Au chien qui a volé la selle de mon vélo,
Si je t'attrape, je te déchire une oreille, je t'arrache les cheveux en mottes, je te fait gicler un testicule en pilant dessus.
Je n'ai pas les moyens de me racheter une si bonne selle.
Ça me fait de la peine.
29 avril 2009
28 avril 2009
Une bonne odeur
Voici l'édition du mois d'avril de mes fameux collages de petites annonces kijiji.

La dernière n'est pas drôle. Juste tragique.

La dernière n'est pas drôle. Juste tragique.
Fabulé à
21:31
27 avril 2009
Le coeur aux poubelles
Je rentre chez-moi, les genoux au front, les cuisses de fer, et tandis que je saute du vélo, il y a mon voisin qui descend l'escalier avec son bac à recyclage.
J'attends qu'il rejoigne le trottoir avant de moi-même monter, car c'est la moindre des politesses, mais parce que j'ai entendu sa copine couiner de plaisir extra-conjugual, je suis plantée sur mes pieds dans un embarras inconfortable.
Je lui passe donc le premier commentaire de bon voisinage qui me passe par la tête.
-Hey. Est-ce qu'ils ont changé le jour de la cueillette?
-Non, je pense pas.
S'il m'avait dit oui, la conversation s'en serait terminée là. Mais voilà, il m'a dit non. J'ai dû m'arrêter sur mon perron pour continuer notre échange futile.
-Ah? T'as juste décidé de sortir ton recyclage à l'avance?
Il est debout sur le trottoir, avec son bac dans les bras. De mon angle, j'y vois une bonne quarantaine de tubes, de bouteilles et de petits pots pèle mêle.
-Ouais. Je sais que c'est demain, mais j'voulais plus voir ça dans la maison.
-Ah bon. Okay, passe une belle soirée.
-Hey attends. T'aimes-tu ça, le maquillage, les crèmes, pis toutes ces affaires-là?
-Quoi? Euh. Oui. Pourquoi?
-Ben tout ça c'était à mon ex. Y'a plein de tubes même pas ouverts. Je m'en allais les jeter. Tu peux les avoir, si tu veux.
-Toi et la fille avec qui tu habites, vous avez rompu?
-Ouais. Et elle est déménagée, maintenant.
-Je suis vraiment désolée d'entendre ça. J'veux dire. Vous faisiez plein de bruits d'amoureux, avec vos soupers et vos films aux petites heures. Je vous trouvais adorables.
-Tu nous entendais? T'aurais dû piocher.
-Ça va, ça me dérangeait pas vraiment
-Okay. Bon, est-ce que tu les veux, ou est-ce que je les jette?
-Je sais pas, ça me met un peu mal à l'aise.
-C'est pas grave. J'vais les laisser au bord du chemin.
-Mais merci quand même.
-De rien.
-Bon, j'vais rentrer.
-Salut.
-Bye.
Je ferme la porte derrière moi, mais je reste immobile contre le bois.
Ils ont rompu.
Elle l'a trompée, je l'ai entendue, et il l'a sûrement su à son retour.
Et maintenant, il se débarrasse des effets personnels de la femme qu'il sérénadait il y a à peine quelques semaines.
Ça me retourne l'intérieur.
Je me rappelle de ma propre peine, il n'y a pas si longtemps. Je me rappelle du vide et de la douleur. Et je sais qu'il l'aimait, je sais qu'ils s'aimaient, tous les deux.
J'entre-ouvre la porte. Il est juste là, devant moi, à remonter les marches avec les cheveux gras et la barbe drue.
-Hey. Si jamais tu veux venir prendre un café, à un moment donné, t'as juste à sonner.
-Okay.
-Enfin, prendre un café, c'est juste une expression, parce que j'ai pas vraiment de café, juste du thé.
-J'aime mieux le thé anyway.
-Moi aussi.
-Je garde ça en tête. Bonne soirée.
-Oui. À toi aussi.
Et il est remonté chez-lui.
Je ne sais pas si c'était une bonne idée que de l'avoir invité chez-moi, comme ça.
Je ne sais pas comment il l'a prit, comme une offre pleine de bienveillance ou de concupiscence.
Tout ce que je sais, c'est que j'attends les petites heures pour aller vider son bac.
J'attends qu'il rejoigne le trottoir avant de moi-même monter, car c'est la moindre des politesses, mais parce que j'ai entendu sa copine couiner de plaisir extra-conjugual, je suis plantée sur mes pieds dans un embarras inconfortable.
Je lui passe donc le premier commentaire de bon voisinage qui me passe par la tête.
-Hey. Est-ce qu'ils ont changé le jour de la cueillette?
-Non, je pense pas.
S'il m'avait dit oui, la conversation s'en serait terminée là. Mais voilà, il m'a dit non. J'ai dû m'arrêter sur mon perron pour continuer notre échange futile.
-Ah? T'as juste décidé de sortir ton recyclage à l'avance?
Il est debout sur le trottoir, avec son bac dans les bras. De mon angle, j'y vois une bonne quarantaine de tubes, de bouteilles et de petits pots pèle mêle.
-Ouais. Je sais que c'est demain, mais j'voulais plus voir ça dans la maison.
-Ah bon. Okay, passe une belle soirée.
-Hey attends. T'aimes-tu ça, le maquillage, les crèmes, pis toutes ces affaires-là?
-Quoi? Euh. Oui. Pourquoi?
-Ben tout ça c'était à mon ex. Y'a plein de tubes même pas ouverts. Je m'en allais les jeter. Tu peux les avoir, si tu veux.
-Toi et la fille avec qui tu habites, vous avez rompu?
-Ouais. Et elle est déménagée, maintenant.
-Je suis vraiment désolée d'entendre ça. J'veux dire. Vous faisiez plein de bruits d'amoureux, avec vos soupers et vos films aux petites heures. Je vous trouvais adorables.
-Tu nous entendais? T'aurais dû piocher.
-Ça va, ça me dérangeait pas vraiment
-Okay. Bon, est-ce que tu les veux, ou est-ce que je les jette?
-Je sais pas, ça me met un peu mal à l'aise.
-C'est pas grave. J'vais les laisser au bord du chemin.
-Mais merci quand même.
-De rien.
-Bon, j'vais rentrer.
-Salut.
-Bye.
Je ferme la porte derrière moi, mais je reste immobile contre le bois.
Ils ont rompu.
Elle l'a trompée, je l'ai entendue, et il l'a sûrement su à son retour.
Et maintenant, il se débarrasse des effets personnels de la femme qu'il sérénadait il y a à peine quelques semaines.
Ça me retourne l'intérieur.
Je me rappelle de ma propre peine, il n'y a pas si longtemps. Je me rappelle du vide et de la douleur. Et je sais qu'il l'aimait, je sais qu'ils s'aimaient, tous les deux.
J'entre-ouvre la porte. Il est juste là, devant moi, à remonter les marches avec les cheveux gras et la barbe drue.
-Hey. Si jamais tu veux venir prendre un café, à un moment donné, t'as juste à sonner.
-Okay.
-Enfin, prendre un café, c'est juste une expression, parce que j'ai pas vraiment de café, juste du thé.
-J'aime mieux le thé anyway.
-Moi aussi.
-Je garde ça en tête. Bonne soirée.
-Oui. À toi aussi.
Et il est remonté chez-lui.
Je ne sais pas si c'était une bonne idée que de l'avoir invité chez-moi, comme ça.
Je ne sais pas comment il l'a prit, comme une offre pleine de bienveillance ou de concupiscence.
Tout ce que je sais, c'est que j'attends les petites heures pour aller vider son bac.
Fabulé à
23:23
21
J'aurai bientôt 21 ans.
J'étais jadis une mignonnette qui prenait plaisir à découvrir tout l'attrait sexuel qu'elle pouvait susciter.
Et toujours, le paraître primait sur le confort.
L'hiver, je me baladais en jeans cigarette et en bottillons aux talons bons à s'éclater les chevilles.
J'en ai passé des moins trente-cinq degrés dans mon petit jacket de cuir, avec le rouge à lèvre qui me tache le foulard et les jointures gelées à en craquer.
Puis venait l'été. Jupes, petits shorts, camisoles, et dans mes longs cheveux bouclés, j'accrochais des fleurs et des rubans.
J'étais toujours maquillée, toujours bien mise, avec la lèvre juteuse et les pommettes roses à outrance, et sous le léger coton de mes robes, je ne portais pas de soutien gorge.
C'est que je ne comprenais pas entièrement toute l'étendue du message que je projetais. Je me divertissais à plaire aux hommes, et leurs réactions pas toujours brillantes me fournissaient mes meilleures anecdotes.
Et après avoir empilé les numéros de téléphone à l'infini, je me suis lassée, je me suis assagie, parce que réellement, c'était vide, tout ça.
J'ai fait couper mes cheveux bien courts, et j'ai graduellement poussé tout au fond du tiroir mes vêtements les plus audacieux.
Et je n'étais plus confortable dans ma peau. Je n'avais plus envie d'être une gamine pulpeuse.
Je me suis mise à m'entraîner durement, et aujourd'hui, je suis toute en muscles.
J'ai changé ma garde-robe pour des vêtements sportifs, confortables, des vêtements dans lesquels je me sens bien.
J'ai moins le besoin de plaire, et je me sens plus calme, plus confiante, car ceux qui sont biens dans leurs peaux se font remarquer d'une bien plus belle manière que ceux qui ne travaillent qu'à s'attirer les regards.
Le seul détail qui me désole un peu, c'est que maintenant, ce sont les femmes qui me laissent leur numéro.
J'étais jadis une mignonnette qui prenait plaisir à découvrir tout l'attrait sexuel qu'elle pouvait susciter.
Et toujours, le paraître primait sur le confort.
L'hiver, je me baladais en jeans cigarette et en bottillons aux talons bons à s'éclater les chevilles.
J'en ai passé des moins trente-cinq degrés dans mon petit jacket de cuir, avec le rouge à lèvre qui me tache le foulard et les jointures gelées à en craquer.
Puis venait l'été. Jupes, petits shorts, camisoles, et dans mes longs cheveux bouclés, j'accrochais des fleurs et des rubans.
J'étais toujours maquillée, toujours bien mise, avec la lèvre juteuse et les pommettes roses à outrance, et sous le léger coton de mes robes, je ne portais pas de soutien gorge.
C'est que je ne comprenais pas entièrement toute l'étendue du message que je projetais. Je me divertissais à plaire aux hommes, et leurs réactions pas toujours brillantes me fournissaient mes meilleures anecdotes.
Et après avoir empilé les numéros de téléphone à l'infini, je me suis lassée, je me suis assagie, parce que réellement, c'était vide, tout ça.
J'ai fait couper mes cheveux bien courts, et j'ai graduellement poussé tout au fond du tiroir mes vêtements les plus audacieux.
Et je n'étais plus confortable dans ma peau. Je n'avais plus envie d'être une gamine pulpeuse.
Je me suis mise à m'entraîner durement, et aujourd'hui, je suis toute en muscles.
J'ai changé ma garde-robe pour des vêtements sportifs, confortables, des vêtements dans lesquels je me sens bien.
J'ai moins le besoin de plaire, et je me sens plus calme, plus confiante, car ceux qui sont biens dans leurs peaux se font remarquer d'une bien plus belle manière que ceux qui ne travaillent qu'à s'attirer les regards.
Le seul détail qui me désole un peu, c'est que maintenant, ce sont les femmes qui me laissent leur numéro.
Fabulé à
18:29
23 avril 2009
L'héroïne
Je m'étais réveillée aux aurores, les yeux ronds comme des billes.
