18 octobre 2010

Mademoiselle crododile

Ce n’était pas une vraie étreinte. C’était moi qui serrais les bras autour d’un corps en pensant à n’importe quoi d’autre pour ne pas couler, façon éjaculateur précoce.

Une licorne, un bébé en couche, le chat sur le perron qui n’a pas voulu du cube de boeuf cuit dans l'sirop...

Je décontracte les bras, accroche sa joue avec mes lèvres, et sur un beau baiser de malaise, je lui prodigue mes banalités avec l’allure d’une grande dame.

« Ok salut! Bonne semaine! Tu diras bonjour à…! Et fais attention à...! »

Du haut de l'escalier, il me regarde, pas trop sûr.

« Hey. Pas de game, là. Si tu veux que je vienne te voir cette semaine, tu m’appelles. »

« Non, moi j’appellerai pas. Mais si toi, tu en as envie, tu peux. »

Et pleine d’orgueil, j’avale toutes les marches qui me séparent de la rue en pas assez de temps pour que ça ait l’air normal.

Je marche droit devant dans mes longues bottes qui me font des fesses en pommes. J'hésite sérieusement à m'en débarrasser, et à faire le reste du trajet en bas. Marcher sur un tesson de bouteille aurait au moins le mérite de me donner une vraie raison de chigner.

Loin derrière sur le trottoir, un homme fait son jogging, et bêtement, je me retourne en me disant que c’est peut-être lui qui est sorti de son appartement pour me courir après.

C’est con, une femme.

Je bats des cils. Un papa raclant des feuilles me regarde passer avec des yeux contents.

Fuck you papa, fuck you!

Mais bien évidemment que je ne le lui dis pas.

Je m’assoie sur un banc à l’entrée du métro. Je sors mon portable parce que les mots m'éclatent la tête.

Près de l’escalier roulant, un spot plein de stratégie, il y a un vieil homme qui recrute pour son église. Ses cheveux sont léchés proprement, il porte un habit et une cravate, et lorsqu’un autobus ou un métro déverse sa vague de passants, il tend ses dépliants en offrant à tout le monde son dentier en sourire.

Personne ne lui adresse ne serait-ce qu’un regard.

Fait une heure maintenant que je travaille mon mauvais texte, et en tout ce temps, on a dû lui refuser l’existence au moins mille fois.

Ça ne l’a pas empêché de continuer à sourire aux murs, et à rien faire de plus que se repeigner contre les courants d’airs et alterner sa douleur de pied en pied.

Lui, il aurait eu de quoi pleurer, contrairement à moi sur mon banc, jeune, en santé et aimée, qui pleure un petit bouillon de larmes vides.

Aucun commentaire: