8 décembre 2008

La punition

À peine sortie qu'elle se plaignait déjà. Elle tenait l'une contre l'autre ses jambes ficelées, nues sous le nylon de ses bas, et lui, il était de mauvaise humeur. Elle peinait à le suivre, à rester accrochée à son bras, contre lui dans le froid, dans la ville, dans la nuit.

Entre eux, pas un mot, que l'onde de leurs souffles et le rythme de leurs pas.

Il avait la main dans la poche, la tête dans le col, et elle lui tenait la manche d'un air faussement distant, sourcils froncés, petite bouche rebutée. Et les idées se bousculaient contre son crâne, contre ses lèvres, mais par orgueil, elle s'obstinait à ne pas être première à parler.

Puis une bourrasque fit gonfler sa chevelure perlée de gouttelettes, et dans un excès de colère, elle s'arrêta net.

Mais il ne ralentit pas.

Offusquée, elle le dépassa en quelques claquements de talons.

Et moi qui ai pensé à me parfumer les oreilles, à agencer le satin de mon chemisier au brillant de mes paupières! Qui ai passé la soirée à me coiffer des doigts pour toujours paraître échevelée! Et alors que je me déhanche, plateau à la main, sourire aux lèvres, lui, il fait les yeux doux aux princesses silicones, les deux seins écrasés contre le bar et le rire crétin!

Ça ne passera pas. Tu vas devoir me prendre un peu plus au sérieux si tu comptes me garder. Ne sais-tu pas que les hommes me mangent dans la main?

Elle m'énerve, petit garçon manqué en shorts serrés qui boude et qui jalouse. Elle ne comprend rien. Je suis barman. Je suis payé à plaire et à servir. Et si je réussis bien, on me paie bien, et je dépense mes pourboires pour son beau plaisir, pour divertir mademoiselle à coups de restaurants et de sorties. Et elle croit qu'elle m'a eu, qu'elle m'a pris en flagrant délit, mais la femme était en couple, et elle n'était même pas jolie.

Gamine, si tu continues à m'énerver, je vais me fâcher, je vais te punir, et c'est par les nattes que je vais te saisir.


Elle le devance de quelques pas, la tête haute, le talon sonore, et sous l'impulsion d'une vengeance, elle en oublie son orgueil.

-Au fait, tout à l'heure, ton ami le DJ m'a laissé son numéro.

3

-Je vais sûrement l'appeler demain.

2

-Car tu sais, au fond, il a raison.

1

-C'est vrai que je serais bien mieux dans ses bras.

Zéro.

D'une enjambée, il la retourne et force sa langue au plus creux de cette bouche qui parle trop.

Et lorsqu'il la relâche enfin, c'est pour la tirer vers une ruelle déserte.

1 commentaire:

Isabelle a dit...

J'aime bien les histoires de femmes qui se font prendre sauvagement par leur homme dans le coin d'une ruelle!