Il faisait trop chaud dans ma chambre ensommeillée. J'ai ouvert ma fenêtre, et l'air sentait bon, le ciel était bleu, et il y avait des oiseaux qui papotaient en prenant leur bain.
J'ai respiré un bon coup, et je me suis dit que ce serait une belle journée pour partir à l'aventure.
Quelques sandwichs plus tard, j'enfourchais ma bicyclette en quête d'anecdotes épiques.
Vers onze heures, j'avais juste réussi à trouver le paysage beau et à me casser la gueule dans une fruiterie.
Je descends St-Laurent en sens inverse du sens unique, comme une irresponsable. Au moment où je croise Des Pins, je vois un vieil homme qui piétine au milieu de l'intersection, qui hésite, qui marmonne, qui ne réagit pas aux coups de klaxon d'une longue file de connards en voiture.
En plein mon genre de situation!
N'ayez crainte, vieux monsieur confus, j'arrive.
Je demande à un passant de surveiller ma bicyclette, et je brandis ma paume héroïque en direction du trafic. Je saisis le monsieur par l'épaule pour l'amener en sûreté sur le trottoir.
Les voitures se remettent à circuler. Je demande au vieillard ce qu'il fait là, où est-ce qu'il allait, où est-ce qu'il réside, mais rien à faire, il ne parle ni français, ni anglais, ni espagnol baragouiné.
Il porte un tailleur bien propre, des souliers bien cirés, ses cheveux épais sont sagement peignés sur le côté, mais ses yeux bleus sont perdus. Il s'agrippe à un sac de plastique, et il tente de s'en aller de son petit pas brisé.
Il ne reste qu'une solution: appeler la police.
J'aime beaucoup appeler la police.
Combiné à l'oreille, j'explique la situation clairement, au mieux de ma bonne diction, de mes talents de conteuse, mais on me fait répéter une dizaine de fois les mêmes détails pourtant très clairs, on me parle avec le ton d'une machine.
-Non non, il va très bien, il n'a pas de maux physiques, il est juste confus et erratique. Il se tenait au milieu de la rue, c'est dangereux pour sa sécurité. Oui, il est conscient. Non, il a pas de fracture. Non, pas de lésion non plus. Ben non, il a pas de blessure ouverte!
On me dit finalement qu'on va me transférer aux ambulanciers. Et je dois tout leur réexpliquer.
-Restez sur place madame, on va envoyer une ambulance.
Je retourne chercher ma bicyclette sans lâcher le monsieur des yeux.
Quelques minutes plus tard, je vois un grand camion rouge, avec échelle et gyrophares, rouler lentement. À l'intérieur, des pompiers pointent du doigt mon monsieur qui n'a pas eu le temps d'aller bien loin.
Faut croire qu'un cas de sénilité n'était pas assez grave pour des ambulanciers, alors autant envoyer les pompiers qui jouaient aux cartes dans leur caserne.
Ils descendent du camion en bloquant la rue au complet.
Quatre gros bonhommes jaunes encerclent le vieux qui fige sur place en poussant de petits cris apeurés.
Et là, je réalise un peu tard que je venais peut-être de faire une grosse connerie, parce que si le vieillard ne parle ni français, ni anglais, c'est peut-être qu'il vient d'ailleurs, et qu'il est ici illégalement.
Ou pire, un membre de sa famille l'a fait venir au pays, mais puisqu'il est lui-même immigrant illégal, il ne pourra pas venir le réclamer aux autorités, et le vieux monsieur, tout seul, va se faire renvoyer dans son pays sans rien comprendre à ce qui lui arrive.
Je me suis dit que je n'étais pas une héroïne, finalement.
Juste une fille avec un grand nez.
Il faisait trop chaud dans ma chambre ensommeillée. J'ai ouvert ma fenêtre, et l'air sentait bon, le ciel était bleu, et il y avait des oiseaux qui papotaient en prenant leur bain.
J'ai respiré un bon coup, et je me suis dit que ce serait une belle journée pour partir à l'aventure.
Quelques sandwichs plus tard, j'enfourchais ma bicyclette en quête d'anecdotes épiques.
Vers onze heures, j'avais juste réussi à trouver le paysage beau et à me casser la gueule dans une fruiterie.
Je descends St-Laurent en sens inverse du sens unique, comme une irresponsable. Au moment où je croise Des Pins, je vois un vieil homme qui piétine au milieu de l'intersection, qui hésite, qui marmonne, qui ne réagit pas aux coups de klaxon d'une longue file de connards en voiture.
En plein mon genre de situation!
N'ayez crainte, vieux monsieur confus, j'arrive.
Je demande à un passant de surveiller ma bicyclette, et je brandis ma paume héroïque en direction du trafic. Je saisis le monsieur par l'épaule pour l'amener en sûreté sur le trottoir.
Les voitures se remettent à circuler. Je demande au vieillard ce qu'il fait là, où est-ce qu'il allait, où est-ce qu'il réside, mais rien à faire, il ne parle ni français, ni anglais, ni espagnol baragouiné.
Il porte un tailleur bien propre, des souliers bien cirés, ses cheveux épais sont sagement peignés sur le côté, mais ses yeux bleus sont perdus. Il s'agrippe à un sac de plastique, et il tente de s'en aller de son petit pas brisé.
Il ne reste qu'une solution: appeler la police.
J'aime beaucoup appeler la police.
Combiné à l'oreille, j'explique la situation clairement, au mieux de ma bonne diction, de mes talents de conteuse, mais on me fait répéter une dizaine de fois les mêmes détails pourtant très clairs, on me parle avec le ton d'une machine.
-Non non, il va très bien, il n'a pas de maux physiques, il est juste confus et erratique. Il se tenait au milieu de la rue, c'est dangereux pour sa sécurité. Oui, il est conscient. Non, il a pas de fracture. Non, pas de lésion non plus. Ben non, il a pas de blessure ouverte!
On me dit finalement qu'on va me transférer aux ambulanciers. Et je dois tout leur réexpliquer.
-Restez sur place madame, on va envoyer une ambulance.
Je retourne chercher ma bicyclette sans lâcher le monsieur des yeux.
Quelques minutes plus tard, je vois un grand camion rouge, avec échelle et gyrophares, rouler lentement. À l'intérieur, des pompiers pointent du doigt mon monsieur qui n'a pas eu le temps d'aller bien loin.
Faut croire qu'un cas de sénilité n'était pas assez grave pour des ambulanciers, alors autant envoyer les pompiers qui jouaient aux cartes dans leur caserne.
Ils descendent du camion en bloquant la rue au complet.
Quatre gros bonhommes jaunes encerclent le vieux qui fige sur place en poussant de petits cris apeurés.
Et là, je réalise un peu tard que je venais peut-être de faire une grosse connerie, parce que si le vieillard ne parle ni français, ni anglais, c'est peut-être qu'il vient d'ailleurs, et qu'il est ici illégalement.
Ou pire, un membre de sa famille l'a fait venir au pays, mais puisqu'il est lui-même immigrant illégal, il ne pourra pas venir le réclamer aux autorités, et le vieux monsieur, tout seul, va se faire renvoyer dans son pays sans rien comprendre à ce qui lui arrive.
Je me suis dit que je n'étais pas une héroïne, finalement.
Juste une fille avec un grand nez.
Fabulé à
23:56
La vengeance
Dans ma boîte courrier, Belle Lola, j'ai hâte de te revoir, et sur mon afficheur, un appel manqué.
Une, deux, trois sonneries, j'ai le téléphone à l'oreille, je fais les cent pas dans mon mètre carré de chambre à coucher.
Ça fait un mois, une semaine que je n'ai pas entendu le son de sa voix.
Mais ça va. Je suis plutôt calme.
-Aaallô?
-Salut.
Il s'étouffe.
-P'tite bouffée de travers?
-O-oui.
Je ris. Ça fait du bien de l'entendre, même tousser.
-Je retournais ton appel.
-Oui. Comment vas-tu?
-Bien. Très bien, même.
Communion fébrile entre nous, avec des silences heureux qui parlent plus fort que les mots.
Et je lui raconte la moitié de ma vie, tout ce qu'il a raté ce mois-ci, et il m'écoute en riant.
Puis il m'arrête.
-Pourquoi est-ce que tu viendrais pas continuer à me raconter tout ça ici?
-Hm, okay. Ça me va. Je suis là dans trois minutes.
Il est vingt-trois heures. Petit vent désagréable. Les rues sont vides. J'ai le foulard qui flotte, je ne pense pas à éviter les crevasses, les bosses et les trous, je ne fais que filer en me répétant encore et encore mes bonnes résolutions.
On ne couchera pas ensemble. Non. C'est fini. Ça mène nulle part. Il a fait son choix, et ce choix ce n'est pas moi.
On sera amis ou rien.
Amis ou rien.
Je monte son escalier le vélo au bras, et sur sa porte, il y a une note jaune.
Je suis parti prendre une douche à mon travail. Je reviens tout de suite. Installe-toi au salon, c'est la pièce la plus chaude de la maison.
Il est parti prendre une douche avant que j'arrive.
Ça commence bien mal.
Il m'avait avertie du bris de sa tuyauterie. Dans l'appartement, un bordel, une odeur de produits chimiques, et un vent froid qui balaie les pièces à travers les fenêtres toutes grandes ouvertes.
J'ouvre la porte menant au salon, referme bien derrière moi, puis m'arrête.
Je m'étais ennuyée de ce salon.
Les deux-cent cinquante boîtiers de CD empilés, les lattes qui craquent, la guitare sur son socle, les frisbees qui traînent, les vêtements de sport éparpillés, les mille manettes inutiles, et surtout, surtout le vieux divan de tissu, notre havre, notre hôte, notre nid.
Je m'y assoie. J'ai oublié comment allumer sa grosse télé. Ça m'étonne.
Je fixe la manette.
Qu'est-ce que je vais lui dire lorsqu'il va arriver?
J'entends éventuellement son pas lourd dans l'escalier. La porte grince, sa tête pointe à travers le verre, son visage s'illumine.
-Ah. T'es là!
Il vient à ma rencontre, tout sourire. Il est là, devant moi, et il m'ouvre ses bras. Je me lève, nous nous étreignons longtemps, il respire mes cheveux, je ferme les yeux, le nez dans le coton de son chandail.
-Je suis content de te voir, Lola.
-Moi aussi. Tu m'as manqué.
Il m'embrasse les joues doucement.
Ah, ses lèvres. Impossibles à oublier. Chaudes et charnues, et juste un peu piquantes contre le duvet de ma peau.
Je le laisse faire un temps. Petits baisers sur ma tempe, mon lobe, ma nuque, et ça fait tant de bien, c'est si tendre, mais je l'arrête, je le repousse.
-Écoute. Je veux plus qu'on soit amants. Je l'acceptais le temps que tu te places les idées, mais maintenant que tu as fait ton choix, je ne veux plus continuer. Ça mène nulle part pour moi. Je suis venue te voir en tant qu'amie, parce que je tiens à toi, mais ça s'arrête là.
Il me regarde longtemps. Mes mots sonnent faux, tout à coup.
-Je comprends.
Il s'assoie.
-C'est pas une décision facile. Je te désire toujours autant. Surtout en ce moment. Mais j'y ai pensé longtemps, et c'est la solution qui me semble la plus saine.
-Lola, je n'ai pas pris de décision.
-Mais oui.
-Non. C'est pour pouvoir mieux me concentrer que je t'ai demandé une pause. Je voulais être un peu seul pour avoir les idées plus claires.
-Arrête. Tu as jamais vraiment voulu la laisser. Si ça avait été le cas, t'aurais pris ta décision depuis longtemps.
-C'est pas aussi simple.
