30 mars 2009

Rastapapa

Mon père est de ce genre d'homme qui s'est levé tôt et a travaillé fort toute sa vie, et qui à cinquante-cinq ans, au sommet de quelques compagnies, son beau p'tit jeep et ses désormais grands enfants, décide d'essayer tout ce qu'il n'a pas pris le temps d'insérer à son horaire au fil des années.

Il a donc commencé à se cacher pour fumer de la marijuana.

C'est ma soeur qui eut ses premiers doutes lorsqu'en revenant de son voyage en Jamaïque, il s'est acheté la discographie complète de Bob Marley, qu'il faisait jouer sur loop toute la journée.

Elle l'a ensuite surpris à poser une serrure à sa porte de chambre.

"Avec ça, vos chats vont peut-être arrêter de venir se coucher spécialement sur mon oreiller!"

Excuse boboche.

Elle a finalement trouvé du papier à rouler dans ses poches, un briquet dans sa salle de bain, et il n'en fallait pas plus pour qu'elle m'appelle pour qu'on parte à la chasse au trésor.

Parce que connaissant mon père, mon père qui n'achète que chez Cosco, qui ne jure que par les formats familiaux, qui préfère gaspiller plutôt que de courir le risque d'en manquer, ce n'était pas un sachet qu'il cachait, mais bien un sac à ordures.

Un sac à verdures.

Tandis que ma sœur lui faisait un profil Facebook (nom d'utilisateur: Bernard, mot de passe: Bernard) pour l'occuper, j'appliquais les leçons de partage et d'équité qu'il avait si bien su nous prodiguer en soulevant les piles de ses chemises pliées, le couvert du réservoir de sa cuvette, en ouvrant ses tiroirs et ses boîtes, en reniflant, en scrutant, en fouillant sa chambre de fond en comble.

Je n'ai rien trouvé.

Le père n'est pas né de la dernière pluie.

Mais je ne capitule pas.

Dès qu'il tombe assoupi sur son mauvais film, j'attaque son garde-robe.

26 mars 2009

Le rugbyman barman

Je suis au gym à faire travailler mes grosses cuisses dures.

Et je couine, parce que ça fait mal, ça fait vraiment mal, mais c'est bon, ça va, c'est parce que je travaille fort, je m'entraîne dur, je veux des fesses porno, et des fesses porno je vais avoir.

Derrière moi, un grand châtain attend en ligne à la fontaine.

"Aarrrggggh... aaaaarnnng... AAAARNNNG"

Il boit quelques gorgées en me regardant du coin de son oeil rieur, s'essuie la bouche avec la serviette qui lui pend au cou, puis vient s'asseoir par terre près de ma station.

Klong!

"Tu sauras que pousser des petits cris, ça aide à forcer."

"Oh mais moi, j'ai rien dit. C'est très bien ce que tu fais. Je t'ai regardée t'entraîner, et tu travailles dur. C'est excellent."

"Ouais. C'est que je veux des fesses porno."

"Hahaha C'est le lot de pas mal de filles."

"Oh, mais les miennes vont être pas mal plus porno que les leurs."

"J'en doute pas une seconde."

Toujours assis par terre, il me tend la main.

"Enchanté, moi c'est Sébastien."

"Claudia. Attends, laisse-moi une minute, je vais faire une autre série."

Et je pousse, je pousse dur, et ça le fait rire.

"C'est pas très poli ce que tu fais."

"Haha Excuse-moi, c'est juste que tu me fais penser à un ami avec qui je jouais au rugby."

"Hein! Tu jouais au rugby?"

"Oui. Tu connais?"

"Oui, mais je m'intéresse surtout à Sébastien Chabal."

"Les femmes l'aiment bien, ouais. J'aurais pu facilement t'avoir son autographe, du temps où je jouais."

"Wow. Vraiment?"

"Oui. J'étais professionnel. Est-ce que tu connais le club londonien Harlequins?"

"Oui. Oh wow. Vraiment? Tu jouais pour eux?"

"J'avais été sélectionné pour joindre leur équipe, oui, mais j'ai eu un accident. On m'a opéré, et j'ai pas pu me remettre à jouer."

"Ouch. Je suis désolée."

"Ça va. Ça m'a permis de venir étudier ici."

"T'as l'air de t'en être bien remis."

"Oui, c'était il y a longtemps. J'ai pas gardé de séquelles, juste une cicatrice."

Et il me soulève son t-shirt. Entre ses deux volumineux pectoraux, une épaisse cicatrice rose.

"C'est impressionnant. Attends, donne-moi un instant, je refais une autre série."

Il se lève.

"Je vais te laisser terminer et aller faire de la bicyclette. On se reparle plus tard, si tu veux."

"Ouais, okay."

Il est pas mal sympathique. Je pourrais peut-être m'en faire un ami.

Après mes 200 legpress réglementaires, je me traîne jusqu'à la section des poids libres, pour de beaux bras tonifiés, de belles épaules rondes, et une poitrine dure à en tailler des diamants.

À peine ai-je commencé ma petite routine qu'un ours en camisole vient corriger mes mouvements.

"C'est pas comme ça qu'il faut faire. Le dos droit, les bras en angle de quatre-vingt dix degrés, et tu pousses loin en respirant bien. Allez, essaie maintenant."

Sa méthode est beaucoup trop douloureuse.

"Ah. Merci."

Et dès qu'il a le dos tourné, je termine mes séries à ma manière avant de déposer les haltères.

Puis je m'installe à un appareil pour travailler les seins.

À peine ai-je commencé ma série qu'une deuxième camisole, celle-là beaucoup plus imposante que la première, m'arrête.

"Non mademoiselle, tu vas te blesser comme ça. Premièrement, moins de charge. Deuxièmement, soulève ton banc. Les coudes au niveau des épaules, voilà. Vas-y, je te regarde."

Okay les gros hommes, vous commencez à m'emmerder. Laissez-moi me déboîter une épaule à ma manière. Ne vous inquiétez pas pour moi, quand j'aurai besoin d'aide, je battrai des paupières.

Tandis que je forçais comme une professionnelle, le velu me regardait d'un air attendri, et apparemment, je fus acceptée comme membre honoraire du cercle des ours en camisole, parce qu'avant de s'en retourner pomper, il me gratifia de quelques bonnes tapes au dos.

J'ai alors remarqué qu'autour de moi, il devait y avoir une cinquantaine d'hommes, et moi seule comme frêle fillette.

C'était bien trop de sérieux. Trop de gros muscles. Trop de grosses haltères. Trop de grosse sueur. J'ai pris peur, et m'en suis allée retrouver mon camarade dans le coin des bicyclettes.

"Salut, homme-rugby."

"Tiens. Salut."

"Je vais faire de la bicyclette, parce qu'apparemment, je suis pas assez bonne pour faire autre chose."

"Hahaha, qui c'est qui t'a dit ça?"

"Des gros hommes."

"Plus gros que moi?"

"Non"

"J'vais aller les voir, si tu veux."

"Non, ça va. Parle-moi de Sébastien Chabal à la place."

"Ou tu pourrais me parler de toi."

"Hm. Que dire. J'étudie la littérature ici, à l'UQAM."

"Ah, ça c'est bien. J'hésitais entre Science Politique et Études Littéraires, justement. Je lis pas mal. Borgez, tu connais?"

