17 mars 2009

Deux frères

Hier, je me sentais fatale.

Quelques degrés de chaleur nouvelle, c'est le temps de faire sauter le manteau d'hiver, de sortir souper comme une jeune urbaine branchée.

Le pantalon cigarette bien serré, la lèvre et le chemisier brillants, les talons qui claquent, le manteau de cuir et les verres fumés, c'est le printemps, j'ai de l'attitude.

J'avais par contre oublié à quel point c'est fatiguant d'avoir de l'attitude.

Sur le coup, c'est charmant. Les cous craquent et se cassent, on te reluque, on s'égosille, on te salive, comme c'est flatteur, comme c'est flatteur.

Au bout d'une heure, par contre, ça commence à faire.

En revenant de mon souper, j'ai mal aux pieds, j'en aie ma claque de claquer, mais question d'avoir de quoi manger en soirée, je dois m'arrêter au petit marché de mon quartier.

La tête qui rebondit de haut en bas, de bas en haut, on m'ouvre la porte toute grande avant même que j'en ai atteint l'enceinte.

"Bonjour mamoiselle. Je vous tiens la porte, vous pouvez entrer mamoiselle."

Le propriétaire du commerce a deux fils, deux clones de lui-même. Le premier, celui qui me tient la porte, a une vingtaine d'années. Le second, un bon dix ans de moins. Physiquement, père et fils se ressemblent énormément; on dirait un seul et même individu à différents stades de croissance.

Le paternel est un homme courtois, charmeur et confiant. Derrière son comptoir, il complimente sobrement les femmes, toutes les femmes, sans distinction. Quant aux hommes, ils sont traités en égaux, en amis, avec cette petite touche de solidarité masculine propre aux messieurs.

Les deux garçons ont développé leurs personnalités respectives autour d'un volet du caractère de leur père.

Le plus vieux a la dégaine facile. Le cheveu noir et solide de gel, la barbe drue et bien taillée, les manches découpées sur ses bras basanés, il est toujours prêt, toujours à l'affût, car là où il y a jupe, il y a potentiel.

Le plus jeune est quant à lui timide et bienveillant. Mal assis sur son petit tabouret, il sert les clients entre les pages de ses gigantesques romans. Lorsqu'il me salue, c'est toujours avec de grands yeux gentils, curieux et un peu intimidés.

Ils forment un trio qui m'amuse bien. Le père m'accueille cordialement, le plus jeune se renseigne sur mes humeurs, le plus vieux se plante dans une allée pour me fixer le recto.

Hier, par contre, l'épisode de la porte est venu achever le peu de bonne humeur qui me restait.

Va que c'est le petit macho de la famille, va qu'il ait le cerveau qui macère dans la libido, qu'il me regarde avec des yeux de maquereau, qu'il fasse des pieds et des mains pour me tomber dans l'oeil.

Mais tout ça, c'est toujours relié à son petit bas ventre qui veut faire trempette.

Contrairement aux apparences, il ne m'a pas ouvert la porte par galanterie, non. Il s'agissait plutôt d'imposition. Imposition de service rendu, de dette, de sujet de conversation.

Et puisque j'étais de mauvaise humeur, juste avant de quitter, j'ai regardé son petit frère bien droit dans les yeux, et je lui ai dit "Tu sais, si t'étais juste un tout petit peu plus vieux, je te laisserais mon numéro de téléphone."

Derrière son comptoir, il a jeté un coup d'œil pétillant à son grand Casanova de frère qui avait probablement un peu blêmi, un peu rougi, et moi, menteuse mais satisfaite, je suis partie en m'ouvrant ma propre porte.

9 commentaires:

Morgane a dit...

Tu ne te rends pas compte du quart d'heure terrible que va passer le petit avec le grand ?? :P

Anonyme a dit...

Ahah bien envoyé!

La Shirley a dit...

You tell him giiiiiiiiiiiiiiirl !
Yes !

Catherine a dit...

Tellement bien dit... Il l'a reçu dans les dents le grand macho !!

l'Obsessif a dit...

Toujours fascinantes tes observations et aventures, t'as le don de rigoler d'un rien. Tu remarques les p'tits détails. Et tu équilibres toujours bien : en faucher un pour en remonter un autre. Bravo!

iPuce a dit...

Hilarant!

arrachecoeur a dit...

Hahahaha! Très bon!

Sauf que là, tu viens de causer plein de claques-su'a-yeule-de-jalousie au petit.

arrachecoeur a dit...

Hahahaha! Très bon!

Sauf que là, tu viens de causer plein de claques-su'a-yeule-de-jalousie au petit.

lhiverakhartoum a dit...

J'adore ta façon de raconter!:)

En fait, si le Casanova a une vingtaine d'années, ça lui donne quoi …13-14 ans au jeune? Il doit vraiment fantasmer.