-Mais de toute manière, ça change rien à la mienne. Tant et aussi longtemps que tu seras pas branché, je préfère qu'on ne se touche plus.
Il ne dit rien.
-T'es déçu?
-Un peu, mais je suis surtout surpris. Ça m'étonne que tu réagisses comme ça. J'essayais pas de t'amener au sexe. J'étais content de te voir, j'avais le goût de t'embrasser, et c'est tout.
Il se déplace, étend ses jambes sur les coussins, le dos appuyé contre le bras du divan.
Je m'assoie un peu plus loin.
Petit malaise. Nous changeons de sujet.
Il me raconte sa tuyauterie, son frisbee, ses amis, je lui réponds avec mon père, le gym et mes écrits.
-Veux-tu venir t'asseoir contre moi?
-Hm hm.
Je me couche le dos contre son torse, ma tête contre son cou, et je repars mon récit où je l'avais laissé. Il me pose des questions, il rit, il me hume doucement, et c'est jouer avec le feu, mais je suis bien comme ça, contre lui.
-Lola, ça a fait du bien de ne pas te voir ce mois-ci. Ça m'a permis de m'ennuyer.
-Oui.
-Je rêvais souvent à toi.
-Et moi, j'écrivais de la littérature érotique, et t'étais mon personnage principal.
-Va falloir que je lise ça.
-J'ai rien fini. J'étais fâchée contre toi.
Je me retourne, nos ventres se touchent.
-Tu m'as abandonnée.
-Pardon?
-Oui. Tu m'as dit qu' "après y avoir longuement pensé", tu croyais que "ce serait préférable si on arrêtait de se voir pendant plusieurs mois".
-Plusieurs, c'est un peu exagéré.
-J'ai ri, je t'ai dit que j'y croyais pas, et ça a baissé à "quelques", puis à "un" mois, mais t'as tout de même pensé, pendant un temps, à ne plus me voir du tout, parce qu'on s'entend pour dire qu'après trois ou quatre mois, la vie continue, les idées changent, et on passe à autre chose sans trop de regrets.
-Tu m'as manqué, Lola.
-Ah oui? Ça a pas paru. Tu m'as écrit trois fois dans tout le mois.
-Je sais. Je voulais te laisser tranquille. Je savais que t'étais triste, et t'écrire à tous les jours t'aurait pas aidée.
-Hm. Qu'est-ce que c'est que ça? T'as un double menton, maintenant?
-Non.
-Oui! Tu commences à avoir un double menton! Tu te fais vieux, on dirait.
-C'est la position, je suis tout écrasé.
-Moi je pense que c'est plus parce que t'as mangé des beignes et des gros steaks avant d'aller te coucher.
Quel gigantesque mensonge. Il a pas pris de poids, il en a perdu. Il est svelte, large et musclé, et son corps est au summum de tous mes critères de beauté.
Ça me fait juste du bien de lui inventer des défauts.
-J'avais perdu du poids, mais je pense que je l'ai repris.
-Oh, oui. J'vais devoir surveiller ce que tu manges. Et est-ce que tu t'es fait couper les cheveux, aussi?
Content, il tourne la tête de gauche à droite pour bien me montrer sa coupe.
-Oui. Ça te plaît?
-Non.
-Ah.
-C'est pas affreux, mais c'était mieux avant.
Je le regarde avec mon petit air suffisant. Je me venge malignement.
Il est juste là, à quelques centimètres de mon visage, et ses yeux qui tremblent sont rivés à ma bouche.
-Viens m'embrasser.
C'est jouer avec le feu encore plus fort, mais tant pis, je vais l'allumer bien comme il faut, puis je vais me retirer, je vais le laisser là, pantois, en lui souhaitant de passer une bien bonne nuit.
Ça lui apprendra, tiens.
Mais mes doigts eurent tôt fait de débouler sur une grosse tête enflée, étouffée et palpitante, et c'en fut vite fini de ma vengeance et de mes bonnes résolutions.
Une, deux, trois sonneries, j'ai le téléphone à l'oreille, je fais les cent pas dans mon mètre carré de chambre à coucher.
Ça fait un mois, une semaine que je n'ai pas entendu le son de sa voix.
Mais ça va. Je suis plutôt calme.
-Aaallô?
-Salut.
Il s'étouffe.
-P'tite bouffée de travers?
-O-oui.
Je ris. Ça fait du bien de l'entendre, même tousser.
-Je retournais ton appel.
-Oui. Comment vas-tu?
-Bien. Très bien, même.
Communion fébrile entre nous, avec des silences heureux qui parlent plus fort que les mots.
Et je lui raconte la moitié de ma vie, tout ce qu'il a raté ce mois-ci, et il m'écoute en riant.
Puis il m'arrête.
-Pourquoi est-ce que tu viendrais pas continuer à me raconter tout ça ici?
-Hm, okay. Ça me va. Je suis là dans trois minutes.
Il est vingt-trois heures. Petit vent désagréable. Les rues sont vides. J'ai le foulard qui flotte, je ne pense pas à éviter les crevasses, les bosses et les trous, je ne fais que filer en me répétant encore et encore mes bonnes résolutions.
On ne couchera pas ensemble. Non. C'est fini. Ça mène nulle part. Il a fait son choix, et ce choix ce n'est pas moi.
On sera amis ou rien.
Amis ou rien.
Je monte son escalier le vélo au bras, et sur sa porte, il y a une note jaune.
Je suis parti prendre une douche à mon travail. Je reviens tout de suite. Installe-toi au salon, c'est la pièce la plus chaude de la maison.
Il est parti prendre une douche avant que j'arrive.
Ça commence bien mal.
Il m'avait avertie du bris de sa tuyauterie. Dans l'appartement, un bordel, une odeur de produits chimiques, et un vent froid qui balaie les pièces à travers les fenêtres toutes grandes ouvertes.
J'ouvre la porte menant au salon, referme bien derrière moi, puis m'arrête.
Je m'étais ennuyée de ce salon.
Les deux-cent cinquante boîtiers de CD empilés, les lattes qui craquent, la guitare sur son socle, les frisbees qui traînent, les vêtements de sport éparpillés, les mille manettes inutiles, et surtout, surtout le vieux divan de tissu, notre havre, notre hôte, notre nid.
Je m'y assoie. J'ai oublié comment allumer sa grosse télé. Ça m'étonne.
Je fixe la manette.
Qu'est-ce que je vais lui dire lorsqu'il va arriver?
J'entends éventuellement son pas lourd dans l'escalier. La porte grince, sa tête pointe à travers le verre, son visage s'illumine.
-Ah. T'es là!
Il vient à ma rencontre, tout sourire. Il est là, devant moi, et il m'ouvre ses bras. Je me lève, nous nous étreignons longtemps, il respire mes cheveux, je ferme les yeux, le nez dans le coton de son chandail.
-Je suis content de te voir, Lola.
-Moi aussi. Tu m'as manqué.
Il m'embrasse les joues doucement.
Ah, ses lèvres. Impossibles à oublier. Chaudes et charnues, et juste un peu piquantes contre le duvet de ma peau.
Je le laisse faire un temps. Petits baisers sur ma tempe, mon lobe, ma nuque, et ça fait tant de bien, c'est si tendre, mais je l'arrête, je le repousse.
-Écoute. Je veux plus qu'on soit amants. Je l'acceptais le temps que tu te places les idées, mais maintenant que tu as fait ton choix, je ne veux plus continuer. Ça mène nulle part pour moi. Je suis venue te voir en tant qu'amie, parce que je tiens à toi, mais ça s'arrête là.
Il me regarde longtemps. Mes mots sonnent faux, tout à coup.
-Je comprends.
Il s'assoie.
-C'est pas une décision facile. Je te désire toujours autant. Surtout en ce moment. Mais j'y ai pensé longtemps, et c'est la solution qui me semble la plus saine.
-Lola, je n'ai pas pris de décision.
-Mais oui.
-Non. C'est pour pouvoir mieux me concentrer que je t'ai demandé une pause. Je voulais être un peu seul pour avoir les idées plus claires.
-Arrête. Tu as jamais vraiment voulu la laisser. Si ça avait été le cas, t'aurais pris ta décision depuis longtemps.
-C'est pas aussi simple.
-Mais de toute manière, ça change rien à la mienne. Tant et aussi longtemps que tu seras pas branché, je préfère qu'on ne se touche plus.
Il ne dit rien.
-T'es déçu?
-Un peu, mais je suis surtout surpris. Ça m'étonne que tu réagisses comme ça. J'essayais pas de t'amener au sexe. J'étais content de te voir, j'avais le goût de t'embrasser, et c'est tout.
Il se déplace, étend ses jambes sur les coussins, le dos appuyé contre le bras du divan.
Je m'assoie un peu plus loin.
Petit malaise. Nous changeons de sujet.
Il me raconte sa tuyauterie, son frisbee, ses amis, je lui réponds avec mon père, le gym et mes écrits.
-Veux-tu venir t'asseoir contre moi?
-Hm hm.
Je me couche le dos contre son torse, ma tête contre son cou, et je repars mon récit où je l'avais laissé. Il me pose des questions, il rit, il me hume doucement, et c'est jouer avec le feu, mais je suis bien comme ça, contre lui.
-Lola, ça a fait du bien de ne pas te voir ce mois-ci. Ça m'a permis de m'ennuyer.
-Oui.
-Je rêvais souvent à toi.
-Et moi, j'écrivais de la littérature érotique, et t'étais mon personnage principal.
-Va falloir que je lise ça.
-J'ai rien fini. J'étais fâchée contre toi.
Je me retourne, nos ventres se touchent.
-Tu m'as abandonnée.
-Pardon?
-Oui. Tu m'as dit qu' "après y avoir longuement pensé", tu croyais que "ce serait préférable si on arrêtait de se voir pendant plusieurs mois".
-Plusieurs, c'est un peu exagéré.
-J'ai ri, je t'ai dit que j'y croyais pas, et ça a baissé à "quelques", puis à "un" mois, mais t'as tout de même pensé, pendant un temps, à ne plus me voir du tout, parce qu'on s'entend pour dire qu'après trois ou quatre mois, la vie continue, les idées changent, et on passe à autre chose sans trop de regrets.
-Tu m'as manqué, Lola.
-Ah oui? Ça a pas paru. Tu m'as écrit trois fois dans tout le mois.
-Je sais. Je voulais te laisser tranquille. Je savais que t'étais triste, et t'écrire à tous les jours t'aurait pas aidée.
-Hm. Qu'est-ce que c'est que ça? T'as un double menton, maintenant?
-Non.
-Oui! Tu commences à avoir un double menton! Tu te fais vieux, on dirait.
-C'est la position, je suis tout écrasé.
-Moi je pense que c'est plus parce que t'as mangé des beignes et des gros steaks avant d'aller te coucher.
Quel gigantesque mensonge. Il a pas pris de poids, il en a perdu. Il est svelte, large et musclé, et son corps est au summum de tous mes critères de beauté.
Ça me fait juste du bien de lui inventer des défauts.
-J'avais perdu du poids, mais je pense que je l'ai repris.
-Oh, oui. J'vais devoir surveiller ce que tu manges. Et est-ce que tu t'es fait couper les cheveux, aussi?
Content, il tourne la tête de gauche à droite pour bien me montrer sa coupe.
-Oui. Ça te plaît?
-Non.
-Ah.
-C'est pas affreux, mais c'était mieux avant.
Je le regarde avec mon petit air suffisant. Je me venge malignement.
Il est juste là, à quelques centimètres de mon visage, et ses yeux qui tremblent sont rivés à ma bouche.
-Viens m'embrasser.
