ce dernier et y redépose le disque.
J'ai la tête pleine, l'esprit ailleurs, je ne fais pas attention à ce que je fais.
Quelques minutes plus tard, m'étonnant de ne pas entendre le shlang typique de rôties parfaitement rôties, je soulève le frisbee dans un long filet collant. Il est en train de fondre dans le grille-pain.
Bravo championne.
Il se retourne et reste muet devant l'ampleur de ma connerie. Ce n'est pas tant la perte de son frisbee ou celle potentielle de son grille-pain qui l'agresse, mais bien le résultat navrant de mon incroyable lunatisme.
Je ris de consternation et de désolement. Je ne sais plus où me mettre.
Puis je reprends sur moi, je lui dis qu'il en a quinze, des frisbees, que son grille-pain n'a rien, que les erreurs, ça arrive à tout le monde, que c'est effectivement incroyablement innocent de ma part, mais que je ne peux rien faire de plus que m'excuser et lui dire à quel point je suis désolée.
Il est incrédule.
Et à l'intérieur, je ramollis de plus en plus. Il m'a invitée pour la première fois à dormir chez-lui, étape importante de notre relation s'il en est une, et au lendemain, juste pour le lui faire regretter, alors qu'il est déjà de moyenne humeur vu l'heure de son lever et le retard qu'il prendra au travail, je trouve le moyen de faire fondre un disque de plastique, odeur comprise, en le déposant délibérément sur un appareil chauffant.
Nous sommes sortis déjeuner au resto du quartier. Nous avons peu parlé, puis je suis rentrée chez-moi avec un mal de coeur, dans tous les sens de l'expression.
J'essaie tellement fort que ça marche, lui et moi, mais je suis maladroite, malhabile, mal à l'aise.
J'espère qu'avec du recul, il va trouver tout ceci mignon plutôt qu'agaçant.
Parce que vraiment, je fais de mon mieux.
Fabulé à
15:39
14 février 2009
Mon Valentin
J'ai couru les rues avec une rose dans une poche et un pain baguette dans l'autre.
Belle allure.
J'ai marché des lustres et des lustres pour acheter tout ce qui me manquait pour préparer un souper de la Saint-Valentin digne de mon amour.
J'ai récupéré les clés de son appartement au bar où il s'est nouvellement fait engagé. Il est tellement beau dans sa chemise blanche.
La serveuse qui travaille avec lui, serveuse qui n'est pas moi, m'a mentionné anodinement qu'elle avait un copain, et c'est drôle, j'ai comme un poids en moins sur les épaules.
Pour fêter ça, j'ai vanté à qui mieux mieux les talents de barman de mon Grand Tendre, et il m'a préparé deux cocktails de son invention délicieusement traîtres, comme je les aime.
Maintenant, je suis chaudasse et toute seule dans son appartement, j'ai mis un de ses CD à plein volume, fuck you le voisin, ma rose trempe dans l'eau d'une vieille bouteille de Labatt cinquante, et j'ai un gigot d'agneau à essayer de ne pas rater.
Messieurs, mesdames, j'ai une robe à enfiler, une nuque à parfumer, je suis en amour et vous souhaite de faire de ce jour de la Saint-Valentin quelque chose d'agréable.
Belle allure.
J'ai marché des lustres et des lustres pour acheter tout ce qui me manquait pour préparer un souper de la Saint-Valentin digne de mon amour.
J'ai récupéré les clés de son appartement au bar où il s'est nouvellement fait engagé. Il est tellement beau dans sa chemise blanche.
La serveuse qui travaille avec lui, serveuse qui n'est pas moi, m'a mentionné anodinement qu'elle avait un copain, et c'est drôle, j'ai comme un poids en moins sur les épaules.
Pour fêter ça, j'ai vanté à qui mieux mieux les talents de barman de mon Grand Tendre, et il m'a préparé deux cocktails de son invention délicieusement traîtres, comme je les aime.
Maintenant, je suis chaudasse et toute seule dans son appartement, j'ai mis un de ses CD à plein volume, fuck you le voisin, ma rose trempe dans l'eau d'une vieille bouteille de Labatt cinquante, et j'ai un gigot d'agneau à essayer de ne pas rater.
Messieurs, mesdames, j'ai une robe à enfiler, une nuque à parfumer, je suis en amour et vous souhaite de faire de ce jour de la Saint-Valentin quelque chose d'agréable.
Fabulé à
19:05
Ma Valentine
Je ne parle jamais à ma coloc, outre pour les strictes minimums et faussement enjoués "Salut!" et "Bye bye!".
Mais aujourd'hui, aujourd'hui c'était différent.
Je chausse mes bottes pointues dans l'entrée. Je baigne dans les effluves de ma chevelure coquette. Elle est au salon, juste en face, avec ses grosses babouches et une couette de travers.
Je ne peux résister.
-Bonne Saint-Valentin! Fais-tu quelque chose de spécial aujourd'hui?
-No.
-Ah? Mais je pensais que t'avais un amoureux?
-No.
-Ah. Dommage. Bon, attends un peu avant d'aller prendre ta douche, j'ai vidé toute l'eau chaude.
-OK
-J'ai dû utiliser au moins douze produits de beauté différents pour être prête pour la Saint-Valentin. Ah, les hommes, hein? ha-ha-ha.
-...
-Bon, moi j'y vais. Tu vas avoir l'appartement pour toi toute seule ce soir, je compte pas rentrer avant les petites heures. Bye là! Passe une belle journée!
Je suis un être profondément méchant (à l'occasion).
Mais aujourd'hui, aujourd'hui c'était différent.
Je chausse mes bottes pointues dans l'entrée. Je baigne dans les effluves de ma chevelure coquette. Elle est au salon, juste en face, avec ses grosses babouches et une couette de travers.
Je ne peux résister.
-Bonne Saint-Valentin! Fais-tu quelque chose de spécial aujourd'hui?
-No.
-Ah? Mais je pensais que t'avais un amoureux?
-No.
-Ah. Dommage. Bon, attends un peu avant d'aller prendre ta douche, j'ai vidé toute l'eau chaude.
-OK
-J'ai dû utiliser au moins douze produits de beauté différents pour être prête pour la Saint-Valentin. Ah, les hommes, hein? ha-ha-ha.
-...
-Bon, moi j'y vais. Tu vas avoir l'appartement pour toi toute seule ce soir, je compte pas rentrer avant les petites heures. Bye là! Passe une belle journée!
Je suis un être profondément méchant (à l'occasion).
Fabulé à
14:52
Prochain Blogoff!
Je propose samedi le 14 mars à 20h pour notre prochain rendez-vous.
À la Distillerie.
Ça vous va?
À la Distillerie.
Ça vous va?
Fabulé à
13:00
13 février 2009
Le docteur
Aujourd'hui, je suis allée à la clinique pour me faire prescrire la pilule.
