13 septembre 2008

Le DJ

Je serais supposée avoir un faible pour les Disc Jockeys; ce sont des hommes de comptoirs, au même titre qu'un barman ou un croupier. Malheureusement, côté DJs, je n'ai pas été gâtée jusqu'à présent.

J'ai même été foutument déçue.

Le DJ principal du club où j'ai la chance de travailler est un vicieux, un arrogant, un gros populaire, un homme de petite vertu.

Il n'est pas une bonne personne.

Moi, si.

Et les bonnes personnes sont toujours un p'tit peu niaiseuses.

Pas beaucoup. Juste un peu.

C'est qu'on est gentil, voyez-vous. On fait confiance. On laisse des chances. On est toujours prêt à rendre service, pour un sourire ou une tape dans le dos.

Ah, de bien bonnes gens.

Il y a deux semaines, mon DJ devait de l'argent au club. Il m'a dit qu'il n'avait rien sur lui ce soir-là, mais qu'il payerait sans faute la semaine d'après. Mon boss a un peu chialé, mais pour 40$, il n'en a pas fait tout un plat.

La semaine suivante, en début de soirée, je suis passée le voir pour qu'il règle ses dettes.

Il m'a dit qu'il allait régler en même temps ses consommations de la soirée et ce qu'il devait de la semaine précédente. Il me dit de revenir à la fin de la soirée.

J'ai pas insisté.

Pendant la soirée, je lui ai servi deux trois verres, et vers deux heures, il m'a dit:

"Ma chérie, ma chérie, va demander au patron si je peux commander une bouteille de whisky et la payer la semaine prochaine"

Il devait déjà de l'argent au club. Je connaissais déjà la réponse que me donnerait mon patron, mais pour les apparences, je suis tout de même allée le voir.

Comme prévu, le boss a rit ma gueule et m'a dit qu'il n'en était évidemment pas question. Je suis donc retournée voir le DJ, qui a acquiescé à ma nouvelle, et m'a dit de tout de même lui apporter la bouteille, qu'il allait la payer en fin de soirée avec tout le reste.

Et moi, ne ratant pas une occasion pour faire rayonner la justesse de mon sens du jugement, je me suis dit que C'ÉTAIT PLAUSIBLE, et lui ai apporté sa bouteille.

Il m'en a commandé une deuxième une vingtaine de minutes plus tard, que je lui aie apportée avec ravissement.

Arrive trois heures. Il est plus que temps qu'il paye. Je réclame mon dû, qui monte maintenant à 250$.

Surprise, il ne peut pas payer, pour une deuxième semaine consécutive!

Si mon patron n'avait pas été noir, il aurait rougi de colère.

S'en suivit une justification abracadabrante impliquant un salaud, un scélérat de promoteur qui aurait apparemment omit de lui remettre son salaire de la soirée. Le promoteur en question avait quitté le club au moins une heure auparavant. Pas moyen, donc, de vérifier les faits.

Après une longue tirade avec mon patron, le DJ m'a donné 75$ en billets, pliés tout beaux dans ma main.

Soixante-quinze balles ne paie même pas le prix d'une seule bouteille.

Le patron me crie dessus. Il a raison, c'est en grande partie de ma faute, j'aurais dû écouter ses sages paroles et ne rien servir au DJ puisque celui-ci avait auparavant admit ne pas pouvoir payer avant la semaine prochaine.

Bref, déversement de bile patronale sur ma piteuse personne. Debout près de moi, le DJ qui gesticule, rigole et s'amuse. Il se plaît bien à être le centre de l'attention.

Selon lui, ce n'était pas grave, rien n'était grave, il nous aimait tous et allait venir payer sa note la semaine suivante.

Au revoir et bonne soirée.

Mon patron a par la suite passé une heure entière sur mon cas.

La semaine suivante, c'était aujourd'hui. Au début de la soirée, dès l'arrivée du GROS CAVE, je lui ai foncé dessus pour me faire payer.

Je lui réclame sa dette. Il me fait de grands signes silencieux pour que je me taise. Il était entouré de ses amis et de sa femme, voyez-vous.

ET MOI JE HOCHE UN DOIGT MENAÇANT ET ME RETIRE.

La soirée avance. Je retourne le voir. Il me fait une crise, et me dit que je n'ai pas le droit de l'harceler, et que lui, il va venir me voir quand lui, il va être prêt à payer.

ET MOI, JE METS MES POINGS SUR MES HANCHES EN GUISE DE DÉSAPPROBATION.

