1 octobre 2010

Je traîne mais je ne suis pas une traînée

Elle avait recommencé à se tenir dans des cafés, mais un peu moins souvent qu’avant pour cause d'un très beau quelqu’un qui avait éclot dans sa vie en même temps que les bourgeons du printemps. L’amour avait remplacé la solitude poétique. Désormais, elle ne traînait plus que pour des raisons académiques.

C'aurait été sage si ça avait été vrai.

La journée était belle et bleue, et soulignait bien l'arrivée glorieuse de l'automne, le grand retour aux bancs de l'érudition, aux trottoirs aux cent couleurs et au café en bol qui réchauffe les doigts.

Et qui, en grande quantité, excite mieux que de la poudre à nez.

À titre d'exemple, jusqu'à présent, et la journée n'était qu'à sa première moitié, elle en avait siroté deux litres au moins, et pissé le double sinon plus, tel un gros percolateur, mais dans l'autre sens.

Elle était donc assise, entourée par la platitude de la connaissance pointue, à écrire le miel et l'eau de rose de la veille au soir.

Il pleuvait fort. Dans le métro, elle s'était peinte une bouche de coquelicot, et aussi loin des regards que le domaine du possible le permettait, avait fait couler deux gouttes de parfum au creux de ses seins.

Elle était arrivée chez-lui un peu mouillée et drapée d'un grand châle, comme une Marilyn.

L'appartement sentait la popotte, la lumière était chaude et il y avait du jazz à la radio.

Lui, il avait le derrière des oreilles qui sentait le savon.

Il lui prit les mains et l'amena à la cuisine, pas peu fier. Il avait passé la journée à faire la petite femme, à penser à tout et à tout prévoir, courant ici pour une baguette fraîche et des cannelés, là-bas pour une bouteille de rouge, et encore ailleurs pour du fromage, des fruits, des légumes et du bœuf, et avant qu'elle n'arrive enfin, il s'était douché, avait dompté sa tignasse puis fouillé pour de beaux vêtements qui ne furent pas trop fripés.

Il l'invita à s'asseoir, et lui servit un chic martini. Elle put plonger les doigts dans la jarre à olives au moins dix fois avant qu'il ne la lui enlève.

Ils mangèrent longtemps, et tout était exceptionnellement bon, et lorsque le vin fut vide, il lui dit qu'un jour, il casserait une gueule pour elle, puis il descendit s'entretenir avec sa cerise.

Après quoi, elle s'évanouit dans un sommeil comme un coma.

Et la journée était belle.

7 commentaires:

LeDZ a dit...

Tu me manques Nayrus

Nadine, point. a dit...

Contente de voir que tu es peut-être de retour :)

Anonyme a dit...

Enfinnnn ! un texte définitivement de qualité ! Une chance que LeDZ était la !

Silke a dit...

Du bonheur pur. C'est bon à lire.

Jérôme a dit...

Nayrus, je t'aime d'amour esti.

Anonyme a dit...

Du pur bonheur à lire, à chaque fois. Une attente qui vaut définitivement la peine!

Véro

lilasvb a dit...

miam délicieux