C'est jouer avec le feu encore plus fort, mais tant pis, je vais l'allumer bien comme il faut, puis je vais me retirer, je vais le laisser là, pantois, en lui souhaitant de passer une bien bonne nuit.
Ça lui apprendra, tiens.
Mais mes doigts eurent tôt fait de débouler sur une grosse tête enflée, étouffée et palpitante, et c'en fut vite fini de ma vengeance et de mes bonnes résolutions.
Fabulé à
18:41
21 avril 2009
Ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue
- Écrire à en oublier l'heure
- Avoir une bonne anecdote à raconter
- Les fromages à pâte molle
- Le saumon en sashimi
- Le lait au chocolat
- Le thé
- Les aubaines
- Recevoir un email
- Bronzer au parc
- Déjeuner sur une terrasse
- Observer un ami qui ne nous a pas encore vu
- Écouter Grand Tendre jouer de la guitare sèche
- Baudelaire
- Bukowski
- Nick Cave
- Gene Kelly
- Jean Dujardin
- Alexandre Astier
- Les hommes en chemises de flanellette
- Avoir un message sur le répondeur
- Le parfum de l'asphate après l'orage
- L'odeur de l'air du soir
- Le parfum de la pivoine
- L'arrière goût du jasmin
- Partager ses écouteurs
- Se promener avec une nouvelle coupe de cheveux
- Être réveillée par le coup de fil d'un ami
- Recevoir une lettre écrite à la main
- Cuisiner pour quelqu'un
- Faire le ménage avec la musique à plein volume et les fenêtres grandes ouvertes
- Le piaillement d'une mouette dans un ciel d'été
- Rentrer chez soi
- Connaître toutes les paroles d'une chanson
- Trouver de l'argent dans les poches d'un vieux manteau
- Briser un objet aimé, et se le faire redonner quelques semaines plus tard par un ami qui l'a réparé
(concept de Woody Allen, dans Manhattan)
- Avoir une bonne anecdote à raconter
- Les fromages à pâte molle
- Le saumon en sashimi
- Le lait au chocolat
- Le thé
- Les aubaines
- Recevoir un email
- Bronzer au parc
- Déjeuner sur une terrasse
- Observer un ami qui ne nous a pas encore vu
- Écouter Grand Tendre jouer de la guitare sèche
- Baudelaire
- Bukowski
- Nick Cave
- Gene Kelly
- Jean Dujardin
- Alexandre Astier
- Les hommes en chemises de flanellette
- Avoir un message sur le répondeur
- Le parfum de l'asphate après l'orage
- L'odeur de l'air du soir
- Le parfum de la pivoine
- L'arrière goût du jasmin
- Partager ses écouteurs
- Se promener avec une nouvelle coupe de cheveux
- Être réveillée par le coup de fil d'un ami
- Recevoir une lettre écrite à la main
- Cuisiner pour quelqu'un
- Faire le ménage avec la musique à plein volume et les fenêtres grandes ouvertes
- Le piaillement d'une mouette dans un ciel d'été
- Rentrer chez soi
- Connaître toutes les paroles d'une chanson
- Trouver de l'argent dans les poches d'un vieux manteau
- Briser un objet aimé, et se le faire redonner quelques semaines plus tard par un ami qui l'a réparé
(concept de Woody Allen, dans Manhattan)
Fabulé à
16:23
20 avril 2009
Je vous regarde
Je suis installée dans un café face à une fenêtre, et à travers le verre, il y a ma bicyclette d'accrochée à un poteau, avec le cadre et la roue arrière bien serrés entre les dents d'un gros cadenas.
Je ne la lâche pas mon gros œil suspicieux. J'ai même pris la peine d'en détacher le siège, que j'ai emporté avec moi dans un excès de méfiance.
Les passants passent, les flâneurs flânent.
Tout le monde est l'ennemi.
Surtout toi, homme au chapeau de pêcheur qui glisse son doigt dans les fentes de téléphones publics.
Surtout toi, jeune rastafarian au nez qui démange quinze fois minute.
Surtout toi, adolescent à casquette qui écoute sa musique.
Surtout toi, vieillard qui marche trop lentement.
Surtout toi, femme enceinte qui fait une promenade.
Surtout toi, enfant de la femme enceinte qui pleure pour une boule de crème glacée.
Je vous regarde.
Et j'espère très fort en chopper un la main à la pince.
Si ça arrivait, je dévalerais les escaliers en une seconde et demi, et à peine aurait-il le temps d'abimer le petit brillant du cadenas que je lui éclaterais la tête à grands coups de banc.
Allez, essayez-vous, juste pour voir.
Je ne la lâche pas mon gros œil suspicieux. J'ai même pris la peine d'en détacher le siège, que j'ai emporté avec moi dans un excès de méfiance.
Les passants passent, les flâneurs flânent.
Tout le monde est l'ennemi.
Surtout toi, homme au chapeau de pêcheur qui glisse son doigt dans les fentes de téléphones publics.
Surtout toi, jeune rastafarian au nez qui démange quinze fois minute.
Surtout toi, adolescent à casquette qui écoute sa musique.
Surtout toi, vieillard qui marche trop lentement.
Surtout toi, femme enceinte qui fait une promenade.
Surtout toi, enfant de la femme enceinte qui pleure pour une boule de crème glacée.
Je vous regarde.
Et j'espère très fort en chopper un la main à la pince.
Si ça arrivait, je dévalerais les escaliers en une seconde et demi, et à peine aurait-il le temps d'abimer le petit brillant du cadenas que je lui éclaterais la tête à grands coups de banc.
Allez, essayez-vous, juste pour voir.
Fabulé à
14:55
Bonjour, là!
Je suis repartie dans une folie passagère.
Encouragée par ma ravissante trouvaille sur roues, trouvaille qui me sculpte les buns mieux que n'importe quoi d'autre, je parcours les pages de Kijiji à la recherche d'aubaines, à la recherche des quelques objets qui manquent encore à mon bonheur.
J'étais allée me promener sur le site du géant du meuble suédois, et une petite table de chevet m'était tombée dans l'oeil. Toute en bois, toute adorable, mais beaucoup trop dispendieuse à mes goûts de fille qui aime manger au restaurant.
J'essayais donc d'en trouver des modèles comparables, mais à un prix niaiseux.
Il est six heures du matin. Je fais l'étoile dans mon lit, le petit œil endormi.
L'oreiller en boule et le portable à la bédaine, je me connecte sur Kijiji sans plus attendre.
Première page, je vois mon meuble. Le même. Une femme le vend pour dix misérables dollars.
Je lui écris. Elle me dit de l'appeler.
-Bonjour madame! Vous vendez bien une table de chevet?
-Oui. Y'avait deux autres personnes d'intéressées, mais t'as été la plus vite à appeler.
-Je gagne!
-Ben oui, tu gagnes. Peux-tu venir le chercher à quatre heures?
-Tout à fait. Oh, et juste pour confirmer, vous le vendez-bien à dix dollars?
-Oui.
-Parfait! À tantôt!
Dix dollars.
Le meuble est en parfait état.
À l'origine, il est vendu cent-dix dollars de plus, sans les taxes. Et même à ce prix-là, il te faut le monter toi-même.
Quelle excellente affaire.
Je me présente chez la femme à l'heure prévue, et sonne à sa porte dans une bonne humeur spéciale aux bonnes affaires.
Elle vient ouvrir avec le meuble dans les bras.
Il est super beau. C'est tout à fait celui que je voulais.
Je procède à l'échange, et une fois l'argent entre ses mains, une fois le marché conclu, je ne peux résister à l'attrait de lui communiquer ma bonne aubaine.
-C'est un beau hasard que je sois tombée sur votre annonce, ce matin. J'avais magasiné pour ce même meuble-là, déjà.
-Ah ben.
-Ouais. Mais il était trop cher pour mon budget. Donc c'est vraiment sympathique de trouver le même pour dix dollars.
-Trop cher? Comment ça? Combien est-ce qu'y vaut?
Les mots m'explosent à la bouche.
-Ben... cent-vingt dollars, madame!
Elle me regarde. Il y a un malaise. L'échange est complété. Trop tard.
Gros sourire.
-Okay, j'vais y aller. Merci encore!
-Ben bonjour, là!
Et elle claque la porte juste un peu trop fort.
Je me mords la langue en serrant amoureusement mon meuble, et une fois dans la voiture, je ris aux éclats.
Encouragée par ma ravissante trouvaille sur roues, trouvaille qui me sculpte les buns mieux que n'importe quoi d'autre, je parcours les pages de Kijiji à la recherche d'aubaines, à la recherche des quelques objets qui manquent encore à mon bonheur.
J'étais allée me promener sur le site du géant du meuble suédois, et une petite table de chevet m'était tombée dans l'oeil. Toute en bois, toute adorable, mais beaucoup trop dispendieuse à mes goûts de fille qui aime manger au restaurant.
J'essayais donc d'en trouver des modèles comparables, mais à un prix niaiseux.
Il est six heures du matin. Je fais l'étoile dans mon lit, le petit œil endormi.
L'oreiller en boule et le portable à la bédaine, je me connecte sur Kijiji sans plus attendre.
Première page, je vois mon meuble. Le même. Une femme le vend pour dix misérables dollars.
Je lui écris. Elle me dit de l'appeler.
-Bonjour madame! Vous vendez bien une table de chevet?
-Oui. Y'avait deux autres personnes d'intéressées, mais t'as été la plus vite à appeler.
-Je gagne!
-Ben oui, tu gagnes. Peux-tu venir le chercher à quatre heures?
-Tout à fait. Oh, et juste pour confirmer, vous le vendez-bien à dix dollars?
-Oui.
-Parfait! À tantôt!
Dix dollars.
Le meuble est en parfait état.
À l'origine, il est vendu cent-dix dollars de plus, sans les taxes. Et même à ce prix-là, il te faut le monter toi-même.
Quelle excellente affaire.
Je me présente chez la femme à l'heure prévue, et sonne à sa porte dans une bonne humeur spéciale aux bonnes affaires.
Elle vient ouvrir avec le meuble dans les bras.
Il est super beau. C'est tout à fait celui que je voulais.
Je procède à l'échange, et une fois l'argent entre ses mains, une fois le marché conclu, je ne peux résister à l'attrait de lui communiquer ma bonne aubaine.
-C'est un beau hasard que je sois tombée sur votre annonce, ce matin. J'avais magasiné pour ce même meuble-là, déjà.
-Ah ben.
-Ouais. Mais il était trop cher pour mon budget. Donc c'est vraiment sympathique de trouver le même pour dix dollars.
-Trop cher? Comment ça? Combien est-ce qu'y vaut?
Les mots m'explosent à la bouche.
-Ben... cent-vingt dollars, madame!
Elle me regarde. Il y a un malaise. L'échange est complété. Trop tard.
Gros sourire.
-Okay, j'vais y aller. Merci encore!
-Ben bonjour, là!
Et elle claque la porte juste un peu trop fort.
Je me mords la langue en serrant amoureusement mon meuble, et une fois dans la voiture, je ris aux éclats.
Fabulé à
09:09
16 avril 2009
Le vélo
Je dépense tous mes sous en bonnes petites choses qui durent le temps d'un appétit.
Je flambe mes payes à courir les cafés, les restaurants, les sorties terrasses ou cinéma.
Pourtant, je suis la première à prodiguer de sages conseils à mes amis volages.
"À chaque paye, achète-toi quelque chose! Un objet, un meuble, ou n'importe quoi, en autant que ça dure! Comme ça, il te reste quelque chose de chacune de tes payes, et tu te bâtis un confort à long terme."
Mais bien sûr, ce qui est bon pour les autres ne l'est pas pour moi.
Enfin, si. Un peu. Je m'achète une bouilloire et je me sens fière pour le mois.