Je vais donc voir mon patron pour me plaindre. Mon patron en a rien à foutre. Il me dit de m'arranger avec mes troubles. Je laisse donc quelques minutes au DJ avant d'y retourner avec une brique et un fanal.

Trente minutes avant la fin, je me réessaie. Le DJ gueule.

...Je lui laisse quelques minutes de plus.

Fin de la soirée. Tout le monde est parti sauf le staff et les promoteurs. Le DJ est à quelques mètres de la sortie. Alarmée, je retontis près de lui.

"Je t'ai dis que j'allais aller te voir! Je suis occupé, là"

Je m'argumente un peu, mais il semble occupé avec quelques femmes.

C'EST QUE JE SERAIS BIEN EMBARRASSÉE DE LE DÉRANGER, VOYEZ-VOUS.

Il me doit 175 balles et je le hais.

Je vais donc m'installer au bar pour garder une bonne vue sur ses faits et gestes.

Tout à coup, aléatoirement, il accroche un client par le collet et se met à crier. Le client est confus. Lui aussi, c'est une bonne personne. Il rit. Il ne comprend pas pourquoi il se fait crier dessus.

Le DJ fait sa crise, et nous, on le regarde, perplexes. Personne ne comprend. Tout le monde est chaud et hilare, et lui il gueule. C'est inapproprié.

Et dans un grand coup de théâtre, il fait quelques grandes enjambées et quitte le club.

Je me lance à sa poursuite ON THE SPOT.

Une fois sur la rue, entourée de clients qui m'abordent tous en même temps, je le perds de vue.

Et je piétine le sol, je crie des injures, et les clients rient. Ils m'aiment bien, je fais partie de la bande.

Le DJ a MACHINÉ une pseudo bagarre avec un client pour justifier qu'il ait quitté le club sans payer sa dette. Ce n'était pas de sa faute, on l'avait insulté. Il a vu rouge, il faut l'excuser.

GROS TROU DE CUL

Et moi, je rentre au club piteuse.

Et là, mon patron.

Mon dieu, mon patron.

Il me regarde avec ses gigantesques yeux. Ils ont l'air encore plus gros parce qu'il est noir.

Je m'assoie sur un tabouret.

Il me regarde toujours.

Il rit!

Et là, c'est la cohue. Si y'a bien quelque chose que les africains ne supportent pas, c'est LE MANQUE DE RESPECT.

"Claudia, quand un noir te manque de respect, tu dois le traiter comme un animal."

De bien sages paroles.

Par contre, le DJ m'avait bel et bien manqué de respect. Tout le monde avait vu clair dans son jeu. Tout le monde parlait en même temps. Tout le monde s'insurgeait et prenait un parti.

Certains défendaient le fautif en blâmant la boisson.

D'autres me frottaient le dos en guise d'encouragement, et vantaient ma gentillesse.

Plusieurs ont profités de la situation pour me rappeler qu'ils étaient célibataires.

Ensuite, mon patron s'est levé et, juste avant de se relancer dans une crise épique, m'a dit:

"On ne tombe pas deux fois sur la même peau de banane, mais ça, apparemment, ça ne s'applique pas à toi"

J'ai payé la dette du DJ moi-même.

J'ai demandé à la sécurité de lui briser les jambes la prochaine fois qu'ils le voyaient.

7 commentaires:

Mademoiselle Farfelu a dit...

Ce sera bien fait pour lui :)

Martine a dit...

Ouch..

J'espère qu'il se fera voir par la sécurité! ;)

Le célibataire endurci a dit...

La prochaine fois, laisse sortir la bête méchante et bitch qui sommeille en toi pis humilie-le devant ses gonzesses.

Le célibataire endurci a dit...

"Plusieurs ont profité de la situation pour me rappeler qu'ils étaient célibataires."

Hahaha! Évidemment! Toutes les occasions sont bonnes pour ça!

louisss_1 a dit...

Beau estie de trou de cul.
Sale pauvre type.
Grrr. (fait mon fâché)

Silke a dit...

Étant la meilleur amie de l'ex-pucelle et apparemment la plus lucide lectrice à ce jour, je dis bienfait. As-tu vraiment pensé qu'il te payerait? As-tu seulement pensé?

Quand est-ce que tu vas apprendre ta leçon cocotte?

Nayrus a dit...

T'as aucunement capté l'ironie FLAGRANTE du billet? J'ai été conne là-dessus, je suis la première à l'admettre.

Oui, il va payer. Il est obligé de payer. Quand? Ça, c'est un autre billet...