31 décembre 2008

La chambre

C'est le jour de l'an. Je travaille dans une heure.

"Claudia, habille-toi comme les cochonnes pour vendre plein de bouteilles d'alcool"

C'est mon patron qui vient de m'appeler avec son splendide accent africain.

Fouiller ma garde-robe pour trouver quelque chose d'assez chic pour le jour de l'an m'a rappelé notre petite aventure de l'an passé, même date, même moment.

Il est 19:05.

À 19:05 de l'an passé, on devait être en route vers la chambre d'hôtel que tu nous avais trouvé.

Parce que oui, fidèle à toi-même, tu n'avais pas simplement loué une chambre, non, tu avais magasiné une chambre. Tu avais fait le tour des établissements, comparé la qualité, les prix, pour nous trouver ce qu'il y avait de mieux.

Toujours un plan de match, une méthode, une technique... Tu t'attardes sur le Comment pour obtenir le meilleur Quoi. C'est ta plus belle qualité, même si elle m'énerve beaucoup.

Et si je ne t'avais pas questionné, tu n'aurais pas mentionné tous tes tracas, tous tes efforts, et moi je n'aurais rien vu, car je ne prends jamais la peine de m'intéresser au silence.

Ce soir-là, tu travaillais. Le plan était de nous présenter à l'hôtel avant et après ton quart de travail.

À ce moment de notre relation, nous étions des amants volages, fringants mais cruellement privés d'intimité. Chaque ascenseur, couloir, ruelle ou parc nous avait abrités au moins une fois, le temps de glisser une main sous un manteau, une langue sur une nuque, ou bien mieux, ou bien pire.

Te rappelles-tu du gymnase aux murs couverts de miroirs? Te rappelles-tu de l'allée de garage enneigée?

C'était bien.

Bref, le 31 décembre 2007, tu nous avais trouvé une chambre d'hôtel pour qu'enfin, on puisse prendre notre temps.

J'avais mis une jupe d'écolière pour t'allumer, mais il faisait trop froid pour les jupes courtes, et accrochée à ton bras bien habillé (car tu es toujours bien habillé), je me plaignais des bourrasques qui me giflaient les cuisses.

Et une fois dans le hall d'entrée, j'ai vu l'œil malicieux de la réceptionniste, et j'ai repensé à ma jupe, et à l'hôtel où je venais louer une chambre accompagnée d'un homme de dix ans mon aîné.

J'ai souri. J'ai rougi. J'ai rien dit.

Puis nous sommes montés, les ascenseurs étaient pleins de livreurs de nourriture qui sentait bon et de jeunes qui criaient en anglais, et moi je te regardais en pensant à la bête que j'allais bientôt dompter de ma langue.

Tout sourires et complices, nous sommes redescendus trop tard. Tu étais en retard pour le travail, en retard mais heureux, et à notre arrivée, je me suis installée au bar vaguement jalouse de tous ceux qui accapareraient ton attention à ma place.

C'était le Jour de l'an, trois, deux, un, bonne année, mais il n'était que minuit et j'avais déjà hâte de replonger dans tes bras.

Pour passer le temps, j'enlignais les cocktails qui prenaient tant de ton précieux temps, et je ne te demandais jamais le même, je les voulais toujours spéciaux, inventés que pour moi, et gare à toi si tu servais le même à une autre.

Je fixais tes grandes mains veinées et adroites qui n'échappent jamais rien, sauf peut-être lorsque je me concentre suffisamment fort, car à force d'être parfait, tu finis par m'énerver, et je faisais la conversation à un vieux monsieur que je trouvais bien gentil parce que j'étais bien saoule.

À trois heures trente du matin, lorsqu'enfin, tu m'es revenu, j'avais tant bu que je me suis sauvée en taxi.

Et sur la rue, je t'ai envoyé la main, et tu as fixé sans rien dire la voiture qui m'emportait au loin.

5 commentaires:

garamond335 a dit...

Bravo ! les gars trop parfaits, c'est fatiguant, à la longue....

Pinocchio a dit...

Aaaaaaah les femmes!

La bête a dit...

Ah! Je savais bien que tu nous pondrais une histoire cocasse bientôt. :)

dean a dit...

C'est une belle histoire romantique ça.. Hehe.

14y14 a dit...

haaaa les hotels ! Nous aussi s'était notre fantasme de tranquillité dans le début notre relation.