20 novembre 2008

Adonis et Apollon

Hier. En chemin vers l'appartement de monsieur Tendre, je suis passée à l'épicerie pour lui acheter une pinte de lait et, du même coup, trouver quelque chose à grignoter.

Une fois sur place, j'ai parcouru les allées dans ma forteresse de manteau, écouteurs et capuchon venant hermétiquement me fermer au reste du monde. De mon identité ne restait que deux yeux, un bout de nez et une petite bouche reluisante.

Dans l'allée des céréales, j'ai rencontré une vieille dame pleine de peurs. Elle a retourné vers moi sa petite tête tremblotante et, me prenant pour un jeune ou un noir, a serré sa sacoche contre elle.

À la fois vexée et amusée, je l'ai dépassée, puis ai passé dix minutes à tourner en rond. J'avais faim de tout, j'avais faim de rien.

Au tournant des produits laitiers, je suis tombée nez à nez avec un jeune homme, panier au bras, qui consultait la charte nutritionnelle d'une douzaine d'œufs.

Chemise rouge à carreaux, bonnet de cuir, jeans et barbe bleus, menton rond, large bouche rose, longs cils qui frottaient contre ses hautes pommettes, et sur son front pointaient quelques mèches brunes.

C'était Adonis qui faisait son petit marché.

À sa vue, je suis restée stupéfaite. J'ai fait mine de m'intéresser à un carré de beurre. J'essayais de dissimuler mon sourire, mais rien à faire, il était aussi large que mon capuchon. À ce moment-là, j'aurais donné tout ce que j'avais pour pouvoir glousser à l'oreille d'une copine mes niaiseries de p'tite fille échaudée.

Et j'étais là, avec mon beurre, et il ne me voyait pas.

Mais je ne m'en faisais par pour ça. C'était la faute du manteau, que je me disais.

Ce n'était pas parce que je ne lui plaisais pas, non.

Bien sûr que non.

C'était le manteau.

Oui.

S'il m'avait vue dans mon joli col roulé, il se serait empressé de me faire la cour, c'est évident.

Et de toute manière, je ne tenais pas tellement à ce qu'il m'aborde.

Ça m'aurait même déçue qu'il le fasse.

Car peu importe le prétexte, lorsque tu décides d'aborder quelqu'un à l'épicerie, il va sans dire que ce qui t'a tombé dans l'œil, ce n'est pas sa personnalité. Ton attrait est purement physique. Et peu importe ce que tu trouveras à dire, le fond restera le même.

"Bonjour, ton corps me plaît, voudrais-tu qu'on entame une relation de surface qui mènerait à une pénétration éventuelle?"

Puis il est passé à la caisse. Moi aussi. Il a quitté d'un aurevoir flûté. Sa voix était aussi agréable que son fessier.

J'ai attendu qu'il passe la porte, puis, n'y tenant plus, j'ai confié ma glousserie à la première créature féminine ayant croisé mon regard.

"Wow, lui y'était vraaaaiment beau!"

"Ouain" répondit la caissière lesbienne.

Et au pas de course, j'ai quitté pour retrouver mon Grand Tendre.

À mon arrivée, il était dans la douche, couvert de mousse. Il se frottait à la débarbouillette, et moi, bras croisés contre le cadre de porte, je l'observais.

Et j'ai retrouvé mon immense sourire, car mon Apollon était bien plus beau que n'importe quel Adonis.

5 commentaires:

J., Pédagogue-à-gogo a dit...

"-Ouain, rétorqua la caissière lesbienne."

HA HA HA!!!

(Désolée, j'ai vraiment tiqué sur la phrase)

Mademoiselle Bis a dit...

À la description que tu en faisais, j'ai mis un peu de temps à comprendre que tu le trouvais beau...

...un bonnet de cuir, ça peut-tu vraiment être sexy ailleurs que dans un vidéoclip gay ?

Anonyme a dit...

Une finale tout à fait charmante!

Pinocchio a dit...

Like these.

| Jas | a dit...

Ouiiiiiiiiiiii ! Tout à fait d'accord ! :)