29 mai 2009

Le email

Salut! Comment vas-tu? Je

Bah, trop commun quotidien.

Hello! Tu me manques!

Non. Non. Est-ce qu'il passe son temps à me dire que je lui manque, lui?

Appelle-moi.

Regarde l'autre qui donne des ordres.

Passe-moi un coup de fil ce soir, qu'on jase un peu!

Déjà plus léger, mais non. Après, s'il m'appelle, ça va être parce que je lui ai demandé.

Dimanche je me suis dit que ça allait être ton tour de me passer un coup de fil, mais voilà, on est vendredi et mon afficheur est resté vierge de ton

Compter les jours, c'est triste.

Boudes-tu?

Simple. Direct. Trop infantilisant.

Je suis en plein rush de travaux, mais ça me ferait du bien d'entendre ta voix.

Trop amoureux.

Hey le p'tit comique! Qu'est-ce que t'attends pour m'appeler!

Humour agressif.

Tu peux m'appeler, si tu veux.

Haha. Ouache.

Comment vas-tu? Es-tu occupé?

Non. C'est comme si je lui offrais moi-même sa justification.

Appelle-moi donc. J'ai envie de sentir ta grosse langue s'enfoncer dans ma bouche.

Je serais due pour une douche.

Ça me ferait plaisir si tu m'appelais. Ça me désole d'avoir besoin de te le dire.

C'est exactement ça. Ouais. C'est ça. Mais c'est trop honnête. Non. Non, ça me gêne.

Je t'appelle quatre-vingt pourcent du temps, mais subitement, orgueilleuse comme je suis, je me suis renfrognée en me disant que c'était à ton tour de venir à moi, j'ai donc décidé d'attendre que tu m'appelles, mais toi, à remarquer que je n'appelle plus, tu penses sûrement que je boude, et puisque t'as probablement aucune envie de me confronter, t'appelles pas. Alors voilà. Je boude. Appelle-moi donc.

Ouais, non, finalement, j'vais juste attendre qu'il m'appelle.

28 mai 2009

La gimmick

Suite de ce billet.

- Allô Papa.

- Comment allez-vous en cette belle journée, mademoiselle p'tit minou?

- Papa. Pourquoi tu m'appelles à neuf heures du matin. J'dormais.

- Parce que j'ai besoin de ma grande fille.

- Est-ce que je peux te rappeler quand j'vais me lever?

- Non. Lève-toi tout de suite, on a rendez-vous à la banque dans une heure.

- Quoi?

- On va ouvrir un compte de banque pour ta compagnie.

- Comment ça ouvrir un compte de banque! Papa!

- Je suis en bas dans une demie heure.


[...]

- Ah tiens, de la grande visite.

- Pourquoi tu m'as pas dit que t'avais une nouvelle voiture?

- Est-ce que tu l'aimes? Je sais pas encore si je vais l'acheter.

- Sais pas, hein? Tu pourrais peut-être laisser faire le quatrième véhicule de plaisance et investir pour faire voyager ta fille, un peu?

- Tu voyageras avec personne d'autre que ton vieux père, ma fille.

- Papa.

- Oui.

- Je veux pas qu'on ouvre un compte de banque. Tu m'as jamais dit que la compagnie que tu mettrais à mon nom aurait des actifs.

- Sur quelle planète est-ce que tu vis donc toi?

- Papa. Non. Pas de compte de banque.

- Ma fille, je me démène pour que la famille manque de rien. Je t'ai toujours tout donné. Maintenant que j'ai besoin de ton aide, la moindre des choses, ça serait de m'aider.

- Papa...

- Regarde-moi donc ça comment il va bien ce petit véhicule-là. Ça fly comme une bine.

- Papa.

- Hey, est-ce que t'as déjeuné? Ma nutritionniste m'a vendu des vitamines en poudre. Regarde-moi les yeux qui brillent. Ça marche pis pas à peu près.

- Papa! Écoute-moi donc!

- J'ai pas de verre pour le brasser, mais tu peux faire le mélange dans ta bouche. Attends, regarde sur le siège arrière, y a des bouteilles d'eau.

- Moi je débarque ici.

- Trop tard, on est parti.

[...]

- C'est bon pour ton expérience. Ça va te donner une bonne idée de ce que c'est que d'avoir une entreprise. Tu vas pouvoir signer tes propres chèques pour payer ton école ou ton loyer. Tu vas même pouvoir te prendre un peu d'argent de poche.

- J'ai assez hâte d'avoir terminé mes études pour plus dépendre de personne.

- On dépend toujours de quelqu'un, ma fille. Oh. Dis-leur pas que t'es ma fille. On va dire que t'es juste intéressée à acheter de la machinerie lourde avec ton p'tit chum.

- Ben oui, vingt ans et une envie soudaine d'acheter des bulldozers. Y'é pas question que je mente, papa.

- Après, on ira manger chez Schwartz.

[...]

- Une fille intelligente comme toi qui oublie ses cartes d'identité, ça se peut-tu.

- Hm.

- Va falloir revenir demain.

- Peux pas. Trop de travaux.

- Ouais, messemble.

- Hm.

- Veux-tu une cuillerée d'huile de foie de morue?

