21 janvier 2009

L'homme cassonade - 2e partie

Après ma première rencontre avec Grand Tendre, il s’est mis à fréquenter le restaurant où je travaillais. Lorsqu’il en franchissait le seuil, mon cœur sautait, et d’un subtil jeu de regards, je lui indiquais où se trouvait ma section. Il revenait une ou deux fois semaine, sans rendez-vous ou promesse d’une prochaine fois, parce que c’était une très grosse agace qui savait parfaitement comment se faire désirer.

Et pour le désirer, je le désirais. En retard, pas en retard, je me maquillais tout bien chaque matin juste au cas où un grand baraqué débarquerait dans la journée. Aux petites heures, je sautais dans des taxis où les chauffeurs, me voyant toute pomponnée descendre d’un gratte-ciel aux allures d’hôtel, croyaient que j’étais une jeune escorte au sortir du boulot, et me faisaient de fausses blagues pleines d’avances pour tenter d’échanger le prix de ma course contre un peu de travail manuel.

Et après avoir rencontré mon Grand Tendre, mon travail m’est devenu infiniment désagréable. J’agonisais ses absences. Je levais des yeux pleins d’espoirs dès que j’entendais le grincement singulier de la porte d’entrée. Les vieux bonhommes qui redemandaient du café à l’infini juste pour pouvoir regarder entre mes seins me dégoûtaient encore plus qu’à l’habitude. Ils étaient bien loin du grand érudit aux mèches caramel qui ne venait que pour m’entretenir de choses et d’autres de la vie, en repoussant toujours son assiette à peine entamée au coin de la table, pour nous faire plus d’espace, parce que c’était dégueulasse, et parce qu’il ne venait pas au restaurant pour la nourriture.

Et lui, lorsqu'il regardait entre mes seins, je ne le surprenais jamais parce que c'était un gentleman.

Et puis un jour, il a appelé au boulot, et l’autre serveuse, celle que je trouvais tellement laide et vulgaire, a hésité un instant avant de me le passer, c’est qu’elle aurait aimé le glisser entre ses draps poisseux, mais trop tard, j’avais la puce à l’oreille, et en saisissant le combiné, c’était bel et bien sa voix, son accent intelligent qui m’invitaient enfin à sortir.

J’ai littéralement cru que sous la pression, ma poitrine allait se déchirer, s’ouvrir toute grande, et que du trou sanglant bondirait mon cœur pour faire une petite gigue sur le comptoir de service.

Et à partir de ce moment, nous nous sommes vus à l’extérieur de mon lieu de travail, et ce fut le début de plusieurs mois d’effleurements et de gonflements avortés, parce que nous avions tout le temps du monde avant de passer aux choses sérieuses.

4 commentaires:

LeDZ a dit...

You're just too goog to be true, can't take my eyes off of you, you'll be like heaven to touch, i wanna hold you so much...

C'est ressenti, c'est jolie, mais il y a toujours un mais...

Nayrus a dit...

LeDZ, you're too goog to be true too.

KattyKane a dit...

Aw...

Les début c'est tout le temps beau.

Louis a dit...

Moi ce que je retiens, c'est le coeur qui sort faire une gigue sur le comptoir.

Ca me fais penser a une parodie de Aliens, ou la bébitte sort du ventre, pogne un chapeau et une canne, et fait des pas de danse en chantant,(oh my darling, dequoi du genre) devant les autres, ahuris, avant de crisser son camp! LOL