21 novembre 2008

La réunion - Scène I



Scène I

Appartement montréalais aux murs décorés d'ampoules multicolores. La pièce principale est un large salon. Au centre de celui-ci, un divan où sont assis Amélie (26) et Gabriel (29). Devant, une petite table et quelques chandelles. Tout près, une bibliothèque à disques compacts sur laquelle repose un lecteur et deux amplis. À droite, une large fenêtre enneigée et la porte menant à l'extérieur. À gauche, une porte menant à la salle de bain et une ouverture menant à une autre salle (hors scène) qu'on suppose être une cuisine.

On cogne. Amélie va ouvrir. Grattement d'une chaîne qu'on fait glisser et qui se balance en cognant contre le bois d'une porte. Pascal (30) et Judith (23) entrent en scène, couverts de neige, les bras lourds de sacs.


Amélie - Vous êtes venus! J'étais sûre que vous partiriez rejoindre vos familles! Entrez, entrez!

Pascal et Judith entrent, Amélie les débarrasse des sacs qu'elle dépose sur la table du salon. Ils époussettent la neige qui les couvre et se dévêtissent.

Judith - Je pensais aussi, mais ça serait trop dangereux de prendre le volant.

Pascal - Tout est bloqué, partout. On a dû venir à pied.

Judith - Où est-ce qu'on accroche nos manteaux?

Amélie - Oh, laissez-les là.

Judith - Où ça, là? Par terre?

Amélie - Pourquoi pas?

Pascal - On aurait dû faire ça plus souvent.

Pascal laisse négligemment tomber son manteau qu'il enjambe. Amélie l'observe, plie le sien, et le dépose dans un coin.

Pascal, se dirigeant vers les sacs déposés au salon - J'ai pensé à amener du vin! J'en ai les bras encore engourdis. J'ai pas pris de chance, j'ai apporté tout ce que j'avais de meilleur.

Il remarque Gabriel, assis sur le canapé.

Gabriel - On boira pas.

Pascal - Gabriel! J'pensais pas que tu serais là. Content de te voir!

Gabriel - Ouais.

Pascal - Tu veux pas goûter à mes bouteilles?

Gabriel - Non. J'ai pas envie qu'on s'abrutisse avec de l'alcool.

Amélie - Faites pas attention à lui, il est juste de mauvaise humeur. Maude a préféré aller rejoindre ses parents.

Judith, s'approchant - Gab, si ça peut te réconforter, t'es pas tout seul. Michel m'a fait la même chose.

Pascal - Pensez pas à ça! Pas ce soir. Vous êtes entre bonne compagnie, même sans eux.

Judith - Hmm. On est les seuls invités?

Amélie - Non, j'en ai parlé à plein de monde dont Jean-Marc et compagnie, mais pour être honnête, je crois qu'ils vont préférer être parmi les leurs. Je suis déjà pas mal surprise que vous soyez venus, en fait.

Pascal - Ben, moi, mes parents sont morts et je suis fils unique. Et j'dois pas être le seul. J'suis sûr qu'y en a au moins quelques uns qui vont se pointer.

Amélie - Je savais pas pour tes parents. Je suis désolée.

Pascal - Ça va, c'était y'a longtemps. Bon, mets de la musique, qu'y ait un peu d'ambiance!

On cogne brutalement à la porte

Amélie - Oh! T'avais raison Pascal, y'en a qui sont venus! J'vais ouvrir. Gab, mets mon CD des Beatles!

Gabriel ne réagit pas. Amélie court vers la porte d'entrée. Elle regarde à travers l'oeil magique tout en défaisant la chaîne de sûreté. Celle-ci tombe, mais est rapidement ressaisie par la jeune femme qui tente de la remettre en place. Quelqu'un pousse la porte. Celle-ci s'ouvre et, dans son élan, cogne contre le mur. Judith, debout près de l'entrée, fige. Amélie court vers le salon. Pascal et Gabriel se lèvent d'un même mouvement. Un homme dans la cinquantaine entre dans l'appartement. Il est grand, chauve et maigre. Il retient son pantalon d'une main et tend l'autre vers Amélie. Il s'approche d'elle à grandes enjambées, puis trébuche. Il semble être en état d'ébriété avancé.

Homme - M'dame Mélie!

Gabriel l'empoigne par les épaules et le pousse vers la porte. Il bouscule légèrement Judith. L'homme recule en tentant de garder son équilibre. Il riposte à peine. Marmonnements incompréhensibles. Il est jeté à l'extérieur. Gabriel fait claquer la porte, qu'il verrouille rapidement.

Silence complet.


Gabriel - À partir de maintenant, c'est moi qui va ouvrir.

Amélie - C'était mon concierge!

Judith - Est-ce que t'as bien remis la chaîne, Gabriel?

Gabriel - Oui, et le deuxième verrou, aussi. Ça va, je t'ai pas fait mal?

Judith - Non, ça va, mais je ne me sens pas trop bien. J'aurais envie de voir Michel, là. J'aurais vraiment envie qu'il soit là.

Pascal, l'aidant à se relever - Viens t'asseoir.

Judith - J'aurais dû rester avec lui. Je sais même pas où il est. Tsé, juste en marchant jusqu'ici, on a vu trois accidents. Qu'est-ce qui m'dit qu'il s'est vraiment rendu? (silence) Y'a plus rien qui marche, j'peux même pas le rejoindre...

Pascal l'assoie sur le canapé, mais reste debout.

Judith, calme-toi. Michel va bien. Il est capable de se débrouiller. En ce moment, il doit être avec ses frères et sa mère, à penser à toi. Regarde, on va mettre un peu de musique, déboucher une bouteille, et se raconter des histoires, okay? Et quand la soirée va se terminer, tu vas aller le rejoindre, ton Michel.

Judith - Ça c'est si y'a autre chose après.

Pascal - J'pense que oui.

Amélie - On va le savoir bien assez vite.

6 commentaires:

Mademoiselle Bis a dit...

Tu le sais, hein, là, que t'es pognée pour nous fournir la suite... hein ?

J'aime.

Anonyme a dit...

MICHEL EST MORT !! C'est sa que le concierge voulait

14y14 a dit...

ils ont même pas demandé au concierge ce qu'il voulait, pfff. C'est des wuss.

Nayrus a dit...

Le concierge se retenait les culottes d'une main, et il tendait l'autre vers la fille.

Y'a de quoi le j'ter dewors.

Anonyme a dit...

la suite la suite la suite !!!

Rousse a dit...

Wow c'est super bon! Très captivant en tout cas :)