Barniques

J'ai des remises à venir, des romans à lire, et je rédige, je rédige dans un café à une heure bien peu raisonnable.

Pour plus de crédibilité, j'ai une paire de verres sans force sur le nez, avec une large armature noire et brillante qui couvre parfaitement mes deux yeux creux.

Un par un, des hommes de nuit s'approchent, tentent leur chance avec la demoiselle aux barniques immenses, au petit visage mystérieux, qui est attablée toute seule et si sagement absorbée dans son roman intelligent.

J'ai une tête neuve.

Tom Waits gueule et me pioche les oreilles.

Je bois mon café avec une paille.

Je dormirai demain.

27 mai 2009

Une perle dans une coquille laide

Je reviens de chez un ami.

Une bien belle personne.

Bon sens de l'humour, positif, curieux, il est d'une intelligence surprenante, d'une empathie et une gentillesse toutes simples. Qui plus est, il a un job qu'il aime, avec un salaire suffisant pour ses besoins et un peu plus.

Le fond est tout ce qu'il y a de plus plaisant. C'est la forme qui me désole un peu.

Il habite un grand appartement un peu vieux, un peu sale dans le très gris St-Henri. Le peu de meubles qu'il possède sont moches, dépareillés et en mauvais état. Il revêt souvent les mêmes vêtements, les mêmes ensembles, et j'ai l'impression qu'il peut parfois les reporter à quelques bonnes reprises avant de passer par la buanderie. Lorsqu'il se brosse les dents, il n'utilise pas suffisamment de pâte à dent, et la bouteille de shampooing, au bord de son bain, est vieille d'au moins six mois.

Je le vois comme une perle dans une coquille laide.

Va rebrosser tes dents avec plus de pâte à dents! T'as besoin d'un nouveau pommeau de douche! Ta serviette sent mauvais! Achète-toi des couteaux qui coupent! Jette tes t-shirts avec des imprimés! Porte pas des bas en laine avec des espadrilles!

Je m'entends lui dire tout ça, et je m'écœure moi-même, mais je ne peux m'empêcher de vouloir le changer.

Je t'aiderai à te trouver des meubles sur kijiji. Je pourrais aussi regarder pour un appartement dans un meilleur quartier. On ira magasiner pour des vêtements que tu seras fier de porter. On passera par la pharmacie te chercher des produits ménagers. J'vais te montrer à cuisiner mes bonnes recettes. Je t'accompagne chez le coiffeur, si tu veux.

Et je suis là, comme une mère, comme une vieille épouse, à le sermonner, à lui dicter sa conduite, mais au fond, plutôt que de sourire et de me donner raison, j'espère qu'il finisse par me dire de me mêler de mes maudites affaires.

25 mai 2009

Beurk

C'est plate les histoires d'hommes. Je suis tannée d'en écrire.

Un mouton dans la louverie

Il y a ce garçon, cet homme, en fait, que j'ai rencontré à l'université, et qui est bien sympathique.

Il vient d'ailleurs, et est très cultivé en politiques internationales, en conflits mondiaux.

C'est aussi un grand charmeur. Il enroule des polos autour de son cou, comme un golfeur bourgeois. Il a de bien belles dents cerclées de bien belles lèvres, et lorsqu'il parle, les femmes l'aiment.

Mais moi, il ne me plaît pas.

Rien d'étonnant, j'ai un problème.

Un homme sur mille me plaît, en moyenne.

Mais la chimie n'est jamais au rendez-vous.

Jamais, jamais.

Il m'a donc passé un coup de fil, hier. Ça faisait un bail que je n'avais pas eu de ses nouvelles.

Invitation à souper, très plaisant, mais je n'ai que peu de temps, parce que j'ai un Grand Tendre à rejoindre une heure plus tard.

Jolie terrasse, éclairage tamisé, effluves de lilas qui me bercent les narines.

Il parle.

Il parle politique.

Et je suis là, assise sur ma chaise, à l'écouter parler, et je réalise qu'au fond, nous n'avons rien en commun.

-Mais je ne veux pas de blonde. C'est une période de ma vie où je veux investir tout mon temps sur moi.

Quand est-ce qu'on a sauté de Sarkozy aux histoires de coeur?

-Ah? Ça prouve une grande maturité.

-Oui, mais tu sais, reste qu'un homme a ses besoins.


Il prend ma main.

Je souris.

Je dégage ma main, je me gratte, je bois de l'eau.

-Ton mec. C'est n'importe quoi. Il ne te mérite pas.

Il touche ma joue.

-Je suis bien flattée, c'est très gentil de ta part, mais vraiment, je préférerais qu'on change de sujet.

-Écoute, je vais être honnête. J'aimerais que toi et moi, on devienne amants.

Je dépose mon verre.

-Notre relation ne changerait pas. On resterait amis, mais je prendrais bien soin de toi. Ça te ferait du bien de décrocher de ton mec, un peu.

Nous ne sommes pas amis.

-Ne le prends pas mal, mais je ne suis pas intéressée. Maintenant excuse-moi, je dois y aller, quelqu'un m'attend.

-Pourquoi est-ce que tu es venue me rejoindre ce soir, alors?

