25 février 2010

L'appartement

Il avait trois as dans son jeu.

Il avait trois as, le vlimeux!

Le chanceux!

Les dés! Les verres! Les chaises! Les pieds! Se cognent!

Se cognent!

ET TOUT LE MONDE RIT. FORT. LE PLANCHER CRAQUE. FORT. UNE PORTE CLAQUE. FORT.

PUIS UN DES VERRES ÉCLATE ET C'EST IMMENSÉMENT AMUSANT.

Dans mon petit appartement, une chandelle brûle.

Jean Leloup me fixe, ses belles joues creuses écartillées comme deux rideaux sur un spectacle de dents.

Je suis emménagée ici récemment.

C'est petit, mais bien situé. Près d'un métro, du centre-ville, de l'université.

J'y ai installé tout ce que je possède. Mes plantes, mes livres, mon antique fauteuil saumon, ma bergère rose, vieux rose, belle sur ses pattes sculptées, la commode monsieur de ma grand-mère morte du cancer, mes portraits en bambou de Marilyn Monroe, et plusieurs autres objets aussi, un peu plus banals à énumérer.

Et j'ai voulu faire de ce rectangle de plâtre une extension de ma juvénile personne. Quarante mètres carrés de demoiselle. Avec une boule disco au plafond et du Joe Dassin plein les murs.

Un endroit où accueillir des amis, avec des glaçons et de la vodka au congélo, des coupes coupées à la main, et un vieux plancher de bois, et des tapis moelleux, et des prunes, des poires et des raisins dans un grand bol, et du jus de mûres bio, du café frais moulu, et du pain à la croûte qui croustille, à manger avec des fromages du terroir et des confitures faites par des mamans.

En arrivant, j'ai frotté les murs à quatre pattes, avec du Monsieur Net plein les yeux qui brûlent, et j'ai posé, avec un couteau à beurre et beaucoup de mauvaise humeur, des crochets brillants pour accrocher mes foulards et mes colliers. J'ai acheté bien des objets, ma première moppe, mon premier balais, et un siège de toilette coussiné et fushia, décoré de canards à rubans pour remplacer celui qui était là d'avant, avec son beige et son brun brûlés à la cigarette, et par bien des années de diarhées alcooliques, aussi.

Il est joli mon appartement.

Et bientôt, j'allumerai des bougies et ferai bouillir de l'eau de fleur d'oranger pour y inviter monsieur le Tendre, et lorsqu'il y sera et que j'aurai les poignets dans le dos, la joue contre le carreau, j'encouragerai nos clapotis en grande pompe, grande pompe, parce qu'il n'y aura aucun colocataire à ménager, et qu'est-ce qu'on s'en fout des voisins.

Sauf lorsqu'ils jouent aux cartes à quatre heures du matin.

11 février 2010

Je vais recommencer. C'est insensé. Les histoires s'empilent. Les mots sont là.

Je comprends pas.