"Jorge Luis! Mais oui. Uqbar, c'était franchement impressionnant."

"Oui. Mais je préfère sa poésie."

"Ah. J'ai lu quelques uns de ses essais, mais pas ses poèmes."

"Si on se revoit, je te prêterai mon recueil."

"Cool"

"Sinon, as-tu un job?"

"Je suis serveuse dans un nightclub africain."

"Vraiment? J'ai travaillé dans un club africain pendant longtemps."

"Hein? T'étais joueur de rugby ET serveur dans un club africain?"

"Ouais. Barman, aussi. J'ai touché un peu à tout, en fait. Faites-vous jouer du zouk?"

Et la conversation s'est continuée comme ça pendant longtemps. On partageait nos anecdotes, et j'étais ravie de si bien m'entendre avec un étranger.

"Bon, moi je vais aller m'étirer. Bye bye!"

"Moi aussi, j'dois m'étirer. On le fait ensemble, si tu veux."

"Ouais, okay."

Merde. J'ai pas envie qu'il me voit m'étirer. C'est super exhibitionniste, de l'étirement.

"Je vais aller sprinter un peu avant. Vas-y, commence sans moi."

Okay, profite de son absence pour te déhancher, go go go, touche tes pieds.


"Hahaha qu'est-ce que tu fais?"

"Hein? Tu voulais pas sprinter?"

"Attends, tu t'étireras pas en profondeur comme ça. Je vais te montrer une technique pas mal plus efficace. Couche-toi par terre."

Je ne veux pas me coucher par terre devant un inconnu.

"Oh, mais ma manière était bonne, ça étirait bien"

"Attends de voir. Vas-y, couche-toi par terre et étends les jambes."

Merde.

"Maintenant, tu vas aller toucher tes pieds en inspirant profondément, et moi, je vais appuyer sur le bas de ton dos. Tu me diras quand arrêter."

Il va me pousser? Je veux pas qu'il me touche. Est-ce que ça serait des avances?

"Faut bien faire sortir l'air de tes poumons. T'es prête? Je pousse. Vas-y, respire. Tu le sens bien? Je vais encore pousser. Ça va? Je pousse encore. Inspire. Souffle bien. Tu peux aller encore plus loin? T'es pas mal flexible, bravo."

Ouais okay, haha, c'est vrai que je suis flexible. Et il sait ce qu'il fait, sa technique est excellente. C'est étonnant, je suis agréablement détendue. Au fond, je me fais des idées. Il ne me fait pas d'avances, il s'y connaît juste réellement en étirements.


"Ça fait du bien?"

"Vraiment"

"T'as les muscles du dos tendus."

Et il se met à me malaxer la taille.

"Ouais, t'es toute raide. Vis-tu du stress, en ce moment?"

Qu'est-ce qu'il fait? Pourquoi est-ce qu'il me masse? C'est inapproprié. Je ne me trompais pas. Il me fait des avances.

Je me lève.

"Oh wow, il commence à être tard, je ferais mieux d'y aller tout de suite si je veux avoir le temps de prendre une douche."

"T'es sûre? C'est pas très bon de s'entraîner dur sans s'assouplir après."

"Ça va, je me sens assez souple. Contente de t'avoir rencontré!"

Il se lève et vient me faire la bise.

"On va peut-être se recroiser, je vais être ici dimanche prochain."

"Sûrement. Bye!"

"Attends. En France, c'est deux fois."

Et il me refait la bise une deuxième fois.

Ses lèvres touchent mes joues!

"À dimanche."

Beuuuaaaaah.

M'en faire un ami! N'importe quoi!

C'est toujours pareil avec les hommes!

Il est où mon Grand Tendre, que je me blottisse dans ses bras?

24 mars 2009

Victoire

Depuis que je suis emménagée ici, j'ai pris pour habitude de faire le moins de bruit possible lorsque je rentre à la maison.

Monte les marches sur la pointe des pieds, pas de loup, pas de loup, dépose mon sac doucement, trouve ma clé, fait délicatement tourner la serrure, amortis le claquement du mécanisme, et bam, j'entre d'un coup.

C'est que j'essaie d'attraper ma coloc en flagrant délit de pornographie. Car chez moi, la porte d'entrée est à deux pas du salon, où elle passe le plus clair de son temps devant l'écran de son ordinateur.

Mais hélas, elle ne m'a jamais accordé ce plaisir. C'est soit qu'elle étudie, soit qu'elle regarde des soap opera chinois.

Enfin, elle ne m'avait jamais accordé ce plaisir avant ce soir.

Car en rentrant tout à l'heure, je l'ai surprise à s'exhiber les boules chinoises devant webcam!

Je suis entrée comme un coup de vent dans un "hello!" retentissant, et elle a eu un petit sursaut, elle ne m'a rien répondu, elle s'est pliée en deux en se jetant vers l'avant.

Elle était là, le gilet au cou et la brassière à l'abdomen, essayant tant bien que mal de renfiler ses vêtements, mais c'était peine perdue, j'avais déjà merveilleusement tout vu.

Je suis restée pendant quelques secondes debout dans l'entrée, puis tout sourire, je me suis rendue à ma chambre.

Mes sympathies à l'homme qui se rinçait les yeux sur ses auréoles.

Il ne sait pas encore à qui il a affaire.

22 mars 2009

En route

Toute la petite famille est installée dans le Jeep bourgogne du paternel, en route vers une Cabane à Sucre au fond des bois.

Papa - Ben voyons donc. Pourquoi est-ce qu'y te montrent pas des vraies affaires utiles à ton école? Veux-tu ben m'dire à quoi ça te sert de savoir à quoi pensait un bonhomme qui vivait y'a douze cent ans!

Claudia - Papa, fais pas ton colon. Platon, c'était pas un bonhomme. Il a passé toute sa vie à réfléchir à la Justice, au Beau, à l'Esthétisme, pis à plein d'autres choses. C'est d'la philosophie. C'est aussi pertinent de nos jours que ce l'était à son époque à lui.

Papa - Hey, t'as-tu vu ça. On roule dans des trous pis ça brasse même pas. C'est pas croyabe à quel point y se conduit bien ce p'tit Jeep-là.

Frérot - Hey Clau. Tsé quoi? À mon école là, y'a un prof qui s'appelle P. Noël.

Sœurette
- Arrête de parler! Tu parles tout le temps!

Frérot - Pis ça! J'ai le droit!

Papa - Eh que ça me fait drôle d'avoir ma grand fille avec moi! Pis! Quand est-ce que tu vas aller chercher ton permis de conduire?

Claudia - Je sais pas Papa, ça me sert à rien à Montréal.

Papa - Attention ma fille, fais pas ta niaiseuse.

Claudia - En plus, je sais pas, conduire en ville... Y'a les vignettes, les assurances, l'essence, un tout petit faux mouvement pis t'en as pour des mois à rembourser...

Papa - Su quelle planète est-ce que tu vis donc toi? Commence pas ton existence avec des peurs pis des malheurs. Si y'a ben une personne en qui tu dois avoir confiance, c'est toi même, parce que dans vie ma p'tite fille, t'es ta meilleure amie. Pis si y'en a qui essayent de te tirer vers le bas, ben tu fais ça flyer drette sec. Tchow thanks bye, pis bon débarras!