-Je ne te voyais pas comme ça.

Je me suis levée et je suis partie.

Gamine

J'aurais tellement de choses à raconter ici, mais j'ose plus.

J'ose plus parce que ma vie est ridicule, en ce moment.

Malgré mes nombreuses et insistantes questions, Grand Tendre n'a toujours pas pris de décision.

Je ne sais pas, Lola. Je ne sais pas.


Deux ans, maintenant, qu'on se fréquente. Il a eu deux ans pour y penser, et il ne sait toujours pas.

Vous comprenez pourquoi j'ai honte de vous dire que je suis encore là à l'attendre.

21 mai 2009

Merde

J'ai l'impression de me promener en béquilles.

Revirer au marché Jean-Talon pour un petit chichi bourgeois, avant, c'était commun. Trois coups de pédales et j'étais rendue.

Omnomnom le bon vin, le bon fromage!

Maintenant, j'en ai pour 15 minutes de marche. Une demi-heure aller-retour à me lamenter sur la ridicule lenteur de mon pas.

Autre exemple:

Tiens, j'ai envie d'aller m'installer au parc pour bronzer un peu. Et tiens, après, je pourrais me rendre sur Mont-Royal pour manger un morceau et écrire. Oh oui, tel restaurant, ça fait longtemps. Ce serait un petit détour, mais bon.


À vélo: 20 minutes + gratuit + buns de fer

À pied/métro: 1 heure + 6,38$ + buns moyennement de fer

Autre exemple:

-Et là je te ferais ça, et je te ferais ça, tu sais que j'y ai pensé toute la semaine? Et là tu ferais ça, et tu me ferais ça, et je te ferais ça. Ah, je te ferais tellement ça.

-Et tu sais ce que je fais, moi, en t'écoutant?

-Garde tout ça intact, je suis là dans deux minutes.

À pied, ça m'en aurait prit douze. Douze minutes. En douze minutes, un homme a le temps de dégonfler à peu près douze fois. Et quand tu finis par arriver, le party est fini.

Me faut un nouveau vélo, merde.

Le départ

Simon! Gabriel! Venez voir maman! Hep, hep, on descend pas aussi vite, on ralentit. Faites attention à pas vous faire mal. Simon, t'es encore tout sale, mon bébé? Gabriel, qu'est-ce que maman t'a dit? Faut que tu prennes soin de ton petit frère. Regarde-moi. Regarde maman. C'est toi mon grand garçon. Faut que tu veilles sur Simon quand maman sera pas là. T'as compris? Ah mon p'tit lapin. Tu sais que ta maman t'aime, toi? Viens me faire un câlin. Viens Simon, viens toi aussi. Mes garçons. Mes p'tits garçons. Promettez-moi que vous allez être bien sages quand matante va arriver. Vous allez faire tout ce qu'elle vous demande, compris? Une fois chez-elle, pas de traineries là, vous remettez vos jouets à leur place. Et je veux que vous finissiez vos assiettes, aussi. Pas de gaspillage, pas de rouspetage. Vous mangez tout ce que matante vous donne à manger. Et oubliez pas de lui dire merci, soyez polis, montrez-lui comment je vous ai bien élevés. Maman s'en va maintenant. Simon, fais pas trop de misères à ton frère. Gabriel, sois un bon garçon. Votre maman vous aime mes amours. Mes petits amours. Tout petits. Tout petits.















Elle s'étend et meurt.

20 mai 2009

Trente quatre jours

On m'a volé mon vélo.

19 mai 2009

Douze dudes

Il y a mon anniversaire qui approche, mes vingt-et-un ans, et j'ai envie d'inviter tous mes amis pour un grand pique-nique vins et fromages, mais j'ai honte.

J'ai honte, car mes amis, ce sont tous des hommes.

Tous!

Mis à part pour ma meilleure copine, je ne me tiens qu'avec des garçons.

Les garçons, c'est simple. Pas de chichis. Pas de tracas.

Pas d'enfantillages.

Ça aime manger. Ça aime boire de la bière. Ça aime jouer avec des ballons.

Et ça m'apprend plein de choses, les garçons, parce que ça réfléchit bizarrement.

Bref, c'est ma fête, bientôt, et j'hésite à organiser quelque chose parce que je ne me vois pas être entourée de douze dudes installés sur une grande nappe carottée, à boire du vin, à manger du pain, et à partager mon saint esprit.

Et si j'invite Grand Tendre, qu'est-ce qu'il va penser?

