21 janvier 2009

L'homme cassonade - 3e partie

Il m'avait laissé son numéro.

Je lui laissais des messages faussement désintéressés, l'invitant à sortir, peut-être, si ça lui tentait, mais ce n'était pas vraiment grave s'il était occupé, parce que de toute manière, je planifiais faire autre chose avec mes mille millions d'amis.

La vérité est que de peur de rater son appel, je prenais mes douches avec le sans-fil roulé dans une serviette.

Puis on s'est donné rendez-vous pour dîner.

C'était une lourde journée d'été, si chaude que j'en avais le souffle coupé sitôt sortie du luxe de la climatisation.

Je m'étais achetée une robe de coton blanc, avec un jupon tout léger qui se gonflait au rythme de mes pas. Et lorsque je filais sur les trottoirs, c'est l'ensemble de mes courbes qui rebondissait, et le jupon, fidèle à la cadence, se soulevait par vagues juste assez haut pour donner l'hypnotisante impression qu'à regarder attentivement, on entreverrait tôt ou tard le tendre repli d'une fesse.

Il n'en était rien, bien évidemment, mais je me plaisais à faire semblant.

Petits escarpins, petite sacoche, j'ai glissé un papillon dans ma chevelure et ai quitté mon gratte-ciel avec la ferme intention de créer une obsession.

Il fut en retard.

Je dus attendre dans la canicule pendant beaucoup trop de minutes à mon goût, et les hommes sifflaient, gueulaient et klaxonnaient, et je me sentais ridicule, mais à un certain point, on m'a offert de l'argent, et j'ai crié des bêtises avant de me réfugier dans un Belle Province où finalement, ce ne fut pas vraiment mieux.

Dégoulinant de sueur, il est finalement arrivé sur une bicyclette, et la trace humide sur mes deux joues ne me déplut pas du tout.

Nous nous mirent en route vers un restaurant. Je marchais à ses côtés, et lui, comme un acrobate, un professionnel, il roulait à une vitesse très lente sans jamais poser pied à terre.

"En ville, il faut toujours être prêt à rouler pour éviter les collisions. Faut être un prédateur, pas une proie."

Et en entendant ça, j'ai éclaté de rire.

Grand Tendre, le Prédateur Urbain.

Et c'est sous la pression de mes rires qu'il descendit de vélo.

Nous sommes finalement allés faire un pique-nique près de la fontaine de la Place des Arts. Descendus au niveau du bassin, nous avons discuté pendant un bon moment.

J'étais tout sourire tandis que ma peau brûlait tranquillement au soleil.

Lorsque vint le moment de remonter, le rebord était trop haut, et je n'étais pas habillée pour faire de l'escalade. Face à mon embarras, sans me demander de permission, il a enjambé le béton, s'est penché vers moi et m'a soulevée par la taille bien haut dans les airs.

J'étais minuscule entre ses biceps paradisiaques, et après de longues secondes d'incrédulité, lorsque, bien gentil, il m'a déposée près de lui, nous nous sommes regardés, il y eut un petit silence gêné, et je savais que désormais, c'était trop tard, c'était fini, j'en rêverais toutes les nuits.

8 commentaires:

Pascal a dit...

On te l'a sûrement déjà dit mille fois, mais t'as une sacrée belle plume. C'est très accrocheur ce que tu fais. Félicitations et bonne continuation!

Nayrus a dit...

Si t'es le Pascal que je connais

J't'aime Pascal.

Sinon

J't'aime bien Pascal.

(nuance)

Merci du compliment. C'est apprécié.

Anonyme a dit...

Au moins je ne suis pas le seul à me faire de petites histoires romantiques avec des moments parfois anodin ! J'ai bien hâte de lire ton premier bouquin !

Louis a dit...

A lire ca, être une femme j'mouillerais!

La voyageuse a dit...

J'ai les yeux pleins d'étoiles juste à te lire...

garamond335 a dit...

Est-ce que toutes les femmes se racontent de telles romances lors de leur première «date» ?
Si oui, vous êtes ineffables ! on vous aime comme ça !
Allons-noius savoir la suite bientôt?

LeDZ a dit...

J'avoue que l'on veut savoir la suite, ce qui est, ma foi, un gage fiable de talent, tu nous laisses languir et c'est parfait !

Si à chaque jour suffit sa peine, à chaque histoire suffit son haleine...

Pinocchio a dit...

Ouin, tu connais ton alphabet, c'est vrai.