Claudia - Papa tu roules trop vite, là.

Papa - Fais confiance à ton vieux père.

Claudia - T'as pas de ceinture pis tu roules à cent-soixante.

Papa - Ga moi donc ça! Ça se conduit aussi bien qu'un char sport!

Claudia - Papa, y'a une voiture en avant. Ralentis.

Papa - C'pas des p'tites farces, j'ai l'air d'un célibataire là-dedans. Penses-tu que j'aurais dû mettre mon manteau d'cuir?

Claudia - Papa, ralentis. On va leur rentrer dedans.

Papa - Arrête donc.

Claudia - Papa on va leur rentrer dedans. Papa. PAPA

Frérot - PAPA

Sœurette - AAAAAAH

Papa - Sti d'cornichon! Scram avec ton bécyque pis ton kayak! T'es dans troisième ligne, awaye estination, avance!

Frérot - Hey Papa! Est-ce qu'on peut s'arrêter au Cosco pour aller acheter des cornets?

Sœurette - Oh ouiii! Papa, dis oui! Awaye Clau, aide-nous!

Claudia - C'est vrai que ça serait bon.

Sœurette
- Tu vois Papa, même Claudia a veut! Allez, on y va!

Papa - Bande de p'tits concombres. On s'en va manger à Cabane à Sucre. Pis en plus, grand escogriffe, tu le sais que le sucre de la crème glacée nourrit les champignons dans ton ventre.

Frérot - Papa, ça a aucun rapport. J'ai pas de champignons dans le ventre. C'est une allergie que j'ai.

Papa - À cause des champignons dans ton ventre.

Frérot - Ben non. Pis en plus, y'a pas mal plus de sucre à la Cabane à Sucre que dans une crème glacée.

Papa - Du sirop d'érable, c'est pas pareil.

Frérot - ...

Papa - Fouille dans le coffre à gants, y'a des gélules d'huile de foie de morue.

Frérot - Ah non, j'en veux pas.

Papa - Prends-en une, ça va t'aider avec tes champignons.

Frérot - J'en veux pas! Ça a pas rapport! J'ai pas de champignons!

Papa - Prends-en une ou bedon je tourne de bord pis on s'en r'tourne à maison.

Frérot - Papa, le médecin t'a dit d'arrêter de me donner n'importe quoi.

Papa - Bah bah bah.. Je suis p'tête pas médecin, mais je suis toujours pas un deux de pique non plus. Awaye, prends ton huile de foie de morue, c'est bon pour le système.

Frérot - Hey Clau, tu sais-tu tout ce qu'il m'a fait avaler depuis que j'ai commencé mes allergies?

Claudia - Hahahaha

Frérot - Ok, des cuillerées de chlorophylle, de l'huile de foie de morue, des capsules de gelée royale, du calcium de corail, euh... du ginseng, de l'huile de sapin mélaleuca, de l'huile de germe de blé, des algues de la Mer Morte -ça c'tait vraiment dégueux!-, d'la niacine...

Claudia - Oh wow, d'la niacine! Ça ça te fait un beau teint! J'en avalais quand j'avais pas envie d'aller à mes cours. Mes profs se tenaient loin. Au lieu de rentrer à la maison, j'allais prendre le bus pour rejoindre mes amis dans le centre-ville.

Frérot - Ben il en met dans mes verres sans que je le sache! Moi je'l sais pas, il m'apporte un verre d'eau, je me méfie pas, je le bois, pis dix minutes après, j'deviens tout rouge pis ça me pique partout!

Papa - Ben oui, c'est normal, la niacine, ça te nettoie la circulation sanguine. C'est bon pour tes champignons. La preuve que ça marche, t'as pas eu mal au ventre depuis que je t'en ai fait prendre.

Frérot - Ben oui mais je suis sur les Réactine, aussi.

Claudia - Papa, j'pense que t'es en train de manquer ta sortie.

Papa - Shit. Ben oui. Ben oui, j'el l'ai manquée! Si vous arrêtiez de parler, aussi!

Claudia - Papa. Papa, tu peux pas reculer sur l'autoroute.

Papa - R'garde-moi ben aller.

21 mars 2009

Au club - 2e partie

Le Vautour est un homme blanc d'environ soixante ans, qui porte des jeans troués et des chemises ouvertes sur le duvet gris de son vieux torse.

Il a le cheveu long et le toupet volage, qu'il replace sans cesse du bout des doigts.

C'est un homme qui ne s'est jamais assagi.

Soir après soir, il chasse la gazelle noire, et le club est sa savane.

C'est au jour de l'an 2008 que je fis sa connaissance.

Accoudée au bar, les yeux dans mon verre, j'attendais la fin de quart de mon barman sucré, et puisque j'étais une femme de moins de vingt-cinq ans, il était venu s'essayer.

Il parlait avec un accent désagréable, un anglais du Texas.

"You know darling, I'm here cause black girls are easy. If you've got the money, they'll do the nastiest stuff. But you sweetie, you're an angel, a real white angel. I know I could never get the ones like you."

Et sur tant de bons mots, il me posa une main au genou, mais le Tendre lui posa une main à l'épaule, et le Vautour s'en alla voler vers d'autres horizons.

Mais il était revenu, soir après soir, et lorsque je le vis hier, accoudé au bar, introduit sans invitation dans l'intimité d'une demoiselle qui attendait son cocktail, je cru voir double, car derrière lui se tenait une deuxième crête grise.

Il avait amené un ami au safari.

Et quel beau tandem. Profitant d'un bref moment de calme, plutôt que de me rendre utile et de valoir ma paye, je me suis installée dans un coin pour les observer.

L'ami s'appuyait aux murs d'un air blasé et, sirotant sa bière locale, espérait qu'on le trouve assez mystérieux pour venir l'aborder. Il ne possédait pas l'audace de son mentor, l'homme qui ne reculerait devant rien pour s'offrir une pulpeuse.

Ce dernier, de son côté, se faufilait parmi les groupes sur la piste de danse, et lorsque miraculeusement, ceux-ci ne se dispersaient pas sous le malaise, lorsque l'alcool consommé aidait sa cause, il touchait des épaules, il tirait des mains pour crier au creux des oreilles des compliments aléatoires.

Généralement, la réaction était la même: du dégoût, de l'éparpillement. Mais il en fallait bien plus pour décourager vieux Vautour. Sitôt une demoiselle d'effarouchée qu'il jetait un coup d'œil à sa montre en se retournant vers d'autres mamelles.

La soirée avançait bon train, je ne pensais plus à rien, je servais mes bouteilles, j'empochais l'argent de ma semaine en me régalant de ma galette qui se faisait de plus en plus lourde, et je chantais, je dansais sur les airs que je préfère, ceux qui ont des refrains qui me font rire:

Choco-chocho, la-la, viens manger le chocolat,
choco-choco, la-la, viens manger mon chocolat.

Chérie je ne t'ai pas trompée!
Je me suis trompé de femme.

On s'abaisse, on s'abaisse, on s'abaisse
On se lève, on se lève, on se lève
J'ai mal au dos! J'ai mal aux reins! J'ai mal à la tête!
Mali! Congo! Nigeria! Zimbabwe!
Tout le monde, levez vos mains!