Ça fait longtemps que ça traînait. C'est qu'aller attendre des heures en clinique, entourée de malades qui souffrent et qui toussent quand toi, ta seule maladie, c'est la fringance, ce n'est pas très emballant.
Bon, j'ai la journée de libre, la clinique est à deux coins de rue, allons-y une bonne fois pour toutes, et tant qu'à y être, autant essayer de m'y amuser, autant jouer avec le médecin un petit peu.
J'aime bien les médecins. Ils soignent les gens. Ils sont très sérieux, ont des gants qui font shlack, des sarraus blancs et des stéthoscopes qui te font froid au sein gauche.
Ils auscultent et réparent des corps de toutes les couleurs sans arrêt, sans arrêt, jusqu'à ce que sonnent cinq heures. Ils passent tellement de temps à tâter des physiques qu'ils en deviennent totalement insensibles.
Quel excellent défi.
Je me suis donc fait des yeux de biche et ai revêtu mon plus beau décolleté, que j'ai accompagné d'un collier plein de perles et de billes brillantes spécialement conçues pour concentrer les regards.
Puis, affublée d'un veston de petit écolier pour un peu de sobriété, j'ai quitté l'appartement en sifflotant.
Après trois heures d'attente, le médecin est sorti de son bureau avec un petit air occupé et une planche pleine de papiers.
"Madame... Claudia Blanc?"
Ce à quoi j'ai répondu "Mademoiselle, docteur" dans mon plus beau balancement fessier.
Il avait la jeune quarantaine et des yeux qui en ont vus d'autres.
Il m'a demandée de l'attendre dans son bureau.
Pas de problème.
Au bout de 10 minutes, je commençais à trouver le temps long. Je me suis donc mise à fouiller dans ses tiroirs. Il y avait des médicaments, des seringues et des boules de coton. J'aurais préféré trouver quelque chose de plus divertissant, comme un gigantesque godemiché à double embouts enroulé dans une serviette, ou quelque chose, mais non, c'était un docteur tout ce qu'il y a de plus diplômé.
Puis je me suis cognée moi-même sur les genoux avec son petit marteau de médecin, et c'est à ce moment-là qu'il est arrivé en me demandant ce que je faisais.
J'ai ri comme une coquette prise en flagrant délit, et je lui ai dit que je me distrayais comme je le pouvais en l'attendant.
-En quoi est-ce que je peux vous aider, mademoiselle?
-Oh docteur, rien de bien grave, j'ai seulement besoin d'une prescription pour la pilule anticonceptionnelle
-Bien. Avez-vous des rapports sexuels?
-Oh oui.
-Depuis... longtemps?
-Mes dix-huit ans, docteur.
-Bien. Je vais prendre votre pouls. Veuillez retirer votre veston.
-Mon chandail aussi, docteur?
Il y eut un petit silence.
Hahaha, il hésite. J'ai déjà gagné, c'est trop facile.
-Non, non ce ne sera pas nécessaire.
Il prit ma pression, puis écouta mon cœur avec son stéthoscope. Il dut glisser ses doigts contre ma poitrine pour relever la couture de mon décolleté; j'ai surpris ses yeux bien creux dans ma vallée.
Je gagnais mon petit jeu. Mêmes les vénérables docteurs ne pouvaient résister à l'attrait de mes mamelles.
-Votre prescription, c'est pour vos douleurs menstruelles?
-Non, non. C'est juste pour que mes rapports sexuels soient moins... stressants.
-C'est votre ami qui va être content.
Quel commentaire indiscret, docteur.
-Oui, mais c'est plus pour moi que je le fais. Ça doit tellement être bien de le laisser.. de le sentir... enfin, vous savez.
Ola, je pousse fort.
Il m'a souri.
-Oui, je vois.
-Savez-vous quand est-ce que le contraceptif va faire effet, docteur?
-Une semaine après le cinquième jour de votre cycle menstruel.
-Ah. Parfait.
-Ne vous inquiétez pas, vous allez voir, un mois, ça passe vite.
Oh, une deuxième indiscrétion!
J'ai ri bien gentiment, et ai enchaîné avec le coup de grâce: je me suis penchée pour ramasser mon sac.
-En quoi étudiez-vous, mademoiselle?
Il essaie d'entamer une nouvelle conversation alors que je m'apprête à partir?
-En littérature, monsieur.
-Oui, c'est ce que je pensais.
Okay, j'ai déjà gagné mon petit jeu, maintenant je quitte.
-Merci docteur. Aurevoir!
-Mademoiselle?
Qu'est-ce qu'il veut encore. Est-ce que j'ai joué trop fort?
-Oui?
-Votre veste.
Ça fait longtemps que ça traînait. C'est qu'aller attendre des heures en clinique, entourée de malades qui souffrent et qui toussent quand toi, ta seule maladie, c'est la fringance, ce n'est pas très emballant.
Bon, j'ai la journée de libre, la clinique est à deux coins de rue, allons-y une bonne fois pour toutes, et tant qu'à y être, autant essayer de m'y amuser, autant jouer avec le médecin un petit peu.
J'aime bien les médecins. Ils soignent les gens. Ils sont très sérieux, ont des gants qui font shlack, des sarraus blancs et des stéthoscopes qui te font froid au sein gauche.
Ils auscultent et réparent des corps de toutes les couleurs sans arrêt, sans arrêt, jusqu'à ce que sonnent cinq heures. Ils passent tellement de temps à tâter des physiques qu'ils en deviennent totalement insensibles.
Quel excellent défi.
Je me suis donc fait des yeux de biche et ai revêtu mon plus beau décolleté, que j'ai accompagné d'un collier plein de perles et de billes brillantes spécialement conçues pour concentrer les regards.
Puis, affublée d'un veston de petit écolier pour un peu de sobriété, j'ai quitté l'appartement en sifflotant.
Après trois heures d'attente, le médecin est sorti de son bureau avec un petit air occupé et une planche pleine de papiers.
"Madame... Claudia Blanc?"
Ce à quoi j'ai répondu "Mademoiselle, docteur" dans mon plus beau balancement fessier.
Il avait la jeune quarantaine et des yeux qui en ont vus d'autres.
Il m'a demandée de l'attendre dans son bureau.
Pas de problème.
Au bout de 10 minutes, je commençais à trouver le temps long. Je me suis donc mise à fouiller dans ses tiroirs. Il y avait des médicaments, des seringues et des boules de coton. J'aurais préféré trouver quelque chose de plus divertissant, comme un gigantesque godemiché à double embouts enroulé dans une serviette, ou quelque chose, mais non, c'était un docteur tout ce qu'il y a de plus diplômé.
Puis je me suis cognée moi-même sur les genoux avec son petit marteau de médecin, et c'est à ce moment-là qu'il est arrivé en me demandant ce que je faisais.
