26 mars 2009

Le rugbyman barman

Je suis au gym à faire travailler mes grosses cuisses dures.

Et je couine, parce que ça fait mal, ça fait vraiment mal, mais c'est bon, ça va, c'est parce que je travaille fort, je m'entraîne dur, je veux des fesses porno, et des fesses porno je vais avoir.

Derrière moi, un grand châtain attend en ligne à la fontaine.

"Aarrrggggh... aaaaarnnng... AAAARNNNG"

Il boit quelques gorgées en me regardant du coin de son oeil rieur, s'essuie la bouche avec la serviette qui lui pend au cou, puis vient s'asseoir par terre près de ma station.

Klong!

"Tu sauras que pousser des petits cris, ça aide à forcer."

"Oh mais moi, j'ai rien dit. C'est très bien ce que tu fais. Je t'ai regardée t'entraîner, et tu travailles dur. C'est excellent."

"Ouais. C'est que je veux des fesses porno."

"Hahaha C'est le lot de pas mal de filles."

"Oh, mais les miennes vont être pas mal plus porno que les leurs."

"J'en doute pas une seconde."

Toujours assis par terre, il me tend la main.

"Enchanté, moi c'est Sébastien."

"Claudia. Attends, laisse-moi une minute, je vais faire une autre série."

Et je pousse, je pousse dur, et ça le fait rire.

"C'est pas très poli ce que tu fais."

"Haha Excuse-moi, c'est juste que tu me fais penser à un ami avec qui je jouais au rugby."

"Hein! Tu jouais au rugby?"

"Oui. Tu connais?"

"Oui, mais je m'intéresse surtout à Sébastien Chabal."

"Les femmes l'aiment bien, ouais. J'aurais pu facilement t'avoir son autographe, du temps où je jouais."

"Wow. Vraiment?"

"Oui. J'étais professionnel. Est-ce que tu connais le club londonien Harlequins?"

"Oui. Oh wow. Vraiment? Tu jouais pour eux?"

"J'avais été sélectionné pour joindre leur équipe, oui, mais j'ai eu un accident. On m'a opéré, et j'ai pas pu me remettre à jouer."

"Ouch. Je suis désolée."

"Ça va. Ça m'a permis de venir étudier ici."

"T'as l'air de t'en être bien remis."

"Oui, c'était il y a longtemps. J'ai pas gardé de séquelles, juste une cicatrice."

Et il me soulève son t-shirt. Entre ses deux volumineux pectoraux, une épaisse cicatrice rose.

"C'est impressionnant. Attends, donne-moi un instant, je refais une autre série."

Il se lève.

"Je vais te laisser terminer et aller faire de la bicyclette. On se reparle plus tard, si tu veux."

"Ouais, okay."

Il est pas mal sympathique. Je pourrais peut-être m'en faire un ami.

Après mes 200 legpress réglementaires, je me traîne jusqu'à la section des poids libres, pour de beaux bras tonifiés, de belles épaules rondes, et une poitrine dure à en tailler des diamants.

À peine ai-je commencé ma petite routine qu'un ours en camisole vient corriger mes mouvements.

"C'est pas comme ça qu'il faut faire. Le dos droit, les bras en angle de quatre-vingt dix degrés, et tu pousses loin en respirant bien. Allez, essaie maintenant."

Sa méthode est beaucoup trop douloureuse.

"Ah. Merci."

Et dès qu'il a le dos tourné, je termine mes séries à ma manière avant de déposer les haltères.

Puis je m'installe à un appareil pour travailler les seins.

À peine ai-je commencé ma série qu'une deuxième camisole, celle-là beaucoup plus imposante que la première, m'arrête.

"Non mademoiselle, tu vas te blesser comme ça. Premièrement, moins de charge. Deuxièmement, soulève ton banc. Les coudes au niveau des épaules, voilà. Vas-y, je te regarde."

Okay les gros hommes, vous commencez à m'emmerder. Laissez-moi me déboîter une épaule à ma manière. Ne vous inquiétez pas pour moi, quand j'aurai besoin d'aide, je battrai des paupières.

