16 mai 2008

Attention au loup-garou et au négrillon

Avis aux résidents du Québec
Voici divers articles de journaux parus entre 1766 et 1905, dans des journaux canadiens français.

Attention au loup-garou

Avis aux résidents du Québec

L’on apprend de Saint-Roch, près de Cap Mouraska (Kamouraska) qu’il y a un loup-garou qui court les côtes sous la forme d’un mendiant, qui, avec le talent de persuader ce qu’il ignore, et en promettant ce qu’il ne peut tenir, a celui d’obtenir ce qu’il demande. On dit que cet animal, avec le secours de ses deux pieds d’arrière, arriva à Québec le 17 dernier et qu’il en repartit le 19 suivant, dans le dessein de suivre sa mission jusques à Montréal. Cette bête est dit-on, dans son espèce aussi dangereuse que celle qui parut l’année dernière dans le Gévauclan (Gévaudan); c’est pourquoi l’on exhorta le public de s’en méfier comme d’un loup ravissant, (14 juillet 1766).

De Kamouraska, le 2 décembre, nous apprenons qu’un certain loup-garou, qui roule en cette province depuis plusieurs années, et qui a fait beaucoup de dégâts dans le district de Québec, a reçu plusieurs assauts considérables au mois d’octobre dernier, par divers animaux que l’on avait armés et déchaînés contre ce monstre, et, notamment, le 3 de novembre suivant, qu’il reçut un si furieux coup par un petit animal maigre, que l’on croyait être entièrement délivré de ce fatal animal, vu qu’il est resté quelques temps retiré dans sa tanière, au grand contentement du public.

Mais on vient d’apprendre, par le plus funeste des malheurs, que cet animal n’est pas entièrement défait, qu’au contraire, il commence à reparaître plus furieux que jamais et fait un carnage terrible partout où il frappe. Méfiez-vous donc tous des ruses de cette malicieuse bête, et prenez garde de tomber entre ses pattes. (10 décembre 1767)

La Gazette de Québec, le 14 juillet 1766 et le 10 décembre 1767.
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L’épuration de la ville se poursuit


Le chef Campeau ordonne la fermeture de trois fumeries d’opium, affreux cachots, devenus repaires de bandits et de vicieux.

On demandait un jour à l’inspecteur de police Leggett s’y avait réellement à Montréal, dans le quartier chinois, ses repaires du vice où l’on fumait l’opium selon toutes les règles introduites dans les bouges des grandes villes américaines. Avec un sourire qui signifiait beaucoup, l’inspecteur dit: «Vous verrez cela ces jours-ci». Et il a tenu parole.

Avec le capitaine Millette et une vingtaine d’hommes des districts # 4 et 5, il a fait une razzia dans trois établissements de ce genre, la nuit dernière, le 6 avril 1905, trois infects bouges où les tristes habitués du vice oriental gisaient, à demi asphyxiés, dans la fumée opiacée. Les espions chinois n’avaient pas eu le temps de donner l’alerte et la police entra au moment opportun.

Quarante prisonniers, en conséquence, comparaissaient ce matin devant le recorder. De ce nombre, vingt-cinq jeunes gens habillés avec recherche ont été trouvés couchés sur les divans moelleux des bouges, somnolant sous l’effet du narcotique, en attendant que le rôtisseur de la pilule opiacée vint leur apporter le vif poison intoxicant. L’un d’eux était complètement épuisé, abâti, ivre-mort, et plus propre à être conduit à l’hôpital qu’à voyager dans les voitures de patrouille. Un nègre, un vrai «dandy» s’enorgueillissait de son habileté à toucher la pipe.

Les pipes, les cellules, les lampes à rôtissage, tout fut confisqué au milieu d’une cacophonie épouvantable de cris gutturaux ou miauleux des Mongols et des protestations des blancs, Anglais, Américains, Européens, etc.

Les propriétaires de ces établissements sont Lee Chong, le Candy Man, rue Lagauchetière, 572, où furent arrêtés treize hommes dont trois Chinois; Wah Kee, rue Saint-Charles-Borromée, 52, où sept blancs et six jaunes furent appréhendés, et, Saint-Urbain, 69, où furent trouvés cinq Mongols et huit Canadiens de toutes origines.

Il est impossible de se faire une idée de ces trous immondes où des blancs peuvent, sans mourir d’asphyxie, passer des heures. Chez Kee, le repaire se trouve dans la cave d’un vieux bâtiment qui s’écroule à demi. La plus repoussante malpropreté s’y constate et la seule lumière qui éclaire cet horrible repaire est le pâle reflet des lampes à rôtissage. Quelque chose de lugubre, qui rappelle les contes fantastiques de Hoffman, pénètre le coeur de dégoût.

Trois pickpockets bien connus s’y trouvaient en compagnie d’un négrillon aux vêtements multicolores. Ce qu’il y a de plus malheureux à constater, c’est que les prisonniers, du moins les blancs, appartiennent à d’excellentes familles dont les noms sont honorablement connus dans le commerce et la finance.

(La Presse, 7 avril 1905

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