J'ai ri comme une coquette prise en flagrant délit, et je lui ai dit que je me distrayais comme je le pouvais en l'attendant.
-En quoi est-ce que je peux vous aider, mademoiselle?
-Oh docteur, rien de bien grave, j'ai seulement besoin d'une prescription pour la pilule anticonceptionnelle
-Bien. Avez-vous des rapports sexuels?
-Oh oui.
-Depuis... longtemps?
-Mes dix-huit ans, docteur.
-Bien. Je vais prendre votre pouls. Veuillez retirer votre veston.
-Mon chandail aussi, docteur?
Il y eut un petit silence.
Hahaha, il hésite. J'ai déjà gagné, c'est trop facile.
-Non, non ce ne sera pas nécessaire.
Il prit ma pression, puis écouta mon cœur avec son stéthoscope. Il dut glisser ses doigts contre ma poitrine pour relever la couture de mon décolleté; j'ai surpris ses yeux bien creux dans ma vallée.
Je gagnais mon petit jeu. Mêmes les vénérables docteurs ne pouvaient résister à l'attrait de mes mamelles.
-Votre prescription, c'est pour vos douleurs menstruelles?
-Non, non. C'est juste pour que mes rapports sexuels soient moins... stressants.
-C'est votre ami qui va être content.
Quel commentaire indiscret, docteur.
-Oui, mais c'est plus pour moi que je le fais. Ça doit tellement être bien de le laisser.. de le sentir... enfin, vous savez.
Ola, je pousse fort.
Il m'a souri.
-Oui, je vois.
-Savez-vous quand est-ce que le contraceptif va faire effet, docteur?
-Une semaine après le cinquième jour de votre cycle menstruel.
-Ah. Parfait.
-Ne vous inquiétez pas, vous allez voir, un mois, ça passe vite.
Oh, une deuxième indiscrétion!
J'ai ri bien gentiment, et ai enchaîné avec le coup de grâce: je me suis penchée pour ramasser mon sac.
-En quoi étudiez-vous, mademoiselle?
Il essaie d'entamer une nouvelle conversation alors que je m'apprête à partir?
-En littérature, monsieur.
-Oui, c'est ce que je pensais.
Okay, j'ai déjà gagné mon petit jeu, maintenant je quitte.
-Merci docteur. Aurevoir!
-Mademoiselle?
Qu'est-ce qu'il veut encore. Est-ce que j'ai joué trop fort?
-Oui?
-Votre veste.
Fabulé à
20:30
12 février 2009
J'apprécie les verrues
Si vous avez aimé, je vous conseille d'aller jeter un oeil sur le reste de mes archives kijiji.
Fabulé à
23:21
9 février 2009
L'homme cassonade - 7e partie
À notre toute première rencontre, dans le cadre d'un échange d'informations personnelles et superficielles, il m'avait dit qu'il avait été barman pendant 10 ans.
À mon oreille, cette nouvelle était d'une décadence inoubliable.
Mon grand brun était barman, un adroit et charismatique jeune maître lubrifiant les femmes de sa suave liqueur.
Il était l'unique lucidité qui, devant les pignons de verre de son château de bouteilles, derrière la clôture de bois cerclant son royaume éthylique, règne et veille sur les inhibitions qu'il a lui-même relâchées.
Il était barman!
L'habile et volubile acteur d'un théâtre urbain. Apparemment accessible mais consciencieusement distant. Payé pour être ton meilleur ami jusqu'à ce que sonne trois heures.
Ô rêves érotiques présents et à venir!
Lorsque j'ai été engagée comme serveuse dans un chic nightclub africain, une idée extraordinaire m'est apparue.
Je me suis affairée à séduire mes patrons doucement, doucereusement, jusqu'à les inciter à délaisser le bar au profit d'un professionnel qui s'occuperait de cette tâche ô combien contraignante, fatigante, et pas tellement payante lorsqu'on y pense bien.
Et par un hasard fort convenant, j'avais justement un ami au profil parfait pour l'emploi.
Ils étaient d'accord. Parfait, parfait!
Lorsque j'ai annoncé la grande nouvelle au Grand Tendre, il m'a dit qu'il allait y penser.
Mon cœur a cogné. Je n'avais pas pensé qu'il puisse refuser, pas après tous mes efforts.
Il n'avait pas forcément envie de retourner dans le milieu des bars, les horaires étaient à l'encontre de son mode de vie, et il s'occupait déjà de plus de quatre emplois partiels.
-Mais on travaillerait ensemble! Ça ne serait que trois petites heures par semaine! Je serais serveuse, et toi barman, et tu me ferais des cocktails, et on parlerait des clients en chuchotant! En plus, c'est super payant, tu vas voir, tu vas voir!
Je ne savais pas si ça allait être payant ou non. J'en doutais, à vrai dire. Mais qu'importe, qu'importe, il se débrouillerait bien pour obtenir un salaire de roi, j'avais entièrement confiance en ses capacités.
Et quelques jours plus tard à en avoir mal à trop croiser les doigts, il a finalement accepté.
J'en rayonnais de bonheur. On allait travailler ensemble. J'allais enfin pouvoir le voir à des moments fixes et certains.
Notre premier quart de travail se situait aux alentours de décembre. J'habitais encore en plein centre-ville. Plutôt que de se rencontrer directement au club, il passait me chercher chez-moi une heure à l'avance, question qu'on aille le temps d'aller manger un morceau.
Et j'essayais le plus possible de m'habiller de manière à lui plaire, complètement hors-saison, quasi nue sous les gros flocons.
Malgré ses protestations, je ne me faisais pas à l'idée qu'il puisse être séduit par autre chose qu'un bas filet.
C'est que j'aimais bien qu'il s'arrête sur les trottoirs pour me prêter une tuque, pour ajuster mon foulard ou pour tout bien glisser ma chemise sous mon pantalon afin de couvrir ce ventre qui me faisait tant grelotter.
J'aimais qu'il s'arrête pour prendre soin de moi.
Il m'attendait donc chaque vendredi au pied de mon immeuble.
Notre classique "bonsoir" et ses deux bises se voulaient sobres, mais nos visages s'étreignaient un peu trop longtemps pour de l'innocente bienséance.
Nos yeux se disaient "je te désire", mais nos bouches ne faisaient que sourire.
Et il sentait si bon. Un mélange de savon, de coton propre, de menthe et de fumée.
Parce que monsieur fumait, tranquillement, élégamment, et le voir frôler de ses grosses paluches ses lèvres charnues m'allumait terriblement.
[À suivre]
À mon oreille, cette nouvelle était d'une décadence inoubliable.
Mon grand brun était barman, un adroit et charismatique jeune maître lubrifiant les femmes de sa suave liqueur.
Il était l'unique lucidité qui, devant les pignons de verre de son château de bouteilles, derrière la clôture de bois cerclant son royaume éthylique, règne et veille sur les inhibitions qu'il a lui-même relâchées.
