26 octobre 2008

Blanc et noir

Je travaille dans un club africain, comme vous le savez déjà.

Par le passé, Ex Grand Tendre y était barman, et moi, serveuse. Nous étions souvent les deux seuls blancs de l'endroit. Nous étions presque fluorescents. C'était pratique.

À ce moment-là, nous travaillions ensemble, mais ne faisions pas vraiment équipe. J'étais toujours éparpillée. Je criais fort. Je requérais de l'attention. Je l'avais à l'œil contre toutes les minettes qui lui ronronnaient des avances. Je pénétrais derrière le bar malgré les interdictions. Je l'empêchais de travailler avec bonne humeur.

Pourtant, il ne se fâchait que très rarement. Il préférait encaisser, accumuler, emmagasiner.

Puis une fois à l'extérieur, à l'abri des regards, il me punissait.

C'était bien.

Mais bon, il n'y travaille plus, maintenant.

La clientèle du club est assez fortunée, et tourne en moyenne entre 23 et 45 ans. Semaine après semaine, ce sont les mêmes visages qui reviennent. Je me suis graduellement mise amie avec tout le monde, bien que ça m'ait prit plusieurs semaines avant de tous savoir les reconnaître.

Il faut beaucoup de pratique pour distinguer les uns des autres des noirs qui dansent dans le noir.

Ex G.T. va sûrement me gronder d'en parler ("Lola, y'a pas 36 clubs africains à Montréal, tu t'arranges pour être harcelée") mais je prends tout de même le risque.

Oh, vous pouvez essayer de m'harceler au travail si vous le voulez.

Pendant que les doormans vont vous meurtrir, moi, je vais danser sur votre dépouille.

Donc, certains clients particuliers requièrent des précautions toutes spéciales, que j'ai apprises à force d'erreurs.

Attention à lui, si tu t'approches trop, il se met à te danser autour.

Attention à lui, si tu t'approches trop, il te dit ÇA VA CLAUDIA avec son haleine.

Attention à lui, si tu t'approches trop, il s'approche trop.

Attention à elle, si tu t'approches trop, ses seins vont faire exploser sa robe.

Attention à elle, si tu t'approches trop de lui, elle va te regarder de haut en bas jusqu'à temps que ses yeux se dessèchent complètement.

Puis il y a ceux qui sont juste phénoménaux en soi. Je n'ai eu besoin que de quelques minutes pour savoir à qui j'avais affaire dans ces cas-là.

Princesse: Princesse a deux seins Apollo. Princesse a deux fesses en montgolfières. Princesse a des mamelons synthétiques agressifs. D'un faux mouvement, elle pourrait vous crever un oeil. Princesse aime bien porter des diadèmes. Princesse a un nouvel homme chaque semaine, qui correspond toujours au même profil: petit, soumis, les yeux pleins d'étoiles et bon pourvoyeur. Princesse commande toujours une bouteille de champagne, et pas n'importe laquelle: c'est sa sorte ou rien. Elle va éventuellement recommander encore et encore selon le portefeuille de l'homme à sa disposition.

Princesse aime porter des pantalons emballés sous vide sur son corps de plastique délicieux. Princesse aime se dandiner langoureusement, coupe à la main, en piquant du sein une fois de temps en temps son partenaire éblouis. Princesse est toujours encerclée d'hommes impressionnés par le relief de son Mont de Vénus.

L'amie de Princesse: Princesse traîne parfois une amie. Elle est toujours moins belle que Princesse, mais possède des babines extraordinaires. Elle est souvent accompagnée d'un homme, blanc de préférence, qui est également moins beau que celui de Princesse. Cet homme va essayer plusieurs fois dans la soirée de palper l'amie. Plus le champagne coulera, plus ses démarches seront couronnées de succès. Il passera éventuellement le reste de la soirée à se faire bouffer la moitié du visage par sa pulpeuse partenaire.