15 mai 2009

Stream of thoughts

[...]Pédale pédale pédale, tasse-toi Jo Blo, c'est pas parce que tu portes un p'tit cuissard serré que je vais te laisser être premier de file. Pédale pédale pédale, je me demande combien de calories j'ai pu brûler depuis que je suis partie. Doit bien faire une demi-heure certain. J'aurais pas dû prendre un gros cornet de gelato, aussi. Quoique le serveur était pas mal beau, avec ses yeux bleus et son petit nez picoté. Ouais, c'est vraiment beau des taches de rousseur, mais ça fait frimousse, un peu. C'est mieux sur de belles épaules d'homme. Par contre, n'importe où sur une fille, ça fait petite coquine naïve. C'est bizarre, le penchant des hommes pour les toutes jeunes filles. Comme si leur gros fun, c'était d'être les premiers à les pervertir. Ouais, reste que j'aurais aimé en avoir, des taches de rousseur. Ma mère en avait, mon frère et ma sœur en ont, c'est bizarre que j'en aie pas. Bon, j'ai peut-être pas les freckles de la mère, mais au moins, j'ai ses seins. C'est déjà ça. Je me demande si le serveur me regardait manger mon cornet. J'espère pas, ça serait gênant. J'avais tellement de misère, ça coulait partout, mais c'était vraiment super bon. Tiens, je devrais écrire une histoire qui ressemble à ça, avec une fille qui gobe un cornet devant un serveur voyeur. Hmm, non, ça serait redondant, j'ai déjà écrit quelque chose du genre dans le métro. À moins que j'inverse les sexes de la cliente et du serveur? Ça serait coquin, une femme qui reluque un homme lécher de la crème glacée. Ah. Ouais. Ah ouais. Faudrait pas qu'il sache qu'elle le regarde, par contre. Qu'il soit occupé à rire, ou à être concentré sur autre chose. Je suis insouciant, j'ai une grosse langue d'homme, je te fais fantasmer. Ouais. Ça serait bon. Ah, une langue. Une belle langue. M'semble que ça fait longtemps. Merde, est-ce qu'on voit mon string? Un string à vélo, la belle idée. Personne derrière moi, je remonte ça subtil, subtil. Faudrait vraiment que je me fasse une brassée, en arrivant. Ah, c'est vrai, j'en ai pas fait parce que mon savon sent le calvaire. À moins que je le transvide dans la cruche de ma coloc. Non, quand même. Ou ptête juste un peu, moitié moitié? Ça sentirait moins pire, au moins. Ah, tiens, le restaurant de Grand Tendre. On est tellement allés manger là souvent. Je me demande s'il le prendrait mal si je lui avouais que j'ai invité plein d'amis à y manger. Ça fait blasphématoire, un peu. Bah, il doit déjà le savoir, la serveuse avec les longs cheveux a dû tout lui raconter. Je l'aime pas trop, elle. Elle est ben fine, mais elle est comme trop fine, j'y crois pas. Je suis sûre qu'elle lui dirait pas non s'il s'essayait. Ben non, il s'essayerait pas. Arrête de paranoyer. Mais n'empêche que je me sens un peu coupable d'avoir invité d'autres gars à aller manger à notre resto. Bah! Ben non! Voyons donc. C'est juste des amis. Et lui, il dû y aller au moins des dizaines de fois avec sa blonde. Sa blonde. Il a une blonde. Sti que ça m'écœure. Il va tellement pas la laisser. Je sais pas ce que je fais à encore y croire. Je m'ennuie de lui. Il doit être sur le bord de rentrer du travail, tout sale, avec ses grosses bottes de travailleur et son jean troué. Je vais lui passer un coup de fil en rentrant. M'semble qu'il a des grains de beauté sur les épaules. Comment est-ce que je peux ne pas m'en rappeler? Faudrait que je regarde plus attentivement, la prochaine fois. Ow, ow, ow. Voyons donc. Mettez de la garnotte dans ces trous-là, faites quelque chose. C'est dangereux pour les cyclistes. Les rues sont tellement crevassées. C'est super honteux. Les États-Unis sont mortes de rire. Pauvre petit Canada, pas capable d'entretenir ses rues. Ben ils ont pas le même climat que nous, non plus. Dans le fond, je sais pas pourquoi je chiale. Bâtard. Elle a encore laissé le bac sur le trottoir. M'semble que c'est pas dur de le remonter, tu le prends dans ta main, et tu le remontes sur le perron. Tu le prends, tu le remontes. That's it. Encore obligée de le faire moi-même. Okay, prends-le bac de la main gauche, bicyclette de la main droite, et monte l'escalier tranquillement. T'es serveuse, t'as de gros bras, t'es supposée être bonne. Ben non, ça marche pas, j'vais tout échapper. À moins que je le mette sur ma tête, comme un abat-jour. Hein, ouache, belle idée niaiseuse. Fais pas ta conne, sois méthodique, monte le bac en premier, tu redescendras pour prendre la bicyclette après. Ah. Merde. J'ai envie. Mon dieu. J'ai super envie. Vite vite vite pipi. Pourquoi est-ce qu'on réalise tout le temps qu'on a la vessie à deux doigts d'exploser une fois à proximité d'une toilette? Pourquoi pas avant? Comme si le corps comprenait qu'avant, on avait pas le temps, et que ça servait à rien d'être achalant avec ça. C'est bien fait pareil, le corps. Mon dieu mon dieu, j'ai envie, j'ai vraiment envie, sont où mes foutues clés. Et l'autre grande maigre qui barre la porte même si elle est dans le salon à tricoter des napperons laids. Comme si elle avait peur que quelqu'un essaie de rentrer pour venir la violer. Qui c'est qui voudrait violer ça anyway. Aaaah mes clés, voilà, voilà, vite les toilettes. T'es encore en souliers dans la maison, elle va te faire une crise. M'en fou, je déménage. Ma bicyclette encore en bas, tout d'un coup qu'on me la vole? Ben non, arrête d'être parano. Vite, le pantalon, le pantalon, Ah. Ah. Aaaah... M'semble que ça fait pas si du bien que ça. M'semble que les hommes sont tout le temps au bord de l'orgasme quand enfin, ils se relâchent. C'est peut-être meilleur pour eux. J'aurais aimé être un homme. En fait, non. J'aurais aimé avoir un pénis. Ouais. Un pénis. C'est mieux fait qu'un vagin. Tu peux tout faire avec ça. Faire pipi debout. Te faire faire des fellations, aussi. Ouais, j'aimerais recevoir une fellation. Ça a l'air tellement bon. Mais en faire aussi, c'est le fun. Ouais, si j'étais un homme, je serais gai. Un gros gai, avec des poils partout. Mais je serais gentil. On m'appelerait Big Mike. Je ferais la cuisine avec un tablier Kiss the Cock au lieu de Kiss the Cook. Hein. C'est bon ça. Y'a sûrement quelqu'un qui y a déjà pensé. Ouais, et j'aurais un gros neuf pouces, ça paraîtrait dans ma face. Ouais. Gros gros, lourd lourd. Et j'aurais une feluette d'amoureux qui me ferait des misères, à rentrer trop tard la nuit et à sentir le parfum d'hommes. Ça me ferait pleurer. Je pleurerais dans ma barbe, comme Sébastien Chabal. Ah, Chabal. Il doit bien avoir un neuf pouces certain. Hey, neuf pouces, c'est beaucoup. Et dans les petites annonces érotiques gaies, c'est la norme. Il doit avoir une convention, ou quelque chose, qui dit que 9 pouces, c'est 7 pouces, et 7 pouces, c'est 5 pouces et demi. Ça doit tellement être ça. Faudrait trop que j'écrive une histoire de gais. Ouais, avec un gars dans les douches qui en regarde un autre. Ou non, mieux, un coach qui entraîne un jeunot p'tit gros, et qui graduellement le sculpte en son fantasme d'homme. Wow, summum du narcissisme.[...]

