6 mars 2009

Le gâteau

Bon. Je veux lui préparer un repas digne de sa fête.

Quelque chose de simple, de facile, de mâle. Si possible quelque chose qui se mange avec les doigts, quelque chose dont il va vouloir se resservir une deuxième ou une troisième fois.

Me faire le bikini ne sera pas suffisant, il me faut trouver autre chose.

Oh!

De la pizza!

Mais une bonne pizza, faite toute entière de mes petites mains.

Oui, ça ça serait bon.

Avec un gâteau.

Un gros gâteau. Au chocolat. Avec du glaçage. Au chocolat.

Pas de niaiseries de vanille française ou de garniture aux fraises.

Non. Au chocolat. Une valeur sûre. Un gâteau de gars.

J'arrive donc chez-lui avec des sacs pleins les bras. La porte n'est pas barrée. Ça sent le savon. Il prend sa douche.

J'aime le surprendre dans la douche. Si je suis chanceuse, il ne m'entend pas arriver, et j'ai tout à mon loisir de l'espionner se frotter à la débarbouillette.

Et ça mousse dans la toison de ses pectoraux, ça coule, le long de son torse, le long du soyeux qui lui sillonne le ventre, ça lui emplit le nombril, ça déborde entre ses cuisses...

Bref, j'aime le surprendre dans la douche.

Autour de moi, la cuisine est dans un état lamentable.

À l'étude des casseroles collées, pots tout grands ouverts, sacs de chips éventrés et bouteilles de bières-cendriers, j'en viens à la conclusion que Grand Tendre avait son ami Mathieu à coucher la veille.

Je cache mes chandelles et mes feux de Bengale, me range un petit espace de travail, allume mon portable à la page des recettes et m'ouvre un Guru pour le courage.

Monsieur sort de la salle de bain et se met à la vaisselle sans manquer de me sermonner sur les propriétés néfastes des boissons énergisantes sur la santé.

Puis il finit ma cannette.

Et il est là, les cheveux dans une couette qui lui dégagent la nuque, ses deux petites fesses sur le bord du tabouret, et son dos est si large, ses épaules si rondes, ça me donne envie, mais non, je ne dois pas me laisser distraire.

Le dernier repas que je lui ai préparé date de la Saint-Valentin, soit la fois où j'ai ajouté deux tasses de sel de mer à ma recette de fondant au chocolat. Cette fois-ci, j'ai bien l'intention de ne rien rater.

Le gâteau est au four, je tripote la pâte à pizza, il joue de la guitare sur son tabouret, et mis à part un petit dérapage où ma langue est tombée sur son corps, tout se passe très bien.

Je jete un coup d'œil au carton où est crayonnée l'heure à laquelle le gâteau sera prêt. Il me reste encore cinq minutes de cuisson, parfait, parfait.

En attendant, allons en humer le doux fumet avec ravissement.

Le doux fumet était plutôt fumée.

- OH NON, ÇA BRÛLE!


Et je me mets à crier des bâtards larmoyants.

Attrape les mitaines, sors le gâteau du four, Grand Tendre ne dit rien, et moi je n'ai pas la moindre idée où j'ai pu commettre une erreur.

J'ai encore raté ma recette. Ça a brûlé. Une heure à m'arracher le bras à mélanger des ingrédients pour lui faire un beau gâteau de fête, et ça a brûlé.

Pas foutue de faire quoi que ce soit comme du monde.

Je suis debout avec mon gâteau entre les mitaines, et lui, il ne dit toujours rien. Il n'a pas arrêté de jouer de la guitare. J'ai les yeux fixés sur mon écran à revérifier encore et encore les étapes, les températures et les durées de cuisson, et tout concorde, j'ai tout fait, je ne comprends pas pourquoi ça a foiré.

J'ose espérer qu'en dessous du noir, c'est encore bon. Je dépose le gâteau sur une planche et me mets à en détacher de gros morceaux.

Grand Tendre se retourne.

- Lola, tu veux que je te dise pourquoi ça a brûlé?

- Mhm...

- T'as mis le four à broil.


Ah oui. Broil. C'est vrai. La chaleur venait d'en haut. Fallait pas. J'y avais pas pensé.

Et je me regarde égrener son gâteau de fête à moitié brûlé, et je réalise que c'est là-dessus que je je vais étendre mon beau glaçage, que je vais planter mes belles chandelles avant de lui chanter beau bonne fête, et tout ça m'apparaît d'une insignifiance incroyable.