Mais quand arrive le temps des vrais achats, nada.
Je voulais m'acheter une bicyclette, l'été passé. J'ai eu les sous pour m'en acheter vingt. J'avais même magasiné les petites annonces et les boutiques.
Mais rien à faire, le temps d'un sourire que j'avais les poches vides.
J'ai passé l'été à pied.
Il va sans dire que cette saison-ci, je n'ai pas l'intention de me laisser dériver.
Je dis non.
Non! Je n'irai pas faire de dégustations de vieux rhums!
Non! Je n'irai pas déjeuner à treize dollars l'œuf tourné, extra fromage cottage!
Non! Je n'irai pas passer la soirée à écrire en alignant les petits verres de jus frais pressés!
Après cinq jours de ténacité, il me restait une bonne pile de billets prêts à être judicieusement investis.
J'ai donc passé la nuit à sillonner Kijiji à la recherche d'une bonne affaire, car Kijiji regorge d'aubaines de baby-boomers blasés, de femmes cocues fraîchement divorcées.
Tôt ce matin, j'ai finalement trouvé ce que je cherchais.
-Bonjour monsieur! C'est bien vous qui vendez un vélo? Oui, il est bien huit heures du matin. Monsieur, si vous vouliez pas que les gens appellent tôt, fallait pas mettre l'annonce en ligne en vous levant.
Une magnifique bicyclette hybride, neuve et haute de gamme, pour le quart de son prix d'origine. Et juste avant de passer la chercher, j'ai donné rendez-vous à une mère de famille à grosse tête, qui vendait pour trois sous et demi son tout nouveau casque de vélo trop petit.
Et c'est avec un beau casque rouge à la tête que je me suis présentée chez l'homme au vélo.
Je suis revenue chez-moi en apprenant le bonheur de rouler dans la brise et le soleil, mais surtout celui des fesses serrées en files indiennes.
Je flambe mes payes à courir les cafés, les restaurants, les sorties terrasses ou cinéma.
Pourtant, je suis la première à prodiguer de sages conseils à mes amis volages.
"À chaque paye, achète-toi quelque chose! Un objet, un meuble, ou n'importe quoi, en autant que ça dure! Comme ça, il te reste quelque chose de chacune de tes payes, et tu te bâtis un confort à long terme."
Mais bien sûr, ce qui est bon pour les autres ne l'est pas pour moi.
Enfin, si. Un peu. Je m'achète une bouilloire et je me sens fière pour le mois.
Mais quand arrive le temps des vrais achats, nada.
Je voulais m'acheter une bicyclette, l'été passé. J'ai eu les sous pour m'en acheter vingt. J'avais même magasiné les petites annonces et les boutiques.
Mais rien à faire, le temps d'un sourire que j'avais les poches vides.
J'ai passé l'été à pied.
Il va sans dire que cette saison-ci, je n'ai pas l'intention de me laisser dériver.
Je dis non.
Non! Je n'irai pas faire de dégustations de vieux rhums!
Non! Je n'irai pas déjeuner à treize dollars l'œuf tourné, extra fromage cottage!
Non! Je n'irai pas passer la soirée à écrire en alignant les petits verres de jus frais pressés!
Après cinq jours de ténacité, il me restait une bonne pile de billets prêts à être judicieusement investis.
J'ai donc passé la nuit à sillonner Kijiji à la recherche d'une bonne affaire, car Kijiji regorge d'aubaines de baby-boomers blasés, de femmes cocues fraîchement divorcées.
Tôt ce matin, j'ai finalement trouvé ce que je cherchais.
-Bonjour monsieur! C'est bien vous qui vendez un vélo? Oui, il est bien huit heures du matin. Monsieur, si vous vouliez pas que les gens appellent tôt, fallait pas mettre l'annonce en ligne en vous levant.
Une magnifique bicyclette hybride, neuve et haute de gamme, pour le quart de son prix d'origine. Et juste avant de passer la chercher, j'ai donné rendez-vous à une mère de famille à grosse tête, qui vendait pour trois sous et demi son tout nouveau casque de vélo trop petit.
Et c'est avec un beau casque rouge à la tête que je me suis présentée chez l'homme au vélo.
Je suis revenue chez-moi en apprenant le bonheur de rouler dans la brise et le soleil, mais surtout celui des fesses serrées en files indiennes.
Fabulé à
11:58
14 avril 2009
Coco
J'avais mangé petits pains et fromages raffinés, j'avais étiré le même verre de vin amer sur plusieurs heures, et après avoir bien papoté sur les choses de l'amour et de la vie, j'ai réalisé qu'il se faisait bien tard, que j'étais habillée en moche, et que je devais vite rentrer chez-moi pour me préparer à travailler.
Vite vite, par les ruelles, les raccourcis de quartier, avec les restants de fromages qui dansent dans mon sac, parce qu'ils étaient d'un délice impropre à la donation.
Et il fait froid, je sers les poings, le vent transperce mes vestes superposées dans un éclat de style printanier, mais pour arriver rapidement chez-moi, je dois couper par la rue du Grand Tendre, le Grand Tendre que je n'ai pas vu depuis bien longtemps.
Passer sous sa fenêtre éteinte me plonge dans une nostalgie brumeuse, un songe qui m'emporte loin tandis que mes pieds me ramènent à la maison.
Je me remémore cet hiver, il y a deux ans, où en sortant du travail aux petites heures, nous marchions côte à côte dans le froid glacial, entre les saouls, les itinérants et les putes. Il me raccompagnait jusque chez-moi, m'embrassait gentiment, et lorsque, rose de froid et de tendresse, je franchissais le seuil du hall, il revenait sur ses pas à grandes enjambées pour prendre le bus qui le ramènerait chez-lui, le bus qui lui passait sous le nez trop souvent.
C'était à cette même époque que je découvris tout le plaisir de bécoter son front bombé, dur et chaud, avec sa peau mince et lisse si agréable sous les lèvres.
Il m'appelait Lola, et moi, j'avais commencé à le surnommer Coco en référence à son bonheur de front, mais il n'était pas du tout d'accord.
Il m'avait suggéré plusieurs autres surnoms qu'on lui prêtait jadis, mais Lola et Coco sonnait trop bien à mon oreille, oreille que je faisais sourde à ses protestations.
Et qui plus est, j'aimais bien l'agacer, juste pour le plaisir de le voir réagir.
Bref, tout ça, c'était il y a deux ans.
Désormais, je travaille seule, et je ne l'ai pas vu depuis un mois.
Sourire et grand soupir, je suis arrivée, je grimpe mon escalier, mais dans la boîte aux lettres, il y a un joli paquet aux rubans fous, avec une note écrite au surligneur bleu.
Coco pour Lola...
Il est passé dans la journée pour me faire la surprise d'un gros œuf en chocolat.
Sur la note, c'est son écriture d'homme, carrée avec des lettres minuscules et majuscules mélangées, le carton jaune, il l'a pris dans la pile sur le fouillis de sa table, et le surligneur, il était debout, à l'envers, serré dans le verre où ses crayons inutiles s'entassent.
Et c'est en mastiquant de bon coeur qu'il me tarde de te revoir le bout du front, Coco.
Vite vite, par les ruelles, les raccourcis de quartier, avec les restants de fromages qui dansent dans mon sac, parce qu'ils étaient d'un délice impropre à la donation.
Et il fait froid, je sers les poings, le vent transperce mes vestes superposées dans un éclat de style printanier, mais pour arriver rapidement chez-moi, je dois couper par la rue du Grand Tendre, le Grand Tendre que je n'ai pas vu depuis bien longtemps.
Passer sous sa fenêtre éteinte me plonge dans une nostalgie brumeuse, un songe qui m'emporte loin tandis que mes pieds me ramènent à la maison.
Je me remémore cet hiver, il y a deux ans, où en sortant du travail aux petites heures, nous marchions côte à côte dans le froid glacial, entre les saouls, les itinérants et les putes. Il me raccompagnait jusque chez-moi, m'embrassait gentiment, et lorsque, rose de froid et de tendresse, je franchissais le seuil du hall, il revenait sur ses pas à grandes enjambées pour prendre le bus qui le ramènerait chez-lui, le bus qui lui passait sous le nez trop souvent.
C'était à cette même époque que je découvris tout le plaisir de bécoter son front bombé, dur et chaud, avec sa peau mince et lisse si agréable sous les lèvres.
Il m'appelait Lola, et moi, j'avais commencé à le surnommer Coco en référence à son bonheur de front, mais il n'était pas du tout d'accord.
Il m'avait suggéré plusieurs autres surnoms qu'on lui prêtait jadis, mais Lola et Coco sonnait trop bien à mon oreille, oreille que je faisais sourde à ses protestations.
Et qui plus est, j'aimais bien l'agacer, juste pour le plaisir de le voir réagir.
Bref, tout ça, c'était il y a deux ans.
Désormais, je travaille seule, et je ne l'ai pas vu depuis un mois.
Sourire et grand soupir, je suis arrivée, je grimpe mon escalier, mais dans la boîte aux lettres, il y a un joli paquet aux rubans fous, avec une note écrite au surligneur bleu.
Coco pour Lola...
Il est passé dans la journée pour me faire la surprise d'un gros œuf en chocolat.
Sur la note, c'est son écriture d'homme, carrée avec des lettres minuscules et majuscules mélangées, le carton jaune, il l'a pris dans la pile sur le fouillis de sa table, et le surligneur, il était debout, à l'envers, serré dans le verre où ses crayons inutiles s'entassent.
Et c'est en mastiquant de bon coeur qu'il me tarde de te revoir le bout du front, Coco.
Fabulé à
23:19
9 avril 2009
Clapotis et désolement
Berri Uqam, je prends place dans le wagon, dépose mon sac et ses huit tonnes, et alors que les portes se referment, il y a un bras qui s'impose, un intrus qui s'équartille une place à bord.
Je libère le siège de mon sac, et le nouveau venu s'y assis.
Les yeux ambres et les cheveux en de grandes boucles dorées, il a un foulard roulé serré, un col en V d'où dépasse la peau de son torse nu, un chic petit veston, et au genou de son jean, un trou rebelle. De son sac bandoulière dépasse le goulot d'une bouteille de rouge, il est le stéréotype de l'universitaire branché.
Il semble nerveux. Il a le nez collé dans son reflet, et replace ses cheveux sans arrêt. Je lui imagine un rendez-vous galant. J'imagine la demoiselle à l'autre extrémité, qui court dans la maison brosse à dents en bouche et la tête en serviette, avec un bordel dans son coffre à maquillage et trois tenues étendues sur son lit.
Ça me fait sourire.
Puis j'arrive à ma station, et nous nous levons tous deux, escaladons les marches côte à côte, et il emprunte même ma sortie, mon côté de rue.
Comme c'est excitant. Je ralentis le pas, je le laisse me distancer. J'espère le voir s'arrêter à une adresse, se présenter à une porte, se racler la gorge, replacer son veston, balayer ses cheveux, et dans une grande bouffée d'air, faire sonner le carillon.
Mais il ne semble pas vouloir m'accorder ce plaisir, il continue à marcher et je suis bientôt arrivée chez-moi.
Il s'arrête au milieu du trottoir et fouille sa poche. Je le dépasse, déçue.
Je sors mes clés, monte mon escalier. Ses yeux vont et viennent d'un bout de papier aux adresses numérotées. Après quelques secondes, il roule le papier en boule et entame les marches menant à mon appartement.
Quoi?
Je me retourne.
Il me salue poliment.
J'enfonce mes clés, tourne la poignée, et s'il a à me suivre, si ma coloc a gagné le gros lot, il me fera sûrement signe.