Il était barman!
L'habile et volubile acteur d'un théâtre urbain. Apparemment accessible mais consciencieusement distant. Payé pour être ton meilleur ami jusqu'à ce que sonne trois heures.
Ô rêves érotiques présents et à venir!
Lorsque j'ai été engagée comme serveuse dans un chic nightclub africain, une idée extraordinaire m'est apparue.
Je me suis affairée à séduire mes patrons doucement, doucereusement, jusqu'à les inciter à délaisser le bar au profit d'un professionnel qui s'occuperait de cette tâche ô combien contraignante, fatigante, et pas tellement payante lorsqu'on y pense bien.
Et par un hasard fort convenant, j'avais justement un ami au profil parfait pour l'emploi.
Ils étaient d'accord. Parfait, parfait!
Lorsque j'ai annoncé la grande nouvelle au Grand Tendre, il m'a dit qu'il allait y penser.
Mon cœur a cogné. Je n'avais pas pensé qu'il puisse refuser, pas après tous mes efforts.
Il n'avait pas forcément envie de retourner dans le milieu des bars, les horaires étaient à l'encontre de son mode de vie, et il s'occupait déjà de plus de quatre emplois partiels.
-Mais on travaillerait ensemble! Ça ne serait que trois petites heures par semaine! Je serais serveuse, et toi barman, et tu me ferais des cocktails, et on parlerait des clients en chuchotant! En plus, c'est super payant, tu vas voir, tu vas voir!
Je ne savais pas si ça allait être payant ou non. J'en doutais, à vrai dire. Mais qu'importe, qu'importe, il se débrouillerait bien pour obtenir un salaire de roi, j'avais entièrement confiance en ses capacités.
Et quelques jours plus tard à en avoir mal à trop croiser les doigts, il a finalement accepté.
J'en rayonnais de bonheur. On allait travailler ensemble. J'allais enfin pouvoir le voir à des moments fixes et certains.
Notre premier quart de travail se situait aux alentours de décembre. J'habitais encore en plein centre-ville. Plutôt que de se rencontrer directement au club, il passait me chercher chez-moi une heure à l'avance, question qu'on aille le temps d'aller manger un morceau.
Et j'essayais le plus possible de m'habiller de manière à lui plaire, complètement hors-saison, quasi nue sous les gros flocons.
Malgré ses protestations, je ne me faisais pas à l'idée qu'il puisse être séduit par autre chose qu'un bas filet.
C'est que j'aimais bien qu'il s'arrête sur les trottoirs pour me prêter une tuque, pour ajuster mon foulard ou pour tout bien glisser ma chemise sous mon pantalon afin de couvrir ce ventre qui me faisait tant grelotter.
J'aimais qu'il s'arrête pour prendre soin de moi.
Il m'attendait donc chaque vendredi au pied de mon immeuble.
Notre classique "bonsoir" et ses deux bises se voulaient sobres, mais nos visages s'étreignaient un peu trop longtemps pour de l'innocente bienséance.
Nos yeux se disaient "je te désire", mais nos bouches ne faisaient que sourire.
Et il sentait si bon. Un mélange de savon, de coton propre, de menthe et de fumée.
Parce que monsieur fumait, tranquillement, élégamment, et le voir frôler de ses grosses paluches ses lèvres charnues m'allumait terriblement.
[À suivre]
Fabulé à
17:22
7 février 2009
Putaiing
Réaction d'un supporter français face à un touché magnifiquement manoeuvré.
"Alors là, rien à dire. Rien à dire, rien à dire, rien à dire. Rien! À! Dire! Alors là... Bah ça alors... rien à dire."
J'aime les Français. Ils arrivent toujours à beaucoup parler, même lorsqu'ils n'ont rien à dire.
"Alors là, rien à dire. Rien à dire, rien à dire, rien à dire. Rien! À! Dire! Alors là... Bah ça alors... rien à dire."
J'aime les Français. Ils arrivent toujours à beaucoup parler, même lorsqu'ils n'ont rien à dire.
Fabulé à
15:27
Creux creux
-Hey! Tu as perdu lé poids, oui? Lé visage, lé ventre, avant, c'était plus grosse. Avant, avant je te regardé marcher dans appartement, et pas rien dire mé c'été vrément pas joli. Maintenant c'é mieux.
J'ai jamais eu de ventre. J'ai jamais eu de grosse face. J'ai pas réellement changé de physionomie depuis que je m'entraîne. Un sept livres de gras en moins, un cinq livres de muscles en plus, that's it.
J'ai envie de lui enfoncer ses baguettes dans le rectum.
J'ai jamais eu de ventre. J'ai jamais eu de grosse face. J'ai pas réellement changé de physionomie depuis que je m'entraîne. Un sept livres de gras en moins, un cinq livres de muscles en plus, that's it.
J'ai envie de lui enfoncer ses baguettes dans le rectum.
Fabulé à
15:21
6 février 2009
Donne-moi des verges, Google

Petite table à l'intersection des couloirs de l'université, en attendant d'aller travailler, je tue le temps sur connexion WiFi gratuite.
Google Image
[sportifs vestiaire érection]
Enter.
Et tandis que mes yeux se remplissent lentement de paysages décadents, on me prend pour une préposée à l'information.
"Excusez-moi mademoiselle, les toilettes, c'est par où? ... Euh."
"Ça va être au fond à gauche, vous allez voir les indications"
"Ah, euh... Merci! Bonne soirée!!"
J'ai vu ses sourcils s'élever et ses petits yeux clignoter.
Superbe sourire de flagrant délit.
Il a été témoin de mon écran plein de verges, le coquin, et à le voir me quitter d'un pas fringant, il s'est franchement délecté, ça a dû faire sa journée.
Fabulé à
22:31
Robert le niaiseux
Quatorze février.
Treize ans.
La cour était gelée à la grandeur. On enlevait les gants, les mitaines, les chapeaux et les foulards que nos mamans nous avaient fait enfiler de force avant de partir pour l'école, parce qu'être habillés chaudement l'hiver, c'était trop laid.
C'était une époque où j'étais entourée de plein d'indésirables par gentillesse.
C'est que je prenais en pitié tout ceux qui étaient rejetés par les autres. Ceux qui mangeaient tout seuls le midi. Ceux qui disaient préférer travailler en solitaires pour s'éviter l'humiliation de voir grimacer leurs partenaires imposés.
Et je me faisais toujours prendre au jeu. Je leur tendais la main une fois, et c'était fini, j'en avais pour l'année au complet à essayer de m'en débarrasser avec douceur.
Il s'appelait Robert. Il sacrait beaucoup pour montrer qu'il avait de la personnalité. Il était boudiné, bedonnant, avec l'arrière de la nuque rasé de près et un pain de cheveux blonds sur la tête.