Parmi nous
Il y a des fous
Mais on s'en fou
Abidjan est doux


J'ai croisé les Stoïques, deux riches compagnons courts sur pattes tout de blanc et de rose vêtus, qui font des crises parce qu'ils ne trouvent pas de place assises, et qui, bien plantés sur leurs pieds, sirotent leur champagne en fixant les fesses bombées, partout les fesses bombées à travers leurs verres fumés.

Après quelques péripéties, la soirée tirait à sa fin, et m'ennuyant, je suis repassée voir ces deux bons gros doormen pour les bousculer, pour leur faire des bines aux épaules et demander à leur toucher les biceps.

Je prends toujours un moment pour leur raconter mes anecdotes de la soirée, mais je devrais vraiment faire attention, parce qu'à toutes les fois que je me lance dans un récit, je sors mon imitation boboche de "l'accent africain", et c'est vraiment inapproprié d'imiter, surtout aussi mal, son interlocuteur.

Lorsque trois heures sonna enfin, j'aperçus, tout au fond de la salle, une fille qui criait sur Vautour. Vu l'heure tardive, il avait dû se faire pressant.

Je demandai bien gentiment aux portiers de ne pas aller voir ce qui se passait.

Au club - 1ere partie

23h30, je descends de mon wagon de métro à la mauvaise extrémité de la rame, comme d'habitude.

La station est un grand puit de béton. Trois étages, trois grands escaliers, plus d'une centaine de marches me séparent de la surface, et je sors du gym, j'ai poussé de la fonte pour oublier la honte, mais tant pis pour les tremblements, je t'escalade ça les fesses serrées.

Arrive au travail, mon bar africain où tout le monde est africain sauf moi, et les doormen sont toujours aussi agréables.

Ils ont tant de muscles qu'ils en ont égaré leur cou, mais dès que j'arrive, c'est toujours les deux bisous.

Bisous, bisous.

-Ça va bien? Vous avez passé une belle semaine? Vous avez brisé plein de jambes?

Ils croisent les bras comme deux montagnes, ils s'esclaffent de leurs grosses voix, de leurs dents blanches, et je file aux salles de bains pour enfiler ma tenue de séduction.

En revenant, les babines comme deux miroirs, je croise trois des promoteurs, toujours premiers arrivés.

Le premier est joufflu et embarrassé. Il prend souvent des nouvelles de Grand Tendre, en me répétant que la vie est injuste, et que si je le voulais, il me marierait.

"Claudia. Claudia, attends, je suis sérieux."

Je ne sais jamais quoi dire. Je rigole, je lui fait de beaux sourires, je retourne travailler.

Et parfois, dans la soirée, lorsque je le vois entouré de femmes, je lui pince la bedaine.

Le deuxième est rasta. Il a un gros chapeau coloré, de gros cheveux tressés, et il est toujours d'une bonne humeur molle. Il n'est pas vraiment promoteur, en fait, je ne suis pas supposée lui faire de prix spéciaux, mais il a un gros chapeau, et juste pour ça, il mérite bien un rabais dans mon livre à moi.

Le troisième est un homme fatal. Grand, élégant, charmeur, il porte toujours de beaux costumes, de belles cravates, et soir après soir, il fait tournoyer les femmes sur la piste de danse. Lorsqu'il vient me saluer, il s'essaie toujours pour un baiser sur la bouche.

Je les salue donc cordialement, et vais préparer mes pichets, mes seaux à glace, en me croisant les doigts pour une soirée bien pleine.

Quelques minutes plus tard, le DJ, le Messie en personne débarque. Déroulez les tapis rouges, sortez la fanfare et les danseuses du ventre, car ce soir, c'est son anniversaire.

Il s'accapare deux tables, les deux seules tables sur plateforme surélevée du club, et il crie pour du champagne mais ses amis ne lui offrent que du mousseux.

La soirée avance, et gare à moi si je m'approche trop près des bouteilles vides qui s'empilent sur ses tables. Tant pis si l'espace est entièrement pris par des seaux d'eau froide, des boules de serviettes de tables mouillées, tant pis si faute de place, ses invités gardent leurs verres en main ou les déposent par terre, car l'important, c'est d'afficher la richesse, de montrer au monde qu'on a les moyens, qu'on mène une vie de vidéoclip.

De plus en plus de clients me passent leurs commandes, plateau dans les airs et bras bouclier, je défonce la foule sans grand embarras.

Et c'est en revenant au bar que je le vis.

Lui.

Le Vautour.

20 mars 2009

L'homme cassonade - 10e et dernière partie

J'avais décidé que mon professeur de philosophie était incompétent, et que par conséquent, je ne me présenterais plus à son cours.

J'utilisais mes jeudis à meilleur escient, invitant mon Grand Tendre à venir me rejoindre dans des cafés où je l'attendais en écrivant des odes à ses grosses mains.

Un après-midi en particulier, il me rejoint avec un frisbee au sac à dos. On allait faire du sport.

Il faisait un peu trop froid pour que l'idée m'emballe, mais n'importe quoi pour ses beaux yeux.

Nous nous sommes donc rendus dans un parc au gazon gelé pour nous lancer répétitivement un disque de plastique.

Mais bien sûr, j'avais bien l'intention d'en faire un jeu coquin à souhait.

Oh non, le monsieur veut s'emparer du disque! Oh non, pas question de lâcher prise, mais il le veut, il tire, et je tombe, je tombe sur lui, nous roulons ensemble, empilés, essoufflés, et nous respirons en riant, nous soufflons d'une même haleine.

Puis je me remets sur mes pieds, je lui tends la main, mais oh non, il est bien trop lourd, il saisit mes bras et me tire vers lui, et je retombe, je retombe sur lui, sur son ventre dur qui palpite, et nous rions de plus belle, ha ha ha, sexe sexe sexe.

Bref, les chatouilles volaient bas.

J'ai dû éventuellement arrêter le jeu car mes mains frigorifiées me lançaient cruellement.

Du moins, c'était là un excellent prétexte pour qu'il me touche.

Il comprit rapidement ma naïve requête. Bon joueur, il serra mes doigts dans ses larges paumes et les amena à ses lèvres pour les réchauffer.

J'étais là à me faire souffler dessus, écarlate sous ses yeux d'homme désirable, et ça le faisait sourire.

Et tant qu'à faire, puisque le moment était déjà à l'embarras et aux avances maladroites:

"Mes joues aussi sont froides!"

Il me fixa un instant, et mon cœur était plus intéressé à connaître la suite qu'à continuer à battre.

Après une brève éternité, lorsqu'enfin, il bougea, ce fut pour confier mes menottes à la chaleur de ma nuque, qu'il couvra ensuite de ses gros doigts. Ses pouces contre mes tempes, ma tête bien en mains, il vint blottir ses joues contre mes pommettes, la seule partie de mon visage encore à découvert.

Il m'enveloppait. C'était doux. Je ne m'y attendais pas. Il avait pris contrôle de la situation naturellement, tranquillement, sans embarras, comme un homme.

J'en avais marre d'être gênée. J'ai fermé les yeux et me suis abandonnée à son étreinte.

Puis il a proposé un chocolat chaud pour nous réchauffer l'intérieur, idée enchanteresse puisqu'elle repoussait d'une heure ou deux le moment des aurevoirs.

