3 novembre 2008

En secondaire deux (bis)

Je fixe mon écran, le regard cerné, beurré de noir, le noir que je n'ai pas enlevé la veille, par fatigue, par paresse.

Panne d'inspiration. Ça va, ça vient. J'avais été gâtée dans les derniers jours, et puis voilà, plus rien à dire.

Ça arrive.

Je vais donc m'inspirer éhontément de toi pour écrire ce billet, mais puisque je te link en même temps, tu devrais être contente.

En secondaire deux, moi, j'étais un garçon.

J'étais bâtie, j'avais des abs, j'avais du muscle. Je portais des t-shirts, des jeans, des chemises avec des bonshommes japonais dessus. Mes amis étaient aussi des garçons. Des vrais. Ils m'aimaient bien. Ils m'ont avoués quelques années plus tard être d'abord venus me parler parce que j'avais de gros seins. Ça m'a fait de la peine.

J'étais gardienne de buts au soccer, je gagnais des médailles aux jeux régionaux à la course à obstacles, au saut en longueur, au lancer du javelot, j'étais l'étudiante bien-aimée des professeurs, je raflais les certificats d'excellence par dizaine, j'avais toujours un amoureux.

Mais les filles ne m'aimaient pas.

Ah, les filles. Quelles petites bêtes étranges.

Les filles, avec leurs ongles qui brillent, leurs jeans taille basse et leurs rires pointus. Elles étaient un mystère que je ne saisissais pas bien. Je les regardais flâner après les cours, tandis que je me rendais à la salle de musculation ou à la salle de retenue, pour payer chèrement mes délicieux retards non-motivés.

Elles étaient là, à caqueter à propos de leurs nouvelles teintes de rouge, leurs nouvelles têtes de rousse, et moi, je les trouvais connes.

Chaque jour, c'était la guerre.

On me disait d'aller me changer dans le vestiaire des hommes. Je répondais non sans arrogance que si l'envie me prenait, je pourrais toutes les faire sortir et garder le vestiaire des femmes pour moi seule. Elles m'avaient vues écraser au bras de fer leurs petits copains. Plutôt que de me mettre au défi (j'aurais flanché), plusieurs préféraient aller chialer au professeur. Ça, ça faisait mal. Je n'aimais pas décevoir.

Je me ramassais donc des regards découragés et des retenues.

Puis j'ai grandi, je me suis développée, je me suis mise à porter des jupes et du brillant à lèvres.

Mes amis se sont lentement adaptés à mes nouvelles courbes, à mes nouvelles paupières poudreuses. Pour la St-Valentin, on m'offrait désormais des fleurs plutôt que des bines sur les épaules.

Je n'étais plus un garçon, seulement une fille à rebours.

7 commentaires:

Pinocchio a dit...

Les filles les plus hot sont souvent celles qui n'ont pas toujours été trop "princesses" dans l'âme. Le "Tom Boying" devrait être un passage obligé.

dean a dit...

Souhaitant que t'as gardé ta force et ton caractère. C'est encore plus sex.

Universitaire exhibitionniste a dit...

Pour le plaisir, ce serait drôle de faire une compétition de tir au poignet contre toi.

Ne t'inquiète pas trop pour les souvenirs du secondaire. Tu t'adressais à des gamins qui te parlaient comme à des gamins. C'est clair que ça ne laisse pas souvent de bons souvenirs.

Crachapelle! a dit...

Mais elle a des gros muscles de bras, tu perdrais.

Universitaire exhibitionniste a dit...

Probablement, j'ai suffisament de muscles, mais je suis poche au bras de fer.

MarcAn a dit...

C'est quoi cette histoire-là qu'un homme défie une femme au tir au poignet. Ça fait pas très viril.

Louis a dit...

Des gros pectoraux aussi apparament.