20 mars 2009

L'homme cassonade - 10e et dernière partie

J'avais décidé que mon professeur de philosophie était incompétent, et que par conséquent, je ne me présenterais plus à son cours.

J'utilisais mes jeudis à meilleur escient, invitant mon Grand Tendre à venir me rejoindre dans des cafés où je l'attendais en écrivant des odes à ses grosses mains.

Un après-midi en particulier, il me rejoint avec un frisbee au sac à dos. On allait faire du sport.

Il faisait un peu trop froid pour que l'idée m'emballe, mais n'importe quoi pour ses beaux yeux.

Nous nous sommes donc rendus dans un parc au gazon gelé pour nous lancer répétitivement un disque de plastique.

Mais bien sûr, j'avais bien l'intention d'en faire un jeu coquin à souhait.

Oh non, le monsieur veut s'emparer du disque! Oh non, pas question de lâcher prise, mais il le veut, il tire, et je tombe, je tombe sur lui, nous roulons ensemble, empilés, essoufflés, et nous respirons en riant, nous soufflons d'une même haleine.

Puis je me remets sur mes pieds, je lui tends la main, mais oh non, il est bien trop lourd, il saisit mes bras et me tire vers lui, et je retombe, je retombe sur lui, sur son ventre dur qui palpite, et nous rions de plus belle, ha ha ha, sexe sexe sexe.

Bref, les chatouilles volaient bas.

J'ai dû éventuellement arrêter le jeu car mes mains frigorifiées me lançaient cruellement.

Du moins, c'était là un excellent prétexte pour qu'il me touche.

Il comprit rapidement ma naïve requête. Bon joueur, il serra mes doigts dans ses larges paumes et les amena à ses lèvres pour les réchauffer.

J'étais là à me faire souffler dessus, écarlate sous ses yeux d'homme désirable, et ça le faisait sourire.

Et tant qu'à faire, puisque le moment était déjà à l'embarras et aux avances maladroites:

"Mes joues aussi sont froides!"

Il me fixa un instant, et mon cœur était plus intéressé à connaître la suite qu'à continuer à battre.

Après une brève éternité, lorsqu'enfin, il bougea, ce fut pour confier mes menottes à la chaleur de ma nuque, qu'il couvra ensuite de ses gros doigts. Ses pouces contre mes tempes, ma tête bien en mains, il vint blottir ses joues contre mes pommettes, la seule partie de mon visage encore à découvert.

Il m'enveloppait. C'était doux. Je ne m'y attendais pas. Il avait pris contrôle de la situation naturellement, tranquillement, sans embarras, comme un homme.

J'en avais marre d'être gênée. J'ai fermé les yeux et me suis abandonnée à son étreinte.

Puis il a proposé un chocolat chaud pour nous réchauffer l'intérieur, idée enchanteresse puisqu'elle repoussait d'une heure ou deux le moment des aurevoirs.

Après quelques coins de rue, nous avons croisé le Saint-Sulpice, cet établissement de bonne humeur et de boisson, et puisque l'alcool réchauffait pas mal mieux que les chocolats chauds, je l'ai gaiment invité à nous y arrêter.

Il connaissait bien les lieux. Il connaissait bien à peu près tout, d'ailleurs.

Verres aux mains, je l'ai suivi, et il nous a trouvé un coin tranquille au tout dernier étage, celui où un ange de tôle est pendu par des chaînes.

L'étage était fermé, il n'y avait personne, qu'un bar et quelques tables vides. Nous n'avions pas la permission de nous trouver là.

Qu'importe les règlements, je ne me souciais que de ses yeux.

Après quelques rum & coke pour lui, vodka grenadine pour moi, les rires coulaient à flot, et sous la table, nos mains se touchaient.

Puis je me suis excusée, et me suis dirigée vers les salles de bain pour me repoudrer le nez. Juste avant d'en franchir le seuil, je me suis retournée vers l'homme à ma table, et je lui ai souri, parce que je passais un beau moment, et parce que je le trouvais beau tout court.

La porte s'est fermée derrière moi, et à peine avais-je croisé le regard de mon reflet qu'elle se réouvrait toute grande, avec un Grand Tendre qui me sautait aux lèvres.

Non sans étonnement, il a cru que mon gentil sourire se voulait une proposition indécente, une invitation à m'accompagner à la salle de bain.

Il m'embrassait avidement, et je ne comprenais pas, mais j'étais ravie. Sa bouche fouillait mes lèvres, mes joues, mon cou, son nez enfoui dans mes cheveux et ses mains parcourant mes courbes, et parce que je ne suis pas un ange, je me suis retournée, et les mains appuyées contre le lavabo d'un lieu public, je lui ai tendu mon fessier.

Gémissement. Souffles. Grosse surprise.

Puis plus rien qui ne vous concerne.

2 commentaires:

Pinocchio a dit...

That's hot!

Isabelle a dit...

Ouais, j'ai bien aimé moi aussi.

Dommage que ce soit la fin, mais c'est une belle fin dont j'arriverai amplement à me contenter! :)