Après quelques coins de rue, nous avons croisé le Saint-Sulpice, cet établissement de bonne humeur et de boisson, et puisque l'alcool réchauffait pas mal mieux que les chocolats chauds, je l'ai gaiment invité à nous y arrêter.

Il connaissait bien les lieux. Il connaissait bien à peu près tout, d'ailleurs.

Verres aux mains, je l'ai suivi, et il nous a trouvé un coin tranquille au tout dernier étage, celui où un ange de tôle est pendu par des chaînes.

L'étage était fermé, il n'y avait personne, qu'un bar et quelques tables vides. Nous n'avions pas la permission de nous trouver là.

Qu'importe les règlements, je ne me souciais que de ses yeux.

Après quelques rum & coke pour lui, vodka grenadine pour moi, les rires coulaient à flot, et sous la table, nos mains se touchaient.

Puis je me suis excusée, et me suis dirigée vers les salles de bain pour me repoudrer le nez. Juste avant d'en franchir le seuil, je me suis retournée vers l'homme à ma table, et je lui ai souri, parce que je passais un beau moment, et parce que je le trouvais beau tout court.

La porte s'est fermée derrière moi, et à peine avais-je croisé le regard de mon reflet qu'elle se réouvrait toute grande, avec un Grand Tendre qui me sautait aux lèvres.

Non sans étonnement, il a cru que mon gentil sourire se voulait une proposition indécente, une invitation à m'accompagner à la salle de bain.

Il m'embrassait avidement, et je ne comprenais pas, mais j'étais ravie. Sa bouche fouillait mes lèvres, mes joues, mon cou, son nez enfoui dans mes cheveux et ses mains parcourant mes courbes, et parce que je ne suis pas un ange, je me suis retournée, et les mains appuyées contre le lavabo d'un lieu public, je lui ai tendu mon fessier.

Gémissement. Souffles. Grosse surprise.

Puis plus rien qui ne vous concerne.

19 mars 2009

C'était une belle journée. Je m'étais dépêchée à rentrer à la maison en milieu d'après-midi pour ne pas rater le coup de fil de mon Tendre, le Tendre que je ne vois presque plus depuis qu'il travaille comme un défoncé.

Attends.

Il devrait bientôt terminer de travailler.

Seize heures. Dix-sept heures. Dix-huit heures.

Il doit être sur le bord, là.

Dix-neuf heures trente, le téléphone sonne. À l'intérieur, ça bouille, mais non, il était au travail, il devait se dépêcher à terminer, je ne peux pas lui en vouloir, je ne dois pas lui faire de reproches.

"Tiens, un revenant! Bonjour!"

"Bonjour"

"Oh, la toute petite voix fatiguée. T'as travaillé dur?"

"Oui. Je viens de rentrer"

"D'accord. Pour aujourd'hui, j'avais planifié quelque chose de simple, comme aller au parc et se lancer un frisbee, mais il commence à être tard pour ça. Qu'est-ce qui te tente?"

"Je sais pas Lola, je viens de rentrer, j'ai pas la tête à ça."

"Bon... Tu sais, j'aurais aimé que tu m'appelles pour me dire que ça allait prendre plus de temps que prévu. J'ai attendu ton coup de fil pendant longtemps."

"J'y ai pensé, mais j'avais pas envie de me faire engueuler"

"Ben voyons, je t'aurais pas engueulé. Okay, j'aurais été de mauvaise humeur, c'est normal, j'veux dire, ça fait super longtemps que je ne t'ai pas vu, mais j'aurais compris que tu travaillais"

"..."

"Bon. J'arrive dans 10-12 minutes."

"À tantôt"

Ah, je suis heureuse. Ce n'est pas ce que j'avais planifié pour notre petite journée de retrouvailles, mais il est fatigué, pauvre coco. Je vais le masser un peu, ça va lui faire du bien. Après, je vais nous cuisiner un petit souper. Ça va être une bonne soirée.

Vite vite vite les petits pieds, le sac à dos qui rebondit, le sourire grand comme ça.

J'arrive chez-lui. Il est encore en tenue de travail, sueur au dos. Ça m'émeut, ça me donne encore plus envie d'en prendre soin.

Nous nous installons au salon.

"Alors, cher ami. Qu'est-ce qu'on fait? As-tu faim?"

"Lola, faut qu'on parle."

Coup au coeur. Mes pupilles se fixent. Le temps se pose.

Non. Pas parler.

Je ne veux pas qu'on parle.

J'ai peur.

"Lola, je ne me sens pas bien. Ça fait longtemps que je ne me sens pas bien. Et je sais que c'est pareil pour toi, tu me le mentionnes souvent"

C'est vrai. Le fait qu'il ait une blonde, loin, ailleurs, qui va redébarquer d'ici quelques mois, ça me tue, ça pourrit mes rêves, ça me plonge dans un stress constant.

"J'ai bien réfléchi, et ça serait mieux si on arrêtait de se voir pendant quelques mois"

Mon corps inerte est traversé d'un jet d'adrénaline.

Je m'y attendais. Je m'attendais au pire, à ce qui fait le plus mal. Je fixe un mur que je ne vois pas, les yeux ailleurs, englués de grosses larmes et de mascara.

"Je veux que tu étudies. Je veux que tu sentes mieux. J'aime pas te faire vivre autant de stress, j'aime pas savoir que tu souffres."

Dis quelque chose. Parle. Parle avant de le regretter.

"Mais! Mais c'est moi qui ai décidé d'attendre! C'est moi qui ai décidé de souffrir, d'accepter la situation le temps que tu te places les idées, parce que... je t'aime. Je t'aime assez pour accepter d'attendre. C'est peut-être incroyablement naïf de ma part, mais je crois qu'ensemble, on pourrait réellement être heureux, même si je suis jeune, même si t'es plus vieux, même si on est différents."

"..."

"Tu sais, c'est parce que t'es si différent de moi que je te porte autant d'amour. Tu bouches mes petits trous. Tu me pointes mes lacunes. Tu me donnes envie d'être meilleure. Tu me complètes."

"..."

"J'y crois pas. Non, vraiment, j'y crois pas. Tu peux pas décider, comme ça, de mettre fin à tout ce qu'on partage. J'y crois pas... Après tout le bonheur qu'on a eu? On était pas biens, on était pas heureux?"

"Mais oui, bien sûr que oui. On a eu de très beaux moments, mais maintenant, je vis mal, Lola. Ça peut plus continuer"

"Prends-moi dans tes bras. J'aurais vraiment besoin que tu me prennes dans tes bras."

Et il m'a ouvert ses bras, il m'a serrée contre lui, et

et j'ai plus envie d'écrire.

17 mars 2009

Deux frères

Hier, je me sentais fatale.

Quelques degrés de chaleur nouvelle, c'est le temps de faire sauter le manteau d'hiver, de sortir souper comme une jeune urbaine branchée.

Le pantalon cigarette bien serré, la lèvre et le chemisier brillants, les talons qui claquent, le manteau de cuir et les verres fumés, c'est le printemps, j'ai de l'attitude.

J'avais par contre oublié à quel point c'est fatiguant d'avoir de l'attitude.