Il ne sonne pas. Il ouvre la porte menant à l'escalier de mes voisins, et continue son ascension.
C'est bien que ma voisine invite des amis. Depuis que son amoureux est parti en voyage, l'appartement est demeuré étrangement silencieux.
Je dépose mon sac, enlève mes souliers, je me coule un verre d'eau, en donne les dernières gorgées à mes plantes négligées.
Et c'est roman en main, le chignon relevé, que dans mon bain, j'ai entendu ma voisine clapoter.
Je libère le siège de mon sac, et le nouveau venu s'y assis.
Les yeux ambres et les cheveux en de grandes boucles dorées, il a un foulard roulé serré, un col en V d'où dépasse la peau de son torse nu, un chic petit veston, et au genou de son jean, un trou rebelle. De son sac bandoulière dépasse le goulot d'une bouteille de rouge, il est le stéréotype de l'universitaire branché.
Il semble nerveux. Il a le nez collé dans son reflet, et replace ses cheveux sans arrêt. Je lui imagine un rendez-vous galant. J'imagine la demoiselle à l'autre extrémité, qui court dans la maison brosse à dents en bouche et la tête en serviette, avec un bordel dans son coffre à maquillage et trois tenues étendues sur son lit.
Ça me fait sourire.
Puis j'arrive à ma station, et nous nous levons tous deux, escaladons les marches côte à côte, et il emprunte même ma sortie, mon côté de rue.
Comme c'est excitant. Je ralentis le pas, je le laisse me distancer. J'espère le voir s'arrêter à une adresse, se présenter à une porte, se racler la gorge, replacer son veston, balayer ses cheveux, et dans une grande bouffée d'air, faire sonner le carillon.
Mais il ne semble pas vouloir m'accorder ce plaisir, il continue à marcher et je suis bientôt arrivée chez-moi.
Il s'arrête au milieu du trottoir et fouille sa poche. Je le dépasse, déçue.
Je sors mes clés, monte mon escalier. Ses yeux vont et viennent d'un bout de papier aux adresses numérotées. Après quelques secondes, il roule le papier en boule et entame les marches menant à mon appartement.
Quoi?
Je me retourne.
Il me salue poliment.
J'enfonce mes clés, tourne la poignée, et s'il a à me suivre, si ma coloc a gagné le gros lot, il me fera sûrement signe.
Il ne sonne pas. Il ouvre la porte menant à l'escalier de mes voisins, et continue son ascension.
C'est bien que ma voisine invite des amis. Depuis que son amoureux est parti en voyage, l'appartement est demeuré étrangement silencieux.
Je dépose mon sac, enlève mes souliers, je me coule un verre d'eau, en donne les dernières gorgées à mes plantes négligées.
Et c'est roman en main, le chignon relevé, que dans mon bain, j'ai entendu ma voisine clapoter.
Fabulé à
19:18
Des bisous et des bermudas
Été 1997, Claudia, 9 ans, petit bout bronzé qui se construit des cabanes dans les arbres, se fait inscrire pour une semaine de camp d'été par madame sa mère.
En apprenant la bonne nouvelle, j'ai crié, j'ai pleuré, j'ai boudé pendant des heures, et puisqu'on n'essayait plus de me convaincre, je croyais avoir gagné, mais sitôt Juillet arrivé qu'on me débarquait en plein bois avec une petite valise et un sac de couchage, qu'on m'abandonnait au milieu d'un groupe de Grands avec des sifflets et des bermudas.
Et ils riaient, ils rassuraient ma mère qui, comme une mère, essuyait ses larmes du revers du doigt, et moi j'avais séché les miennes depuis longtemps, parce que je ne pleurais pas devant les beaux garçons.
Elle est partie en m'envoyant la main, et ils m'ont amenée dans un grand dortoir pour déposer mes effets personnels.
Selon eux, j'avais le plus beau sac de couchage du camp.
-Plus beau que les vôtres?
-Certain! Deux fois plus beau, au moins.
-Ben, un de vous peut dormir avec moi, moi ça me dérange pas.
Ils se sont regardés avec de gros yeux rieurs. Moi, je ne disais que ce dont j'avais envie, sans penser aussi loin qu'eux. Je voulais m'endormir blottie contre un beau monsieur. Je voulais qu'il me raconte des histoires avec sa grosse voix. Et peut-être que je lui aurais donné des bisous, aussi, juste pour voir ce que ça fait.
-T'es gentille, Claudia, mais les moniteurs dorment dans un dortoir spécial. Okay, va mettre ton maillot, on va t'amener rejoindre les autres à la plage.
Mon maillot était affreux, vert et bleu, avec les fesses grumelées à trop s'asseoir sur les rebords de piscine. Je me suis enroulée dans une serviette comme une madame, et les ai suivis jusqu'à la plage.
C'était réellement un bel endroit.
De grands bâtiments blancs, un clocher dont le tintement fait grouiller les estomacs, des cèdres au parfum épicé et aux vieilles racines blanchies par le sable, des balançoires en bois, de gros rochers ronds à escalader, un lac avec un quai pour sauter, et tout autour, une forêt de pins aux troncs infinis, avec leurs aiguilles tendres sous les pieds.
Et tout le monde était gentil. Les enfants étaient traités avec une camaraderie toute respectueuse. Ils étaient tout aussi considérés que les adultes. Ce qu'ils avaient à dire comptait, et on prenait le temps de les écouter.
Tard dans la nuit, les moniteurs s'allumaient un feu loin sur la plage, et ils se baignaient, ils chantaient, ils dansaient sur la musique d'un vieux radio. On pouvait entendre le murmure de leurs cris et de leurs rires depuis les dortoirs. C'était le moment que je préférais. Dans mon petit lit, la couverture au nez, je gardais l'œil ouvert à imaginer leurs merveilleuses vies d'adultes, avec des baisers sur la bouche, des autos et de la bière.
Puis les jours se sont succédés. J'ai construit des colliers, j'ai fait cuire des guimauves, je suis tombée en amour deux fois, et à tous les petits matins, je sortais silencieusement de mon dortoir pour aller me balancer.
En écoutant les oiseaux et les feuilles, j'espérais ne jamais devoir repartir.
En apprenant la bonne nouvelle, j'ai crié, j'ai pleuré, j'ai boudé pendant des heures, et puisqu'on n'essayait plus de me convaincre, je croyais avoir gagné, mais sitôt Juillet arrivé qu'on me débarquait en plein bois avec une petite valise et un sac de couchage, qu'on m'abandonnait au milieu d'un groupe de Grands avec des sifflets et des bermudas.
Et ils riaient, ils rassuraient ma mère qui, comme une mère, essuyait ses larmes du revers du doigt, et moi j'avais séché les miennes depuis longtemps, parce que je ne pleurais pas devant les beaux garçons.
Elle est partie en m'envoyant la main, et ils m'ont amenée dans un grand dortoir pour déposer mes effets personnels.
Selon eux, j'avais le plus beau sac de couchage du camp.
-Plus beau que les vôtres?
-Certain! Deux fois plus beau, au moins.
-Ben, un de vous peut dormir avec moi, moi ça me dérange pas.
Ils se sont regardés avec de gros yeux rieurs. Moi, je ne disais que ce dont j'avais envie, sans penser aussi loin qu'eux. Je voulais m'endormir blottie contre un beau monsieur. Je voulais qu'il me raconte des histoires avec sa grosse voix. Et peut-être que je lui aurais donné des bisous, aussi, juste pour voir ce que ça fait.
-T'es gentille, Claudia, mais les moniteurs dorment dans un dortoir spécial. Okay, va mettre ton maillot, on va t'amener rejoindre les autres à la plage.
Mon maillot était affreux, vert et bleu, avec les fesses grumelées à trop s'asseoir sur les rebords de piscine. Je me suis enroulée dans une serviette comme une madame, et les ai suivis jusqu'à la plage.
C'était réellement un bel endroit.
De grands bâtiments blancs, un clocher dont le tintement fait grouiller les estomacs, des cèdres au parfum épicé et aux vieilles racines blanchies par le sable, des balançoires en bois, de gros rochers ronds à escalader, un lac avec un quai pour sauter, et tout autour, une forêt de pins aux troncs infinis, avec leurs aiguilles tendres sous les pieds.
Et tout le monde était gentil. Les enfants étaient traités avec une camaraderie toute respectueuse. Ils étaient tout aussi considérés que les adultes. Ce qu'ils avaient à dire comptait, et on prenait le temps de les écouter.
Tard dans la nuit, les moniteurs s'allumaient un feu loin sur la plage, et ils se baignaient, ils chantaient, ils dansaient sur la musique d'un vieux radio. On pouvait entendre le murmure de leurs cris et de leurs rires depuis les dortoirs. C'était le moment que je préférais. Dans mon petit lit, la couverture au nez, je gardais l'œil ouvert à imaginer leurs merveilleuses vies d'adultes, avec des baisers sur la bouche, des autos et de la bière.
Puis les jours se sont succédés. J'ai construit des colliers, j'ai fait cuire des guimauves, je suis tombée en amour deux fois, et à tous les petits matins, je sortais silencieusement de mon dortoir pour aller me balancer.
En écoutant les oiseaux et les feuilles, j'espérais ne jamais devoir repartir.
Fabulé à
05:37
8 avril 2009
Meilleur, Lebeau & Letendre
J'ai fait application comme secrétaire dans un cabinet d'avocats.
Chaque matin, lunettes aux verres sans force, jupe et petit chignon, je ferais claquer mes talons carrés dans des corridors richement décorés.
Toc toc messieurs, c'est moi, l'étudiante pulpeuse qui vous apporte vos cafés.
Pour M. Meilleur, orateur émérite au menton fendu et à la chevelure pommadée, et pour M. Brind'amour, son blond et juvénile assistant, je me ferais discrète en leur préparant leurs coquets cafés au lait cannelés.
Pour M. Lebeau, jeune magistrat prodige à l'imposante musculature et aux complets sur-mesure, je le préparerais noir et fort, à son image.
Et pour M. Letendre, je ne lui servirais rien, parce qu'il serait de ces hommes qui ne peuvent se réveiller sans se préparer leur propre café, avec La Presse entièrement dépliée et un pamplemousse découpé à la cuillère dentelée.
À l'occasion, j'accompagnerais leurs tasses de cookies maison, avec des yeux en raisins et des sourires en glaçage.
Une fois les cafés servis, je m'installerais à mon très professionnel petit bureau, et je répondrais au téléphone, je serais digne de porter des lunettes, je noterais les rendez-vous avec rigueur et sérieux.
Aux pauses, je potinerais autour de la cruche d'eau avec les autres secrétaires.
Et aux heures de lunch, j'irais rejoindre M. Letendre pour prendre un goûter dans son bureau.
Chaque matin, lunettes aux verres sans force, jupe et petit chignon, je ferais claquer mes talons carrés dans des corridors richement décorés.
Toc toc messieurs, c'est moi, l'étudiante pulpeuse qui vous apporte vos cafés.
Pour M. Meilleur, orateur émérite au menton fendu et à la chevelure pommadée, et pour M. Brind'amour, son blond et juvénile assistant, je me ferais discrète en leur préparant leurs coquets cafés au lait cannelés.
Pour M. Lebeau, jeune magistrat prodige à l'imposante musculature et aux complets sur-mesure, je le préparerais noir et fort, à son image.
Et pour M. Letendre, je ne lui servirais rien, parce qu'il serait de ces hommes qui ne peuvent se réveiller sans se préparer leur propre café, avec La Presse entièrement dépliée et un pamplemousse découpé à la cuillère dentelée.
À l'occasion, j'accompagnerais leurs tasses de cookies maison, avec des yeux en raisins et des sourires en glaçage.
