13 juin 2010

Wild child

Sept heures trente qui font mal, l'oeil viré au fond du crâne, oublié hier les rideaux, la lumière ce matin punch comme un poing américain.

L'adrénaline me lève, me pousse malgré mes pieds au lavabo pour un verre d'eau qui coule et se fracasse dans le trou de mon estomac vide.

Je ne suis pas faite pour travailler.

Aujourd'hui sera définitivement un jour grunge, 20 ans trop tard. Ma tignasse dopée au spray-net de la veille ne sera pas retouchée. L'estampe du club gai sur mon bras s'effacera d'elle-même ou ne s'effacera pas.

Je suis démaquillée, c'est déjà ça.

Brosse à dents en joue, gros jean, converse, camisole gris banal, et une veste de coton empruntée, jamais rendue, à un bon garçon qui ne voulait pas que je prenne froid, je m'observe.

Pour quatre heures de sommeil et une nuit à danser ma vie, je me serais attendue à pire: trois étages de cernes et un teint poubelle, au moins. En fait, mis à part un désert dans ma bouche et un moteur dans ma gorge, je suis à peu près cute.

C'est que hier, on s'est empilés dans une toilette.

La musique écrase les conversations, oblige à crier au creux des oreilles, garde les yeux fixes à l'affût des souliers cirés de la sécurité, impossible à entendre arriver, qui débarque avec sa lampe de poche grosse comme une matraque pour balayer les cabinets à l'affut de gens comme nous.

J'ai cinq litres de sang mal répartis qui me battent les joues. Les fesses sur l'émail du réservoir et les cuisses ouvertes sur le derrière de tête d'un ami assis sur la cuvette. Je suis mal foutue, en équilibre avec les talons à plat contre la porte au loquet mou. Il ne peut y avoir qu'une seule paire de pieds visibles, et ce sont loin d'être les miens.

Une troisième comparse, de dos à nous, fouette un sachet et, accotée sur le distributeur de papier-cul qui en a vu d'autres, en pile et concasse les fines granules avec sa carte de l'UQAM.

L'image me fait rire, et je manque de casser notre belle structure.

Puis nous nous désemboîtons, nous sortons un par un, incognitos, à peine plus ragaillardis qu'avant, en tirant l'air du nez comme des professionnels.

Dernier coup de miroir: nous sommes beaux, et la musique est folle.

Allons danser les bébés, que je leur ai dit, et ne pensons pas à demain!

C'est bien ce qui est arrivé.

Misère.

1 commentaire:

LeDZ a dit...

"Greed is good. Sex is easy. Youth is forever." - Bret Easton Ellis -