9 avril 2009

Des bisous et des bermudas

Été 1997, Claudia, 9 ans, petit bout bronzé qui se construit des cabanes dans les arbres, se fait inscrire pour une semaine de camp d'été par madame sa mère.

En apprenant la bonne nouvelle, j'ai crié, j'ai pleuré, j'ai boudé pendant des heures, et puisqu'on n'essayait plus de me convaincre, je croyais avoir gagné, mais sitôt Juillet arrivé qu'on me débarquait en plein bois avec une petite valise et un sac de couchage, qu'on m'abandonnait au milieu d'un groupe de Grands avec des sifflets et des bermudas.

Et ils riaient, ils rassuraient ma mère qui, comme une mère, essuyait ses larmes du revers du doigt, et moi j'avais séché les miennes depuis longtemps, parce que je ne pleurais pas devant les beaux garçons.

Elle est partie en m'envoyant la main, et ils m'ont amenée dans un grand dortoir pour déposer mes effets personnels.

Selon eux, j'avais le plus beau sac de couchage du camp.

-Plus beau que les vôtres?

-Certain! Deux fois plus beau, au moins.

-Ben, un de vous peut dormir avec moi, moi ça me dérange pas.


Ils se sont regardés avec de gros yeux rieurs. Moi, je ne disais que ce dont j'avais envie, sans penser aussi loin qu'eux. Je voulais m'endormir blottie contre un beau monsieur. Je voulais qu'il me raconte des histoires avec sa grosse voix. Et peut-être que je lui aurais donné des bisous, aussi, juste pour voir ce que ça fait.

-T'es gentille, Claudia, mais les moniteurs dorment dans un dortoir spécial. Okay, va mettre ton maillot, on va t'amener rejoindre les autres à la plage.

Mon maillot était affreux, vert et bleu, avec les fesses grumelées à trop s'asseoir sur les rebords de piscine. Je me suis enroulée dans une serviette comme une madame, et les ai suivis jusqu'à la plage.

C'était réellement un bel endroit.

De grands bâtiments blancs, un clocher dont le tintement fait grouiller les estomacs, des cèdres au parfum épicé et aux vieilles racines blanchies par le sable, des balançoires en bois, de gros rochers ronds à escalader, un lac avec un quai pour sauter, et tout autour, une forêt de pins aux troncs infinis, avec leurs aiguilles tendres sous les pieds.

Et tout le monde était gentil. Les enfants étaient traités avec une camaraderie toute respectueuse. Ils étaient tout aussi considérés que les adultes. Ce qu'ils avaient à dire comptait, et on prenait le temps de les écouter.

Tard dans la nuit, les moniteurs s'allumaient un feu loin sur la plage, et ils se baignaient, ils chantaient, ils dansaient sur la musique d'un vieux radio. On pouvait entendre le murmure de leurs cris et de leurs rires depuis les dortoirs. C'était le moment que je préférais. Dans mon petit lit, la couverture au nez, je gardais l'œil ouvert à imaginer leurs merveilleuses vies d'adultes, avec des baisers sur la bouche, des autos et de la bière.

Puis les jours se sont succédés. J'ai construit des colliers, j'ai fait cuire des guimauves, je suis tombée en amour deux fois, et à tous les petits matins, je sortais silencieusement de mon dortoir pour aller me balancer.

En écoutant les oiseaux et les feuilles, j'espérais ne jamais devoir repartir.

4 commentaires:

Philippe-A. a dit...

J'ai travaillé deux étés, dans deux camps de vacance différents aux États-Unis, comme instructeur de ski-nautique pendant mon cégep.

J'avais horreur de voir aller certains moniteurs: paternalistes, autoritaires...

Il y a une seule façon d'avoir de l'autorité sur des enfants et ce n'est pas à coup de fais ceci ou de j'te punis si tu le fais pas.

J'ai toujours eu beaucoup de facilité avec les enfants parce que je les traite comme des personnes à part entière, que je les respecte, eux et leurs opinions, que je leur explique toujours les raisons derrière les règlements. Ça n'est pas de se mettre à leur égal, mais de bien assumer son rôle de "role model". Les enfants t'écoutent quand ils te resepectent et ne veulent pas te décevoir, ce n'est qu'une question d'ascendance.

Anonyme a dit...

ta plume est extraordinaire
j'ai vécus la meme chose étant petit ce sont mes plus beaux souvenirs

Marc-Antoine Doyon a dit...

C'est joli, on s'y croirait.

Anonyme a dit...

Je suis contente que les camps de vacances marquent autant les enfants.

J'ai été campeuse et monitrice pendant plusieurs années et c'est fantastique de voir à quel point on peut fabriquer des rêves et des souvenirs pendant une semaine, des rêves qui resteront dans notre mémoire à jamais.