Le don

Marche vite, marche vite, ton cours est déjà commencé, le prof va encore te faire une bonne blague de retardataire, mais c'était quoi, l'idée, aussi, d'avoir envie de blé d'inde à dix minutes du départ.

Je fends le couloir, tassez-vous les étudiants, mon sac est assez lourd pour vous briser deux-trois nuques, mais à ma gauche, il y a une grande femme un peu mal prise, les doigts collés, la sacoche qui lui glisse perpétuellement jusqu'au coude, qui essaie tant bien que mal d'accrocher une feuille de papier à un tableau d'affichage.

DON D'OVULES

Je m'arrête.

-Oh, bonjour.

-Bonjour. C'est pour vous, le... don?

-Oui. Je suis infertile, mais j'aimerais tellement avoir un enfant.

-Ah. Oh. Je suis désolée.


Il y a un silence. Je suis là, vingt ans, les joues roses, le petit coeur en santé qui bat vite vite, et moi, mes ovules, ils finissent dans les égouts une fois par mois.

-Seriez-vous intéressée à faire un don, mademoiselle? Je serais prête à vous payer très cher.

-Madame, si je vous ferais un don, ce ne serait pas pour l'argent.

-Je sais. Ça paraît dans votre visage.

-Merci.

-Quel âge avez-vous?

-Vingt ans.

-Vingt ans. J’espère que vous réalisez votre chance.

-Oui. Ça me stresse beaucoup.

-Ah? Pourquoi donc?

-Oh, parce que je réalise que je sais rien, au fond. Et c’est en sachant rien à rien que je suis en train d’orienter toute ma vie.

-Je comprends. Mais au moins, vous avez le choix de faire ce que vous voulez. Moi, à votre âge, je m'occupais de mon père malade.

-Oh. C'est beaucoup de responsabilités aussi jeune.

-Oui. Il est mort récemment. Je peux maintenant me consacrer à l'enfant que j'ai toujours voulu avoir.

-Je comprends.

-J'ai déjà trouvé une donneuse, mais elle ne semble pas être très sérieuse. Ça fait des mois et des mois qu'elle repousse les examens et les rendez-vous. C'est comme si elle ne réalisait pas qu'elle joue avec le plus grand projet de toute ma vie.

Ses yeux se mouillent. Immense malaise.

-Mais c'est que, vous savez, ce n'est pas rien non plus. Faire don de sa génétique. Voir un enfant qui porte nos gènes, mais élevé par quelqu'un d'autre. C'est un grand questionnement éthique.

-Oui. C'est vrai. Mais je n'ai pas d'autre choix.

-Je dois vous laisser, mon cours est commencé depuis longtemps.

-Ah. En quoi étudiez-vous?

-En littérature.

-Belle et intelligente!

-Merci madame.

-Et êtes-vous en bonne santé?

-Oui. Très bonne. Mais écoutez, je vais prendre votre numéro, mais je ne veux pas que vous vous attendiez à un appel. Je dois y penser.

