27 février 2009

Procrastine

Bonne étudiante, ma journée était toute tracée: j'étudie, je surligne, je rédige, et ce sans pause ni répit de l'heure de mon lever à l'heure de mon coucher.

Début d'après-midi, je suis réveillée par la visite impromptue mais agréable du Grand Tendre qui me laisse somnolente sur mon oreiller.

Bon, un petit somme vite fait et je m'y mets pour vrai.

Dix-sept heures, je me réveille.

Merde.

Je saute dans le bain avec Sartre. Quatre pages plus tard, le téléphone sonne.

-Allô Clau? C'est Mel. J'men vais magasiner mon laptop, tu viens-tu?

-Euh. Je suis comme dans le bain.

-Tes cheveux sont tu trempes?

-Non.

-Ben viens-t'en vite d'abord! Je t'attends en face du Futureshop, ok?

T'as un travail à faire.

-Clau?

-Ça va. À tantôt.


Merde.

Ça va, Sartre ne m'en voudra pas. Il n'est que dix-sept heures, on va magasiner vite vite, et je m'installerai dans un café tout de suite après pour poursuivre ma lecture.

Je débarque donc au Futureshop une heure et demi plus tard.

-Ben là, c'est trop tard. J'ai déjà choisi celui que je voulais.

-Ah. J'ai pas pu arriver avant.


S'il n'y a plus de magasinage à faire, tu vas aller étudier, comme prévu.

-On va souper?

-Bonne idée.


Merde.


Après deux heures à ruiner l'ambiance du restaurant en riant et en papotant trop fort, nous avons finalement trainé nos estomacs à l'extérieur.

C'est l'heure des aurevoirs. Va lire, t'as un travail à remettre.

-Wow, j'ai trop mangé. Est-ce qu'on marche un peu?

-Bonne idée.


Merde.


-Tu sais, on devrait aller au 281 un de ces jours.

-Ben non, on devrait pas. C'est des homos tout nus qui se shakent le bonheur au milieu d'un paquet de poules hystériques. Tu sais très bien qu'on ressortirait de là en se demandant pourquoi on y est entrées.

-Ouais, mais je sais pas, ça m'intrigue. Tu sais comment j'aime écrire. Ça doit être spécial comme ambiance. Je suis sûre que ça ferait une bonne histoire.

-On ira pas au 281 ce soir, mais à la place, on peut toujours aller magasiner des pénis.


Non, t'iras pas magasiner des pénis, t'as un travail à faire.

-Bonne idée.

Merde.


Ainsi nous sommes entrées dans un sex shop pour en sortir d'humeur festive deux heures et demi plus tard.

Sur nos rames de métro parallèles, elle d'un côté, moi de l'autre, nous nous envoyions la main, et nos sacs de plastique, sobres et anonymes, se balançaient gaiment.

-Bonne soirée, là!

-Toi aussi!


Et de mon wagon arrivé avant le sien, je lui mimais exagérément les syllabes de "bonne bille" jusqu'à compréhension et rires.

Je viens tout juste de rentrer. Il est une heure du matin. Je me suis trouvé un nouveau partenaire de baignoire.

Sartre va être déçu.

Mon professeur aussi, mais pas pour les mêmes raisons.

4 commentaires:

La bête a dit...

Wow! Quelle histoire et quelle finale! Je l'ai vraiment trop ri ce matin.

Pour ce qui est de la procrastination, ne t'en fait pas trop, on finit toujours par rattraper le temps perdu sans trop savoir comment. Sartre va être déçu, mais il va te le pardonner. N'en parle pas à ton prof cependant.

Anonyme a dit...

Tu m'as l'air facile à convaincre de faire n'importe quoi ! c'est quoi ton numéro de téléphone ?

La Shirley a dit...

Sartre,bain,devoir,lecture VS manger,magasiner,penis,jouer =
c'est pas procrastiner ça,c'est vivre madame!
Et toi je te connais pas mais on dirait que tu sais vivre pour vrai !
Bonne fille !

Nayrus a dit...

J'aime ça quand y'a des indésirables qui non seulement me lisent, mais se permettent de commenter sans comprendre la différence entre la vraie vie et le point de vue littéraire.

Cher anonyme, tu es le bienvenu à ne plus revenir.

@La bête: Tout à fait. Je vais rattraper tout ça aujourd'hui.

Pas contre, je me demande si dire la vérité à mon professeur, justement, ne le rendrait pas plus tendre à mon égard...

@Shirley: C'était une bonne journée, oui. hahaha