Une fois les cafés servis, je m'installerais à mon très professionnel petit bureau, et je répondrais au téléphone, je serais digne de porter des lunettes, je noterais les rendez-vous avec rigueur et sérieux.
Aux pauses, je potinerais autour de la cruche d'eau avec les autres secrétaires.
Et aux heures de lunch, j'irais rejoindre M. Letendre pour prendre un goûter dans son bureau.
Fabulé à
04:09
7 avril 2009
Les voisins - Partie 3
J'étais dans ma chambre, un petit jour de fenêtre ouvert sur ma ruelle, à peindre croche les yeux d'un mauvais portrait, lorsque je le vis, une valise à roulettes sous chaque bras, descendant prudemment l'escalier mouillé.
Loin devant, le dôme blanc d'un taxi sous la pluie, avec un halo brillant comme un fantôme.
Sa copine le suivait en jaquette, des sacs aux plis des bras et les pieds nus dans ses bottes ouvertes. Elle tenait la rampe d'une main et un parapluie de l'autre.
"Vite mon amour, y vient d'allumer son top, ça veut dire qu'y veut s'en aller"
"Est-ce qu'il reste encore quelque chose en haut?"
"Non, j'ai ramassé les derniers sacs."
Je ferme la lumière, j'ai le nez dans le moustiquaire.
"Okay. Ah, ma puce. J'vais m'ennuyer."
Il l'embrasse.
"Moi aussi. Appelle-moi à tous les jours, okay?"
Coup de klaxon. Il lève le bras et dépose ses valises.
Il la serre longtemps contre lui. Elle le protège de la pluie
"Rentre à la maison, tu vas attraper un rhume. J'vais t'appeler demain matin."
Ils se regardent profondément, puis il la quitte avec ses bagages qui lui rebondissent aux fesses.
"Je t'aime! Bye!"
Elle reste debout dans l'averse. Il court. Le chauffeur fait ouvrir son coffre arrière, mais reste bien assis dans sa voiture. Le jeune homme y entasse ses valises et ses sacs précipitamment.
Il ouvre une portière, envoie la main à sa belle, et elle lui renvoie un baiser soufflé que le taxi emporte au loin.
Je me cache dans mes rideaux.
Elle remonte chaque marche bien lentement.
Loin devant, le dôme blanc d'un taxi sous la pluie, avec un halo brillant comme un fantôme.
Sa copine le suivait en jaquette, des sacs aux plis des bras et les pieds nus dans ses bottes ouvertes. Elle tenait la rampe d'une main et un parapluie de l'autre.
"Vite mon amour, y vient d'allumer son top, ça veut dire qu'y veut s'en aller"
"Est-ce qu'il reste encore quelque chose en haut?"
"Non, j'ai ramassé les derniers sacs."
Je ferme la lumière, j'ai le nez dans le moustiquaire.
"Okay. Ah, ma puce. J'vais m'ennuyer."
Il l'embrasse.
"Moi aussi. Appelle-moi à tous les jours, okay?"
Coup de klaxon. Il lève le bras et dépose ses valises.
Il la serre longtemps contre lui. Elle le protège de la pluie
"Rentre à la maison, tu vas attraper un rhume. J'vais t'appeler demain matin."
Ils se regardent profondément, puis il la quitte avec ses bagages qui lui rebondissent aux fesses.
"Je t'aime! Bye!"
Elle reste debout dans l'averse. Il court. Le chauffeur fait ouvrir son coffre arrière, mais reste bien assis dans sa voiture. Le jeune homme y entasse ses valises et ses sacs précipitamment.
Il ouvre une portière, envoie la main à sa belle, et elle lui renvoie un baiser soufflé que le taxi emporte au loin.
Je me cache dans mes rideaux.
Elle remonte chaque marche bien lentement.
Fabulé à
23:05
6 avril 2009
Les voisins - Partie 2
Il a acheté un chiot pour sa copine, voilà quelques mois.
Je l’ai vu arriver par la ruelle avec une boîte de carton d’où dépassaient une petite tête, une petite langue. Il a monté le colimaçon bien tranquillement, et sitôt la boîte déposée que le petit chien en sautait, avec la queue folle qui tapait, qui tapait.
Il a bien tenté de le remettre dans sa boîte pour y poser un couvercle, mais une fois enfermé, l’animal grattait le carton en pleurant au désespoir et à l’abandon.
« Tais-toi! Shhhht. Bouge pas, ça sera pas long! »
Rien à faire contre les larmes d’un petit chien.
Il finit par céder. Serrant la petite bête entre ses cuisses, il lui décora le cou des rubans de la boîte.
Toc toc au carreau.
Sa copine vint ouvrir. Il tenait le chiot à bouts de bras. Ce dernier, la bédaine au vent, gigotait gaiment.
« Bonne fête! J’tai acheté un chien! Mais viens le prendre, j’pense qu’il m’a fait pipi dessus »
Elle riait de dégoût et de plaisir, et ils sont rentrés. Quelques minutes plus tard, mes oreilles et leur plancher étaient égratignés par de petites griffes enjouées.
Peu après l’arrivée du chiot, monsieur se mit au jogging. Ils se levaient désormais à la même heure, syntonisés au AM, avec ses grosses voix d'animateurs qui bourdonnent aux murs.
Cognent les bols, les cuillères, tapent les armoires et les pieds pressés. Mon œil est sec à trop fixer mon plafond.
Ils s’embrassent, elle sort par devant, lui par derrière, et le chien réalise trop tard qu’il a été abandonné. Comme un métronome, il désespère à jappements égaux.
Pendant une heure.
Pendant huit heures.
Pendant tout le temps qu’ils prendront à revenir, sans pause, aucune.
Je suis éventuellement passée leur glisser plusieurs mots à ce sujet.
Le lendemain, mademoiselle imposait le chiot au jogging de son amoureux.
La toute première fois qu'il sortit avec l'animal, il n'avait pas fait deux pas sur le perron glacé que la petite vadrouille lui courait dans les jambes. Il perdit pied et déboula une bonne rafale de marches sur ses deux fesses, entraînant avec lui la bête pendue à sa laisse.
Le pauvre est resté un bon moment à se frotter en soufflant entre ses dents. Le chiot, lui, était bien content d'avoir fait quelques tonneaux. En toute gratitude, il essayait de grimper aux cuisses de son maître pour lui lécher le nez.
Ainsi naquit une pratique qui devint habitude chez le jeune homme, soit celle de lancer le chien au bout de ses bras.
L'animal ne vola pas bien haut et atterrit dans une butte de neige fraîche. Il en sortit quelques secondes plus tard, confus mais heureux.
Mon voisin se leva enfin, descendit ce qui restait de marches avec une jambe traînante, et ramena à la maison le petit chien qui éternuait.
Il n'alla pas courir, ce jour-là.
Je l’ai vu arriver par la ruelle avec une boîte de carton d’où dépassaient une petite tête, une petite langue. Il a monté le colimaçon bien tranquillement, et sitôt la boîte déposée que le petit chien en sautait, avec la queue folle qui tapait, qui tapait.
Il a bien tenté de le remettre dans sa boîte pour y poser un couvercle, mais une fois enfermé, l’animal grattait le carton en pleurant au désespoir et à l’abandon.
« Tais-toi! Shhhht. Bouge pas, ça sera pas long! »
Rien à faire contre les larmes d’un petit chien.
Il finit par céder. Serrant la petite bête entre ses cuisses, il lui décora le cou des rubans de la boîte.
Toc toc au carreau.
Sa copine vint ouvrir. Il tenait le chiot à bouts de bras. Ce dernier, la bédaine au vent, gigotait gaiment.
« Bonne fête! J’tai acheté un chien! Mais viens le prendre, j’pense qu’il m’a fait pipi dessus »
Elle riait de dégoût et de plaisir, et ils sont rentrés. Quelques minutes plus tard, mes oreilles et leur plancher étaient égratignés par de petites griffes enjouées.
Peu après l’arrivée du chiot, monsieur se mit au jogging. Ils se levaient désormais à la même heure, syntonisés au AM, avec ses grosses voix d'animateurs qui bourdonnent aux murs.
Cognent les bols, les cuillères, tapent les armoires et les pieds pressés. Mon œil est sec à trop fixer mon plafond.
Ils s’embrassent, elle sort par devant, lui par derrière, et le chien réalise trop tard qu’il a été abandonné. Comme un métronome, il désespère à jappements égaux.
Pendant une heure.
Pendant huit heures.
Pendant tout le temps qu’ils prendront à revenir, sans pause, aucune.
Je suis éventuellement passée leur glisser plusieurs mots à ce sujet.
Le lendemain, mademoiselle imposait le chiot au jogging de son amoureux.
La toute première fois qu'il sortit avec l'animal, il n'avait pas fait deux pas sur le perron glacé que la petite vadrouille lui courait dans les jambes. Il perdit pied et déboula une bonne rafale de marches sur ses deux fesses, entraînant avec lui la bête pendue à sa laisse.
Le pauvre est resté un bon moment à se frotter en soufflant entre ses dents. Le chiot, lui, était bien content d'avoir fait quelques tonneaux. En toute gratitude, il essayait de grimper aux cuisses de son maître pour lui lécher le nez.
Ainsi naquit une pratique qui devint habitude chez le jeune homme, soit celle de lancer le chien au bout de ses bras.
L'animal ne vola pas bien haut et atterrit dans une butte de neige fraîche. Il en sortit quelques secondes plus tard, confus mais heureux.
Mon voisin se leva enfin, descendit ce qui restait de marches avec une jambe traînante, et ramena à la maison le petit chien qui éternuait.
Il n'alla pas courir, ce jour-là.
Fabulé à
02:41
5 avril 2009
Le gris du noir
Le jour, ça va.
Je m'amuse, je me divertis, je m'entraîne, j'écris, je prends et je donne rendez-vous, je butine dans une joie de vivre toute juvénile.
Puis vient la nuit.
La nuit, je m'étends sur mon lit, et avec deux oreillers coincés sous les omoplates, j'écris. Le calorifère chauffe, le portable chauffe, et je me casse le dos, je me creuse les yeux à construire des phrases de passage, des phrases interchangeables qui ne servent à rien.
Entre mes rideaux, le ciel pastel se fait moralisateur.
Vaincue, je rabats l'écran, mais dans le noir, il n'y a rien pour me prendre la main.
La joue écrasée contre l'oreiller, soulevée par mon souffre, j'ai le cœur comme une petite bête nerveuse.
Et ma tête se remplit lentement..
Je marche dans un désert en m'éloignant de mon oasis. Et qu'elle n'ait été qu'un mirage ne change rien à mon malaise.
Je m'amuse, je me divertis, je m'entraîne, j'écris, je prends et je donne rendez-vous, je butine dans une joie de vivre toute juvénile.
Puis vient la nuit.
La nuit, je m'étends sur mon lit, et avec deux oreillers coincés sous les omoplates, j'écris. Le calorifère chauffe, le portable chauffe, et je me casse le dos, je me creuse les yeux à construire des phrases de passage, des phrases interchangeables qui ne servent à rien.
Entre mes rideaux, le ciel pastel se fait moralisateur.
Vaincue, je rabats l'écran, mais dans le noir, il n'y a rien pour me prendre la main.
La joue écrasée contre l'oreiller, soulevée par mon souffre, j'ai le cœur comme une petite bête nerveuse.
Et ma tête se remplit lentement..
Je marche dans un désert en m'éloignant de mon oasis. Et qu'elle n'ait été qu'un mirage ne change rien à mon malaise.
