15 février 2009

Saint-Valentin: le sabotage maison

Il est rentré du travail vers 22h. Le gigot tout badigeonné de sauce compliquée attendait sagement son tour pour sauter dans le four. C'est que ce sale enfoiré de gratin dauphinois a pris une heure trente à préparer et à cuire.

Le repas était loin d'être prêt, et il se faisait déjà tard. J'angoissais un peu, mais considérant que j'avais déjà prévu foirer quelque chose, j'étais passée à la fromagerie pour acheter un goûteux parmesan, que j'allais accompagner d'une baguette fraîche, de basilic et d'huile d'olive, question d'apaiser l'humeur directement reliée à l'estomac de Monsieur l'affamé.

J'ai enfilé mes bas de nylon spécialement achetés pour l'occasion, ma robe et mes talons, puis je me suis repeignée, remaquillée, pour lui être jolie jolie. J'avais une bouteille de porto pour réchauffer l'ambiance, une rose pour le romantisme, et de petites serviettes pour s'essuyer le coin de bouche. Suffisait de bavarder et de rire le temps que tout soit prêt, et la soirée allait être parfaitement réussie.

23h30, nous sommes enfin prêts à passer à table. Je n'ai choisi que des assiettes et de la coutellerie identiques, pour faire plus chic.

Le gigot est cuit, il sent bon, mais je tiens à finir la préparation du fondant au chocolat afin qu'il soit prêt, chaud et décadent au moment très exact où nous en aurons terminé avec le repas principal.

Je fais fondre chocolat noir et beurre dans un poêlon, et de son côté, Grand Tendre bat énergiquement le mélange d'œufs, de sucre et de farine.

On mélange nos deux préparations, puis versons le tout dans de petits moules allant au four, lui au bol et moi à la cuillère dans un travail d'équipe extraordinaire.

La soirée va bon train, il est charmant et d'excellente humeur, nos conversations sont légères et distrayantes, nous nous frôlons sensuellement ici et là.

Fidèle à moi-même, je goûte goulument notre mélange à même la cuillère.

C'est salé.

Oh non, c'est salé.

Oh non...

J'ai confondu le sucre avec le sel de mer qu'il tient dans une jarre sur son comptoir. L'allure des gros cristaux m'a suffit à ne pas y goûter au préalable. C'est que du sucre, ça ne ressemble pas à du sel de table. Et honnêtement, qui penserait à du sel de mer?

Je viens de planter le dessert dans une erreur franchement ridicule. Il est un peu piqué, un peu déçu, mais surtout amusé. C'est du gâchis, c'est dommage, mais ce n'est pas très grave. Il me taquine. Je feel cheap.

Mais bon, je me ressaisis, j'ai passé la journée au grand complet à courir et il s'agit de ma toute première erreur, pas de quoi trop s'en faire, le reste du repas sera très réussi.

Le gigot d'agneau qu'on m'a vendu est truffé de gras.

Il est bon, bien cuit, mais malgré les commentaires encourageants du Valentin, je suis déçue.

Le gratin dauphinois, par contre, est très bien. Toujours ça de gagné.

Le repas se termine, il est presque minuit, et je suis un peu démoralisée.

Il me réconforte à grands coups de baisers. Il s'est mis beau, comme je le lui avais demandé.

Il porte même du parfum, lui qui est pourtant un fervent adepte de l'odeur naturelle de la peau. J'en suis flattée.

À mon grand amusement, il me raconte que, ne sachant pas qu'il s'agissait d'un atomiseur, il s'en ai aspergé les yeux, et que ça l'a mis en retard pour le travail.

J'en perçois la tiède fragrance lorsque l'aile de mon nez survole sa nuque, ce qui me confère une vibrante impression d'intimité.

Qui m'allume beaucoup.

Après deux délicieuses heures d'amour, il m'invite à dormir chez-lui.

C'est inattendu. J'accepte avec plaisir.

Le lendemain matin, nouvelle séance de bienfaits physiques, paresseuse cette fois-ci vu notre sommeil avorté. Nous nous rendormons candidement.

À notre réveil, l'après-midi est entamé, il n'a plus le temps de terminer un contrat de travail, ce qui le met dans le pétrin. Il se lève de moyenne humeur.

J'essaie de faire mon enjouée, mais pas trop, pour ne pas le brusquer.

Je me prépare des rôties en catimini. Il lit La Presse en buvant son café.

La veille, pour libérer la table de la cuisine en vue de notre repas, faute d'espace, j'avais déposé sur cette surface plane qu'est le dessus d'un grille-pain un des nombreux frisbees qui traînent chez-lui. Je me suis dit que j'allais le ranger à sa place plus tard.

Je le soulève donc, dépose mes tranches dans l'appareil, allume ce dernier et y redépose le disque.

J'ai la tête pleine, l'esprit ailleurs, je ne fais pas attention à ce que je fais.

Quelques minutes plus tard, m'étonnant de ne pas entendre le shlang typique de rôties parfaitement rôties, je soulève le frisbee dans un long filet collant. Il est en train de fondre dans le grille-pain.

Bravo championne.

Il se retourne et reste muet devant l'ampleur de ma connerie. Ce n'est pas tant la perte de son frisbee ou celle potentielle de son grille-pain qui l'agresse, mais bien le résultat navrant de mon incroyable lunatisme.

Je ris de consternation et de désolement. Je ne sais plus où me mettre.

