3 mai 2009

Soixante ans

Du concombre et de l'avocat pour mon minois, des raisins pour le teint, du melon parce c'est bon, des litchis, des kiwis, du brocoli, parfait, parfait, j'ai terminé mon marché, j'ai tous les légumes nécessaires à ma bonne santé.

Je vais maintenant pouvoir les laisser pourrir sur ma table de cuisine en toute quiétude.

Et pour me féliciter de mon grand sens des responsabilités, je décide de succomber à mes bas instincts.

Petite table en plein soleil, j'ai mon paquet de biscottis, mon gros café sucré, une copie honteuse du journal Allô Police, et comble de la disgrâce, un bingo à gratter.

Et tout allait très bien, je m'amusais des aventures de Sabrina, porcine de profession, entre deux crounche crounche béats, lorsque j'aperçus mon voisin, les bras pleins de légumes, apparaître entre deux kiosques.

Avant même d'avoir pu ranger Sabrina les quatre-fers-en-l'air qu'il s'avançait à ma rencontre.

-Hey salut!

Je m'étire, et dans un grand geste qui ne berne personne, je couvre le journal de mes bras.

-Salut! Ça va?

-Ouais. C'est bien que je te croise, je comptais passer chez toi pour t'avertir qu'il va y avoir pas mal de monde chez-moi, ce soir.

-On organise une petite fête?

-Oui. La mienne, en fait.

-Hey, bonne fête.

-Merci. On va essayer de ne pas faire trop de bruit après minuit.

-Bah, je serai pas couchée avant trois heures, de toute manière.

-N'empêche. Je voudrais pas trop te déranger.

-Ça va. Faites du bruit tant que vous voulez. C'est pas à tous les jours qu'on fête ses soixante ans.

-Ouais, bon, on me l'a déjà faite, celle-là.

-C'est parce qu'elle est facile.

-Pas mal. Anyway, content de t'avoir vue. Va falloir que j'y aille, j'ai d'autres choses à acheter.

-Bonne fête encore. Passe une belle soirée!

Il me sourit et s'éloigne, mais à peine quelques pas de faits qu'il se retourne.

-Hey, au fond, est-ce que t'as quelque chose de prévu, ce soir?

-Euh. Oui.


Mensonge.

-Ben si jamais t'as le temps, ça me ferait plaisir si tu passais.

-Je te promets rien, mais si je rentre plus tôt que prévu, je viendrai te dire bonjour.

-Parfait! À peut-être ce soir, alors.

-Oui. Bye!


Et il quitte.

Après l'avoir perdu de vue bien comme il faut, je me lève, attrape le bingo qui vole au vent, jette le café, le journal, et biscotti en cigare, je pédale de mon mieux avant que la SAQ la plus proche ne ferme ses portes.

2 commentaires:

Cybèle a dit...

Moi j'appelle ça, étiré le suspence! J'ai hâte de lire la suite.

Tu ris, mais peut-être que ton voisin est un amateur de bingo en plus d'être abonné à la revus La semaine. Donc, sans le savoir vous avez quelque chose en commun. :-)

Amélie a dit...

Je suis tombée ici par hasard & depuis j'y reviens tout le temps, ce que t'écris a quelque chose de très joli & de très, je sais pas, aérien. (!)

(...je savais pas trop où le dire alors je le place ici, comme un peu caché. ;p)