11 novembre 2008

Salvia, le voyage.

Avec mon bol de soupe aux pois et mes pantoufles, je suis fin prête à vous raconter la flamboyante tranche de vie qu'est ma première expérience avec un hallucinogène.

Bien sûr, je suis convaincue que vous êtes plusieurs à m'avoir subitement étiquetée en tant que droguée finie.

Je vous emmerde.

Allez lire Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde.

Maintenant que c'est fait, vous avez vu que le personnage de Dorian et celui de son mentor aspirent à faire de leurs vies de véritables œuvres d'art. Ils ne vivent que pour l'expérience, le plaisir, le beau et l'art, bien évidemment.

La drogue offre une toute nouvelle palette de couleurs à l'œuvre de leurs vies.

Ce roman fut une grande révélation pour moi. Ça a donné un semblant de fil conducteur à ma vie. Je veux emmagasiner les expériences, moi aussi.

Malheureusement, je ne suis pas aussi hardcore que Dorian. J'ai bien trop peur d'endommager mon cerveau fertile. Qui plus est, je ne suis pas un dandy, je ne fume pas d'opium dans des maisons de putes et je ne brûle pas de cadavres avec de l'acide.

À défaut de tout cela, j'ai mes petits moyens à moi de susciter des expériences originales. Je parle aux inconnus. Je fais semblant d'être une autre personne pendant des jours entiers. Je m'abandonne au destin, je prends des décisions à la dernière minute, je suis spontanée dans mes réactions.

Mais lorsque j'entends parler d'une sauge sauvage utilisée lors de rites de divination chamanique, légalement sur le marché, et sans aucun résultat concluant quant à sa nocivité, moi, ça m'emballe.

Elle ne requiert qu'une seule inhalation, ce qui est moins dur pour les poumons qu'une randonnée dans le centre-ville, et n'abîme pas les composantes du cerveau.

(Je sais qu'il y a un médecin qui me lit. J'essaie donc d'employer des termes vagues pour ne pas être pointée du doigt.)

Donc, dimanche soir, installée en tailleur dans l'appartement silencieux de ma meilleure amie (spécifier que c'est ma PLUS BONNE AMIE, ça fait pas mal 4 ans et demi) je sors mon matériel honteux: une petite pipe à eau, neuve et malodorante, le flacon contenant quelques grains de salvia qui m'ont coûté la peau des fesses (35$ pour 7 doses) et un briquet anodin.

Je regarde le tout avec une petite boule dans le ventre. J'ai hâte, j'ai peur. Je ne veux pas essayer en premier. J'ai l'impression d'être sur le point de me jeter dans le vide. C'est que je vais perdre entièrement le contrôle de mon corps pendant quelques minutes. Ça m'effraie, mais je veux savoir ce que ça fait.

Ma copine s'énerve pas pour ça, elle.

Elle essaie.

Je la regarde, les yeux avides, le visage moulé autour d'un sourire gigantesque.

Ça ne fonctionne pas très bien, elle est encore là. On peaufine donc notre technique, avec un petit pincement pour les flocons qu'on vient de gaspiller.

Elle réessaie. Mon coeur est un tambour. Ça fonctionne. Elle a l'air de s'amuser. Elle essaie de m'expliquer ce qui se passe, mais sa bouche est pleine de rires.

Je l'envie, je veux essayer moi aussi.

Je profite du fait qu'elle est encore un peu dans son délire pour beaucoup trop bourrer la pipe. Je veux vraiment halluciner, je veux vraiment vivre quelque chose de spécial, alors autant ne pas prendre de chance, autant en mettre assez pour m'exploser les poumons.

Elle semble être revenue. Vite vite, c'est à moi.

J'expire ma dernière molécule d'oxygène.

Je tire sur le tube de toutes mes forces.

J'inhale toute la fumée emmagasinée, je n'en laisse pas une seule goutte.

Je mettais toutes les chances de mon bord.

Quelle erreur.

Je m'écrase vers l'arrière. J'ai l'impression que quelqu'un cloue au sol chaque parcelle de mon corps, morceau par morceau, des jambes à la tête. Je m'affale par saccades, je ressens chaque coups, chaque membre vibrant sous l'impact.

J'entends la voix d'une femme mature crier "Okay, on range tout, il est temps de partir!"