-Oui, oui je comprends tout à fait. Et si vous décidez de m'aider, je vous payerais toutes les séances chez le psychologue dont vous aurez besoin. En plus des frais médicaux. Et je vous donnerais plusieurs milliers de dollars pour vous aider avec vos études.

-Madame, je dois y aller. Je vous souhaite bien du courage.

-Merci. Je m'appelle Madeleine. Et vous?

-Claudia

-Eh bien Claudia, j'espère que vous allez y penser très fort. Un bébé à votre image me ferait... très plaisir.

Coup de grâce.

Je n'ai pas su quoi répondre. J'ai souri, je suis partie.

Et maintenant, on me parle Dada, mais je ne fais que penser gaga.

13 mai 2009

Le crachat

La nuit est fraîche dans ma ruelle.

Le métal de l'escalier me fait froid aux fesses, le sang ne se rend plus à mes orteils, mais je suis bien, je m'en fous, je me zippe jusqu'au cou.

Les pneus des voitures crissent.

J'aurais préféré des criquets.

Tandis que je volute, un chat me regarde avec ses deux billes cosmiques.

Profites-en le chat, tu ne me verras plus pour bien longtemps.

C'est que je déménage, voyez-vous.

Ça faisait des mois et des mois que je me raclais la gorge.

Et ce soir, ça y est, mon gros crachat était fin prêt, et il a coulé et coulé jusqu'à ce que ma porte rebondisse, jusqu'à ce que ma poignée creuse le mur.

Elle surveille la température, qu'elle m'a dit.

Une autre augmentation, qu'elle m'a dit.

Du ruban adhésif sur mon thermostat, qu'elle m'a mis.

Qu'elle aille se faire foutre.

Je l'ai regardée.

Longuement.

Mon meilleur thé infusait dans son eau froide.

Elle ne parlait plus, elle reprenait son souffle, et ses petites mains frêles, ses petits bras maigres tremblotaient de rage.

C'était à mon tour de parler, mais je ne parlais pas, et elle, elle avait besoin d'un moment pour se recharger.

Et ça m'a finalement explosé aux lèvres.

J'EN AI PLEIN LE CUL

Elle aurait blêmi si elle n'avait pas autant haï les peaux blanches.

DE TOI PIS DE TES ESTI DE RÈGLES DE COMMUNISTE À MARDE

Un poisson mort qui fixe.

JE CRISS MON CAMP DEMAIN

La saveur des mots soulageants me vibrait en bouche.

Elle est devenue tranquille, toute tranquille, presque douce, comme si elle m'aimait, un peu.

-Pas demain, toi pas parti demain, j'ai lé examens impôtants, pas le temps checher new colocataire.

J'ai claqué ma porte, j'ai claqué mon placard, j'ai reclaqué ma porte pour l'effet, et je suis sortie.

C'est que pour l'occasion, je suis allée chercher la moitié de bâton qui restait au fond de ma boîte qui pue.

Me voilà assise dans la ruelle.

La vie est belle.

Je ne sais pas où je vais aller, mais je vais me débrouiller.

Pour l'instant, mon souffle est blanc et opaque, et lorsqu'il ne m'étouffe pas, il m'amuse bien.

12 mai 2009

Tchen show

Ici

Reste à se planifier une soirée pour réclamer ma compensation.

Blog off (avant)

Dans ma chambre, je me change. Assise sur mon lit, toute habillée, il y a ma copine qui souffle et qui rouspète.

-Okay, j’ai presque fini. Oh. Veux-tu que je te mette un peu de blush?

-Nenon, ça va aller. Awaye, grouille, on va être en retard.

-Attends qu’ils voient ma robe! Hahaha

-...Penses-tu qu’il va venir?

-Ton blogueur? Sûrement. Il a confirmé, en tout cas. Peux-tu partir le fer plat?

-Ouais. Mais j’espère qu’il va être là, sinon je sais pas ce que je m’en vais faire là.

-Sont où mes souliers? Merde merde merde.

-Tu vas pas faire la marche en talons hauts, j’espère.

-Ben non. J’vais mettre mes ballerines, et amener mes talons dans ma sacoche.

-Okay. Fais ça vite.

-Mais c’est toi qui vas la traîner, okay?

-Ta sacoche?

-Ouais. Elle va pas avec ce que je porte.

Nous nous sommes serrées sous un même parapluie, et nous avons marché, à travers la bruine, avec nos couettes coquettement aplaties.

Parties pouliches, nous sommes arrivées caniches.

11 mai 2009

Constat du Blogoff IV

J'ai pas envie de faire un compte rendu du dernier blogoff.

J'ai lu des affaires pas trop belles qui ne m'ont pas fait plaisir.

Les deux personnes qui sont arrivées sans être accueillies se sont pointées très tard, parmis la grosse foule dense.

Je ne les ai pas vues. J'étais occupée ailleurs.

Et si elles se sont senties délaissées, j'en suis fort désolée, mais je peux pas être partout non plus.

Oui, il y eut moins de gens que prévu.

Il pleuvait, voyez-vous.

Mais en toute honnêteté, j'en ai plein le dos d'essayer de défendre la rencontre, d'essayer de vous convaincre de venir.

