18 février 2009

L'homme cassonade - 8e partie

On travaillait officiellement ensemble, lui derrière le bar, efficace, sérieux et professionnel, et moi un peu plus loin, volage, lunatique et rieuse, ne le quittant des yeux qu'à contre-cœur pour m'occuper de clients qui me fatiguaient à tant vouloir être servis.

J'étais une serveuse qui avait comme priorité première de lorgner le barman.

Et puisque j'y étais obligée, je me promenais dans la salle avec mon plateau bien haut dans les airs, et sur le boumboum des hauts parleurs, je me dandinais en cueillant paresseusement bouteilles et verres vides.

Comme c'était cruel. Je ne le voyais que rarement, et pour de courts moments seulement, mais les vendredis, il était là, tout près, mais nous étions au travail, nous avions des obligations nous empêchant de nous consacrer l'un à l'autre.

En de telles circonstances, je me suis dit que j'allais tout faire en mon possible pour concentrer son attention sur ma petite personne. J'allais le titiller, le piquer, le provoquer à la limite du supportable pour le détourner des autres, pour occuper toute sa tête.

Je le voulais à moi et rien qu'à moi, malgré les patrons et les clients.

Je mettais donc son professionnalisme à rude épreuve en lui nuisant amoureusement.

Plutôt que de lui demander de préparer les cocktails dont j'avais besoin, je me servais moi-même, ce qui me prenait quatre fois trop de temps. Concentré dans son rush, il finissait toujours par me rentrer dedans. Il a bien essayé de m'enseigner des techniques de travail pour faciliter nos rapports, mais pas moyen de me faire comprendre quoi que ce soit, j'étais trop occupée à me baigner dans ses yeux.

Il m'aurait étranglée, mais moi, j'espérais qu'il me punisse à coups de pénis.

Un soir en particulier où il m'avait soulevée par les épaules pour me déposer hors du bar, j'inventai un stratagème à lui faire grincer les dents.

Lorsqu'un client quelconque me demanda s'il pouvait me revoir à l'extérieur du club, plutôt que de candidement l'informer que mon cœur ne m'appartenait plus, je lui fis mon plus beau sourire et l'encourageai à aller voir le barman pour se procurer de quoi prendre mon numéro en note.

J'avais confiance que, tel un bon petit mâle échaudé, il serait désireux de vanter son impressionnante virilité au premier rival rencontré.

Hey, réussir à obtenir le numéro de la serveuse, celle qui se fait courtiser soir après soir par à peu près tous les hommes du club, c'est digne de mention.

Et le client avait réagi exactement comme je l'avais prédit. Joue piquée de sa grosse langue vulgaire, clin d'œil de mâles complices, il avait tout bien raconté sa petite victoire à un Grand Tendre de marbre, qui me leva des yeux très sérieux, des yeux qui remplacèrent ma moue espiègle par une moue honteuse.

Sans un mot, il lui donna les papier et crayon demandés.

J'aurais voulu qu'il fasse son coq, qu'il fasse son fier, qu'il bombe le torse ou qu'il joue aux bras, mais non, Grand Tendre avait beau être grand, il était aussi tendre.

Et les grands tendres ne sont ni des machos, ni des jaloux. Le croire est une insulte à leur intelligence.

Il n'embarquait donc pas du tout dans mon jeu. Si je voulais laisser mon numéro à d'autres hommes, il n'allait pas m'en empêcher. Je ne lui appartenais pas, j'étais assez grande pour assumer la conséquence de mes actes.

Bien qu'ennuyeuse, sa réaction me plut bien.

Mon tendre n'était pas un rustre.

J'ai fini la soirée accrochée à son bras et sifflotante sous les flocons, et lui, il ne faisait que répéter que je le rendais fou.

8 commentaires:

Celui qui blogue a dit...

Question : Est-ce que c'est une histoire écrite d'avance que tu sépares en parties pour la publier ou si tu écris chaque partie que tu nous présentes à mesure ?

Je pense que la bonne réponse est la deuxième, mais je pose la question pour la forme...

Nayrus a dit...

Je l'écris au fur et à mesure que les souvenirs me reviennent.

Puis je classe les idées, et j'en fais des épisodes.

C'est plus quelque chose que j'écris pour moi, en fait. C'est une partie de ma vie dont je ne veux rien oublier.

Gretchen a dit...

J'me sers de ce post pour te demander si tu étais à l'UQAM en ce jeudi vers deux heures dans le pavillon design en train de dire à des gens (dont moi) que les profs font du piquetage et que ton cours était annulé?

Si oui, et bien ce fut plaisant de faire ta rapide connaissance, j'lis ton blog depuis un petit bout et je l'aime.

Nayrus a dit...

hahahaha

Je suis toute gênée.

Oui, c'était moi.

Gretchen a dit...

Paaaas de gêne.
ça faisait un bout que je me demandais qui tu étais et blablabla.
Tu sembles sympathique!

Es tu souvent dans le DE? c'est là que j'étudie.

Au plaisir de te recroiser quand j'aurai d'autres questions sur le débrayage des profs haha.

Nayrus a dit...

J'y ai un ou deux cours par session, environ.

On a de bonnes chances de se recroiser!

Anonyme a dit...

C'est pas un jugement mais ton autre "profil picture" était plus intrigante, moins suggestive, plus sexy :) svp remet la :D

Silke a dit...

C'est quoi ce commentaire anonyme là?

Au moin, Dis-nous ton nom pour qu'on puisse se foutre de ta gueule! Hahaha

J'arrive toujours aussi bien a détester grand tendre, bien que je ne l'ai rencontré qu'une seule fois.

Tes histoires le citant font partie des meilleures que j'ai lu dans ma vie, pourtant.

Je sens que ce n'ai pas seulement parce que tu es mon amie.

Notre activité tiens toujours samedi, avec tu sais qui, et où. Apelle-moi ou laisse un sms stp.