9 février 2009

L'homme cassonade - 7e partie

À notre toute première rencontre, dans le cadre d'un échange d'informations personnelles et superficielles, il m'avait dit qu'il avait été barman pendant 10 ans.

À mon oreille, cette nouvelle était d'une décadence inoubliable.

Mon grand brun était barman, un adroit et charismatique jeune maître lubrifiant les femmes de sa suave liqueur.

Il était l'unique lucidité qui, devant les pignons de verre de son château de bouteilles, derrière la clôture de bois cerclant son royaume éthylique, règne et veille sur les inhibitions qu'il a lui-même relâchées.

Il était barman!

L'habile et volubile acteur d'un théâtre urbain. Apparemment accessible mais consciencieusement distant. Payé pour être ton meilleur ami jusqu'à ce que sonne trois heures.

Ô rêves érotiques présents et à venir!

Lorsque j'ai été engagée comme serveuse dans un chic nightclub africain, une idée extraordinaire m'est apparue.

Je me suis affairée à séduire mes patrons doucement, doucereusement, jusqu'à les inciter à délaisser le bar au profit d'un professionnel qui s'occuperait de cette tâche ô combien contraignante, fatigante, et pas tellement payante lorsqu'on y pense bien.

Et par un hasard fort convenant, j'avais justement un ami au profil parfait pour l'emploi.

Ils étaient d'accord. Parfait, parfait!

Lorsque j'ai annoncé la grande nouvelle au Grand Tendre, il m'a dit qu'il allait y penser.

Mon cœur a cogné. Je n'avais pas pensé qu'il puisse refuser, pas après tous mes efforts.

Il n'avait pas forcément envie de retourner dans le milieu des bars, les horaires étaient à l'encontre de son mode de vie, et il s'occupait déjà de plus de quatre emplois partiels.

-Mais on travaillerait ensemble! Ça ne serait que trois petites heures par semaine! Je serais serveuse, et toi barman, et tu me ferais des cocktails, et on parlerait des clients en chuchotant! En plus, c'est super payant, tu vas voir, tu vas voir!

Je ne savais pas si ça allait être payant ou non. J'en doutais, à vrai dire. Mais qu'importe, qu'importe, il se débrouillerait bien pour obtenir un salaire de roi, j'avais entièrement confiance en ses capacités.

Et quelques jours plus tard à en avoir mal à trop croiser les doigts, il a finalement accepté.

J'en rayonnais de bonheur. On allait travailler ensemble. J'allais enfin pouvoir le voir à des moments fixes et certains.

Notre premier quart de travail se situait aux alentours de décembre. J'habitais encore en plein centre-ville. Plutôt que de se rencontrer directement au club, il passait me chercher chez-moi une heure à l'avance, question qu'on aille le temps d'aller manger un morceau.

Et j'essayais le plus possible de m'habiller de manière à lui plaire, complètement hors-saison, quasi nue sous les gros flocons.

Malgré ses protestations, je ne me faisais pas à l'idée qu'il puisse être séduit par autre chose qu'un bas filet.

C'est que j'aimais bien qu'il s'arrête sur les trottoirs pour me prêter une tuque, pour ajuster mon foulard ou pour tout bien glisser ma chemise sous mon pantalon afin de couvrir ce ventre qui me faisait tant grelotter.

J'aimais qu'il s'arrête pour prendre soin de moi.

Il m'attendait donc chaque vendredi au pied de mon immeuble.

Notre classique "bonsoir" et ses deux bises se voulaient sobres, mais nos visages s'étreignaient un peu trop longtemps pour de l'innocente bienséance.

Nos yeux se disaient "je te désire", mais nos bouches ne faisaient que sourire.

Et il sentait si bon. Un mélange de savon, de coton propre, de menthe et de fumée.

Parce que monsieur fumait, tranquillement, élégamment, et le voir frôler de ses grosses paluches ses lèvres charnues m'allumait terriblement.

[À suivre]

5 commentaires:

Jean-Nicolas a dit...

Je suis impatient de lire la suite!

Snouck a dit...

c'est beau un homme

Anonyme a dit...

Alors quand s'est finalement déroulé le famux "doggy style" ??

Le Prodige a dit...

Si je m'enduis de cassonade, on baise ou euh....

LeDZ a dit...

Au début je trouvais ça cute...mais là je commence à m'inquiéter un peu pour toi... C'est le genre d'histoire qui finit mal.

Ça fait quoi, un mois que tu es sur cette série ? Est-ce parce que le dénouement n'est pas encore certain...

Enfin...j'espère que tout va ''presque'' pour le mieux !