On lui coupait les cheveux comme on taillait une haie de cèdre.
Je n'étais pas toujours gentille avec lui, mais je l'étais plus que les autres.
Le jour de la St-Valentin, en pleine bataille de boules de neige de p'tits ados vicieux qui aiment cacher des morceaux de glace dans leurs balles pour rire de celui qui va se faire ouvrir le front, Robert arrive un peu en retard, un peu essoufflé, avec un ziploc rempli de sucreries dans chaque main.
Sa maman l'avait aidé à séduire sa petite Valentine en lui préparant des biscuits Pillsburry en forme de coeur, et lui, il avait acheté des bonbons à la cannelle.
Tout décidé tout gonflé, il a traversé la cour en ignorant vaillamment la douzaine de projectiles qui lui visaient la tiédeur de la nuque, et lorsqu'il a finalement rejoint notre groupe, il est venu me voir pour me tendre timidement ses cadeaux.
"Tiens, c'est pour toi. Joyeuse St-Valentin, Clau."
J'étais bien contente, mais je n'ai pas compris la nature de son geste. Ce n'est pas que j'avais oublié que c'était la St-Valentin, mais par un lunatisme cruel, par une innocence maligne, je n'ai pas fait le lien entre ses tendres sentiments et ses présents. Je ne le voyais tout simplement pas comme un prétendant potable.
J'ai donc distribué mes bonbons et mes biscuits à tout le monde.
Plus tard en classe de géographie, alors qu'on travaillait tous en équipe à colorier des cartes, j'entends des chuchotements, des encouragements et des rires provenants du fond du local.
On était en train de pomper petit Robert à revenir me voir pour, cette fois, bien me faire comprendre sa requête.
D'un bond, il s'est finalement levé, petit colonel un peu blanc, un peu rouge, et planté bien droit devant mon pupitre, il m'a demandé:
"Claudia, veux-tu sortir avec moi?"
Et j'ai fait très attention à ce que j'allais lui répondre, parce que c'était très noble, très courageux de sa part de s'offrir à moi comme ça.
Je lui ai dit que j'étais navrée, que c'était désolant, que j'aurais voulu, que c'était gentil à lui, que j'appréciais beaucoup, mais que je ne pouvais pas, non.
Et c'est tout. Il est retourné s'asseoir sans un mot, tout le monde riait de Robert le niaiseux qui s'était levé pour demander une fille à sortir, et je sais très bien qu'au fond, ils l'avaient encouragé juste pour avoir le plaisir de l'humilier.
Treize ans.
La cour était gelée à la grandeur. On enlevait les gants, les mitaines, les chapeaux et les foulards que nos mamans nous avaient fait enfiler de force avant de partir pour l'école, parce qu'être habillés chaudement l'hiver, c'était trop laid.
C'était une époque où j'étais entourée de plein d'indésirables par gentillesse.
C'est que je prenais en pitié tout ceux qui étaient rejetés par les autres. Ceux qui mangeaient tout seuls le midi. Ceux qui disaient préférer travailler en solitaires pour s'éviter l'humiliation de voir grimacer leurs partenaires imposés.
Et je me faisais toujours prendre au jeu. Je leur tendais la main une fois, et c'était fini, j'en avais pour l'année au complet à essayer de m'en débarrasser avec douceur.
Il s'appelait Robert. Il sacrait beaucoup pour montrer qu'il avait de la personnalité. Il était boudiné, bedonnant, avec l'arrière de la nuque rasé de près et un pain de cheveux blonds sur la tête.
On lui coupait les cheveux comme on taillait une haie de cèdre.
Je n'étais pas toujours gentille avec lui, mais je l'étais plus que les autres.
Le jour de la St-Valentin, en pleine bataille de boules de neige de p'tits ados vicieux qui aiment cacher des morceaux de glace dans leurs balles pour rire de celui qui va se faire ouvrir le front, Robert arrive un peu en retard, un peu essoufflé, avec un ziploc rempli de sucreries dans chaque main.
Sa maman l'avait aidé à séduire sa petite Valentine en lui préparant des biscuits Pillsburry en forme de coeur, et lui, il avait acheté des bonbons à la cannelle.
Tout décidé tout gonflé, il a traversé la cour en ignorant vaillamment la douzaine de projectiles qui lui visaient la tiédeur de la nuque, et lorsqu'il a finalement rejoint notre groupe, il est venu me voir pour me tendre timidement ses cadeaux.
"Tiens, c'est pour toi. Joyeuse St-Valentin, Clau."
J'étais bien contente, mais je n'ai pas compris la nature de son geste. Ce n'est pas que j'avais oublié que c'était la St-Valentin, mais par un lunatisme cruel, par une innocence maligne, je n'ai pas fait le lien entre ses tendres sentiments et ses présents. Je ne le voyais tout simplement pas comme un prétendant potable.
J'ai donc distribué mes bonbons et mes biscuits à tout le monde.
Plus tard en classe de géographie, alors qu'on travaillait tous en équipe à colorier des cartes, j'entends des chuchotements, des encouragements et des rires provenants du fond du local.
On était en train de pomper petit Robert à revenir me voir pour, cette fois, bien me faire comprendre sa requête.
D'un bond, il s'est finalement levé, petit colonel un peu blanc, un peu rouge, et planté bien droit devant mon pupitre, il m'a demandé:
"Claudia, veux-tu sortir avec moi?"
Et j'ai fait très attention à ce que j'allais lui répondre, parce que c'était très noble, très courageux de sa part de s'offrir à moi comme ça.
Je lui ai dit que j'étais navrée, que c'était désolant, que j'aurais voulu, que c'était gentil à lui, que j'appréciais beaucoup, mais que je ne pouvais pas, non.
Et c'est tout. Il est retourné s'asseoir sans un mot, tout le monde riait de Robert le niaiseux qui s'était levé pour demander une fille à sortir, et je sais très bien qu'au fond, ils l'avaient encouragé juste pour avoir le plaisir de l'humilier.
Fabulé à
18:39
Juste encore un peu
Faudrait que j'aille chez le dentiste.
Parce figurez-vous donc qu'il est en train de me pousser de la sagesse.
Quatre grosses sagesses.
Mais je sais pas. Je veux pas y aller. J'aimerais ça les garder encore un peu.
Juste le temps de voir c'est comment, être responsable.
Parce figurez-vous donc qu'il est en train de me pousser de la sagesse.
Quatre grosses sagesses.
Mais je sais pas. Je veux pas y aller. J'aimerais ça les garder encore un peu.
Juste le temps de voir c'est comment, être responsable.
Fabulé à
02:25
5 février 2009
Il en a gros

Il est revenu le temps des grosses cuisses d'hommes.
C'est ce samedi que je vais recommencer à jalouser les épouses laides de joueurs.