Puis je reprends sur moi, je lui dis qu'il en a quinze, des frisbees, que son grille-pain n'a rien, que les erreurs, ça arrive à tout le monde, que c'est effectivement incroyablement innocent de ma part, mais que je ne peux rien faire de plus que m'excuser et lui dire à quel point je suis désolée.

Il est incrédule.

Et à l'intérieur, je ramollis de plus en plus. Il m'a invitée pour la première fois à dormir chez-lui, étape importante de notre relation s'il en est une, et au lendemain, juste pour le lui faire regretter, alors qu'il est déjà de moyenne humeur vu l'heure de son lever et le retard qu'il prendra au travail, je trouve le moyen de faire fondre un disque de plastique, odeur comprise, en le déposant délibérément sur un appareil chauffant.

Nous sommes sortis déjeuner au resto du quartier. Nous avons peu parlé, puis je suis rentrée chez-moi avec un mal de coeur, dans tous les sens de l'expression.

J'essaie tellement fort que ça marche, lui et moi, mais je suis maladroite, malhabile, mal à l'aise.

J'espère qu'avec du recul, il va trouver tout ceci mignon plutôt qu'agaçant.

Parce que vraiment, je fais de mon mieux.

13 commentaires:

-A a dit...

Il y a quelques années, j'ai fréquenté un gars qui était un maniaque de plantes. Des plantes, il en avait partout. Un matin, au réveil, je sors du lit et il m'aggrippe par la taille. J'accroche une étagère et je fais tomber une de ses plantes. Le gars était rouge de colère. Je pense qu'il accordait plus d'importance à sa plante qu'à moi qui est, aux dernières nouvelles, un être humain.

J'espère qu'il ne s'en fera pas trop pour son frisbee.

Nayrus a dit...

Ce n'est pas tant le frisbee que mon incroyable lunatisme qui l'a agressé.

Ton histoire est spéciale. Surtout que c'est lui qui t'a agrippé par la taille, et qui est donc en grande partie responsable de l'accident.

Est-ce qu'il sa colère concernait ton geste, ou était-il simplement fâché de la perte de sa plante (enfin, perte est un grand mot, une plante, ça se rempote)?

Frédérique a dit...

Ça avait l'air bien parti pourtant...
C'est triste tout ça.

Mais il s'en remettra. Tu vas bien réussir à le lui faire oublier, non? Tant que tu ne t'attaques qu'à ses frisbees...

Raton a dit...

Si j'avais été à sa place à ce moment précis, j'aurais probablement gardé le silence pour mieux apprécier ta consternation.

Puis j'aurais un peu ri de ta gueule, pour la forme, gentiment.

Mais en aucun cas une petite gaffe de la sorte n'aurait eu de réelle conséquence. Même chose que pour le sel de mer.

C'est juste un frisbee. Et c'est juste une distraction.

C'est cute les petites gaffes inoffensives.

La bête a dit...

La prochaine fois, essaie de vouloir être moins parfaite. C'est peut-être la pression que tu t'imposais qui t'as rendue si maladroite.

Pour le reste, j'aurais réagi comme Raton. :)

Une Peste! a dit...

Voyons donc.
Un frisbee, ciboire.

Tu lui fais un souper de chef, joue à la p'tite femme bien docile (ce qui me questionne, mais bon, c'est à toi les oreilles, tu fais comme tu veux) ... et il pourrait être dérangé parce que t'as crâmé un foutu frisbee.

T'as pas tué son chien quand même.

Mais surtout, depuis quand "Etre dans la lune" est un défaut? Si cela l'est pour lui, tu as un problème ma belle. Parce que c'est une partie de toi, ça.

Tenter de modifier son essence pour un monsieur, c'est toujours un jeu dangereux. Y a risque de se perdre en quelques endroits.

Je sais ce que c'est que d'aimer très fort. C'est extraordinaire d'aimer. Mais cela l'est encore plus lorsque l'autre nous prend "tel quel". Comme toi tu le fais.

Parce que lorsqu'on a pas réciprocité, à longue haleine, ça rend méchant(e).

Mon 25 cents.

MlleKarma a dit...

Perso j'aurais trouvé ça trop cute et j'aurais ri aussi!!

-A a dit...

Non non Nayrus ! Il était vraiment fâché contre moi et c'était vraiment à cause de sa plante ! Freak dis-je !

Pierre-Luc a dit...

Ça te fera quelque chose à raconter à ta coloc ;)

Le Train De La Nuit a dit...

Tiens, si ça peut te rassurer, tu n'es pas la seule distraite... Écoute cette chanson de Brad Paisley. J'aimerais arrivé à tant de sagesse...

http://www.youtube.com/watch?v=uC-DKjkxbv0

Marco Bergeron a dit...

Complètement hors sujet....mais la photo de Frederique, j'ai le même cadre chez moi.

mariecookie a dit...

haaaa ma belle...c'est tres comique tout ca??? s,il le prend du mauvais coté...je crois qu'il ne me te mérite pas....c'est des choses cocasses qui fait des conversation dans les prochains souper ca...et des rires interminables.....moi je te trouve tres mignonne...

La Shirley a dit...

Ouf ... des gros frissons m'ont parcourue ...10 ans sous le joug d'un parfait de même qui n'endure rien de personne,que les contacts avec le genre humain autre que le sien fini toujours par exaspérer ...Comme dit La Peste,on s'y perds trop vite et on se vide de notre essence propre à toujours vouloir faire plaisir et à se battre contre notre nature profonde.
Fais juste attention à toi !