8 janvier 2009

Juste moi

Par un hasard que je n'arrive pas encore tout à fait à bien saisir, j'ai eu accès, cette semaine, à de l'information qui devait me rester inconnue.

Et ce que j'ai vu m'a brassée. Brassée bien comme il faut.

Rien n'est éternel. Rien n'est acquis.

Pas que je n'en avais pas déjà conscience, mais je ne l'avais pas réellement réalisé.

Et ça m'a donné un coup de pied au cul.

Un bon gros coup de pied, qui fait bondir de surprise, et en me frottant les fesses, j'ai vu ma situation sous un autre angle.

À partir de maintenant, plutôt que de me lamenter sur ce qu'on ne m'offre pas, sur ce que je pourrais perdre, je vais mordre à pleines dents dans ce qu'on me tend.

Parce que ce que j'ai est bon, est excellent même, et ce serait du gâchis que de continuer à être éternellement embarrassée, gênée, trop intimidée pour en tirer profit.

Et j'ai envie de me donner encore plus qu'avant. J'ai envie de briller, de briller tellement fort qu'on se dise "Qu'elle brille, qu'elle brille cette fille, je suis bien heureux de l'avoir à mes côtés".

Je me suis levée ce matin avec cette idée en tête.

Oui, j'avais envie de briller, de prouver que j'étais précieuse, de me donner entièrement, d'offrir ce que j'ai de meilleur.

Et si mon meilleur n'est pas suffisant, si on me préfère malgré tout une autre, des autres, alors tant pis, tant pis, je m'en irai sans regret.

Penser ainsi m'a fait du bien, mais pour offrir mon meilleur, il me fallait me défaire de ce qui ne m'appartient pas.

Je me suis donc rendue chez le coiffeur, et ai demandé à ce qu'on me coupe les cheveux bien courts.

Car la tignasse longue et bouclée, c'est l'héritage de ma mère, la chevelure de la femme fatale qui croque les hommes et se moque de tout le monde sauf d'elle-même.

Ce n'est pas moi. Ça n'a jamais été moi.

Moi, je m'appelle Claudia. Je parle beaucoup. J'aimerais ouvrir une petite maison d'édition un jour. Je voudrais aller manger de la Pizza à Rome et des croissants à Paris.

Je ne croque personne, je n'ai jamais croqué personne, et malgré mes bonnes dispositions à être une redoutable chasseresse, je ne serai jamais rien d'autre qu'une fille qui cherche à être aimée.

Ces cheveux longs, aussi longs que le soupir du coiffeur à leur vue, je les laissais pousser depuis mes 14 ans.

Ils me donnaient une allure un peu snob, pleine de séduction et de prestance; du moins, c'est ainsi que je me sentais lorsque je les ébouriffais négligemment.

À parler comme je parle, à rire comme je ris, sans retenue, de bon cœur, à prendre autant d'espace, j'intimidais les autres. Mes rapports étaient superficiels, et au bout du compte, mis à part des numéros de téléphone, des invitations au sexe, je ne recevais pas grand chose de leur part.

À vouloir plaire à tout le monde, on s'efface derrière un visage qui n'est pas le nôtre.

Et je n'aimais pas les attacher, ces cheveux. Je les gardais presque toujours flottants, comme pour élargir l'espace que j'occupais. Les attacher me donnait l'impression d'être exposée aux yeux de tous.

Sous mes mèches, une partie de mon visage était quelque peu cachée. Et c'est précisément ce qui me gonflait d'assurance.

Le mystère protège du jugement des autres.

Et je ne me suis jamais questionnée sur mes réels goûts quant à mon apparence. J'étais belle avec les cheveux longs. Pourquoi? Mais parce que ce sont mes goûts, c'est tout!

On n'a pas tendance à remettre en question notre jugement car ce dernier est à la base de notre personnalité toute entière.

Nos goûts sont intimement liés à l'enseignement de nos parents, parents qui nous ont naturellement transmis leurs idées et leurs valeurs, et ce sans qu'on n'ait à se poser de questions.

Alors voilà. Mes opinions étaient teintées de l'exemple de ma mère.

Mais maintenant, ça y est, j'y ai pensé, et ce qui me ressemble le plus, c'est une coupe courte, non encombrante, qui dégage mon visage et me donne un air coquin.