Sur le coup, c'est charmant. Les cous craquent et se cassent, on te reluque, on s'égosille, on te salive, comme c'est flatteur, comme c'est flatteur.

Au bout d'une heure, par contre, ça commence à faire.

En revenant de mon souper, j'ai mal aux pieds, j'en aie ma claque de claquer, mais question d'avoir de quoi manger en soirée, je dois m'arrêter au petit marché de mon quartier.

La tête qui rebondit de haut en bas, de bas en haut, on m'ouvre la porte toute grande avant même que j'en ai atteint l'enceinte.

"Bonjour mamoiselle. Je vous tiens la porte, vous pouvez entrer mamoiselle."

Le propriétaire du commerce a deux fils, deux clones de lui-même. Le premier, celui qui me tient la porte, a une vingtaine d'années. Le second, un bon dix ans de moins. Physiquement, père et fils se ressemblent énormément; on dirait un seul et même individu à différents stades de croissance.

Le paternel est un homme courtois, charmeur et confiant. Derrière son comptoir, il complimente sobrement les femmes, toutes les femmes, sans distinction. Quant aux hommes, ils sont traités en égaux, en amis, avec cette petite touche de solidarité masculine propre aux messieurs.

Les deux garçons ont développé leurs personnalités respectives autour d'un volet du caractère de leur père.

Le plus vieux a la dégaine facile. Le cheveu noir et solide de gel, la barbe drue et bien taillée, les manches découpées sur ses bras basanés, il est toujours prêt, toujours à l'affût, car là où il y a jupe, il y a potentiel.

Le plus jeune est quant à lui timide et bienveillant. Mal assis sur son petit tabouret, il sert les clients entre les pages de ses gigantesques romans. Lorsqu'il me salue, c'est toujours avec de grands yeux gentils, curieux et un peu intimidés.

Ils forment un trio qui m'amuse bien. Le père m'accueille cordialement, le plus jeune se renseigne sur mes humeurs, le plus vieux se plante dans une allée pour me fixer le recto.

Hier, par contre, l'épisode de la porte est venu achever le peu de bonne humeur qui me restait.

Va que c'est le petit macho de la famille, va qu'il ait le cerveau qui macère dans la libido, qu'il me regarde avec des yeux de maquereau, qu'il fasse des pieds et des mains pour me tomber dans l'oeil.

Mais tout ça, c'est toujours relié à son petit bas ventre qui veut faire trempette.

Contrairement aux apparences, il ne m'a pas ouvert la porte par galanterie, non. Il s'agissait plutôt d'imposition. Imposition de service rendu, de dette, de sujet de conversation.

Et puisque j'étais de mauvaise humeur, juste avant de quitter, j'ai regardé son petit frère bien droit dans les yeux, et je lui ai dit "Tu sais, si t'étais juste un tout petit peu plus vieux, je te laisserais mon numéro de téléphone."

Derrière son comptoir, il a jeté un coup d'œil pétillant à son grand Casanova de frère qui avait probablement un peu blêmi, un peu rougi, et moi, menteuse mais satisfaite, je suis partie en m'ouvrant ma propre porte.

15 mars 2009

Blogoff 3, le constat

Il est midi. J'ai dormi six heures. J'ai une gueule de bois. Je suis laide.

Franchement, le Blogoff d'hier fut une réussite.

Et puisque vous êtes avides de détails, en voici, en voilà.

Je vous avais vendu un bon moment à l'avance. J'avais été assez persuasive pour attirer beaucoup plus de curieux qu'aux dernières éditions.

Je prenais donc la responsabilité du déroulement de la rencontre. Vraiment, ça me tordait l'estomac.

Puis samedi soir est arrivé. J'ai enfilé mes talons et ma belle robe à taille haute, bien décidée à vous aimer, vous parler, vous faire rire, tous, un à un, pour que vous vous amusiez, pour que vous passiez une agréable soirée.

Mathieu est passé me chercher comme un parfait gentleman. Il était aussi nerveux que moi. Nous chialions à l'unisson. C'était plaisant.

Une fois arrivés au bar, j'ai salué le beau barman, celui avec une barbe et un peu de poil au col, et j'ai vite filé à la salle de bain pour sauter dans ma robe, question d'exhiber fièrement ces jambes, fruits de bien des heures de pleurs et de tapis roulant.

Il y avait foule. J'ai demandé un Hubba Bubba, délicieux cocktail au nom ridicule, question de me détendre un peu. Manx, bon enfant, était déjà arrivé avec son chapeau, sa petite barbe et ses joues roses. Nous nous sommes attablés, et de plus en plus de gens sont arrivés.

Les détails de la soirée me sont flous. Éric s'est fait fée marraine de la booze, distribuant parmi la foule amitiés et alcools durs. J'étais donc de bien bonne humeur de bien bonne heure, tellement qu'à un certain point, j'ai donné mon tout nouveau Bubba à Panique, qui lui a gaiment coloré les pailles du très joli rouge de ses lèvres.

Monsieur DeBleu fut mon précieux acolyte à l'accueil, propageant bonne humeur et chaleur humaine à tous les intéressés.

À un certain moment durant la soirée, je suis allée vers un petit groupe qui semblait chercher des yeux des amis, une table libre, ou peut-être une réunion de blogueurs.

-Bonsoir! Cherchez-vous quelque chose?

-Ouais, nos chums.

-Ah, okay! Ça va alors. Bonne soirée!

-Mais pourquoi tu nous demandes ça?

-Parce qu'on tient une rencontre de blogueurs, ce soir. Je me demandais si vous en étiez pas

-Des quoi?

-Du monde qui ont des blogs

-Ah, okay. Donc t'as un blog.

-Oui

-Comment ça s'appelle?

Maudite question que j'haïs. Faut vraiment que je change mon titre.


-Les humeurs d'une EX-PUCELLE

-Ayoye, pour vrai, c'est toi? Ma blonde te lit! Pis moi aussi, des fois.

Tomber sur de parfaits inconnus qui lisent les aventures de ta vie, c'est splendide.

Puis il y eut des murmures à travers la foule. "Hey, j'pense que c'est lui! Tchendoh vient de débarquer!" et j'avais des petits frissons de désapprobation face à tant de groupisme.

Tchen le rockstar, celui qui emplit toutes les bouches, qui nourrit toutes les conversations, se tenait là. Il était bel et bien venu, tout seul, tête première dans l'aventure.

Bien sympathique personnage. Il avait la même bouche que sur la photo de sa face. Je ne sais pas pourquoi ça m'a surpris, mais ça m'a surpris.

Bref, ce fut une bonne soirée. Je suis partie après avoir solennellement serré toutes vos mains, et si c'était un peu ridicule, je m'en excuse, je n'était plus toute présente.

13 mars 2009

J'ai spammé les blogs des confirmés pour la rencontre de demain.

Et tous ceux qui ont des codes de sécurité avant publication de commentaire

Vous méritez une tape su'l menton.

12 mars 2009

Plan de nègre

Le téléphone sonne. J’ai la nuque pleine de savon. Bats des paupières engluées. Vérifie l’afficheur.

- Mon père! Comment allez-vous?

- Ma fille! Ça va bien! Hey, j’ai un service à te demander.

- Oui?

- Ça te dérangerait-tu ben gros si je mettais une de mes compagnies à ton nom?


