25 décembre 2008

Mon Noël Blanc

Cette année, mon père organisait Noël dans sa toute nouvelle maison.

Le 24 vers 17h, j’étais chez-moi à végéter devant l’ordinateur, prête à sortir depuis midi. Pas moyen de rejoindre le paternel. Je commence à trouver le temps long.

Coup de fil de ma sœur. Mon père lui a bourré les poches d’argent en lui disant d’aller lui acheter un cadeau de Noël. Il l’a déposée au centre d’achats, et est parti. Une heure plus tard, il ne répond plus au cellulaire, et elle, toute seule avec son buste d’Elvis, elle est perdue.

Je lui dis qu’elle doit se calmer, et attendre à la sortie où mon père l’a laissée.

Deux heures plus tard, il passe me chercher.

Pas de bonjour, je passe tout de suite à la question fatidique.

-Papa, qui est-ce que t’as invité, cette année?

Et ce moment est crucial, parce que mon père, qui est un homme bon, a tendance à prendre sous son aile n’importe quel ivrogne rencontré la semaine d’avant sur un coin de rue.

On a hébergé pendant des années complètes des vieillards qui travaillaient une fois de temps en temps pour mon père, qui récoltaient un salaire de roi, qui mangeaient à notre table, et dormaient dans un lit, un lit pour eux tout seul dans une chambre pour eux tout seul.

Mais c’est pas tout. Il épanchait leurs dettes aussi. Je me rappelle d’une journée où il passait son temps à jeter des coups d’oeil nerveux à l’extérieur. C’est qu’il avait fait le premier versement au Shilock qui en avait après son nouveau protégé, et maintenant, il avait peur de se faire casser les jambes.

Donc, à ma question, il répondit finalement:

“Toute notre famille, la mère de ta demie-soeur, Omer, sa nouvelle blonde, Richard, sa nouvelle blonde, Daisy, ses enfants, et peut-être Pierre, mais lui je pense pas que tu le connaisses, il habite à la maison que depuis quelques semaines.”

Et je me suis mise à rire, parce que comme mélange de miséreux, il aurait pas pu mieux trouver.

La mère de la demie-soeur

La mère de ma demie-soeur parle sans arrêt.

Mais seulement d’elle-même.

Chez elle, le mot “moi” est utilisé plus souvent que la lettre “e”. Les propos condescendants aussi, d’ailleurs. C’est une esthéticienne de quarante-sept ans qui croit qu’en termes d’importance, elle accote Jésus Christ.

Toujours décolletée, elle ne porte que le bas filet et la fuck-me boot, et ce même dans les fêtes familiales. Son visage est perdu sous une croûte opaque de maquillage, mais le plus beau, ce sont ses sourcils, ses sourcils qu’elle a entièrement épilés pour mieux les faire passer pour deux grosses arches noires.

Omer

Par un beau soir de printemps, toute pimpante, la mère de mon père marchait le long d’une petite route de terre, en route vers une fête au village. Elle espérait y trouver l’homme de sa vie.

Dans une rutilante camionnette Ford, un inconnu du nom de Laframboise lui proposa de monter à ses côtés. Lui aussi, il se rendait au village. Son bel accent sonnait creux dans ses six pieds trois pouces de muscles, il avait presqu’aussi large de cou que de sourire, et elle, elle venait de trouver son mari.

Quelques heures plus tard, le Laframboise était parti sucrer un autre bec, et elle, elle avait envoyé ses huit frères pour en faire de la compote.

Et lorsqu’elle réalisa qu’elle enflait du ventre, elle se maria avec la première poire qui lui fit la cour, omettant au passage de lui mentionner que l’enfant qui grandissait en elle n’était pas sien.

La poire, c'était Omer, qui ne remarqua que bien des années plus tard que mon père et sa musculature imposante n'étaient pas issus de ses gènes de crapet.

Ce honteux secret fut le premier d’une longue série, qui aboutit à 54 années de mariage et de calvaire.

Parenthèse amusante, ma grand-mère, du temps où je l’ai connue, avait deux (2) dents en bouche, et malgré ses 74 ans, elle arrivait à me soulever bien haut dans les airs. Elle l’a d’ailleurs déjà fait. J’avais quinze ans, et pendant qu’elle préparait à souper, j’avais eu le malheur de manger une pomme en cachette. Elle m’a pourchassée dans la maison avec un balais. Et après quelques bons coups qui étaient plus humiliants que douloureux, elle m’a soulevée dans les airs pour m’écraser contre elle. Mon père m’a par la suite informée qu’écraser les enfants contre son sein maternel était sa manière à elle de non seulement les punir, mais aussi de leur prouver son amour.

Mon père n'appréciait pas son beau-père. Il le supportait par respect pour sa mère. À la mort de cette dernière, il prévoyait ne plus jamais le revoir.

Mais de peur que le vieillard se retrouve seul pour Noël, il revint sur sa décision et l'invita à sa table. Lui, et sa nouvelle blonde.

Car oui, Omer, 80 ans, s’est fait une p’tite blonde trois mois après la mort de son épouse. Mais ça, mon père ne le savait pas. Il l’a appris au téléphone, après avoir invité le bonhomme, après avoir trop parlé.

- Okay mon homme, j’vais venir. Mais ça te dérange-tu si j’amène Monique?
- Monique?
- Monique... ben Monique, là. C’est ma blonde!
- ...
- Allô?
- Oui. Chuis là. Ben oui l’père, amenez-la, votre blonde.

J’étais présente pendant cette conversation téléphonique. J’ai vu le sourire de mon père s’enlaidir. Et j’ai soupiré, car je savais que j’aurais droit à une grosse crise de scandale en raccrochant.

Et quand la femme en question s’est présentée à notre porte, elle aussi, elle avait un sourire laid, un sourire plein de dents noires et jaunes, presqu'aussi noires que ses cernes, presqu’aussi jaunes que ses doigts.

Richard


Mon oncle Richard. Mon oncle “Ben oui, ben oui t’as ben raison”. Aucune personnalité. Toujours en accord avec tout le monde. Il traîne partout où il va un gros chiwawa qui, lorsqu’on refuse de le nourrir à même nos assiettes, pleure dans sa petite voix de chien.

Ça, ça veut dire que ça lui est permis chez-lui.

Mon oncle Richard est défiguré d’un côté. C’est qu’il y a quelques années, il prenait un coup dans un bar lorsqu’un grand gaillard africain s’approcha de lui. À la question “Comment tu t’appelles, toué?” Il lui répondit “Blanc. Comme la couleur”. L’Africain prit ça pour du racisme, et lui éclata la gueule.

Mais ce n’était pas du racisme. Le nom de famille de mon oncle, c’est Blanc.

Comme la couleur.

La blonde de Richard

Collectionne les maris drogués et les grossesses.

Daisy

Collectionne les maris drogués et les grossesses.

Voilà donc pour la liste d’invités. Et tout ce beau monde-là a aucun rapport avec ma famille. On aurait dit les Flanders qui invitent les Simpsons à souper.

Compte rendu de la soirée dans mon prochain billet.

3 commentaires:

Rousse a dit...

Super intéressant comme description d'invités! J'espère au moins que ce ne fut pas trop pénible. Joyeux Noel Nayrus :)

La bête a dit...

Hum... On peut avoir la suite?

olimax a dit...

la suite est tombée à l'eau finalement ? ;)