16 février 2009

Maternité et cotons ouatés

Au secondaire, j'ai étudié avec une fille qui avait toutes les caractéristiques de la parfaite petite rebelle: surplus de poids mou, cheveux cotonnés, chaînes aux jeans et toujours un coton ouaté, le même depuis des années, ayant graduellement passé du noir au brun rouille.

Elle se plaisait mieux sur un banc de parc à fumer des bats qu'à être en classe.

J'étais parfaitement en accord avec ses choix. Ça me permettait d'étendre mes jambes sur sa chaise vide.

Et lorsqu'elle quittait son banc, c'était pour venir abuser verbalement d'une dizaine de malchanceux qui allaient voir leur estime personnelle en garder des séquelles à vie.

Je défendais deux trois cocos une fois de temps en temps, quand ça adonnait, mais de manière générale, je me tenais loin. Elle devait être malaimée, la pauvre.

Pourtant, un jour, nous nous sommes battues. C'était moche. Rien de plus moche qu'une bataille de filles. Rien de plus moche qu'une bataille tout court, en fait.

Elle me reprochait de l'avoir bousculée. C'était peut-être vrai, je n'en sais trop rien, j'étais occupée à rire et à avoir du plaisir. Habituée à ce qu'un seul de ses coups d'oeils suffise à ce que l'étudiant moyen s'asperge d'urine, elle n'a pas apprécié ma flagrante désinvolture.

Et en plein milieu d'une phrase, comme ça, mine de rien, elle m'a frappée en plein visage.

Je n'ai rien compris, mais vraiment, rien du tout. Surréalisme. Déconnexion totale.

L'adrénaline a cependant eu tôt fait d'embarquer, et en quelques secondes, elle se retrouvait la joue et la réputation au tapis.

Et moi, je n'avais toujours rien compris, j'étais là, l'œil tuméfié, le sang au nez, alors qu'à peine deux minutes auparavant, j'entendais la meilleur blague de ma toute petite vie.

C'était la dernière fois que j'entendais parler d'elle.

Ce soir, je suis tombée sur son profil Facebook. Comble du mauvais goût, elle y a mis une série de photos très intimes mais disponibles publiquement où, accompagnée de son copain, elle tient contre son sein un nouveau né.

Parce que oui, elle vient d'accoucher d'un petit garçon. Sur les photos, la joyeuse petite famille sourit mollement à la caméra, et c'est un peu étrange de voir à quel point un flash a la capacité de bien faire ressortir les taches de gras et de cigarette des murs d'un vieil appartement.

Aux côtés de la nouvelle mère, le juvénile nouveau père prend une seule et même pose de clichés en clichés, où il se tient comme un gangster de Laval. Comme sa tendre moitié dans son jeune temps, il porte un coton ouaté griffé d'un quelconque star du hip hop aux dents d'or.

Je suis gênée d'assister à ça. C'est pas croyable. Je ferme la page, mais trop tard, me v'la en colère.

Quelle belle vie de merde qui s'annonce à eux. Quel cadeau de merde que de donner naissance à un enfant quand t'as vingt ans et que t'as pas fini ton secondaire!

J'imagine très bien le portrait: Maman travaille chez Burger King et papa fait du briquetage, mais il a eu tôt fait de sacrer maman là parce qu'au fond, cet enfant-là était juste une erreur de baise ayant mal tourné sur les sièges de sa Honda Civic.

Oui, bien sûr, j'exagère, j'extrapole, mais connaissant le profil de la demoiselle, je ne m'attends pas à mieux.

Quand t'es pas capable de prendre soin de toi, quand tu ne connais rien à rien et que tu n'as pas encore pris le temps de vivre ta propre vie, tu ne donnes pas naissance à un enfant.

Ça fait des petits boudinés qui ne connaissent que le langage des tapes sur le menton. Ça fait de la colère, de la frustration, de la pauvreté et des carences. Ça fait des vies ratées et regrettées.