Je coupe l’eau.

- Bon, qu’est-ce que t'as fait, encore.

- Voyons Claudia. J’ai rien fait.

- Tu t’es levé ce matin en te disant « J'ai comme une envie de changer le propriétaire d'une de mes compagnies » ?

- Tu serais pas propriétaire, juste administratrice.

- Papa. C’est quoi l’affaire.

- C’est la faute à mon maudit comptable! Y’avait trop mal aux intestins pour aller maller mes rapports d’impôts!

- Bon...

- Maudit niochon... J’te dis que je l’ai fait flyer drette sec, lui.

- ...

- Allô, t’es-tu là?

- Oui oui.

- J’vais te passer mon nouveau comptable pour que tu lui donnes ton numéro d’assurance sociale, okay?

- Papa...

- Oui, bonjour mademoiselle?

- Bonjour.

- Comment allez-vous?

- Ça va, ça va. Bon, monsieur le comptable, éclairez-moi sur le plan de nègre de mon cornichon de père, je vous prie.

Après une longue conversation dorée où tout était beau, tout était gentil, on m'a repassé le paternel.

- J’men viens pour te faire signer les papiers, okay?

- Papa.

- Okay bye mon p’tit minou, à tantôt.

- Papa, attends.


Et il a raccroché.

Vingt minutes plus tard, je l’entendais klaxonner son arrivée.

Je suis descendue un peu tout croche, pantoufles aux pieds, le manteau pincé sur mon pyjama.

- Pendant que tu me signes ça, je vais aller utiliser ta salle de bain.

- Tiens, mes clés. Fais attention à ma coloc, elle est peut-être debout.

- Ah non, pas elle. Laisse faire, j’vais aller dans la ruelle à place. Signe-moi ça, j’reviens.


Et je suis là, une pile de papiers sur les genoux à me demander dans quelle magouille je suis en train de m'embarquer, et j'essaie d'en lire les petits caractères le plus rapidement possible avant que le géniteur ne se ramène.

Il revient. Je soupire et signe un peu croche, juste au cas.

- Hey, merci. Ça me rend service. T’es une bonne fille.

- Papa, si tu me mets en faillite, je te jure que je te poursuis.

- Fais là, toi! Tu fais pas confiance à ton vieux père?

- Fais attention à mon nom! Je commence dans la vie, moi!

- Bon bon bon. As-tu besoin d'argent, p'tit minou?

- Nenon, ça va.

- Okay, fly astheure, j’ai des monsieurs à aller rencontrer.

11 mars 2009

Mais non madame

Je me lève ce matin au milieu d’un rêve très vif. Sommeil parfait, réveil limpide, je suis d’humeur légère.

J’accroche mes rideaux tout grands ouverts, m’attarde un moment à un épais nuage noir percé de lumière.

Je saute dans la baignoire, la vapeur gondole les pages de mon livre, mais il ne s’en trouvera que plus beau. Je passe un coup de fil au Tendre et me prépare tranquillement pour mon cours.

À peine en retard, je m’arrête pour acheter une salade de pâtes et un grand casseau de fraises, que je mangerai candidement dans le métro.

J’ai pas mal plus faim que je ne l’aurais cru. Sitôt montée dans le wagon que je déballe mon butin, et engloutis fraise sur fraise entre deux bouchées de pâtes. Et les baies sont si larges qu’il me faudrait les croquer en de menus morceaux, mais je ne veux pas me tacher les lèvres, je préfère les gober en entier en me couvrant la bouche des doigts.

Et je mastique, je mastique, les mâchoires toutes grandes ouvertes, tentant tant bien que mal de pousser de ma langue le fruit immense, et à peine écrasé de mes molaires qu’il est avalé et sitôt remplacé.

Je vide le casseau et la moitié de la salade en quelques stations à peine. Vraiment, j’étais affamée.

Arrivée à la station Berri, je me lève, lourde mais repus. Alors que j’ajuste mon manteau, une femme, celle qui me faisait face dans le wagon, me fait un petit signe.

Dans sa main, une carte d’affaire.

Elle est psychologue, spécialisée en troubles alimentaires.

Et à mes « mais non madame », une main sur mon épaule, inlassablement, elle me répondait qu’elle n’était pas là pour me juger.

La prochaine fois, je mangerai mieux.

9 mars 2009

C'est ma journée

En pause, je traverse les dédales de l’université pour aller me chercher sandwich au thon et lait au chocolat, le combo dégueu que j’adore.

Au pavillon DE, les sandwichs sont chers mais de bien meilleure qualité qu’ailleurs. Par contre, leurs laits au chocolat sont 2,00$, alors qu’au pavillon R, ils sont 1,25$. Je passe donc d’un pavillon à l’autre de ce pas plein d’assurance qu’est le mien.

Pavillon R, dévalisé de tous ses berlingots. Je surprends la foule en cognant le talon de mon grand pied coléreux, puis repars en direction des machines distributrices que je hais, qui vendent une biscotte, un p’tit jus niaiseux et trois bâtonnets de carotte pour 2,00$.

Une demoiselle me précède. Elle veut aussi s’acheter un lait au chocolat, mais ne sait pas bien s’y prendre. Ce sont de vieilles machines où la marchandise à vendre tourne sur elle-même et n’est accessible qu’à travers des portes de plastique qui coulissent mal.

Elle insère son argent, mais ouvre vis-à-vis une case vide. Je saute sur la poignée avant que son amateurisme ne l'allège de deux dollars.

« Attends, tu vas perdre ton argent. »

Je me bats avec la machine, mais rien à faire, la porte a été ouverte, la demoiselle a perdu ses sous.

Elle hausse les épaules et s’en va.

Je n’ai toujours pas lâché la petite porte. Je déteste voir de l'argent donné gratuitement à des compagnies qui profitent de leur monopole pour surcharger leurs produits sans vergogne. Ça me fait penser à un gros bonhomme en redingote qui s’enfourne du pain sec en riant à gorge déployée.

J’appuie frénétiquement sur les boutons afin de faire pivoter la tour à produits.

À ma grande surprise, ça marche.

La demoiselle est partie, j’hérite à la fois de son lait au chocolat et de sa monnaie.

Je danse dans ma tête.

M’apprête à retourner à mon cours de mon pas militaire lorsqu’on me picosse l’épaule.

« Scuse-moi, t’aimes-tu ça les toblerones? C’est tombé tout seul, pis moi j’aime pas ça, ça colle aux dents. »

« Hey, ma tablette de chocolat favorite. Merci! »

Vraiment, les gens devraient me donner des choses gratuites plus souvent.

6 mars 2009

Le gâteau

Bon. Je veux lui préparer un repas digne de sa fête.

Quelque chose de simple, de facile, de mâle. Si possible quelque chose qui se mange avec les doigts, quelque chose dont il va vouloir se resservir une deuxième ou une troisième fois.

Me faire le bikini ne sera pas suffisant, il me faut trouver autre chose.

Oh!

De la pizza!

Mais une bonne pizza, faite toute entière de mes petites mains.

Oui, ça ça serait bon.

Avec un gâteau.

Un gros gâteau. Au chocolat. Avec du glaçage. Au chocolat.

Pas de niaiseries de vanille française ou de garniture aux fraises.