Tandis que je forçais comme une professionnelle, le velu me regardait d'un air attendri, et apparemment, je fus acceptée comme membre honoraire du cercle des ours en camisole, parce qu'avant de s'en retourner pomper, il me gratifia de quelques bonnes tapes au dos.

J'ai alors remarqué qu'autour de moi, il devait y avoir une cinquantaine d'hommes, et moi seule comme frêle fillette.

C'était bien trop de sérieux. Trop de gros muscles. Trop de grosses haltères. Trop de grosse sueur. J'ai pris peur, et m'en suis allée retrouver mon camarade dans le coin des bicyclettes.

"Salut, homme-rugby."

"Tiens. Salut."

"Je vais faire de la bicyclette, parce qu'apparemment, je suis pas assez bonne pour faire autre chose."

"Hahaha, qui c'est qui t'a dit ça?"

"Des gros hommes."

"Plus gros que moi?"

"Non"

"J'vais aller les voir, si tu veux."

"Non, ça va. Parle-moi de Sébastien Chabal à la place."

"Ou tu pourrais me parler de toi."

"Hm. Que dire. J'étudie la littérature ici, à l'UQAM."

"Ah, ça c'est bien. J'hésitais entre Science Politique et Études Littéraires, justement. Je lis pas mal. Borgez, tu connais?"

"Jorge Luis! Mais oui. Uqbar, c'était franchement impressionnant."

"Oui. Mais je préfère sa poésie."

"Ah. J'ai lu quelques uns de ses essais, mais pas ses poèmes."

"Si on se revoit, je te prêterai mon recueil."

"Cool"

"Sinon, as-tu un job?"

"Je suis serveuse dans un nightclub africain."

"Vraiment? J'ai travaillé dans un club africain pendant longtemps."

"Hein? T'étais joueur de rugby ET serveur dans un club africain?"

"Ouais. Barman, aussi. J'ai touché un peu à tout, en fait. Faites-vous jouer du zouk?"

Et la conversation s'est continuée comme ça pendant longtemps. On partageait nos anecdotes, et j'étais ravie de si bien m'entendre avec un étranger.

"Bon, moi je vais aller m'étirer. Bye bye!"

"Moi aussi, j'dois m'étirer. On le fait ensemble, si tu veux."

"Ouais, okay."

Merde. J'ai pas envie qu'il me voit m'étirer. C'est super exhibitionniste, de l'étirement.

"Je vais aller sprinter un peu avant. Vas-y, commence sans moi."

Okay, profite de son absence pour te déhancher, go go go, touche tes pieds.


"Hahaha qu'est-ce que tu fais?"

"Hein? Tu voulais pas sprinter?"

"Attends, tu t'étireras pas en profondeur comme ça. Je vais te montrer une technique pas mal plus efficace. Couche-toi par terre."

Je ne veux pas me coucher par terre devant un inconnu.

"Oh, mais ma manière était bonne, ça étirait bien"

"Attends de voir. Vas-y, couche-toi par terre et étends les jambes."

Merde.

"Maintenant, tu vas aller toucher tes pieds en inspirant profondément, et moi, je vais appuyer sur le bas de ton dos. Tu me diras quand arrêter."

Il va me pousser? Je veux pas qu'il me touche. Est-ce que ça serait des avances?

"Faut bien faire sortir l'air de tes poumons. T'es prête? Je pousse. Vas-y, respire. Tu le sens bien? Je vais encore pousser. Ça va? Je pousse encore. Inspire. Souffle bien. Tu peux aller encore plus loin? T'es pas mal flexible, bravo."

Ouais okay, haha, c'est vrai que je suis flexible. Et il sait ce qu'il fait, sa technique est excellente. C'est étonnant, je suis agréablement détendue. Au fond, je me fais des idées. Il ne me fait pas d'avances, il s'y connaît juste réellement en étirements.


"Ça fait du bien?"

"Vraiment"

"T'as les muscles du dos tendus."

Et il se met à me malaxer la taille.

"Ouais, t'es toute raide. Vis-tu du stress, en ce moment?"