Fabulé à
01:16
Beurre de pinne
Ah m'tente pas d'aller faire l'épicerie ça va encore me prendre deux heures à lire toutes les étiquettes pis après va falloir que je prenne le métro avec mes mille sacs et les doigts gelés pis le maudit monde qui me regarde avec leurs grosse faces laides de j'fais semblant de pas réaliser que t'aurais besoin d'aide avec tes deux bras que ça va être drôle de voir décoller.
Beurre de pinne.
Ah ben j'ai tout mangé ce qui était bon en premier, et maintenant il ne me reste que deux croûtes de pain tranché et une vieille banane brune.
Beurre de pinne.
Ah j'ai faim mais ça m'tente pas de cuisiner.
Beurre de pinne.
Nenon, shuis pas pauvre, shuis étudiante.
Ah, beurre de pinne.
Beurre de pinne.
Ah ben j'ai tout mangé ce qui était bon en premier, et maintenant il ne me reste que deux croûtes de pain tranché et une vieille banane brune.
Beurre de pinne.
Ah j'ai faim mais ça m'tente pas de cuisiner.
Beurre de pinne.
Nenon, shuis pas pauvre, shuis étudiante.
Ah, beurre de pinne.
Fabulé à
00:03
4 février 2009
Le flow
À quatre ou cinq ans, j'avais un ami un peu bizarre, un peu trop grand pour son âge, avec deux, trois kilos de chair en bonus qui lui donnaient de belles joues roses et de grands yeux bleus creux dans son visage.
Je savais toujours où le trouver en train de creuser le sable avec le même vieux bout de racine séché.
Avec lui, on ne jouait qu'à un seul jeu.
Il dessinait un parcours étoilé entre les fourmis et les brindilles, et lui et moi, on était tous les deux Mario à la recherche de la Princesse Peach.
Normalement, c'était moi la fille, et c'aurait dû être moi la Princesse, mais à l'époque, je refusais mon sexe parce que soyons honnêtes, les filles ça ne sert à rien.
Et j'arrivais à complètement me perdre dans nos jeux, à oublier la cloche qui allait bientôt sonner, l'heure à laquelle maman viendrait me chercher, j'arrivais à oublier que j'existais, que j'étais une petite fille avec une casquette qui jouait dans le sable sous des échelles pleines d'enfants.
Je m'oubliais, je m'élevais, au plus profond de mon esprit, en pleine et totale communion avec mon imagination. Mon plaisir était intense et complet. Et lorsque j'y repense aujourd'hui, ce qui est réellement fascinant dans tout ça, c'est la facilité avec laquelle j'arrivais à me dissocier de la réalité.
Parce que je grandis, et en grandissant, j'arrivai de plus en plus difficilement à me replonger dans ce même état d'abandon. C'est qu'avec l'arrivée de la conscience et de la crainte du regard d'autrui, se laisser aller entièrement est devenu très difficile, très mal vu, très difficile parce que très mal vu.
On a tendance à craindre l'homme qui a trop bu parce que sa conscience est basse, et qu'il se permet d'agir comme il l'entend vraiment, sans la censure de l'éthique et de la morale.
Il se laisse aller, alors qu'on vit dans une société régie par des règles claires et strictes.
C'est mal.
Et c'est cette tendance au refus des pulsions, au combat de l'abandon qui gâche tout, qui édulcore, qui affadit la vibrante expérience de l'existence.
Mais bien sûr, il ne s'agit pas de toujours donner libre cours à nos désirs. Pour cohabiter, pour survivre en tant qu'espèce, nous avons besoin d'être contrôlés, d'être encadrés dans nos envies.
Mais il faut savoir se perdre, aussi.
Le sexe serait un bon exemple où l'abandon est la clé de l'entièreté du plaisir. Ceux qui arrivent à délaisser leur conscience atteignent des sommets de volupté. Ils résonnent, ils s'accordent parfaitement à leur partenaire, et tous deux, ils forment un tout, il ne forment plus qu'un.
Mihaly Csikszentmihalyi, éminent psychologue humaniste, appelait ça l'état de flow.
Et malgré l'arrogance de tant de prétention, je crois qu'il s'agit là du secret du réel bonheur.
Je savais toujours où le trouver en train de creuser le sable avec le même vieux bout de racine séché.
Avec lui, on ne jouait qu'à un seul jeu.
Il dessinait un parcours étoilé entre les fourmis et les brindilles, et lui et moi, on était tous les deux Mario à la recherche de la Princesse Peach.
Normalement, c'était moi la fille, et c'aurait dû être moi la Princesse, mais à l'époque, je refusais mon sexe parce que soyons honnêtes, les filles ça ne sert à rien.
Et j'arrivais à complètement me perdre dans nos jeux, à oublier la cloche qui allait bientôt sonner, l'heure à laquelle maman viendrait me chercher, j'arrivais à oublier que j'existais, que j'étais une petite fille avec une casquette qui jouait dans le sable sous des échelles pleines d'enfants.
Je m'oubliais, je m'élevais, au plus profond de mon esprit, en pleine et totale communion avec mon imagination. Mon plaisir était intense et complet. Et lorsque j'y repense aujourd'hui, ce qui est réellement fascinant dans tout ça, c'est la facilité avec laquelle j'arrivais à me dissocier de la réalité.
Parce que je grandis, et en grandissant, j'arrivai de plus en plus difficilement à me replonger dans ce même état d'abandon. C'est qu'avec l'arrivée de la conscience et de la crainte du regard d'autrui, se laisser aller entièrement est devenu très difficile, très mal vu, très difficile parce que très mal vu.
On a tendance à craindre l'homme qui a trop bu parce que sa conscience est basse, et qu'il se permet d'agir comme il l'entend vraiment, sans la censure de l'éthique et de la morale.
Il se laisse aller, alors qu'on vit dans une société régie par des règles claires et strictes.
C'est mal.
Et c'est cette tendance au refus des pulsions, au combat de l'abandon qui gâche tout, qui édulcore, qui affadit la vibrante expérience de l'existence.
Mais bien sûr, il ne s'agit pas de toujours donner libre cours à nos désirs. Pour cohabiter, pour survivre en tant qu'espèce, nous avons besoin d'être contrôlés, d'être encadrés dans nos envies.
Mais il faut savoir se perdre, aussi.
Le sexe serait un bon exemple où l'abandon est la clé de l'entièreté du plaisir. Ceux qui arrivent à délaisser leur conscience atteignent des sommets de volupté. Ils résonnent, ils s'accordent parfaitement à leur partenaire, et tous deux, ils forment un tout, il ne forment plus qu'un.
Mihaly Csikszentmihalyi, éminent psychologue humaniste, appelait ça l'état de flow.
Et malgré l'arrogance de tant de prétention, je crois qu'il s'agit là du secret du réel bonheur.
Fabulé à
02:48
3 février 2009
Phelps fume du pot
Je copie ici mon commentaire laissé chez le Prodige.
