28 janvier 2009

L'homme cassonade - 6e partie

Patient et plein d'égards, il m'écoutait lui expliquer comment ça marche, la vie.

C'est que monsieur savait tout à propos de tout.

À tous les matins, il lisait La Presse en buvant son petit café fraîchement moulu. Il avait peint, il avait étudié, il avait lu, il s'était renseigné, il avait su écouter lorsqu'on lui faisait la faveur d'un conseil.

Et ça me fâchait! Ça me déplaisait tellement d'être ainsi dominée, mais c'était si excitant, si excitant de savoir qu'en quelque part, on avait exaucé mes vœux, on m'avait envoyé mon fantasme, un Survenant dans mon village, un homme avec du poil aux bras comme ceux que je dessinais dans mes agendas.

Et il était exactement comme je l'avais imaginé.

Grand, large, bâti, dominant, cultivé, sensible, et un peu maladroit dans ses blagues, parce qu'il lui fallait bien un semblant de défaut dans tout ça.

Parce que j'en avais marre qu'il connaisse tous mes restaurants préférés, tous mes bars, toutes mes suggestions de sorties avant même que j'ouvre la bouche, j'avais décidé de l'amener dans le Quartier Chinois, question qu'une fois, une seule fois, il ne se trouve pas en terrain connu.

À avoir habité juste en face pendant 3 ans, j'en ai mangé des beef with chinese brocolis, des wonton soups with shrimps, tellement que les serveurs aux grandes oreilles décollées m'appelaient par mon petit nom.

Et tandis que, ravie d'enfin être utile, je commandais beaucoup trop de plats pour notre appétit de deux personnes, il sortait un épais roman de sa poche pour rejoindre mes intérêts littéraires.

Lolita, de Vladimir Nabokov.

C'est l'histoire d'Humbert Humbert, un riche et très intelligent professeur de trente-six ans qui tombe éperdument amoureux de Dolores Haze, Lola ou Lolita pour les intimes, qui n'était que de vingt-quatre ans sa benjamine.

C'était un clin d'œil audacieux à notre propre relation, moi si jeune et lui si mâle.

Et après le ravissement de ma lecture, c'est moi qu'il surnommait Lola.

3 commentaires:

Noisette Sociale a dit...

Je sors de mon mutisme pour te dire que j'aime vraiment beaucoup cette série de textes! :)

Onirique a dit...

Jme doutais bien que ce surnom provenait de la! Je seconde Noisette, tu as le tour de raconter ca comme un roman savon (mais un bon la!). Même si tu me l'as déja raconté en grande partie lors de notre rencontre, votre histoire est si belle écrite par toi. J'espère un jour regarder et parler d'un homme comme tu parles du tien...

Anonyme a dit...

Bordel, j'hallucine... C'est ma vie, cette histoire !

Est-ce que, toi aussi, ça t'arrive pour vrai, tout ça, ou c'est de la fiction ? Vous avez quel âge, vous deux ?