Oh, mais je me base sur rien du tout, au fond. Peut-être qu'il était ardemment désiré et aimé avant même d'exister, cet enfant-là. Peut-être que sa mère a jugé qu'à vingt ans, après avoir trouvé son compagnon pour la vie, elle était fin prête à se lancer dans cette grande et belle aventure qu'est la maternité. Peut-être que son fils va avoir droit à une enfance gavée de l'amour et de l'attention inconditionnelle de ses parents, et qu'ainsi encadré, il deviendra un grand homme.

Bullshit.

Je ne vois que de l'inconscience et du malheur à venir.

14 commentaires:

Life Saveur a dit...

Je comprends juste pas ta colère...

Sans les pions le roi est échec et mat en 2.

garamond335 a dit...

Moi, je t'approuve à 110%
Ça me fait penser au couple qui vient d'avoir un bébé. Lui a 13 ans, elle en a 15...
Pauvre petit.....

Snouck a dit...

J'avoue...de vieilles connaissances...Une histoire semblable... je ne voulais pas les juger...Je l'ai fais quand même!

Le Train De La Nuit a dit...

Mes parents m'ont eu à 25 et 23 ans, après déjà trois ans de mariage. Non, je n'ai pas encore atteint la quarantaine. Sans parler de ma grand-mère, mariée à environ 15 ans...

Je suis d'accord avec toi que ce n'est peut-être pas la famille qui a les meilleures chances au départ, mais pas à cause de l'âge. Ben plus à cause de la pauvreté, tant monétaire que culturelle.

Et avoir des enfants si jeune, ça n'est pas vraiment pire que les Claude Dubois de ce monde qui en ont à plus de soixante ans: il ne le verra même pas finir ses études, fort probablement!

KattyKane a dit...

Je connais une fille, qui est tombée enceinte à 20 ans. Elle était la personne la plus bébé gâtée que j'avais connue. Aucun sens des responsabilités.

Pendant la grossesse, elle a pris la décision de retourner à l'école pour devenir infirmière.

Ce bébé, l'a remis sur le droit chemin. Et lui a permis de donner un sens à sa vie. Aujourd'hui, c'est une bonne mère et une infirmière en plus!!

Des fois, ça arrive que la vie mets sur notre chemin exactement ce que ça nous prends pour nous mettre sur la bonne voie...

Tout ça pour dire, qu'étant une éternelle optimiste, je préfère penser que c'est positif. Même si des fois, c'est juste d'la marde aussi...

LeDZ a dit...

Je vais y aller dans la même optique que Kattykane. Elle a peut-être tout les défauts du monde, fumer et manger gras... mais peut-être que c'est exactement ce dont elle avait envie, et ce à quoi elle aspirait. Peut-être ce n'est que le début d'un temps nouveau pour elle.

Mais sinon, ils vont surement déménager dans Ho-Ma, avec les autres...

Anonyme a dit...

Mais t'es qui toi pour porter des jugements sur tout et chacun???

Je t'accorde un certain talent d'écriture mais teinté d'une prétention tellement déplaisante. Tu dois être bien malheureuse pour te valoriser en méprisant ceux qui ont fait des choix différents des tiens.

Lolo

L'Impératrice a dit...

C'est difficile de juger de ce qu'a ou non vécu quelqu'un. Peut-être que cette fille a l'impression d'avoir vécu toute la ''jeunesse'' qu'elle avait à vivre, je connais des gens qui ne sont pas aussi late bloomer que moi (qui ai néanmoins décidé de procréer à 26 ans, je me sors tranquillement de mon adolescence, hahaha).
Espérons simplement que tes prédictions pessimistes ne se réalisent pas...

Nayrus a dit...

@Lolo: Je m'attendais à un commentaire exactement comme celui-là.

Le coup de la prétention.

J'admets que j'y vais fort. Oser juger comme inapte une mère de famille de 20 ans, sans éducation et sans moyen, et son rejeton ayant comme première résidence un appartement crasseux...

Honte à moi! À vos fouets, ô paladins de la moralité!

Je ne suis personne pour juger. Personne n'est personne pour juger.

Sauf que j'ai, comme tous et chacun, un gros bon sens.

