11 juin 2009

Welcome to the Miami beach

L'air est lourd et moite.

Où suis-je, maintenant? L'ai-je dépassé? Ah, le grand panneau d'un bleu exotique. Il était là, mais je ne l'avais pas remarqué.

Invisible, le Miami bar n'existe que pour ceux qui connaissent son existence.

Je grimpe l'escalier, les marches dans le nez, et le tapis sous mes pieds a perdu ses motifs à être aussi sale et usé.

Tire vers moi la lourde porte bleue, qui empile les serrures et les couches et peinture.

On me regarde d'un drôle d'air.

Quel endroit extraordinaire.

Ici, c'est authentique.

kitsch, trash, hipster.

Bukowski aurait aimé.

Je salue le barman ventru. Sur sa nuque, des boucles frisées et brillantes. Il ne me connaît pas. Il lève un bras, et le tissu de sa camisole saumon baille sur le poil de sa grasse aisselle.

-Un gin tonic, s'il-te-plaît, mais peux-tu rajouter du sucre, et beaucoup de lime?

Il prépare mon verre, et je ne peux détacher mes yeux du dos de ses mains velues.

Coulent un once d'alcool bien généreux, quelques glaçons, quelques gorgées de tonique qualité économique, ploc, ploc, deux tranches de lime découpées la veille, et une petite paille au bout en biseau, soit la moitié d'une grande coupée au ciseau.

Derrière lui, je reconnais une étiquette que j'aime.

-Oh. T'as du Bombay Sapphire? Nice. Je vais en prendre la prochaine fois.

Clin d'oeil. Il prend la bouteille par le goulot, et en vide une grande rasade dans mon verre déjà amplement alcoolisé.

-It's okay beautiful. It's on me.

Flatteries et compliments, l'horloge en bois et en doré indique vingt heures vingt-deux mais c'est déjà l'heure de servir des doubles.

Je m'attable dans un coin, dos au mur, pour bien avoir toute l'étendue de l'endroit sous les yeux.

À gauche, des dalles aléatoires, roses, vertes ou en pierres grises, une table de billard au tapis dégradé, et le malheureux cadavre d'un sapin de Noël, avec ses branches pendantes surchargées d'ampoules.

Vissée dans un coin, une télévision ligotée de guirlandes tantôt allumées, tantôt éteintes, diffuse des infopubs sans volume.

À droite, une terrasse, mais à l'intérieur, avec un tapis de gazon synthétique fané.

-Another drink, miss? It's on me!

Les plafonds sont bas. Les murs, en stucco, décorés avec fantaisie paresseuse à grossiers coups de palettes.

Tout autour, des tabourets recouverts de tissu à motif de vache, des portraits d'élan, de rigodon et de maison canadienne creusés dans le bois, et sur toutes les tables, des lampions éteints ramenés plus tôt par le patron au sortir d'un Dollarama.

Et au fond, un passage étroit menant à une terrasse extérieure cette fois, où l'on peut griller une cigarette, ou mieux, ou pire, dans un carré de ciel emmuré, face à une chaufferette monstrueuse et une porte condamnée par le fer et la rouille.

-Sir? Would it be possible to organize an event here?

-When?

-In about two weeks. On a saturday.

-Fine by me.


Le prochain Blogoff se tiendra le 27 juin à 20h, au bar Miami, 3831 Saint Laurent, près du coin Prince-Arthur (station Sherbrooke).

-Here's another tonic for you. Welcome to the Miami beach!

9 commentaires:

Gretchen a dit...

4.75$ les drinks à 4.75$ ...4,75!!!
SEIGNEUR
fuck le fullum bar!

Eli, a dit...

Hahaha...!

Est-ce que ça marche si j'y vais sans avoir de blog ? :P

Nayrus a dit...

Oui. Le Blogoff, c'est autant pour les lecteurs que pour les blogueurs.

Est-ce que je te confirme?

Galadriel a dit...

Ah!
C'est d'un kitsch!
J'aime!
Mais je ne serai pas présente.
Le devoir m'appelle ce soir là.

pou a dit...

Ils te vont bien tes gros écouteurs. Ça fait comme une nouvelle coupe de cheveux.

Patrick a dit...

J'adore le Miami. J'ai déjà été servi par une junky parcheminée aux yeux de chat, pleins et vides, et qui jouait aux pools comme on aurait rempli un contrat d'assassinat.

Il y a une tension qui ne s'achète pas, et pas seulement du kitsch.

Bravo pour le beau programme.

*

C'est moi où Miami, ça ne peut qu'irrémédiablement évoquer Tony Montana? (En plus d'évoquer, par l'atmosphère, Bukowsky.)

Mathieu a dit...

Pour moi Miami ça évoque plutôt Don Johnson et les couleurs pastel. (En plus d'évoquer, par l'atmosphère, Bud Spencer)

Anonyme a dit...

de la maniere que je comprend, tu te defini par ta beauté; tu vas te suicider a 50 ans si tu changes pas !!!

Anonyme a dit...

De Rimouski, j'aurai une pensée pour vous tous.