Je remarque que le mur, à ma gauche, commence à se séparer en centaines de tranches, comme de longs pétales, qui se replient tour à tour sur elles-mêmes, puis disparaissent. Le même procédé contamine lentement le sol, le plafond, et même l'air. Ça se propage à travers la pièce. Tout se détache, en tranches, se plie, et disparaît. La maison y passe. Le terrain de la maison y passe. Tout se défait. Tout ce qui m'entoure fait apparemment partie d'un décor.

À ma grande surprise, je suis considérée comme partie intégrante du décor. Mes jambes se plient proprement sur elles-mêmes puis font place au vide.

Je panique.

Dans la réalité, à ce que mon amie m'a dit, je me suis levée et je me suis déplacée.

Dans ma transe, dans la terreur la plus totale, je me sauvais de mes jambes. J'essayais de trouver une explication rationnelle à ce qui se passait. Je voyais mon corps se volatiliser par fragments rectangulaire, comme une infinité de tiroirs, et ça me dépassait complètement.

Ma copine, dans la réalité, essayait de m'apaiser. Elle me disait que tout allait bien, et que je devais me calmer.

Et je la regardais, et c'était la seule figure connue dans tout cet univers, et j'attendais une réponse, j'attendais qu'elle m'explique ce que je voyais de mes yeux vus mais ne comprenais pas. Tout ce qu'elle me disait, c'était de rester calme. Elle confirmait donc que tout ce que je voyais existait.

Et j'avais si peur. J'avais si peur. Et mon corps se faisait avaler, mais tout ce qui m'importait, c'était ma conscience. J'étais ma conscience. Je ne voulais pas disparaître, comme le vulgaire décor d'une réalité qui me dépasse.

Et j'avais l'impression d'être la seule qui ne comprenais ce qui se passait, comme si toute ma vie, j'avais toujours vécu sans que personne ne pense à me mettre au courant qu'un jour, sans prévenir, on allait emballer ma réalité, et que j'allais disparaître absurdement.

J'ai hurlé. Trois fois. Trois hurlements de terreur profonde.

Il n'y avait rien à faire. Il ne restait plus que mon visage face au visage de mon amie, entourés de plus rien du tout, et elle me répétait sans cesse "ça va aller".

Ma conscience était recroquevillée dans un coin de ma tête, et je ne comprenais plus rien.

Puis je suis revenue graduellement à moi, et mon esprit s'est rebellé contre toute cette connerie. J'essayais de parler, mais ma bouche ne suivait pas, et ça me frustrait.

Quelque chose au fond de moi s'est mis en colère contre l'abus que je venais de lui faire vivre.

Puis j'ai répété "plus jamais, plus jamais, plus jamais" jusqu'à mon retour à la conscience totale.

Ma copine m'a dit qu'elle n'avait jamais entendu de cris aussi déchirants.


Si vous voulez essayer la salvia un jour, utilisez les bonnes quantités, n'exagérez pas dans votre inhalation, et dites à votre partenaire de vous répéter que vous ne faites qu'halluciner. Moi, j'ai cherché une explication rationnelle à ce que je voyais. Je ne me rappelais pas du fait que j'avais fumé. J'essayais de comprendre, je m'obstinais à résister, je ne voulais pas me laisser aller.

Bref, c'était toute une expérience.

8 commentaires:

le gardien du chateau de cartes a dit...

Ohhh ça semble intense. La fois que j'en ai fait j'ai senti juste la section ''cloué au sol''. Moi j'ai appelé ça ''fusionné avec le divan''.
Et on avait fait le contraire nous puisqu'on était deux a faire l'expérience pour la première fois. on avait pris 0.7 sur 1 de la quantité.

Elle est mieux de pas dire la même chose que toi ton amie sur ce qui est de pus en prendre. 'est dans le top 2 des choses a faire quand on va se voir et je veux pas m'être procuré cette petite bouteille pour rien non plus! :P L'avoir su avant je t'aurais donné deux doses. Je passerai jamais au travers des miennes.

A titre d'information, ce qui crée l'hallucination est un empoisonnement dans le sang. Ce qui est ironique c'est que c'est une drogue rarement recommandé par ceux qui prennent plusieurs type de drogue même si elle est légale.