Fabulé à
05:12
3 avril 2009
Les voisins
À force d'avoir une vie de pacha et à me coucher quand bon me semble, j'ai rapidement fait le tour du cadran. J'ai ainsi été témoin de la vie de mes voisins du dessus à chaque heure du jour et de la nuit.
Après quelques mois, j'ai malgré moi mémorisé tout le quotidien qu'ils laissent filtrer aux murs.
Ils sont deux, et ils forment un couple charmant.
Lui, grand, mince, le cheveu noir en couette brillante. Lunettes la semaine, contacts le weekend. Fumeur de balcon. Probablement guitariste de profession.
Elle, petite, rose et blonde. Une voix pointue qui perce les murs. Ne porte que des semelles plates. Secrétaire, ou enseignante au primaire.
La semaine, elle part travailler de bonne heure, avec un café thermos et une sacoche boursoufflée de fruits. Lui, il dort jusqu'à midi, puis se lève pour gratter quelques mélodies. Il pratique juste au-dessus de ma chambre. Je me réveille en fredonnant.
Vers 15h, il sort à bicyclette, et revient avec des sacs d'épicerie au guidon. Il prépare à souper. Il laisse souvent ses casseroles brûler. Il en a retiré les batteries de son détecteur de fumée.
Aux environs de 17h15, il saute dans la douche.
Elle rentre vers 17h30.
Ils font souvent l'amour dès son arrivée. Ça rit, ça crie, ça cogne au plafond.
Ça me fait sourire, ça m'incite à sortir.
Puis il lui joue ce qu'il a inventé dans la journée, et ils soupent.
Le lundi, ils sortent louer des films. Ils sortent toujours ensemble, en fait, même pour acheter du lait. Ils font éclater du pop-corn. Elle se lamente lorsque les scènes sont trop épeurantes.
Le mardi, aux aurores, à moitié nu sous son manteau, il sort les poubelles et le recyclage. Il laisse la porte ouverte. Elle crie.
Le mercredi, l'appartement est vide.
Le jeudi, ils invitent des amis à souper. Ça parle fort, ça empile sur la galerie des six-packs de bières importées.
Le vendredi, ils sortent en soirée, et reviennent aux petites heures un peu éméchés. Je les croise souvent en rentrant du travail. Ils ont de la difficulté à trouver la bonne clé pour leur serrure. Je les salue en sachant très bien qu'ils s'apprêtent à me cogner sur la tête.
Le samedi, ils invitent des amis à chanter au karaoké.
Le dimanche, elle fait du ménage, et lui il hurle parce qu'elle cache ses manettes de Playstation.
Bref, ils sont bruyants et ils s'aiment.
Ça fait du bien à entendre.
Après quelques mois, j'ai malgré moi mémorisé tout le quotidien qu'ils laissent filtrer aux murs.
Ils sont deux, et ils forment un couple charmant.
Lui, grand, mince, le cheveu noir en couette brillante. Lunettes la semaine, contacts le weekend. Fumeur de balcon. Probablement guitariste de profession.
Elle, petite, rose et blonde. Une voix pointue qui perce les murs. Ne porte que des semelles plates. Secrétaire, ou enseignante au primaire.
La semaine, elle part travailler de bonne heure, avec un café thermos et une sacoche boursoufflée de fruits. Lui, il dort jusqu'à midi, puis se lève pour gratter quelques mélodies. Il pratique juste au-dessus de ma chambre. Je me réveille en fredonnant.
Vers 15h, il sort à bicyclette, et revient avec des sacs d'épicerie au guidon. Il prépare à souper. Il laisse souvent ses casseroles brûler. Il en a retiré les batteries de son détecteur de fumée.
Aux environs de 17h15, il saute dans la douche.
Elle rentre vers 17h30.
Ils font souvent l'amour dès son arrivée. Ça rit, ça crie, ça cogne au plafond.
Ça me fait sourire, ça m'incite à sortir.
Puis il lui joue ce qu'il a inventé dans la journée, et ils soupent.
Le lundi, ils sortent louer des films. Ils sortent toujours ensemble, en fait, même pour acheter du lait. Ils font éclater du pop-corn. Elle se lamente lorsque les scènes sont trop épeurantes.
Le mardi, aux aurores, à moitié nu sous son manteau, il sort les poubelles et le recyclage. Il laisse la porte ouverte. Elle crie.
Le mercredi, l'appartement est vide.
Le jeudi, ils invitent des amis à souper. Ça parle fort, ça empile sur la galerie des six-packs de bières importées.
Le vendredi, ils sortent en soirée, et reviennent aux petites heures un peu éméchés. Je les croise souvent en rentrant du travail. Ils ont de la difficulté à trouver la bonne clé pour leur serrure. Je les salue en sachant très bien qu'ils s'apprêtent à me cogner sur la tête.
Le samedi, ils invitent des amis à chanter au karaoké.
Le dimanche, elle fait du ménage, et lui il hurle parce qu'elle cache ses manettes de Playstation.
Bref, ils sont bruyants et ils s'aiment.
Ça fait du bien à entendre.
Fabulé à
03:20
1 avril 2009
Le pianiste
Je suis installée dans un café.
Ce soir, on y diffuse Le Cirque de Charlie Chaplin, et un pianiste va accompagner la projection muette.
Ici, tout le monde est agréable. On grignote, on boit du thé, de la bière artisanale, on joue aux échecs, on se raconte ses voyages.
C'est un endroit charmant. Le mobilier est vieux, solide et hétéroclite. Des voiles sont suspendus au plafond, des toiles sont accrochées aux murs, les ampoules des lampes sont rose et orange, et sur toutes les surfaces, il y a des plantes.
Est assis près de ma table le pianiste, qui est arrivé à l'avance, et qui écoute les conversations en buvant son café à gorgées savourées.
Il est beau.
Trente ans. Grand et efflanqué, comme un musicien. Il a le teint laiteux, la mâchoire carré, le menton rasé de près et une chevelure bien garnie, noire et raide, qui lui descend jusqu'à la nuque, qui s'ouvre sur son front dans une cascade. Derrière l'armature épaisse de ses lunettes, il a les prunelles comme des billes, et lorsqu'il rit, lorsqu'il découvre ses dents impeccables, il a le coin des yeux en accordéon.
Je me verse du thé. J'en profite pour le regarder.
Plus loin, dans un coin, un vieil ivrogne qu'on n'a pas eu le courage de jeter à la porte.
Il est assis à fixer la mousse séchée de son verre vide. Le serveur a apparemment arrêté de le servir depuis un bon moment. Il exhibe son argent, le compte, se trompe et recommence. Après avoir longuement fixé ses billets, il décide de se rendre au bar. Bien appuyé sur les bras de son siège, il se soulève dans une plainte mouillée, et une fois debout, il manque de verser son verre, manque de renverser sa chaise, mais il ne s'en soucie que très peu, il barbote des mots inutiles, il continue à tanguer vers le bar.
Puis il s'arrête.
Il me regarde.
Il déboule jusqu'à ma table.
Il se présente et me dit qu'il a flaubé deux-cent piastres en une heure. Sa voix est ruinée par l'alcool. Il parle fort et postillonne beaucoup.
Je me recule sur mon dossier et croise les bras.
Je l'écoute un temps. Il me dit que je ressemble à sa femme, sa femme avant qu'elle ne devienne grosse et laide. Il rit, se racle la gorge et me demande ce que je fais sur mon ordinateur. Devant mon hésitation à nourrir la conversation, il contourne la table pour venir se renseigner par lui-même.
Il touche les phrases sur mon écran. Je serre les dents. Il me dit qu'il ne sait pas lire, mais que je sens bon.
Autour de nous, les conversations sont décalées. On est concentré sur la scène.
Je répète au monsieur qu'il est bien gentil, mais que je suis occupée, que j'ai des travaux très importants à remettre.
Il s'exclame, il s'excuse, il me dit qu'il comprend.
Mais il continue à me parler de sa femme.
Le pianiste me regarde. Ses yeux me demandent si j'ai besoin d'aide.
Mais bien sûr.
Il se lève. L'alcoolique prend soudainement peur. Il s'excuse et retourne dans son coin, loin des clients.
Le pianiste lui jette un dernier regard, un regard de dominance entendue, et il me salue.
Je lui lève ma tasse, et nos yeux restent accrochés un bref instant.
J'aurais pu l'inviter à ma table à ce moment, mais il me faut apprendre à m'en tenir aux garçons de mon âge.
Ce soir, on y diffuse Le Cirque de Charlie Chaplin, et un pianiste va accompagner la projection muette.
Ici, tout le monde est agréable. On grignote, on boit du thé, de la bière artisanale, on joue aux échecs, on se raconte ses voyages.
C'est un endroit charmant. Le mobilier est vieux, solide et hétéroclite. Des voiles sont suspendus au plafond, des toiles sont accrochées aux murs, les ampoules des lampes sont rose et orange, et sur toutes les surfaces, il y a des plantes.
Est assis près de ma table le pianiste, qui est arrivé à l'avance, et qui écoute les conversations en buvant son café à gorgées savourées.
Il est beau.
Trente ans. Grand et efflanqué, comme un musicien. Il a le teint laiteux, la mâchoire carré, le menton rasé de près et une chevelure bien garnie, noire et raide, qui lui descend jusqu'à la nuque, qui s'ouvre sur son front dans une cascade. Derrière l'armature épaisse de ses lunettes, il a les prunelles comme des billes, et lorsqu'il rit, lorsqu'il découvre ses dents impeccables, il a le coin des yeux en accordéon.
Je me verse du thé. J'en profite pour le regarder.
Plus loin, dans un coin, un vieil ivrogne qu'on n'a pas eu le courage de jeter à la porte.
Il est assis à fixer la mousse séchée de son verre vide. Le serveur a apparemment arrêté de le servir depuis un bon moment. Il exhibe son argent, le compte, se trompe et recommence. Après avoir longuement fixé ses billets, il décide de se rendre au bar. Bien appuyé sur les bras de son siège, il se soulève dans une plainte mouillée, et une fois debout, il manque de verser son verre, manque de renverser sa chaise, mais il ne s'en soucie que très peu, il barbote des mots inutiles, il continue à tanguer vers le bar.
Puis il s'arrête.
Il me regarde.
Il déboule jusqu'à ma table.
Il se présente et me dit qu'il a flaubé deux-cent piastres en une heure. Sa voix est ruinée par l'alcool. Il parle fort et postillonne beaucoup.
Je me recule sur mon dossier et croise les bras.
Je l'écoute un temps. Il me dit que je ressemble à sa femme, sa femme avant qu'elle ne devienne grosse et laide. Il rit, se racle la gorge et me demande ce que je fais sur mon ordinateur. Devant mon hésitation à nourrir la conversation, il contourne la table pour venir se renseigner par lui-même.
Il touche les phrases sur mon écran. Je serre les dents. Il me dit qu'il ne sait pas lire, mais que je sens bon.
Autour de nous, les conversations sont décalées. On est concentré sur la scène.
Je répète au monsieur qu'il est bien gentil, mais que je suis occupée, que j'ai des travaux très importants à remettre.
Il s'exclame, il s'excuse, il me dit qu'il comprend.
Mais il continue à me parler de sa femme.
Le pianiste me regarde. Ses yeux me demandent si j'ai besoin d'aide.
Mais bien sûr.
Il se lève. L'alcoolique prend soudainement peur. Il s'excuse et retourne dans son coin, loin des clients.
Le pianiste lui jette un dernier regard, un regard de dominance entendue, et il me salue.
Je lui lève ma tasse, et nos yeux restent accrochés un bref instant.
J'aurais pu l'inviter à ma table à ce moment, mais il me faut apprendre à m'en tenir aux garçons de mon âge.
Fabulé à
16:38
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