Tous ceux qui ont peur de leur ombre.

Tous ceux qui cherchent avidement les commentaires négatifs pour se persuader qu'ils font bien de ne pas se pointer.

Tous ceux qui confirment leur présence et qui finissent par choker.

Tant pis pour vous!

Et malgré tout, je crois que la soirée fut tout de même agréable pour tout le monde, bien que la musique ait été un peu forte vers la fin.

La prochaine édition se fera ailleurs.

7 mai 2009

La cachette

Une bonne brassée de vêtements.

Une brassée qui fait du bien, avec des bas, des sous-vêtements et mon pantalon préféré que j'ai hâte de reporter.

Merde, plus de savon.

Pas grave, la coloc en garde sûrement huit litres d'une mystérieuse compagnie chinoise.

Mais où?

Fouillons.

J'ouvre et referme tous les placards, toutes les armoires, mais j'ai beau fouiner, je ne trouve rien.

Ça sent l'arnaque.

Elle cacherait son savon dans sa chambre, loin de mes grands doigts de racaille blanche?

Deuxième inspection minutieuse. Et si je ne trouve toujours rien, ah l'arrogante, ah l'égoïste, je vais vigoureusement trépasser sa virginale chambre de mon gros pied nu.

Pas de place pour la rigolade, j'ai des sous-vêtements sales.

La fesse pointue, la tête creuse dans un placard profond, je tâte, j'enquête, et soudain, ça y est, je l'ai, je salis une belle bouteille de détergeant (avec phosphore) de la poussière de mes doigts.

J'ai trouvé ta cachette, ma vlimeuse.

Au coin du comptoir se trouve une petite armoire à porte double qui se déplie en deux morceaux: un très large, l'autre plus étroit.

Elle a entassé tous ses savons derrière le deuxième battant, celui que je ne prends jamais la peine de déplier.

Bouteille en main, rictus aux lèvres, j'étais pour refermer lorsqu'une petite lueur attira mon regard.

Bien coincée sous le lavabo, sur une tablette dont l'existence m'était jusqu'alors inconnue, se trouvait une rutilante batterie de cuisine empilée pêle-mêle.

De belles casseroles antiadhésives, de beaux chaudrons polis et brillants.

Et derrière moi, accroché à un crochet mal planté, il y a ce que je croyais être le seul poêlon de la maison, avec son fond égratigné et tout gondolé qui brûle et colle et gâche tout ce que j'y cuis.

Je l'utilise depuis plus d'un an maintenant.

M'en vais uriner dans son savon.

L'araignée

Sous la pomme de douche, je suis couverte de mousse.

Je masse mon crâne du bout des doigts, et la texture pleine et piquante de ma nouvelle chevelure me rappelle les nuques de ces garçons que j'ai jadis aimés.

La salle de bain est lourde de vapeurs parfumées.

Égarée dans mes songes, je me lave à l'éponge.

Derrière moi, tout près, il y a une petite araignée qui glisse.

Son fil n'adhère pas aux tuiles mouillées, ses pattes sont lourdes et engluées, et lentement, elle tombe vers la vague savonneuse qui lèche l'émail de la baignoire.

C'est comme ça. J'ai décidé de prendre une douche. Elle va mourir.

Je me retourne, essuie mes yeux et la remarque juste avant qu'elle ne soit avalée.

Pauvre petite araignée.

Je sèche mes gros doigts, et la voilà sauvée sur le bord d'un mouchoir, que je dépose sur le comptoir.

Je termine ma douche. Elle prend peur et grimpe un mur en sursaut.

Le lendemain, elle n'a rien compris, elle est là, sur son mur, à glisser de plus belle, mais cette fois, je ne la vois pas.

Je retrouve son cadavre, les pattes en boule sur le bord du bain, et j'ai beau souffler dessus doucement, elle est bel et bien morte.

Je lui ai offert la débarbouillette joliment pliée de ma coloc comme dernier lieu de repos.

6 mai 2009

Papa et les chats

Ce matin.

-Claudia. J'te jure. Vous crérez pas à ça. J'vais aller chercher ma vingt-deux pis POW, y'en aura pu de chats. J't'assez écoeuré. J'les haïs pour mourir. Fais de quoi, débarrasse-moi en, j'te l'dis, j'vais tous les tirer.

Ce soir.

-Hey, j'pense qu'y a un chat qui est sorti. Ben oui, y'en manque un. Y va ben se faire manger dehors, yé ben trop p'tit. Claudia, viens brasser sa boîte de bouffe dans la porte, moi j'vais aller voir si y serait pas aux alentours.

Minou minou minou! Viens ici minou! Awaye p'tit minou niaiseux, viens ici là, ou tu vas te faire manger!


Mon père est un homme bon.

5 mai 2009

Papa veut pas

Mon père est en prison.

Lorsque j'étais toute petite, je prenais beaucoup de plaisir à fouiller dans ses papiers. Parfois, au fond d'un tiroir, d'une mallette ou d'un coffre à gants, je trouvais des dollars que je courais échanger contre des popsicles à la banane.

Il n'y avait que sa grosse valise brune que je n'avais pas le droit de toucher.