Oh oui et un effet secondaire fréquent: Problèmes gastrique durant quelques jours.

Francis a dit...

Moi, j'ai essayé la salvia a 3 reprises ! :P Nous étions jeunes et innocent et aillant payé la dite drogue 40$ pour quelques doses nous étions tous septiques avant de la prendre. Mon ami répétais constamment que nous nous étions fait roulé. C'est donc lui le premier qui l'a premier ! Sa été instantané ... il s'est mit a faire la poule et s'est ensuite effondré au sol en criant a l'aide. Pour ma part, j'ai perdu la carte je croyais que j'étais sur un terrain de golf et mes poumon était des velcro...la deuxième fois plus petite dose seulement des rires mais la troisième et dernière fois a été définitivement la pire !! Mes parents étaient sorties prendre un marche et il me restait un très petite quantité. JE vais donc dans la cour arrière je le dos collé sur le mur de la maison je prend une grosse bouffé et je la rentient au max... avec la salvia le "buzz" embarque immédiatement quand tu souffle la bouffé et tu rentre dans une autre dimension carérment :P! A ce moment, je me suis sentis fusionner dans le mur de la maison, a ma droite je voyais un clone de moi qui faisais des altères et ensuite.... je voyais une tube de toile qui se déroulasi a l'infi avec un clown au bout... le badtrip total... je fini par rentrer a l'intérieur et le buzz n'était pas fini ! Dans le portique, des clowns avec des crochet dans la poitrine m'attendais. Je suis aller me cacher dans ma chambre pour finir le trip ... ! :P Une fois revenu du voyage, je me suis rendu compte que j'avais perdu la pipe ! Je l'ai retrouvé, avant mes parents, une fois la neige fondu !

Nayrus a dit...

@ Gardien: Nein. C'est pas un empoisonnement alimentaire. L'effet ne serait pas aussi immédiat si c'était le cas. C'est un psychotrope puissant, qui agit sur le cerveau d'une manière que les scientifiques n'arrivent pas à comprendre encore.

@ Francis: Encore chanceux que t'aies été capable de te diriger dans la maison. Moi, j'avais absolument aucune conscience de mon corps, ce qui est dérangeant. hahaha

le gardien du chateau de cartes a dit...

Ta remarque tient debout puisque même en en mâchant, le buzz provient de ce qui a été absorbé par la salive (vive Wikipédia) mais par expérience que je ne dirait pas parce que c'est un peu dégueulasse je peux confirmer que c'est du moins suivi par un intoxication alimentaire. J'évite de détailler ou bien la curiosité est trop forte? :P

louis a dit...

Déja essayé aussi, pas pire trippant, mais j'aime mieux l'effet des champignons, La combinaison des deux doit être assez malade!

Mon essai a été fait avec de la 10x, amplement puissant.

C'est assez bizzare comme effet, c'est plus un voyage qu'un effet physique.
J'aime bien, mais pas trop souvent.
T'a bien fait tes recherches Claudia, les scientifiques ne savent pas comment cela agit sur notre cerveau, car apparement, ils la salvinorine sous toute ses formes, n'utilise pas de récepteurs dans le cerveau, intéressant....

Plus j'y repense, et plus c'est space comme hallucination, tout ce que tu sais, ne tient plus, c'est le chaos, mais tant que tu en es conscient, ca va, regarde le film passer, et apres quelques minutes, tout redevient "normal"

Le célibataire endurci a dit...

Donc, malgré que tu connaisses la cause de ton bad trip, t'auras jamais envie de réessayer, en respectant la posologie cette fois-ci?

Nayrus a dit...

@ Louis: J'avais de la 20x. Tu réalises qu'il existe même de la 100x?

J'ose même pas imaginer les effets.



@ Celib: Mais oui.

Et à toutes les fois, je vais sacrer en me disant que c'est la dernière fois.

Je suis comme ça.

Valse a dit...

J'ai fait de la 40x plusieurs fois. C'est drole, je suis la petite fille parfaite a papa. C'est pas mal la seule drogue que j'ai fait. A chaque fois que j'en fais je me dis que j'en refais plus avant un bout, j'ai tout le temps peur de fucker mon cerveau, pour les mêmes raisons que toi. Mais c'est tellement trippant!