Qu'est-ce qu'il fait? Pourquoi est-ce qu'il me masse? C'est inapproprié. Je ne me trompais pas. Il me fait des avances.

Je me lève.

"Oh wow, il commence à être tard, je ferais mieux d'y aller tout de suite si je veux avoir le temps de prendre une douche."

"T'es sûre? C'est pas très bon de s'entraîner dur sans s'assouplir après."

"Ça va, je me sens assez souple. Contente de t'avoir rencontré!"

Il se lève et vient me faire la bise.

"On va peut-être se recroiser, je vais être ici dimanche prochain."

"Sûrement. Bye!"

"Attends. En France, c'est deux fois."

Et il me refait la bise une deuxième fois.

Ses lèvres touchent mes joues!

"À dimanche."

Beuuuaaaaah.

M'en faire un ami! N'importe quoi!

C'est toujours pareil avec les hommes!

Il est où mon Grand Tendre, que je me blottisse dans ses bras?

18 commentaires:

Yéya a dit...

oublie l'autre tricheur et prend lui vu que vous avez plein de point commun. C'est le destin qui te fais un signe ;).

Gen a dit...

Hahaha. Non mais à quoi tu t'attendais? Un FRANCAIS, Claudia. C'est trop charmeur pour être AMI. =)

La bête a dit...

Entièrement d'accord avec Gen.

Et avec Yéya.

Au nombre de points en commun que vous partagez, ça peut valoir la peine de pousser plus loin en lui mettant clairement des barrières parce que apparemment, il n'a rien compris. Et comme il est Français, il ne comprendra rien à moins que tu lui parles très clairement (avec la bouche en cul de poule). Mais bon, si tu n'es pas à l'aise avec lui, dis-lui d'aller niquer sa mère.

Maxime DeBleu a dit...

Y aurait jamais dû te montrer sa cicatrice... ;)

The Citizen a dit...

Oh wow, c'est digne d'une conte quand meme comme histoire ;-)
Un beau grand rugbyman... cicatrisé en plus...

Anonyme a dit...

test

Cannelle a dit...

Maintenant je sais pour quoi je préfère m'entraîner à la maison avec ma vieille k7 de Josée Lavigueur à l'abri de regards... ;)

lhiverakhartoum a dit...

Est-ce que c'est si pénible que ça de se faire courtiser? ... Se faire un ami dans un gym? Jamais entendu parler de ça! ;)

arrachecoeur a dit...

Tu vas regretter ta fuite hâtive si t'es raquée demain.

Math B a dit...

Je trouve hilarant que cette expérience te fasse regretter la présence de ton GT, alors que ton lectorat te crie de l'oublier et d'aller vers le nouveau venu...

C'est comme dans un film d'horreur... "Ouvre pas la porte, maudite niaiseuse, le tueur se cache là-dedans!"

L'araison a dit...

Joueur de rugby: Check
Gros pectoraux: Check
Barman: Check
Connait Sébastien Chabal: Check
Culturé: Check
Poli: Check

S'il a déjà une blonde en plus, moi je dis que c'est le mec parfait pour toi.

-A a dit...

Sérieusement Claudia ! Je trouve ça vraiment triste ce qui est arrivé avec le Grand Tendre. Mais il a l'air vraiment sweet ce gars-là. Then again, je tombe toujours dans le panneau moi. Peut-être que t'es meilleur que moi pour les voir venir...

Mademoiselle C a dit...

D'accord avec tous et toutes,

Tu peux en profiter en lui mettant des barrières claires... à moi qu'il ne voulait qu'un one night... Mais il est Français, beau et sympathique... lol à toi de voir ;)

Le Carriériste Québécois a dit...

C'est TELLEMENT LE classique... ahahahah

Gretchen a dit...

Moi je dis:
On aime ce garçon.

il doit revenir dans le décor.

Anonyme a dit...

Nayrus, le mars 17th, 2009 à 6:24 Dit:

Les petits, les moyens me font bailler.

Les gros, les très gros me font baver.

C’est ça qui est ça

Nayrus a dit...

@Anonyme: Oui, c'est bien mon commentaire.

...Intentions?

Anonyme a dit...

Il en a p-t un très gros :O