19 mars 2009

C'était une belle journée. Je m'étais dépêchée à rentrer à la maison en milieu d'après-midi pour ne pas rater le coup de fil de mon Tendre, le Tendre que je ne vois presque plus depuis qu'il travaille comme un défoncé.

Attends.

Il devrait bientôt terminer de travailler.

Seize heures. Dix-sept heures. Dix-huit heures.

Il doit être sur le bord, là.

Dix-neuf heures trente, le téléphone sonne. À l'intérieur, ça bouille, mais non, il était au travail, il devait se dépêcher à terminer, je ne peux pas lui en vouloir, je ne dois pas lui faire de reproches.

"Tiens, un revenant! Bonjour!"

"Bonjour"

"Oh, la toute petite voix fatiguée. T'as travaillé dur?"

"Oui. Je viens de rentrer"

"D'accord. Pour aujourd'hui, j'avais planifié quelque chose de simple, comme aller au parc et se lancer un frisbee, mais il commence à être tard pour ça. Qu'est-ce qui te tente?"

"Je sais pas Lola, je viens de rentrer, j'ai pas la tête à ça."

"Bon... Tu sais, j'aurais aimé que tu m'appelles pour me dire que ça allait prendre plus de temps que prévu. J'ai attendu ton coup de fil pendant longtemps."

"J'y ai pensé, mais j'avais pas envie de me faire engueuler"

"Ben voyons, je t'aurais pas engueulé. Okay, j'aurais été de mauvaise humeur, c'est normal, j'veux dire, ça fait super longtemps que je ne t'ai pas vu, mais j'aurais compris que tu travaillais"

"..."

"Bon. J'arrive dans 10-12 minutes."

"À tantôt"

Ah, je suis heureuse. Ce n'est pas ce que j'avais planifié pour notre petite journée de retrouvailles, mais il est fatigué, pauvre coco. Je vais le masser un peu, ça va lui faire du bien. Après, je vais nous cuisiner un petit souper. Ça va être une bonne soirée.

Vite vite vite les petits pieds, le sac à dos qui rebondit, le sourire grand comme ça.

J'arrive chez-lui. Il est encore en tenue de travail, sueur au dos. Ça m'émeut, ça me donne encore plus envie d'en prendre soin.

Nous nous installons au salon.

"Alors, cher ami. Qu'est-ce qu'on fait? As-tu faim?"

"Lola, faut qu'on parle."

Coup au coeur. Mes pupilles se fixent. Le temps se pose.

Non. Pas parler.

Je ne veux pas qu'on parle.

J'ai peur.

"Lola, je ne me sens pas bien. Ça fait longtemps que je ne me sens pas bien. Et je sais que c'est pareil pour toi, tu me le mentionnes souvent"

C'est vrai. Le fait qu'il ait une blonde, loin, ailleurs, qui va redébarquer d'ici quelques mois, ça me tue, ça pourrit mes rêves, ça me plonge dans un stress constant.

"J'ai bien réfléchi, et ça serait mieux si on arrêtait de se voir pendant quelques mois"

Mon corps inerte est traversé d'un jet d'adrénaline.

Je m'y attendais. Je m'attendais au pire, à ce qui fait le plus mal. Je fixe un mur que je ne vois pas, les yeux ailleurs, englués de grosses larmes et de mascara.

"Je veux que tu étudies. Je veux que tu sentes mieux. J'aime pas te faire vivre autant de stress, j'aime pas savoir que tu souffres."

Dis quelque chose. Parle. Parle avant de le regretter.

"Mais! Mais c'est moi qui ai décidé d'attendre! C'est moi qui ai décidé de souffrir, d'accepter la situation le temps que tu te places les idées, parce que... je t'aime. Je t'aime assez pour accepter d'attendre. C'est peut-être incroyablement naïf de ma part, mais je crois qu'ensemble, on pourrait réellement être heureux, même si je suis jeune, même si t'es plus vieux, même si on est différents."

"..."

"Tu sais, c'est parce que t'es si différent de moi que je te porte autant d'amour. Tu bouches mes petits trous. Tu me pointes mes lacunes. Tu me donnes envie d'être meilleure. Tu me complètes."

"..."

"J'y crois pas. Non, vraiment, j'y crois pas. Tu peux pas décider, comme ça, de mettre fin à tout ce qu'on partage. J'y crois pas... Après tout le bonheur qu'on a eu? On était pas biens, on était pas heureux?"

"Mais oui, bien sûr que oui. On a eu de très beaux moments, mais maintenant, je vis mal, Lola. Ça peut plus continuer"

"Prends-moi dans tes bras. J'aurais vraiment besoin que tu me prennes dans tes bras."

Et il m'a ouvert ses bras, il m'a serrée contre lui, et

et j'ai plus envie d'écrire.

11 commentaires:

Éric a dit...

:(

...

:(

Bast a dit...

Non...!

:(

Fille ordinaire a dit...

"qui m'aime m'écrive"... bon, affirmer que je t'aime c'est peut-être un peu fort, là! (rire)

J'ai néanmoins aimé ce que j'ai lu. C'est trite, même très triste, mais rien n'est plus grand que ce qui vient du coeur.

Si cette histoire est vraie, je soupir d'empathie pour toi. Et si elle ne l'est pas, j'admire ta capacité à comprendre une émotion qui n'est pas nécessairement la tienne. Dans les deux cas, j'ai apprécié cette lecture!

Merci à toi de partager ça!

Fille ordinaire ;-)

http://blogs-fx.com/filleordinaire/

Gen a dit...

C'est triste mais pour avoir goûter moi-même à ce genre de relation, c'est vraiment le temps de décoller maintenant. S'il te dit ça, pars. Reste pas là. S'il voulait te garder, il te garderait et lâcherait l'autre. Il a fait son choix. Malheureusement, ce n'est pas toi. Fais-toi pas souffrir d'avantage... Parce qu'en te battant, tu risques vraiment de te faire mal encore plus. Fais-toi un cadeau: tourne-toi de bord et va au loin.

Oh. Et surtout, ne t'empêche pas de pleurer. Pleure toutes les larmes de ton corps, cris, varge sur tes murs. Défoule-toi. Mais ne tente pas de le retenir et ne retiens pas ton coeur avec de faux espoirs.

*calins*

La bête a dit...

Je seconde Gen.

La Shirley a dit...

Chatounette ... pffffffffff
Les coupures nettes cicatrisent mieux que les déchirures.
C'est tout.

arrachecoeur a dit...

Sérieusement, je lisais et je me sentais comme dans un film.

Bravo!

[Moral qui monte, peut-être? J'aurai sincèrement essayer.]

La voyageuse a dit...

Je suis d'accord avec Gen...

Mais je suis vraiment désolée de l'apprendre pareil... :(

LeDZ a dit...

C'est dans ces cas que je n'aime pas les : Mais...

Onirique a dit...

Ohhh... je suis vraiment désolée...

mllecat a dit...

C'est tellement un beau post...
merci d'avoir partagé, et si bien!