Les riches: Les riches s'installent face au bar, et ne tolèrent pas l'attente. En fait, il n'y en a qu'un seul qui est riche, et tous les autres le pompent. Ils commandent trois quatre bouteilles de champagne à la fois. Ils se montent des factures de 1500$ mais veulent t'offrir 25$ de pourboire. Les riches se vident du champagne les uns sur les autres en riant à gorges déployées. Les riches rincent leurs coupes propres avec ce même champagne, qu'ils vident négligemment à même le sol. Parfois, les riches lèchent leurs billets de cinquante dollars, et essaient de te les estamper au front.

Les riches finissent par cracher 250$ de pourboire à force d'harcellement.

L'homme-poire: L'homme-poire est un monstre. Il est en forme de poire. Il a de petits seins et un derrière planétaire. S'il est entouré de petits objets, il est probable que ceux-ci entrent lentement en orbite autour de ses fesses.

L'homme-poire a les doigts sertis de lourdes bagues en or massif. L'homme-poire a une épouse qui a honte toute la soirée. L'homme-poire est colérique mais sensuel. L'homme-poire t'attrape les seins lorsque tu ne regardes pas. L'homme-poire offre des bouteilles de luxe aux femmes qu'il ne connaît pas. L'homme-poire danse avec plusieurs femmes en même temps, en frottant son genoux graisseux contre leurs minets. L'homme-poire se fâche et donne de grandes claques sur le comptoir si ses trois bouteilles commandées moins de 45 secondes auparavant ne sont pas déjà prêtes, décapuchonnées et servies. Lorsque l'homme-poire se fâche, il gonfle et devient tout rouge. Cela serait visible si l'homme-poire n'était pas noir. L'homme-poire essaie de payer avec un vieux billet de mille, et est vexé lorsqu'on le lui refuse. L'homme-poire, assis devant un bordel de bouteilles vides et de verres sales, peut très bien crier que tu ne lui as rien servi de la soirée, et qu'il ne te doit rien. Il agitera sa main devant ton visage et te dira de t'en aller, n'écoutera pas sa femme qui tentera de le raisonner, puis boudera sur son tout petit tabouret.

L'homme-poire est vraiment un sale con.

Les blanches: (le style de cette description va différer du reste, puisque je l'ai écrite pendant un quart de travail)

Les blanches me font honte. Elles pullulent et mettent leur nez partout.

Ça arrive à onze heures. Ça fait des faces d'Hollywood. Ça se prend soi-même en photo. Ça s'improvise lesbo. Ça déborde des hanches. Ça se remonte le p'tit jean. Ça se frotte contre les murs. Ça monte sur les tables. Ça imite les vidéoclips. Ça ne connaît que les refrains. Ça laisse cinquante cents de pourboire. Ça ne se sépare jamais de son cocktail chaud. Ça attend de se faire payer des verres. Ça chiale que ça a mal aux pieds. Ça continue à danser. Ça revient la semaine d'après avec les même souliers. Ça donne des blueballs. Ça repart saoule et seule.

Bref, j'adore mon job, et ne l'échangerais contre rien au monde (...sauf peut-être contre une pile d'hommes juteux)

12 commentaires:

Stephane a dit...

Dit moi que tu travail juste à coté de chez moi au club africain?

Je ne dirais pas ou, par soucis de transparance, mais je trouverais ça très amusant.

Nayrus a dit...

Pourquoi est-ce que tu commentes une minute et quart après que j'aie publié.

Sale espion.

Stephane a dit...

Pur hasard d'un Dimanche soir tranquille.

Sale curieuse.

Rousse a dit...

Pas loin de chez moi non plus je crois...

J., Pédagogue-à-gogo a dit...

Est-ce une joke raciste que de dire que l'homme-poire sera un jour aspiré par le trou noir de princesse?

Nayrus a dit...

Il s'est déjà essayé, mais elle a de plus hauts standards.

link a dit...

noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir...

Nayrus a dit...

Quoi?

Nayrus a dit...

Wat
Hahahahahahhahahaha

Silke a dit...

Ok. Ca c'était cool.
T'étais pas déloggé, ma petite paresseuse ;p

Pinocchio a dit...

Hahaha, j'pense bien que tu travailles exactement ou mon premier guess s'était posé.

Drôle, drôle! J'attends la confirmation avec impatience.

Nayrus a dit...

J'ai aucune idée de ton premier guess.

Tu vas attendre la confirmation longtemps.