7 juin 2009

L'ami

Depuis bien des semaines maintenant que j'arpente les cafés de nuit, mais ce soir, j'en ai marre, j'en ai marre d'avoir si bien socialisé avec les employés de comptoir, j'en ai marre des cafés gratuits remplis d'espoir.

Je suis assise sur un bloc de béton, bien appuyée sur une boîte aux lettres, et si ce n'était pas de mon portable qui va bientôt manquer de jus, je laisserais tomber les cafés pour toujours revenir m'installer ici, coin Mont-Royal et St-Denis.

Il y a le cycliste avec la couette au vent et le bermuda fier qui brûle les lumières.

Le commis, cigarette au bec et la tête en filet, les deux omoplates contre la brique de ce commerce qu'il hait.

Les jeunes qui évitent les regards, qui font semblant, qui n'osent pas, qui marchent vite.

Les vieux qui font le contraire.

Les filles qui se trouvent belles. Les garçons qui en rajoutent.

Les couples qui reluquent chacun de leurs côtés, les couples les yeux en œillères sur leur amour si beau, les couples de demain, les couples pour cette nuit.

Moi, j'attends un ami.

Un pareil comme moi, mais en plus développé.

En plus triste, aussi.

Il va me parler de bars et de clubs mystérieux qui vont me donner envie de devenir quelqu'un d'autre, quelqu'un d'urbain et de branché, avec des robes et des escarpins à ne plus savoir où ranger mes sous-vêtements, et une petite sacoche en cuir ou en zèbre où trônerait en permanence le dernier roman du dernier auteur.

Il va me parler de ce qu'il écoute et ce qu'il a vu, ce à quoi il a assisté et qui il a rencontré, et moi, tout sourire, je vais l'écouter.

Puis tard dans la nuit, égarés dans un café qui ne ferme jamais, attablés devant un château de tasses vides, il va me raconter sa vie morceau par morceau.

Et quand des fantômes vont faire briller ses yeux, je vais lui enligner mes plus beaux compliments pour qu'il se sente mieux, un peu.

1 commentaire:

Éric a dit...

J'espère que ça aura marché.