21 mars 2009

Au club - 1ere partie

23h30, je descends de mon wagon de métro à la mauvaise extrémité de la rame, comme d'habitude.

La station est un grand puit de béton. Trois étages, trois grands escaliers, plus d'une centaine de marches me séparent de la surface, et je sors du gym, j'ai poussé de la fonte pour oublier la honte, mais tant pis pour les tremblements, je t'escalade ça les fesses serrées.

Arrive au travail, mon bar africain où tout le monde est africain sauf moi, et les doormen sont toujours aussi agréables.

Ils ont tant de muscles qu'ils en ont égaré leur cou, mais dès que j'arrive, c'est toujours les deux bisous.

Bisous, bisous.

-Ça va bien? Vous avez passé une belle semaine? Vous avez brisé plein de jambes?

Ils croisent les bras comme deux montagnes, ils s'esclaffent de leurs grosses voix, de leurs dents blanches, et je file aux salles de bains pour enfiler ma tenue de séduction.

En revenant, les babines comme deux miroirs, je croise trois des promoteurs, toujours premiers arrivés.

Le premier est joufflu et embarrassé. Il prend souvent des nouvelles de Grand Tendre, en me répétant que la vie est injuste, et que si je le voulais, il me marierait.

"Claudia. Claudia, attends, je suis sérieux."

Je ne sais jamais quoi dire. Je rigole, je lui fait de beaux sourires, je retourne travailler.

Et parfois, dans la soirée, lorsque je le vois entouré de femmes, je lui pince la bedaine.

Le deuxième est rasta. Il a un gros chapeau coloré, de gros cheveux tressés, et il est toujours d'une bonne humeur molle. Il n'est pas vraiment promoteur, en fait, je ne suis pas supposée lui faire de prix spéciaux, mais il a un gros chapeau, et juste pour ça, il mérite bien un rabais dans mon livre à moi.

Le troisième est un homme fatal. Grand, élégant, charmeur, il porte toujours de beaux costumes, de belles cravates, et soir après soir, il fait tournoyer les femmes sur la piste de danse. Lorsqu'il vient me saluer, il s'essaie toujours pour un baiser sur la bouche.

Je les salue donc cordialement, et vais préparer mes pichets, mes seaux à glace, en me croisant les doigts pour une soirée bien pleine.

Quelques minutes plus tard, le DJ, le Messie en personne débarque. Déroulez les tapis rouges, sortez la fanfare et les danseuses du ventre, car ce soir, c'est son anniversaire.

Il s'accapare deux tables, les deux seules tables sur plateforme surélevée du club, et il crie pour du champagne mais ses amis ne lui offrent que du mousseux.

La soirée avance, et gare à moi si je m'approche trop près des bouteilles vides qui s'empilent sur ses tables. Tant pis si l'espace est entièrement pris par des seaux d'eau froide, des boules de serviettes de tables mouillées, tant pis si faute de place, ses invités gardent leurs verres en main ou les déposent par terre, car l'important, c'est d'afficher la richesse, de montrer au monde qu'on a les moyens, qu'on mène une vie de vidéoclip.

De plus en plus de clients me passent leurs commandes, plateau dans les airs et bras bouclier, je défonce la foule sans grand embarras.

Et c'est en revenant au bar que je le vis.

Lui.

Le Vautour.

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