22 septembre 2008

Le masque

J'avance.
Ma démarche est décidée.
Mes talons claquent.
Ma chevelure danse.
Ma poitrine aussi.
Mon regard est charbonneux.
Mes lèvres pulpeuses.
Je m'impose et intimide.

MAIS JE SUIS GENTILLE! VENEZ ME PARLER!

Je suis une bonne vivante. Rieuse. Loquace. Joie de vivre. Bonne humeur. J'aime m'habiller coquettement, avec une touche de sensualité, toujours dans le bon goût et l'élégance.

Mais sans maquillage, je ne suis plus qu'une ombre.

C'est une mentalité qui me vient de ma mère. Elle changeait mes couches en arborant fièrement crinière d'ébène et lèvres écarlates. Je l'ai rarement vu sans maquillage, et quand c'était le cas, j'en étais embarrassée: qu'elle était laide, maman, sans couleur! Comme ses traits semblaient effacés sans cosmétique!

C'était comme ça, chez-moi. Les femmes étaient pulpeuses et féroces. Elles camouflaient leurs failles derrière un masque.

Sans maquillage, je me sens nue. Je suis normale. Je suis banale. Je perds de mon éclat et renonce au besoin de plaire.

C'est à la fois soulageant et angoissant.

Maquillée, je dégage, je prends de la place. C'est immensément flatteur de sentir les regards vous suivre, les commentaires et les compliments fuser.

Cependant, c'est bien beau pour l'égo, mais au bout du compte, on se retrouve seul avec soi-même. Personne n'ose vous aborder. Vous êtes juste too much. Vous semblez inaccessible, et par peur du rejet, on ne s'essaie même pas. Mais bien sûr, vous ne plaisez pas à tout le monde. Ça serait ridiculement arrogant que de le prétendre.

Les gens réagissent de diverses façons à votre vue:

- Vous n'êtes pas remarquée. Ça va, on ne peut pas être aux goûts de tout le monde.

- On vous observe avec convoitise.

- On vous juge avec mépris.

- On prend la liberté de vous interpeller familièrement ou même grossièrement, en s'imaginant qu'avec une allure comme la vôtre, vous devez être une bête au lit grand public.

C'est frustrant. Seuls des hommes motivés par le frétillement de leur bas ventre viennent à moi. Et comble de l'ironie, je suis généralement trop embarrassée pour aborder les gens que je trouve intéressants.

Le maquillage est un verre grossissant qui démesure mes qualités.

Demain, je mets un T-shirt et mon vrai visage.

2 commentaires:

louisss_1 a dit...

Celui Papa me fourre?

:D

Le célibataire endurci a dit...

Et puis, comment a été ta journée? Les gens t'ont-ils paru à la fois plus sympathiques et moins intéressés?

Tu sais, ton billet m'a fait penser à quelque chose. Tu dis que ton "besoin" de maquillage te viendrait de ta mère. Si je préfère les femmes quand elles ne sont pas maquillées, je me demande si c'est parce que mes soeurs et ma mère ne se maquille jamais... (bon, quelque fois pour ma mère et ma soeur ainée, mais la cadette, je pense pas que ça lui soit arrivé)

J'vais y réfléchir. Merci!