Michael Phelps, le nageur olympique américain ayant remporté huit médailles d'or aux Jeux de Pékin, s'est fait prendre à fumer du pot.
Ça s’en vient, ça s’en vient.
Grosse montée de lait.
C’est tellement N’IMPORTE QUOI.
Du pot!
On s’entend qu’un gars gelé, ben ben gelé, ça a l’air pas mal moins débile qu’un gars ben ben saoul.
Ça écoute de la musique dans son sous-sol pis ça trouve le secret de la vie. Ça relaxe, ça rit, et ça s’endort, thats it.
Ça bave pas. Ça essaie pas de se mettre avec la petite grosse boutonneuse qui se tient à côté du jukebox. Ça essaie pas de se battre, ou de prendre le volant même si tous ses chums sont contres.
Depuis la nuit des temps que le monde se saoule la gueule. C’est la seule et unique raison pourquoi est-ce que c’est mieux vu que de se fumer un joint.
Et Phelps a dû s’excuser pour son “regrettable comportement”, et dire qu’il ne le “referait plus”.
Voulez-vous ben y sacrer patience, marde! En quoi est-ce que ça peut ben vous regarder, ce qu’il fait de ses dix-doigts à l’extérieur des Jeux Olympiques?
J’appelle ça de belles grosses mouches à marde bien juteuses, qui fouillent, qui creusent, qui reniflent pour du scandale, pour vendre aux écornifleux qui veulent rien que ça, avoir de quoi radoter sur le dos des autres pour oublier qu’ils mènent une p’tite vie de minables.
Il s’est fait prendre à fumer du pot! La grosse affaire!
Ça n'existe pas, des gens en deux dimensions comme dans les films.
Phelps a beau être l'athlète ayant gagné le plus de médailles de toute l'histoire des Jeux Olympiques, parfois, il se masturbe, le matin, il défèque, et dans ses partys universitaires, il fume du pot dans un gros bong.
C'est ça, la vraie vie.
Ce qu'on lui reproche, c'est d'avoir brisé l'illusion, le mensonge confortable dans lequel il est si bon de se vautrer.
Belle mentalité d'autruches.
Et autre chose! On prétend que son comportement ne donne pas le bon exemple aux jeunes, parce que le pot, c'est méchant, c'est illégal, et c'est mauvais pour la santé.
Ils essaient de peine et de misère à sortir des études prouvant que la marijuana t’affecte le cerveau, les poumons, la volonté, que ça te crée une dépendance, que c’est pire que la cigarette.
La vérité est que ça ne fait rien de tout ça, à condition de fumer avec modération, comme n’importe quelle autre foutue affaire.
Mange du fromage 2-3 fois semaine, tu vas bien te sentir.
Mange du fromage 35 fois semaine, tu vas vomir.
Alors voilà, j’ai rien d’autre à dire, je vais essayer de rentrer dans mes gonds maintenant.
Michael Phelps, le nageur olympique américain ayant remporté huit médailles d'or aux Jeux de Pékin, s'est fait prendre à fumer du pot.
Ça s’en vient, ça s’en vient.
Grosse montée de lait.
C’est tellement N’IMPORTE QUOI.
Du pot!
On s’entend qu’un gars gelé, ben ben gelé, ça a l’air pas mal moins débile qu’un gars ben ben saoul.
Ça écoute de la musique dans son sous-sol pis ça trouve le secret de la vie. Ça relaxe, ça rit, et ça s’endort, thats it.
Ça bave pas. Ça essaie pas de se mettre avec la petite grosse boutonneuse qui se tient à côté du jukebox. Ça essaie pas de se battre, ou de prendre le volant même si tous ses chums sont contres.
Depuis la nuit des temps que le monde se saoule la gueule. C’est la seule et unique raison pourquoi est-ce que c’est mieux vu que de se fumer un joint.
Et Phelps a dû s’excuser pour son “regrettable comportement”, et dire qu’il ne le “referait plus”.
Voulez-vous ben y sacrer patience, marde! En quoi est-ce que ça peut ben vous regarder, ce qu’il fait de ses dix-doigts à l’extérieur des Jeux Olympiques?
J’appelle ça de belles grosses mouches à marde bien juteuses, qui fouillent, qui creusent, qui reniflent pour du scandale, pour vendre aux écornifleux qui veulent rien que ça, avoir de quoi radoter sur le dos des autres pour oublier qu’ils mènent une p’tite vie de minables.
Il s’est fait prendre à fumer du pot! La grosse affaire!
Ça n'existe pas, des gens en deux dimensions comme dans les films.
Phelps a beau être l'athlète ayant gagné le plus de médailles de toute l'histoire des Jeux Olympiques, parfois, il se masturbe, le matin, il défèque, et dans ses partys universitaires, il fume du pot dans un gros bong.
C'est ça, la vraie vie.
Ce qu'on lui reproche, c'est d'avoir brisé l'illusion, le mensonge confortable dans lequel il est si bon de se vautrer.
Belle mentalité d'autruches.
Et autre chose! On prétend que son comportement ne donne pas le bon exemple aux jeunes, parce que le pot, c'est méchant, c'est illégal, et c'est mauvais pour la santé.
Ils essaient de peine et de misère à sortir des études prouvant que la marijuana t’affecte le cerveau, les poumons, la volonté, que ça te crée une dépendance, que c’est pire que la cigarette.
La vérité est que ça ne fait rien de tout ça, à condition de fumer avec modération, comme n’importe quelle autre foutue affaire.
Mange du fromage 2-3 fois semaine, tu vas bien te sentir.
Mange du fromage 35 fois semaine, tu vas vomir.
Alors voilà, j’ai rien d’autre à dire, je vais essayer de rentrer dans mes gonds maintenant.
Fabulé à
15:28
2 février 2009
Viktor
Moi appelé Viktor. Moi mettre annonce Kijiji pour trouver petit femme gentil dans glorieux Canada. Moi avoir grosse hache pour faire grosses bûches pour chauffer femme dans maison. Moi pas aimer ménage, occuper petits enfants ou essuyer vaisselle, mais faire gros blé avec découpage de arbres. Espoir trouver camarade femme avec visage agréable. Viktor fort mais sentir petit, besoin femme soigner solitude. Madame aimer vodka meilleur chance rencontre.Merci votre lecture.
(photo Viktor avec beau chapeau)
Fabulé à
22:26
1 février 2009
Le déjeuner
-T'as-tu de quoi manger?
-Euh. Oui, il me reste quelques trucs dans mon frigo, mais je voulais aller me faire une commande tantôt.
- Ok. J'vais venir te porter un déjeuner.
Mon père est monté dans son nouveau jeep (Wham! T'as vu comment je traverse les bancs de neige avec ça? Tu pensais pas que ton vieux père pouvait faire ça, hein?) avec une petite assiette couverte de papier d'aluminium sur le siège passager.