Non. Au chocolat. Une valeur sûre. Un gâteau de gars.

J'arrive donc chez-lui avec des sacs pleins les bras. La porte n'est pas barrée. Ça sent le savon. Il prend sa douche.

J'aime le surprendre dans la douche. Si je suis chanceuse, il ne m'entend pas arriver, et j'ai tout à mon loisir de l'espionner se frotter à la débarbouillette.

Et ça mousse dans la toison de ses pectoraux, ça coule, le long de son torse, le long du soyeux qui lui sillonne le ventre, ça lui emplit le nombril, ça déborde entre ses cuisses...

Bref, j'aime le surprendre dans la douche.

Autour de moi, la cuisine est dans un état lamentable.

À l'étude des casseroles collées, pots tout grands ouverts, sacs de chips éventrés et bouteilles de bières-cendriers, j'en viens à la conclusion que Grand Tendre avait son ami Mathieu à coucher la veille.

Je cache mes chandelles et mes feux de Bengale, me range un petit espace de travail, allume mon portable à la page des recettes et m'ouvre un Guru pour le courage.

Monsieur sort de la salle de bain et se met à la vaisselle sans manquer de me sermonner sur les propriétés néfastes des boissons énergisantes sur la santé.

Puis il finit ma cannette.

Et il est là, les cheveux dans une couette qui lui dégagent la nuque, ses deux petites fesses sur le bord du tabouret, et son dos est si large, ses épaules si rondes, ça me donne envie, mais non, je ne dois pas me laisser distraire.

Le dernier repas que je lui ai préparé date de la Saint-Valentin, soit la fois où j'ai ajouté deux tasses de sel de mer à ma recette de fondant au chocolat. Cette fois-ci, j'ai bien l'intention de ne rien rater.

Le gâteau est au four, je tripote la pâte à pizza, il joue de la guitare sur son tabouret, et mis à part un petit dérapage où ma langue est tombée sur son corps, tout se passe très bien.

Je jete un coup d'œil au carton où est crayonnée l'heure à laquelle le gâteau sera prêt. Il me reste encore cinq minutes de cuisson, parfait, parfait.

En attendant, allons en humer le doux fumet avec ravissement.

Le doux fumet était plutôt fumée.

- OH NON, ÇA BRÛLE!


Et je me mets à crier des bâtards larmoyants.

Attrape les mitaines, sors le gâteau du four, Grand Tendre ne dit rien, et moi je n'ai pas la moindre idée où j'ai pu commettre une erreur.

J'ai encore raté ma recette. Ça a brûlé. Une heure à m'arracher le bras à mélanger des ingrédients pour lui faire un beau gâteau de fête, et ça a brûlé.

Pas foutue de faire quoi que ce soit comme du monde.

Je suis debout avec mon gâteau entre les mitaines, et lui, il ne dit toujours rien. Il n'a pas arrêté de jouer de la guitare. J'ai les yeux fixés sur mon écran à revérifier encore et encore les étapes, les températures et les durées de cuisson, et tout concorde, j'ai tout fait, je ne comprends pas pourquoi ça a foiré.

J'ose espérer qu'en dessous du noir, c'est encore bon. Je dépose le gâteau sur une planche et me mets à en détacher de gros morceaux.

Grand Tendre se retourne.

- Lola, tu veux que je te dise pourquoi ça a brûlé?

- Mhm...

- T'as mis le four à broil.


Ah oui. Broil. C'est vrai. La chaleur venait d'en haut. Fallait pas. J'y avais pas pensé.

Et je me regarde égrener son gâteau de fête à moitié brûlé, et je réalise que c'est là-dessus que je je vais étendre mon beau glaçage, que je vais planter mes belles chandelles avant de lui chanter beau bonne fête, et tout ça m'apparaît d'une insignifiance incroyable.

Je sens les larmes qui montent.

Je me lève, regarde le plafond, bats des cils, mais j'avais juste un gâteau à réussir, et c'était encore trop me demander.

Ça se met à couler tout seul, je me sauve aux toilettes dans un sanglot.

Il me suit, me prend dans ses bras.

- J'ai fait brûler ton gâteau de fêêêête!


- Lolaaaa. Pleure pas, c'est pas grave. Tu voulais me faire un gâteau pour me faire plaisir, mais te voir le préparer aussi me fait plaisir. Tu l'as un peu fait brûler, mais ça fait partie de la préparation... à la Lola. hahaha

- J'avais juste un gâteau à réussir, m'semble que c'était pas dur!

- Il est brûlé que sur le dessus, on va le remettre dans le four et je suis sûr qu'il va être bon quand même.


Il avait raison. Seul le dessus avait cuit, le reste était encore parfaitement liquide. Je pouvais le remettre au four.

- Mmh... Hmh...

- Pleure pas. Montre-moi la Lola que j'ai vu à la Saint-Valentin, celle qui s'est pas laissée décourager quand elle a fait une erreur et qui a relevé ses manches pour réussir le reste.


Le nez enfoui dans son chandail, j'ai ri entre mes larmes parce que je pleurais pour un gâteau.

Et une fois cuit pour vrai, ça a finalement donné ça:


C'est de loin le gâteau le plus laid de tous les temps. On dirait un trip scatophile. Ça a d'ailleurs été dur de m'arrêter de rire pour en prendre une photo claire, mais à le voir en manger à se peter la bédaine, j'en étais presque fière.

La pizza était pas mal belle, elle. J'en ai donc pas pris de photo.

Avec tout mon amour et mon doigté en cuisine, bonne fête coco.

C'était noté au calendrier

- Bon matin cher ami!

- Bonjour Lola!

- Quel est ton horaire de la journée?

- Je travaille dans une heure et demi, et c'est moi qui fait la fermeture cette nuit.

- Ah nooon! Voyons! Ça fait des jours et des jours que tu travailles sans arrêt! Je pensais qu'on passerait la journée ensemble!

- Je sais Lola, mais j'ai besoin de travailler.

- Bon. Donc tu travailles dans une heure et demi.

- Oui. Mais je m'en allais déjeuner au resto du coin avant.

- Je viens juste de me lever. Je peux pas sortir tout de suite. On pourra pas se voir.

- Ah.

- Bon! Okay. Je te souhaite de passer une belle journée quand même. On se verra demain.

- ...Bonne journée Lola.


Le visage à moitié collé de petits fluides séchés, les paupières en marshmallow et la tignasse juste d'un bord, je raccroche en faisant clac.

Frustration qui me clapote au ventre. Frustration qui me creuse un sillon en plein milieu du front.

Pas question de ne pas le voir aujourd'hui, douchée par douchée, belle pas belle, m'en vais le rejoindre.

Je le rappelle.

- Attends-moi au resto, je me brosse les dents et j'arrive.

- hahaha!

- Oui?

- Je t'en aurais voulu si tu ne m'avais pas rappelé.

- Je sais. Je pouvais quand même pas ne pas te voir le jour de ta fête.

- C'est ce que je me disais. Merci Lola.

- À tantôt p'tit coco.

Tout en me gargarisant, j'enfile les vêtements de la veille, et quitte par la porte arrière.

2 mars 2009

Le blog restera mort tant et aussi longtemps que j'aurai pas terminé mes travaux immensément en retard.

I'M A WARRIOR