25 juin 2009

This is the end

Il ne sait pas fredonner sans fausser.

Il a un orteil avec la forme très exacte d'une enclume.

Il parle anglais en aspirant toutes ses voyelles.

Il aime les sandwichs à la crème glacée, le Crush à l'orange et les céréales Vector.


Grand Tendre, ayant retrouvé un poste de gérant de bar bien mieux que celui qu'il avait perdu, avec grande crise et fracas, voilà trois ans, tope le soixante heures semaine depuis le début du printemps.

Et il va, et il vient, du bureau au bar, du bar au bureau, à faire des doubles, et parfois des triples lorsque vraiment, on exagère.

Entre le boulot, les pratiques et le dodo, on s'est que très peu vus.

C'était pas plus mal, en fait. De mon côté, je me promenais, je célébrais, je rencontrais des gens.

Du sien, il travaillait.

Et lorsqu'on se retrouvait enfin, je lui racontais toutes mes histoires, j'étais une gamine heureuse dans les bras de son amour de Monsieur.

Puis juin est arrivé.

Juin, le mois où Madame revenait.

Il ne savait toujours pas ce qu'il ferait avec toute cette histoire. Il ne savait rien. Il ne voulait pas en parler. Il se sentait de plus en plus lourd.

À force de ne pas en avoir de nouvelles, j'ai fini par oublier, par me dire qu'au fond, rien ne changerait, qu'elle ne reviendrait pas, que je continuerais à sourire aux passants en me rendant chez-lui, et qu'il continuerait à m'écrire de petits mots salés jour après jour après jour.

Mais voilà, c'est fini, il m'a annoncé qu'elle rentrait définitivement demain.

-Je... Je vais lui laisser une chance. Je vais la laisser s'installer, et on verra, on verra si les choses vont s'arranger.

Ce soir, je suis passée le voir pour une dernière fois. Il m'a montré son bureau et ses coups de soleil, puis on s'est rendus chez-lui, enfin, chez-elle-et-lui.

Nous avons commandé du poulet, il est descendu en pantalon pyjama nous chercher à boire, et j'ai pleuré.

Te rappelles-tu des journaux, de la crème glacée frite, des petits biscuits chinois?

Des chambres d'hôtel qu'on louait en combinant tout notre argent?

Des disques lancés à travers le salon?

De tes bisous sur ma joue ronde de boule de gomme?

De la trace de nez aux carreaux des fenêtres où je t'attendais?

De tout ce que j'ai pu te dire au travers d'un rideau de douche?

De la guitare, des steaks, des joins, des sandales à retirer, de ton jean immensément troué?

Des messages sur pagette, des pauses, des vingt-cinq sous et des salles informatiques?

Tu sais, quand j'écoutais des amis me raconter leurs belles histoires d'amour, je me plaisais à penser que la nôtre était mille fois mieux.

Quand je me sentais un peu triste, un peu seule, j'avais hâte de te voir pour aller mieux.

Quand je vivais quelque chose digne de mention, j'avais toujours envie de te le raconter en premier.

J'espère qu'elle t'aime autant que j'ai pu t'aimer.