Il est parti de Laval pour s'assurer que je mange bien.
Patates aux oignons, pain croûté avec beaucoup trop de beurre, un œuf miroir, des bines et des bleuets.
Et je sais exactement l'histoire qui se cache derrière chacun de ces aliments qui ne se sont pas retrouvés dans mon assiette par hasard.
Mon père est un grand spécialiste des bines. Lorsque j'étais plus jeune, il s'est trouvé un chaudron de fonte ridiculement énorme, avec une capacité d'au moins 35 litres. Trente-cinq litres de fèves et de sirop d'érable. Une fois par mois, il grattait les restants du mois d'avant (le trois-quart du chaudron, donc), les jetait et en refaisait assez pour nourrir cinquante personnes.
C'était le déjeuner cabane à sucre à tous les jours, et gare aux pichenottes sur le menton si tu ne finis pas ton assiette.
Et on voulait mourir, on en avait le ventre qui nous faisait des fingers, mais mon père trouvait ça drôle, et il nous resservait une seconde portion en riant.
Étonnamment, personne chez-moi n'est ventru. C'est une famille de musclés aux joues roses.
Comme des bûcherons.
Pour l'oeuf, ce n'est sûrement pas lui qui l'a cuisiné, puisque le jaune n'est pas crevé, trop cuit ou couvert de gros poivre, et les contours ne sont pas bruns et gondolés à force de frire dans l'huile d'olive.
Je soupçonne ma sœur d'avoir poussé mon père hors de la cuisine en lui criant "Dégage papa, tu sais même pas cuisiner!" et d'avoir préparé mon œuf elle-même.
Et lorsqu'elle préparait les pommes de terre, joliment carrées et délicieusement rôties, mon père a dû ressurgir de l'abysse avec une grosse poignée d'oignons crus qu'il a lancé dans le poêlon.
Ma sœur a dû crier, mon père a dû rire, et les patates ont baigné dans trop de jus d'oignon pour garder leur parfaite consistance. Elles sont devenues grises et molles, comme mon père les aime.
Reste plus que les bleuets et la miche de pain à expliquer.
Le pain croûté n'est pas au goût du paternel. Il préfère habituellement le gros pain brun tranché. Je devine qu'un membre juvénile de la famille a glissé une baguette ni vu ni connu dans le panier d'épicerie, pour par la suite se faire appeler "p'tit con-combre" une fois arrivé à la caisse.
Ce fut par contre le père qui beurra le pain défendu, parce que je ne connais personne qui, plutôt que de mécaniquement étendre son beurre sur l'étendue de la miche, décide d'en déposer un gros carré entre deux tranches dans l'espoir paresseux qu'il s'étale par lui-même.
Les bleuets, eux, ont dû être achetés à coups de douze paquets à la fois, parce que mon père aime bien partir sur des trips comme ça.
Et puisque ce n'est pas du genre du papa de rajouter autre chose que des féculents à une assiette, je devine que ma sœur, frustrée de s'être fait scrapper son délicieux déjeuner, a voulu rattraper le coup avec une poignée de petits fruits.
Alors voilà, merci ma soeur, merci mon père, ce n'était pas délicieux, mais c'était réconfortant.
-Euh. Oui, il me reste quelques trucs dans mon frigo, mais je voulais aller me faire une commande tantôt.
- Ok. J'vais venir te porter un déjeuner.
Mon père est monté dans son nouveau jeep (Wham! T'as vu comment je traverse les bancs de neige avec ça? Tu pensais pas que ton vieux père pouvait faire ça, hein?) avec une petite assiette couverte de papier d'aluminium sur le siège passager.
Il est parti de Laval pour s'assurer que je mange bien.
Patates aux oignons, pain croûté avec beaucoup trop de beurre, un œuf miroir, des bines et des bleuets.
Et je sais exactement l'histoire qui se cache derrière chacun de ces aliments qui ne se sont pas retrouvés dans mon assiette par hasard.
Mon père est un grand spécialiste des bines. Lorsque j'étais plus jeune, il s'est trouvé un chaudron de fonte ridiculement énorme, avec une capacité d'au moins 35 litres. Trente-cinq litres de fèves et de sirop d'érable. Une fois par mois, il grattait les restants du mois d'avant (le trois-quart du chaudron, donc), les jetait et en refaisait assez pour nourrir cinquante personnes.
C'était le déjeuner cabane à sucre à tous les jours, et gare aux pichenottes sur le menton si tu ne finis pas ton assiette.
Et on voulait mourir, on en avait le ventre qui nous faisait des fingers, mais mon père trouvait ça drôle, et il nous resservait une seconde portion en riant.
Étonnamment, personne chez-moi n'est ventru. C'est une famille de musclés aux joues roses.
Comme des bûcherons.
Pour l'oeuf, ce n'est sûrement pas lui qui l'a cuisiné, puisque le jaune n'est pas crevé, trop cuit ou couvert de gros poivre, et les contours ne sont pas bruns et gondolés à force de frire dans l'huile d'olive.
Je soupçonne ma sœur d'avoir poussé mon père hors de la cuisine en lui criant "Dégage papa, tu sais même pas cuisiner!" et d'avoir préparé mon œuf elle-même.
Et lorsqu'elle préparait les pommes de terre, joliment carrées et délicieusement rôties, mon père a dû ressurgir de l'abysse avec une grosse poignée d'oignons crus qu'il a lancé dans le poêlon.
Ma sœur a dû crier, mon père a dû rire, et les patates ont baigné dans trop de jus d'oignon pour garder leur parfaite consistance. Elles sont devenues grises et molles, comme mon père les aime.
Reste plus que les bleuets et la miche de pain à expliquer.
Le pain croûté n'est pas au goût du paternel. Il préfère habituellement le gros pain brun tranché. Je devine qu'un membre juvénile de la famille a glissé une baguette ni vu ni connu dans le panier d'épicerie, pour par la suite se faire appeler "p'tit con-combre" une fois arrivé à la caisse.
Ce fut par contre le père qui beurra le pain défendu, parce que je ne connais personne qui, plutôt que de mécaniquement étendre son beurre sur l'étendue de la miche, décide d'en déposer un gros carré entre deux tranches dans l'espoir paresseux qu'il s'étale par lui-même.
Les bleuets, eux, ont dû être achetés à coups de douze paquets à la fois, parce que mon père aime bien partir sur des trips comme ça.
Et puisque ce n'est pas du genre du papa de rajouter autre chose que des féculents à une assiette, je devine que ma sœur, frustrée de s'être fait scrapper son délicieux déjeuner, a voulu rattraper le coup avec une poignée de petits fruits.
Alors voilà, merci ma soeur, merci mon père, ce n'était pas délicieux, mais c'était réconfortant.
Fabulé à
13:01
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