Je sens les larmes qui montent.

Je me lève, regarde le plafond, bats des cils, mais j'avais juste un gâteau à réussir, et c'était encore trop me demander.

Ça se met à couler tout seul, je me sauve aux toilettes dans un sanglot.

Il me suit, me prend dans ses bras.

- J'ai fait brûler ton gâteau de fêêêête!


- Lolaaaa. Pleure pas, c'est pas grave. Tu voulais me faire un gâteau pour me faire plaisir, mais te voir le préparer aussi me fait plaisir. Tu l'as un peu fait brûler, mais ça fait partie de la préparation... à la Lola. hahaha

- J'avais juste un gâteau à réussir, m'semble que c'était pas dur!

- Il est brûlé que sur le dessus, on va le remettre dans le four et je suis sûr qu'il va être bon quand même.


Il avait raison. Seul le dessus avait cuit, le reste était encore parfaitement liquide. Je pouvais le remettre au four.

- Mmh... Hmh...

- Pleure pas. Montre-moi la Lola que j'ai vu à la Saint-Valentin, celle qui s'est pas laissée décourager quand elle a fait une erreur et qui a relevé ses manches pour réussir le reste.


Le nez enfoui dans son chandail, j'ai ri entre mes larmes parce que je pleurais pour un gâteau.

Et une fois cuit pour vrai, ça a finalement donné ça:


C'est de loin le gâteau le plus laid de tous les temps. On dirait un trip scatophile. Ça a d'ailleurs été dur de m'arrêter de rire pour en prendre une photo claire, mais à le voir en manger à se peter la bédaine, j'en étais presque fière.

La pizza était pas mal belle, elle. J'en ai donc pas pris de photo.

Avec tout mon amour et mon doigté en cuisine, bonne fête coco.

12 commentaires:

Gen a dit...

Awwww. T'es mignonne =)

La bête a dit...

Dis-toi que ce sont des erreurs que tu ne répèteras pas. La prochaine fois, ton gâteau sera superbe (et il n'aura pas l'air de cette chose scato...). ;)

Morgane a dit...

Je seconde la Bête. C'est à la longue qu'on finit par être douée pour la bouffe. J'ai moi-même un vaste lots d'erreur, dont un gâteau avec trop de rhum. Mais aujourd'hui, je suis HOT en cuisine !

Puis-je tout de même suggérer l'achat d'une mijoteuse, on y trouve son bonheur pour toutes les lunatiques du genre looool (avec minuterie, hein !)

La Shirley a dit...

Mon Dieu !!! Ce mec t'aime pour vrai ! La cuisine c'est comme n'importe quoi, faut pratiquer mais l'étourderie ... je peux rien dire ... je cherche encore des moyens de la contourner.
C'est vraiment sweet en tout cas !

arrachecoeur a dit...

HAHAHA un trip scatophile!

C'est vrai!

Malorie a dit...

J'avoue que l'image est assez parlante. Au moins c'était pas pour une fête d'enfants.
La prochaine fois, je te conseille de faire un truc genre tiramisu. Le seul danger c'est de faire tremper tes biscuits trop longtemps et de toutes façons, ça a l'air de la bouette même si c'est réussit.

Bast a dit...

J'ai eu un flash en te lisant : dans le film The Hours, Julianne Moore tente de faire un gâteau d'anniversaire...

Mais toi, c'était par amour, et c'était seulement la nervosité qui t'a fait perdre un instant tes moyens. L'histoire est tellement charmante, j'espère rencontrer un gentil garçon un jour qui viendra brûler un peu un gâteau pour mon anniversaire avec autant de beauté... :)

Hispong Elbayne a dit...

HAHAHA!!!
Merci d'avoir partagé ton histoire, tu m'as fait bien rire!

É. a dit...

Le chanceux.

Silke a dit...

Eille, yé DÉGUEULASSE ton gâteau. Moi, je préfère tes omelettes à 200% XD

Le Prodige a dit...

Moi j'aime pas le chocolat ! Mais j,aurais faké vu l'effort .... et le bikini fait ! :)

Celui qui blogue a dit...

Écoute Nayrus... Je scrollais down sur ta page d'accueil pour voir si j'aurais manqué des textes dans les dernières semaines. Et là, ce gros gâteau a «poppé» devant mes yeux...

Come on, tu ne peux pas nous faire ça. C'est affreux. C'est le genre de truc que tu dois mettre en lien cliquable aux risques et périls de ceux qui oseront ouvrir le fichier calorique.