Et selon ce gros bon sens, cette situation-là n'est pas propice au développement sain d'un enfant.

Rendre compte d'une situation, porter un jugement, comme tu dis, c'est montrer au monde son désaccord.

Où penses-tu que les gens prennent leurs opinions? De ce qu'ils voient, lisent et entendent.

Et je serais bien aise de savoir qu'en quelque part, j'ai fait réfléchir deux ou trois pauvres filles qui pensaient à une grossesse pour donner un sens à leur vie jusqu'à présent ratée.

Dans un monde utopique, avoir un enfant, c'est magique, c'est fantastique, ça te remet sur le droit chemin. Ça peut être vrai pour certaines, mais soyons réalistes, mettre un enfant au monde lorsque toi-même, tu étais un enfant à peine quelques années auparavant, c'est insensé.

Qui plus est, les jeunes mères oublient parfois qu'un enfant, ce n'est pas que de l'amour en fontaine. Il faut l'entretenir, le nourrir, l'habiller, et subvenir à toutes ses autres dépenses pour les 18 années à venir. Et tout ça, c'est drôle, mais lorsque tu es sous-éduquée et que tu n'as à ta disponibilité que peu de temps, ça fait de beaux mots de tête, de la dépendance à un homme, de la pauvreté crasse et du malheur.

Et l'enfant là-dedans, lui qui n'a rien demandé, est plongé dans un monde où tout le monde se serait mieux porté sans son existence, même si à l'époque, ils ne le réalisaient pas encore.

Charmant pour le développement.

Bref, je m'attendais à un commentaire comme le tien.

Nayrus a dit...

@Les autres: Je dois partir, mais je vous répondrai ce soir.

Faites de la belle polémique, là!

arrachecoeur a dit...

Moi je trouve ça drôle, un gangster de laval dans une civic. Il s'appelle sûrement Steve et a une ligne de barbe d'un favori à l'autre.

Ou un début de moustache.

Malorie a dit...

J'en connais une comme ça (bon, elle m'a jamais sacré de baffe par exemple). Je suis pognée à être son amie facebook depuis une ?&$% de renconbtre plate de primaire, et elle me déprimait avec ses envois de "bonnes blagues" et "mots du jour" jusqu'à ce que je la croise avec son chum et son bébé de maintenant 1 an. Ils sont biens. Non, elle a pas fait d'études, pas de bonne job, son chum est dans la construction (on parle-tu de la même fille?), sa petite a un prénom cheap mi soap américain, mi nom pseudo tendance en France à moitié inventé, mais sacrament, ça marche. Ils sont probablement plus heureux que je ne vais jamais l'être.
C'est pas mal dépriment ça aussi...

Narcisse a dit...

Salut aux Briqueteurs qui semblent être une bande de crétins inaptes. Je n’aime pas quand on chie sur les ‘’petits’’ métiers qui font en sortent que le monde tourne.
Pour le reste je suis d’accord. C’est désolant de voir que la décision d’avoir un enfant n’est pas plus réfléchie que ca.

anita a dit...

Et oui, jeune fille! c'est comme ça que des générations de travailleurs sociaux ont distribué des droits à être, ou non, parents. Oui, il vaut mieux être riche bien portant et bien éduqué que malaimé et carencé en tout.
Pour mémoire, la Suède a ainsi stérilisé plus de 60 000 femmes entre 1935 et 1965. Parce qu'il arrive que les avis autorisés, quand ils cessent d'être des paroles en l'air, aient des trousseaux de clés. Et des scalpels.

Mais il y a quelque chose de rassurant dans l'espèce humaine, c'est qu'elle se débrouille souvent pour échapper aux avis autorisés. Et, loin des entreprises de contrôles, l'humaine misère, inassignable, inencartable, rétive, débrouillarde, imaginative, gueularde, exaspérante et vivante, continue de baiser et de faire des bébés.
Et parfois, les réussit.
Portez-vous bien.

Pour mémoire, chez Jaddo, un magnifique post sur le sujet:
http://www.jaddo.fr/2009/02/18/histoire-pour-grandes-personnes/