C'est qu'elle contenait toutes les contraventions impayées qu'il s'était mérité, au fil des années, en s'obstinant à ne pas porter sa ceinture de sécurité.

Et plutôt que de les payer une fois pour toute, il préférait aller passer une petite nuit en prison une fois de temps en temps.

Pas question de payer pour avoir exercé le droit fondamental de risquer sa vie comme bon lui semble.

Mon père est un homme de principe.

3 mai 2009

Soixante ans

Du concombre et de l'avocat pour mon minois, des raisins pour le teint, du melon parce c'est bon, des litchis, des kiwis, du brocoli, parfait, parfait, j'ai terminé mon marché, j'ai tous les légumes nécessaires à ma bonne santé.

Je vais maintenant pouvoir les laisser pourrir sur ma table de cuisine en toute quiétude.

Et pour me féliciter de mon grand sens des responsabilités, je décide de succomber à mes bas instincts.

Petite table en plein soleil, j'ai mon paquet de biscottis, mon gros café sucré, une copie honteuse du journal Allô Police, et comble de la disgrâce, un bingo à gratter.

Et tout allait très bien, je m'amusais des aventures de Sabrina, porcine de profession, entre deux crounche crounche béats, lorsque j'aperçus mon voisin, les bras pleins de légumes, apparaître entre deux kiosques.

Avant même d'avoir pu ranger Sabrina les quatre-fers-en-l'air qu'il s'avançait à ma rencontre.

-Hey salut!

Je m'étire, et dans un grand geste qui ne berne personne, je couvre le journal de mes bras.

-Salut! Ça va?

-Ouais. C'est bien que je te croise, je comptais passer chez toi pour t'avertir qu'il va y avoir pas mal de monde chez-moi, ce soir.

-On organise une petite fête?

-Oui. La mienne, en fait.

-Hey, bonne fête.

-Merci. On va essayer de ne pas faire trop de bruit après minuit.

-Bah, je serai pas couchée avant trois heures, de toute manière.

-N'empêche. Je voudrais pas trop te déranger.

-Ça va. Faites du bruit tant que vous voulez. C'est pas à tous les jours qu'on fête ses soixante ans.

-Ouais, bon, on me l'a déjà faite, celle-là.

-C'est parce qu'elle est facile.

-Pas mal. Anyway, content de t'avoir vue. Va falloir que j'y aille, j'ai d'autres choses à acheter.

-Bonne fête encore. Passe une belle soirée!

Il me sourit et s'éloigne, mais à peine quelques pas de faits qu'il se retourne.

-Hey, au fond, est-ce que t'as quelque chose de prévu, ce soir?

-Euh. Oui.


Mensonge.

-Ben si jamais t'as le temps, ça me ferait plaisir si tu passais.

-Je te promets rien, mais si je rentre plus tôt que prévu, je viendrai te dire bonjour.

-Parfait! À peut-être ce soir, alors.

-Oui. Bye!


Et il quitte.

Après l'avoir perdu de vue bien comme il faut, je me lève, attrape le bingo qui vole au vent, jette le café, le journal, et biscotti en cigare, je pédale de mon mieux avant que la SAQ la plus proche ne ferme ses portes.
J'écris, j'écris, mais je suis facilement divertie.

2 mai 2009

Fais-moi confiance

Je suis passée à mon salon de coiffure, hier. Je me suis dit qu'une coupe me ferait grand bien pour l'été qui débute.

Une grande blonde bleachée, toute habillée de lycra, s'est littéralement jetée sur moi lorsqu'on m'a avertie que ma coiffeuse habituelle, une courte lesbienne boudinée, était occupée ailleurs.

-Ma chérie! Inquiète-toi pas! J'vais t'arranger freaking fabulous. Viens avec moi.

Elle me prend la main comme une amie, et moi, bonne fille, je la suis.

-J'aimerais que tu me refasses la même coupe. C'était un dégradé court, avec la nuque en ovale.

-Aw. That's boring! T'as trop des beaux cheveux! Laisse-moi te faire quelque chose... more original, y'know?

-Comme quoi?

-Tu vas voir. Ça va être beau.


Et moi, mal à l'aise, mal assurée, je me dis oui, d'accord, pourquoi pas.

Après tout, elle est coiffeuse, elle doit savoir ce qu'elle fait.

La conversation ne vole pas très haut. On parle hommes et température. Elle ponctue chaque trois mots d'un "shut up!", "no way", "you're kidding" ou "oh my god!".

Et tandis qu'on discute futilités, les mèches tombent et tombent jusqu'à me faire prendre peur.

-Qu'est-ce que tu fais?

-J'égalise the back of your head avec le clipper


J'avais la nuque à moitié rasée. Et moi, je n'ai rien vu, parce qu'elle me gardait les cheveux du devant bien longs.

Je suis sortie du salon avec une coupe affreuse, court derrière et long devant, comme dans les années quatre-vingt.

Fais-moi confiance
qu'elle disait.

J'ai l'air d'un garçon.

1 mai 2009

Quand t'es plus dans le mood, les billets négatifs, c'est gênant.

Je vous prépare quelque chose d'heureux.