Car je ne serai pas éternellement en âge d'être coquine, et cet âge, il me faut l'accepter une bonne fois pour toutes.

En sortant du coiffeur, je me suis faite deux lulus, et toute seule sur la rue, j'ai souri. Je n'avais plus de cheveux pour me cacher. Plus de cheveux pour attiser la concupiscence (de toute manière, je n'ai jamais su quoi en faire).

Puis j'ai profité des rabais, je me suis achetée un sac plein de t-shirts, parce que moi, j'ai envie d'être confortable, je n'ai plus envie de séduire avec mes seins.

Et chargée comme une mule, je me suis rendue au gym, et je me suis entraînée, toute seule, pendant longtemps.

J'ai ri. J'ai parlé à des étrangers. J'ai fait rire des étrangers. Je me sentais simple. Rien à cacher. Juste de la bonne humeur, parce que ma vie est belle, et que j'ai toutes les raisons du monde de sourire.

En salle de musculation, j'ai demandé conseils à un Monsieur Muscle. Tandis qu'il m'enseignait l'art de la pompe, je lui vantais mes gros bras de fille. Puis il s'est installé, et il a soulevé exactement huit fois ma charge maximale.

J'ai encore plus ri.

À la fin, j'étais épuisée mais satisfaite. Je me suis rendue au Yulblog, parce que j'avais dit que j'irais.

J'ai fait connaissance avec des gens intéressants, ça a valu le coup.

Donc voilà. Ma vie va bien. Elle est toujours bien allée, mais plutôt que de me concentrer sur ce que j'avais, je m'attristais de ce que je n'avais pas.

J'ai retrouvé le goût d'écrire, aussi. Je ne sais pas trop encore à quel sujet, parce que j'en ai marre de parler de moi, mais on verra bien.

Demain, je commence ma deuxième session universitaire. Je crois être prête, cette fois-ci. Je me sens beaucoup plus sereine qu'en août de l'an passé.

11 commentaires:

Mademoiselle Bis a dit...

:-)
J'ai hâte de voir ça.

l'Obsessif a dit...

Ben voilà! Enfin! Que c'est beau de lire la luminosité d'une révélation, d'une découverte!

Vous dites que vous étiez belle les cheveux longs... vous devez être magnifique les cheveux courts parce que c'est votre décision... parce que c'est vous.

Que c'est magnifique la luminosité d'une révélation.

Mademoiselle... si vous poursuivez dans cette logique de sourire d'être uniquement vous aux yeux des autres et non d'être ce que les autres veulent de vous... vous deviendrez une femme merveilleuse dans un futur très proche.

L'Adulescente a dit...

WOW! On est tellement bien aussi quand on s'apprécie!!

Bravo!

Celui qui blogue a dit...

Excellent billet. Toutes mes félicitations!

Galadriel a dit...

Quel beau billet!
On dirait une renaissance.
Bravo!
:D

Mookie M. a dit...

Excellent

J'adore ton attitude :-)
et je suis vraiment fier de toi.

-ton ami dépressif

Anonyme a dit...

Ah ce qu'elle brille cette fille !!!

Fanie a dit...

salut,
on se connaît pas vraiment, mais je me dois de saluer cette prise de conscience! la vie est trop courte pour se déguiser en qui on est pas.

on doit être sur un biorythme un peu semblable, où alors c'est quelque chose qu'il y a dans l'air... moi aussi j'ai décidé d'être moi même au grand jour, depuis avant-hier.

la vie est trop courte, elle doit goûter ce que l'on a envie de goûter.

Pinocchio a dit...

Wow! C'donc ben cool ça! On parle de cheveux en même temps. Hihihi.

Quelle gamine je fais.

Sourcil Jaune a dit...

C'est difficile d'assumer entièrement qui l'on est. Félicitations! J'ai bien hâte de voir ça moi aussi!

pmdrouin a dit...

Ça peut paraître idiot. Ou peut-être pas. Mais le jour où ma maman est morte, je n'ai plus jamais ressenti cette pulsion ravageuse qui m'incitait vaniteusement à plaire à tout le monde.

Je pensais à tes cheveux qui sont décédés chez ton coiffeur.

Je me disais qu'il fallait peut-être se tuer un peu pour pouvoir s'aimer. Et donc, se plaire pour accepter de déplaire?

C'est idiot, je sais.