16 janvier 2009

Victoire aux nénés

Je suis avec ma copine, on magasine sur Ste-Catherine.

En fait, on ne magasine pas vraiment. Je m'arrête partout, et elle bougonne.

Puis, le comble, je vois un magasin de suppléments musculaires à quelques pas à peine de la boutique où elle, elle voulait aller depuis le tout début.

Je m'y arrête, bien évidemment, mais pas elle.

"Allô. J'peux-tu t'aider?" me dit le vendeur culturiste, avec ses veines grosses comme des vers de terre.

Incapable de complètement déplier ses bras, il a l'air d'une ancre de bateau.

Moi ça me fait rire.

Je lui dis donc en riant candidement

"Euh.. oui! C'est parce que je m'entraîne, et j'aurais besoin d'un mélange protéiné pour compléter mes déjeuners!"

Deux tonneaux de poudre et quatre-vingt huit dollars plus tard, je suis prête à payer lorsqu'entre un deuxième gros gars, qui semble aux prises avec un malheureux dilemme linguistique.

"Yo my man, j'voudrais que je tu me rembourses ça, mais j'ai pas le receipt"

À défaut d'avoir un cou, le vendeur fait demi tour sur ses pieds pour faire face à l'intru.

"Ben non, j'peux pas faire ça, y m'faudrait ta facture"

Et ainsi débuta une joute verbale ridicule, qui se résume à environ deux phrases répétées sous diverses formes, pour un total de 10 minutes de perte de temps.

"J'veux que tu me rembourses"
"T'as pas ta facture, je peux pas"
"On m'a dit que tu me rembourserais"
"Mais t'as pas ta facture"
"Mais je veux que tu me rembourses"
"Mais je peux pas"
"Mais on m'a dit que oui"
"Il te manque ta facture"
"Mais c'est pas ça qu'on m'a dit"
"Mais je peux pas t'aider sans facture"
"Mais j'ai besoin que tu me rembourses"
"Je veux bien, mais t'as pas de facture, je peux pas"

C'est à ce moment qu'un quiquagénaire noir, petite casquette grosse bedaine, entra à son tour dans le magasin.

"C'est quoi le problème là, monsieur il faut me payer, il y a la voiture de police dans la rue, et moi je bloque la rue, mais à cause de vous je peux pas bouger, alors il faudrait me payer"

Parce qu'apparemment, le client avait pris un taxi et lui avait demandé de l'attendre sur Ste-Catherine le temps qu'il se fasse rembourser.

"J'peux pas t'payer l'gros, le gars y veut pas me rembourser"

"C'est pas que je veux pas, c'est que t'as pas ta facture"

"Mais on m'avait dit que je serais remboursé quand même"

"Monsieur il faut me payer! C'est quoi le problème, moi c'est pas mon problème, donnez moi l'argent et je vais m'en aller, il y a la police, je peux pas rester"

"J'te dis que je peux pas te payer, il veut pas me rembourser"

Et tout le monde se met à crier, et moi je pianote le comptoir des doigts avec ma pile de vingts en main, en sentant que ça s'en vient, ça arrive, je vais bientôt me fâcher.

Le vendeur aussi. Il prend une grosse voix, et comme un taureau, fonce vers l'entrée en pointant du doigt la tête du chauffeur de taxi qui empêche la porte de se fermer.

"EILLE! S'IL-VOUS-PLAÎT! FARME LA PORTE! Y FAIT FRETTE! LÀ Y'A UN PROBLÈME AVEC LE MONSIEUR, Y PEUT PAS TE PAYER, PIS ÇA C'EST PAS DE MES AFFAIRES, FAK LÀ MONSIEUR, TU VAS SACRER TON CAMP"

Le chauffeur doute un peu face aux biceps joufflus, mais ne se laisse pas trop intimider. Il se met à crier, et son accent s'épaissit jusqu'à ne plus former qu'une boue de mots incompréhensibles, et on ne s'entend plus parler, c'est le chaos, et moi, je me fâche pour de bon.

Je me mêle de la situation, au risque de me faire remettre à ma place, mais au risque aussi de tout régler en deux trois phrases, et finir par payer pour que je puisse enfin sacrer mon propre camp.

Je m'avance entre le client, le vendeur et le chauffeur de taxi, qui crient tous en même temps.

Je ris.

Ils arrêtent de crier, parce qu'une p'tite fille vient de rire, et ça a juste pas rapport.

"Ben voyons donc! C'te conversation-là a aucun sens, et elle aurait dû se terminer y'a au moins 5 minutes. Toi, monsieur, t'as pas ta facture, et selon la loi, ça ne se peut pas, un remboursement sans facture. Peu importe ce qu'on t'a dit, c'est la loi, et ça sert à rien d'insister. Pis là, t'as pris un taxi en étant même pas sûr d'avoir d'argent pour le payer. Ça, c'est pas les affaires du magasin. Là tout le monde va arrêter de crier, toi tu vas sortir dehors avec le chauffeur pour t'arranger avec, pis toi, tu vas me faire payer mes protéines, parce que mon amie m'attends, et j'ai peur de me faire chicaner. Okay?"

Et je ris, je fais ma mignonne pour ma sécurité, parce qu'ils n'ont rien dit depuis le moment où j'ai ouvert la bouche, et deux sur trois ont des bras plus gros que mon crâne.

Le chauffeur de taxi sort, la porte se referme derrière lui, le client prend ses produits et le suit, et le vendeur retourne derrière son comptoir.

"Bon, quatre-vingt huit et douze, c'est ça?"

"Euh ouais. Eille. Merci, là."

Et je suis sortie.

Nénés 1, Gros Bras 0.

9 commentaires:

Galadriel a dit...

Pouhahahahahahahahaha!!!!!!!
Là tu as fait ma soirée.
Merci!

Mademoiselle Bis a dit...

Hahahahaha! Trop bon et merveilleusement bien écrit.

Anonyme a dit...

Big tits 1 Testicules atrophiées 0

Louis a dit...

Pussy power!

La bête a dit...

Vraiment, tu es une bonne conteuse. J'aime beaucoup l'image des culturistes. :)

Les suppléments de protéine, c'est mal. (my 2 cents)

La gousse craintive a dit...

Mdr!
Néné, tu es mon héroïne. Je t'aime.

Gousse

Math B a dit...

Ça aurait pu être une pièce de théâtre... :)

SuperCath a dit...

J'aurais presque eu envie de demander un rabais pour l'avoir sorti de sa situation de merde!!

En passant, je viens de découvrir ton blog! Je vais revenir!

lhiverakhartoum a dit...

hahaha! On peut dire que tu as du talent pour raconter!

Sincèrement Bravo encore une fois!